Dis Monsieur le Président dessine moi une école.

Je m’appelle Tristan, j’aurai 8 ans au mois d’octobre. Je suis autiste sans déficience intellectuelle.  Je ne suis pas handicapé, je suis juste différent. Depuis longtemps tu me promets une école, je la cherche depuis des années, peux tu me la dessiner pour que je la trouve.

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Dis Monsieur le Président dessine moi une école.

Je m’appelle Tristan, j’aurai 8 ans au mois d’octobre. Je suis autiste sans déficience intellectuelle, comme ils disent. 

Je ne suis pas handicapé, je ne suis pas malade, je suis juste différent.

Depuis longtemps tu me promets une école, je la cherche depuis des années, peux tu me la dessiner pour que je la trouve.

Les autres, les grands, ils doivent vouloir te faire passer pour un menteur, ils passent leur temps à me la cacher. Ils ont même osé m’exclure parce qu’ils ne comprennent pas comment je fonctionne. Mais elle existe puisque tu l’as promis.

Bien sûr il m’arrive d’avoir des colères, il n’est pas simple pour moi de faire les choses quand on me le demande. Je sais lire mais j’ai du mal à comprendre pourquoi je devrais le montrer aux autres, je n’aime pas trop quand on me demande de le faire.

Pas facile pour la maitresse de s’occuper de moi et des autres enfants. Mais quand Corine du SESSAD, seule avec moi, m’explique ce que je dois faire, tout ce passe bien.

Dessines moi une école qui n’exclut plus les enfants différents.

Dessines moi une école qui tient compte du fonctionnement différent de mon cerveau.

Dessines moi une école qui me rende heureux d’y aller.

Dessines moi une école pour avoir des copains et des copines.

Dessines moi une école pour que ma maman retrouve son travail et une pleine joie de vivre, elle qui est si heureuse à chacun de mes progrès.

 

Monsieur le Président, voila ce qu’aurait pu vous écrire Tristan. Ne tergiversons pas, c’est une victime, parmi des dizaines de milliers, d’un système qui se contente de promettre beaucoup mais qui réalise si peu.

La République fonctionne en mode dégradé, elle ne défend plus le Droit des faibles, elle fait la Loi des puissants.

La Démocratie n’est plus qu’une toge mitée et salie dont se parent les élus pour ne pas justifier leurs décisions.

Les inégalités croissent. Là où le rôle de la justice est de compenser le manque de moyens du faible face au puissant, elle est faible face au fort et forte face au faible.

La justice se met au service des lobbies en innocentant les responsables de milliers de morts par l’amiante, la justice se met au service des lobbies en s’attaquant à un maire qui veut protéger ses concitoyens de l’effet mortifère des pesticides. 

Comment qualifier un pays où un seul homme peut gagner en un jour ce que l’état donne en un an pour un quatrième plan autisme?

Après avoir été exclu du système scolaire le 5 juin, Tristan ne fera pas la rentrée scolaire. Il devra attendre le 9 septembre pour que d’éventuels accompagnements soient mis en place à une date ultérieure.

Pouvez vous imaginer l’anxiété, l’angoisse de sa maman et aussi de sa famille, quel avenir pour Tristan après toutes ces années de tergiversations d’un système qui ose prétendre que l’inclusion scolaire des autistes serait une priorité.

Monsieur le Président, il est temps de choisir.

Soit vous honorez votre parole qui est aussi celle de Monsieur le Premier Ministre et de Monsieur le Ministre de l’Education.

Soit vous appliquez les méthodes de l’ancien temps: une promesse n’engage que celui qui la reçoit ou une promesse tenue est une promesse qu’on ne peut plus faire.

Il ne suffit plus d’un « je vous ai compris » pour endormir les citoyens.

C’est moins une question de moyens financiers qu’une question de temps, le temps pour former les milliers de spécialistes. Tous les retards accumulés par l’inertie politique se payent aujourd’hui de la souffrance des familles abandonnées à leur sort.

Tristan a été privé injustement et illégalement du peu de scolarité qui lui avait été octroyé, il a été victime d’un abus de pouvoir, nous attendons que ses droits soient rétablis et conformément à vos conseils, l’esprit de résignation ne nous gagnera pas.

Une réponse existe, dans les dispositifs ARAMIS mis en place en Haute-Vienne ou EDEIS mis en place en Corrèze. La Cour Des Comptes a montré leur efficacité pour un coût moindre que le labyrinthe actuel qui a surtout comme effet de perdre les parents dans les arcanes de la bureaucratie en espérant, peut être, qu’ils se résignent à accepter des solutions mal conçues qui aggraveront les difficultés de leurs enfants.

 

 

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