LA DEFAITE DE L’INJUSTICE

Faudrait-il être au bénéfice d’une dérogation toute spéciale pour prétendre avoir le droit de mettre en valeur son savoir et ses talents au service et pour le bien de tous ? Et par là même avoir des chances de gagner dignement sa vie ? Ou, si au contraire, rien de tout cela n’était prévu, j’entends par là, la participation de l’Africain dans l’échiquier mondial serait-elle un sujet tabou ?

Nos rapports au temps et à l’espace se modifient tous les jours, l’angoisse diffuse de ce monde nouveau, fait de nous tous, des orphelins de l’histoire - tout s'éloigne et il ne reste rien: Le changement constant, la croissance et la décadence ne sont guère mieux représentées par la métaphore de la rivière, de l'eau.

Prenez par exemple, les traits du visage d'une femme allongée dans l'eau vont changer par l'interaction du mouvement des vagues et de l'incidence de la lumière d'une manière fascinante. Bien que ce soit toujours le même portrait de femme, les traits du visage visible ont changé sur la surface de l'eau, de la jeunesse et timides jusqu'à la séduction et la sophistication, de vieux et sage jusqu'à tyrannique et aigri.

Je vois la manière dont les choses se sont déroulées devant nos yeux, tout au long de cette dernière décennie, faite de changements de paradigmes, de bouleversements, de contradictions, de frustrations, etc.… nous avons non sans une certaine inquiétude, vu venir ces changements.

Le tournant d’une époque où, être vrai avec soi-même pour ensuite l’être avec les autres est devenu sujet à suspicion. Une époque où la simple attitude de démontrer par sa manière de vivre et de faire, qu’il y a, mais oui, il y a aussi des Africains valeureux, intègres, ceux-là même qui se démarquent très clairement des vieux clichés. Ceux qui ne demandent qu’à bâtir avec les bâtisseurs.

Faudrait-il être au bénéfice d’une dérogation toute spéciale pour prétendre avoir le droit de mettre en valeur son savoir et ses talents au service et pour le bien de tous ? Et par là même avoir des chances de gagner dignement sa vie ? Ou, si au contraire, rien de tout cela n’était prévu, j’entends par là, la participation de l’Africain dans l’échiquier mondial serait-elle un sujet tabou ?

S’y risquer a-t-il pour conséquences des raisons valables pour se voir traiter en sujet à harceler, à menacer, à surveiller, à faire chanter, à accuser, à priver de toutes ressources ? Leurs services de renseignements me dépeignent comme un sujet et individu dangereux dont on peut attendre des actes hostiles à la sécurité nationale. Alors un individu à surveiller de partout et sans relâche, afin d’en finir un jour avec moi, par une mort programmée.

J’aimerais juste que me soit rappelé en quel siècle nous vivons. Les vieux clichés sur l’Africain ont la peau dure, car précieusement entretenues par beaucoup, juste question de rester crédible, pour ne pas risquer de devoir affronter la réalité de face ou devrais-je dire affronter les réalités que l'on s’efforce d’ausculter.

Oui, les réalités sont plurielles, car perçues selon l’optique culturelle, environnementale ou historique de chacun. Mais la vérité pure est un tout, elle ne dépend de personne, elle n’est pas à la portée exclusive d’un seul groupe, elle ne change pas selon les saisons ni les modes. La Vérité est éternelle, elle ne change pas, elle se suffit à elle -même. Elle EST et c’est tout.

Des efforts monstres sont faits encore à ce jour par des irréductibles qui s’évertuent coûte que coûte, pour que soient perpétués des comportements mis en place pour justifier des prétendues études sans réels fondements scientifiques d’hier, affublées à toute un groupe d’humains aujourd’hui encore.

Nous ne sommes pas engagés dans un combat consistant à nous asseoir et à ne rien faire. Il y a des jours que je me demande quel est mon rôle dans ce pays, quel est mon avenir ? Comment puis-je précisément concilier mon être et ma situation et comment aller leur faire comprendre qu’il faut arrêter cette vaste et cruelle insouciance réfléchie que pratique la majorité des Suisses; leur dire, je ne suis pas de marbre, mais que je suis là ?

Je suis terrifié par cette mort émotionnelle qui se produit devant nous. Nous sommes dans un État policier. Lorsque l'on tente de se tenir debout pour regarder le monde en face, comme si on avait le droit et le devoir d’être ici aussi, sans le savoir, l’on s’attaque à la structure la plus fondamentale même du pouvoir du monde occidental.

Le tout est de regarder notre vie en face, de prendre ses responsabilités et de décider de la changer. Je suis toujours frappé de stupeur par la pauvreté émotionnelle que j’ai rencontrée en Europe. D’autre part, les Suisses tirent leur haine de la terreur, une terreur sans fond ni nom, face aux Africains instruits.

