Rien de nouveau sous le soleil

L'alternative que nous esquissons est peut-être la seule voie possible et réaliste pour briser la longue chaîne de dépendances, forgées pendant des siècles d'histoire, dont la logique inexorable n’est plus à démontrer.

Voici des décennies que ces arguments nous sont rabâchés. Il serait inutile de les répéter une fois de plus. Pourquoi devrions-nous gaspiller nos temps et nos énergies à nous adresser à maintes reprises aux mêmes oreilles sourdes ? Il est temps que nous explorions d’autres voies et moyens.

Ce que je propose aujourd'hui, c’est que nous recherchions des fonds pour assurer le transfert et l’acquisition des savoirs, «la Création de Valeur: Innovation et Mondialisation», de techniques et d’outils technologiques modernes, de valeurs spirituelles et communautaires, de normes de comportement.

La production d'un Nouveau Savoir

Une redéfinition du concept même de savoir et la révision du contexte dans lequel il est produit, voilà les conditions préalables et essentielles au développement d’une forme d’éducation, à même de servir et de promouvoir un projet global d'autonomie.

Contrairement à l’idée d’un savoir consacré en Occident :

– le savoir glané par des années d'instruction formelle, transmis et certifié par des institutions éducatives

– un nouveau savoir serait acquis par l'engagement actif dans la vie sociale et la transformation pratique de la réalité environnante : non plus une connaissance rigide, statique et transmise, mais un savoir en renouvellement permanent, construit petit à petit dans le processus réel de travail productif et dans le cadre d'activités sociales visant à satisfaire aux besoins de base : un savoir dont la preuve de validité serait tout simplement sa capacité à résoudre les problèmes quotidiens, en contribuant à l'amélioration immédiate et concrète de la vie d'une communauté donnée.

Avant d’esquisser une définition plus précise et d'élaborer quelques propositions concrètes de mise en œuvre de ce nouveau concept, il faudrait relever que ce qui est ici souligné, ce ne sont pas de simples principes idéalistes ou des vœux pieux. L'alternative que nous esquissons est peut-être la seule voie possible et réaliste pour briser la longue chaîne de dépendances, forgées pendant des siècles d'histoire, dont la logique inexorable n’est plus à démontrer.

Un projet de développement autonome ne peut voir le jour que si l’accent est mis sur la mobilisation et le plein usage des ressources disponibles à l’échelle de chaque unité pour laquelle cette autonomie doit être réalisée, qu’il s’agisse d’une petite communauté, d’une région ou d’un pays (voire dans l’avenir d’un groupe plus large de pays). Une telle approche est fondamentalement inconciliable avec l'utilisation de la technologie de pointe, produit du savoir détenu par une élite d'experts surqualifiés.

S’appuyer sur une telle technologie pour la promotion du développement ne peut évidemment conduire qu’à pérenniser et à renforcer cette dépendance. Autant que l'éducation est concernée, cette reconnaissance fondamentale devrait conduire à repenser complètement le problème d’une longue et coûteuse formation destinée à une minorité professionnelle. Bien que le besoin en formation spécialisée ne puisse être entièrement éliminé, les conditions de sa production et de son utilisation devraient radicalement changer.

Nous y reviendrons plus loin. Il devient de plus en plus clair, cependant, que la formation spécialisée ne peut, tout au plus, que jouer un rôle complémentaire et devrait par conséquent être subordonnée à l'effort principal d'encouragement de la population dans son ensemble à produire son propre savoir, par ses propres moyens. Cette idée est la clé d’une approche globale.

Autant il faudrait éviter la surqualification d'une minorité, autant nous devons prévenir le phénomène de « déqualification » de la majorité qui, marginalisée par le système formel d’éducation, n'apprend rien d'utile à son intégration dans la production et la vie sociale.

Ce phénomène dual de surqualification/déqualification ne peut être surmonté que si l'effort principal est orienté vers une formation initiale polyvalente, ouverte à tous, adaptée à la réalité et aux besoins locaux. Vue sous cet angle, l'absurdité de l'isolement de jeunes gens dans des « boutiques du savoir », loin de la vie communautaire et du travail productif, ne devient que plus frappante.

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