Tant de nations occidentales se sont empêtrées dans un mensonge découlant de leur prétendue philosophie humaniste; cela veut dire que leur histoire n’a aucune justification morale, que l’Occident n’a aucune autorité morale. Et vous vous demandez pourquoi les victimes résistent et se révoltent ! Aucun royaume ne peut se maintenir par la seule force et pour longtemps…allez vérifier dans vos livres d’histoire !

Saviez-vous que recourir à la force révèle la peur, la faiblesse et la panique que l’on a de l’adversaire, et que cette révélation renforce la conviction de la victime ! Voilà la défaite de l’injustice des pays dits et se vantant d’être civilisée ! L’histoire n’est pas le passé, c’est le présent, nous portons notre histoire avec nous, nous sommes notre histoire. Si nous prétendons le contraire, nous sommes littéralement des criminels.

Fort est de constater que beaucoup reste à faire, pour que le monde dans son ensemble sorte de cet obscurantisme qui le tient dans l’asservissement mental de ses propres obstinations. Or, le monde comme tout le reste des planètes doit évoluer, c’est-à-dire, avoir le courage de sortir des sentiers battus, surtout quand ceux-ci s’avèrent sans issus.

En Occidental, à l’heure que nous sommes, il en coûte encore aux Africains qui osent s’aventurer à vouloir participer, à contribuer par leur savoir à l’évolution du monde dans lequel ils vivent, (pour certains, depuis de nombreuses d’années) d’être très sévèrement indexés, comme si le fait de vouloir le plus naturellement participer à l’évolution de la société dans laquelle ils vivent leur était formellement défendu.

Les chantages diplomatiques et économiques qu'exercent les pays occidentaux sur les dirigeants et dans les pays africains sont très grotesques et malsains. Des histoires très souvent construites sur du bluff et sur de la déception organisée. Faudrait-il que l’Africain continue à jouer ce jeu idiot que l'on attend de lui, celui qui veut qu’il démontre continuellement une incapacité à se prendre en charge ?

Ce jeu qui consiste à démontrer qu’il est parfaitement en accord avec le fait que, la Manne est la meilleure et la seule solution pour lui ! Nous savons tous que face à de telles règles, ne rien dire serait le signe incontestable qu’ils s’en accommodent très bien ! Est-ce vraiment le cas? Est-ce le cas de tous ?

Or, toute personne devrait pouvoir jouir du droit de participer donc d’influencer par son apport à la construction de notre monde à tous ! Et ceci, en toute liberté et sans restriction. À l’heure où j’écris ces réflexions, le monde est amputé d’une grande partie de ses forces vives, de ses potentiels.

Cela veut dire qu’une partie non négligeable des bâtisseurs étant mise au bang de la société, l’ignorance humaine, doublée d’un obscurantisme engendrant le racisme, la xénophobie et son cortège de discriminations et d’injustices, principaux fléaux de notre époque, notre monde à tous s’apprête à entrer dans l’histoire comme étant la phase la moins civilisée de ces trois derniers millénaires.

Payer mes dettes ? il y a ce fardeau fait de crimes, d’espérance et des mensonges de toute une nation et d’un continent. J’ai décidé de quitter la Suisse, car je savais que je n’avais plus besoin de discuter de problèmes de l’intégration, d'assimilation ou d’injustices subies par des Africains, mais qu'il était temps pour moi de régler mes dettes.

Ce n'est pas parce que les Européens sont caucasiens qu’ils se comportent méchamment, mais bien parce qu’ils mentent depuis toujours à propos de notre monde: ils ont pris entre leurs mains la vengeance, la vengeance étant pour eux, synonyme d’un droit. Ils créent des légendes à partir des massacres ! Je peux certifier que le monde n’a jamais été caucasien, il ne l’a jamais été, il ne peut pas l’être, l’Occident est une métaphore du pouvoir, juste une manière de décrire le mythe !

Quand un Occidental dit : « Donnez-moi la liberté ou bien la mort », le monde entier l’applaudit en héros, mais dès qu’un Africain dit mot pour mot exactement la même chose, il est jugé et vu comme un criminel, un terroriste et traité comme tel. Dès lors, toutes les machineries de répression et de propagande sont mises en œuvre pour faire de cet Africain, l’exemple à ne pas suivre.

Outre tous les faits tangibles que l’on peut citer, le viol, le meurtre, la manipulation et l’exploitation. Outre la liste sanglante des innombrables oppressions qui nous sont malheureusement bien trop familières, l’effet sur la victime est une distorsion de la réalité.

Prenons, le cas d’un Africain né dans une république étincelante comme le canton de Neuchâtel en Suisse, quand vous êtes enfant, vous êtes innocent et pour vous, tout le monde est caucasien. Tant que vous n’avez pas encore usé d’un miroir, vous pensez l’être aussi. Arriva alors le jour, celui du grand choc, d’un séisme pour les frêles épaules d’un gamin de 6 ou 7 ans, alors que vous étiez du côté d'Henriesch Goterberg contre les Bafanas, de découvrir que les Bafanas, c’est vous.

Ce fut un choc de découvrir que votre pays de naissance auquel vous devez votre vie et votre identité, n’avait jamais créé de place pour vous dans son système de fonctionnement. Ici, je parle pour tous les enfants que nous avons par culpabilité, donner la vie en exil ! L’avenir les délivrera, je l’espère. Ils feront aussi leur voyage ; un voyage parce qu’on ne peut pas savoir ce que l'on va découvrir, ni ce que l'on va faire de notre découverte.

Par les temps qui courent, le national-populisme gagne du terrain partout en Europe. Dans le clair-obscur d’un monde en mutation, l’Europe et l’Occident ont peur. Les assassinats humains, scientifiques et économiques programmés depuis le temps, aujourd’hui encore, leurs descendants ne font rien moins qu’accomplir – la tâche de nous éliminer, de détruire à tout prix tous ceux qui se poseraient comme obstacle à leur projet de domination, une sorte de solution finale.

L’Afrique a besoin de tous ses enfants pour reconstruire toutes les ruines causées par les pilleurs, venus de l'Occident et par l'exode ultraorganisé de ses enfants. De plus, nos peuples sont paumés, face à tout ce qui vient de l’Occident; qui leur présente à chaque fois de nouveaux jeux, dont ils ne connaissent ni les règles, ni le commencement, ni comment s’arrêter et encore moins en quoi ils sont utiles à nos peuples qui ont pourtant leurs propres approches et valeurs culturelles non négligeables.

En vue de tout ceci et plus encore, je voudrais aborder ici l’un des grands dilemmes modernes, je voudrais traiter des dilemmes dont doivent faire face tous les pays occidentaux tels que l’immigration, le national-populisme, l’identification et la neutralisation de potentiels terroristes, le respect des droits sociaux, des peuples et de la vie.

Un dilemme et des mesures disproportionnés qu’une démocratie telle la Suisse ou la France et l’Europe peuvent prendre pour se protéger, sans pour autant s’autodétruire par la même occasion. Je m’insurge contre l’érosion des libertés en Occident, je m’insurge contre la guerre d'Irak, en Afghanistan, en Libye, au Yémen et au Mali.

Je m’insurge également face aux occasions manquées qui ont suivi la guerre froide. Mais je m’insurge avant tout contre l’absence de révolte, lorsqu’il nous est montré que nous détruisons nos propres systèmes de valeurs.

Je suis intimement convaincu que l’obsession sécuritaire en Occident, à mon avis, est totalement démesurée : Je ressens la même chose que ressentirait toute personne charitable et progressiste, a tort ou à raison. La seule différence, c’est que je peux en faire un récit et je continuerai à le faire, tant que j’en serai capable – être un témoin de la vérité dans un monde qui change. Un migrant serait-il par essence un menteur et un Autochtone par définition un homme sincère ? Qui suis-je et qui serai-je - sont toutes des identités qui se situent sur un éventail de possibilités; un spectre qui comprend tout ce que nous pouvons nous imaginer d’être.

En regardant en arrière, nous pouvons expliquer, autoriser et réclamer les limites de nos frontières géographiques ou nationales et les plus grandes identités sociales. Mais le monde change. C'est l'ère du mouvement des gens. Personne ne sait exactement comment et où les pressions écologiques et économiques entraîneront les millions de personnes en mouvement. Mais il est certain que rien ne sera tel qu'il était. Être vivant maintenant nous oblige à participer à certaines des transformations les plus importantes de l'histoire de l'humanité.

Être vivant maintenant signifie également que nous avons le potentiel de faire ces transitions. Personne ne gardera la culture qu'ils ont eue il y a 50 ans. Il n'y a pas de retour en arrière. En tant qu'héritier, donc légitimement en droit de porter et même de fumer le calumet. Ne le fume pas qui le veut ou le peut, car il est réservé aux héritiers authentiquement vrais, conditions sine qua non pour que répondent ceux qui ont résisté aux exterminations, aux déportations pour que nous soyons là aujourd’hui.

Voilà mon histoire en Suisse ! L’homme africain existe en Europe et il est bien présent et là ! Je crois que nous mettons en danger le statut imaginaire de l’Occident, alors comment nient-ils notre existence ? Il serait cynique, à l’heure où les pays occidentaux se recroquevillent derrière leurs forteresses identitaires et rejettent à la mer le sud de l’humanité, de prétendre qu’un spectre hante l’Europe ! Alors, le rouleau compresseur idéologique est en marche… Le juste vivra par la foi, c’est mon cas.

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