Coopérer avec l’ennemi: les leçons de «Game of thrones»

Défendre les communs, édifier des murs, etc : le philosophe espagnol Amador Fernández-Savater publie une réflexion menée avec Francisco Carrillo sur le pouvoir et la coopération, à partir d'une lecture originale de «Game of Thrones».

« Tout ce qui est bon est libre et sauvage » (Thoreau)

À première vue, la série « Trône de fer » [Game of thrones] peut être considérée comme une série profondément conservatrice. Au moins pour trois raisons :

En premier lieu, le peuple n’apparaît jamais. Dans la dialectique entre fond et figure, le peuple n’est que le fond sur lequel se dessinent les figures et leurs luttes de pouvoir: les rois, les chefs, les guerriers, les magiciens, les conseillers des princes, etc. Mais, dans une scène de la septième saison, on est surpris de voir un groupe de soldats en train de chanter, manger et discuter entre eux, et pas d’être égorgés ou brûlés par le feu valyrien. Alors que la caméra se pose à la hauteur des gens du peuple, nous pouvons assister à la manière dont le monde d’en bas vit et se pense : les soldats s’attristent de l’absence de leurs proches bien aimés qui sont toujours trop loin, ils se moquent de l’hypocrisie de leurs leaders et finissent par dire quelque chose comme: « leurs guerres, nos morts ». Le désir du peuple, disait Machiavel, «est, simplement, de ne pas être opprimé ».

En deuxième lieu, les personnages qui ont un comportement éthique, ceux qui refusent la terreur et la violence, qui ne font pas de distinction entre les fins et les moyens ou qui agissent par principes, finissent toujours par le payer. Ils nous sont présentés comme des « bonasses » sans vision stratégique et donc destinés à mourir pendus, décapités ou trahis par leurs rivaux plus rusés. Rappelons en ce sens le sort de Frère Ray, de Ned Stark ou ce qui arriva à Tyrion lorsqu’il négocia avec les ennemis de Meeren. C’est d’ailleurs une des grandes innovations argumentaires de la série : tuer les bons.

En troisième lieu, c’est la guerre de tous contre tous. Les personnages ont constamment un poignard caché dans le dos, ils n’ont recours qu’à des relations instrumentales (mariage de convenance, alliance stratégique) et se défendent en se faisant redouter des autres. Pourquoi le monde de « Trône de fer » est-il si instable et dangereux ? Il ne manque pourtant pas de lois et d’institutions qui tentent de garantir l’ordre d’en-haut. Alors que se passe-t-il ? Ce qui brille par son absence, c’est la confiance. C’est sans doute le grand thème de la série : en qui peut-on avoir confiance ? Sur quoi le lien de confiance se base-t-il ?

Mais est-il possible de faire une autre lecture ? Il nous semble que oui. L’évolution qu’a connue la série est marquée par un certain nombre d’éléments qui permettent d’offrir un autre regard, moins conservateur et hobbesien que celui que nous venons d’exposer.

Jon Nieve (à gauche) et Mance Rayder © 'Game of Thrones' Jon Nieve (à gauche) et Mance Rayder © 'Game of Thrones'

Les Marcheurs Blancs : catastrophe globale

Les débuts sont importants. Comment démarre la série ? Dès la première scène nous sont présentés les effrayants Marcheurs Blancs, une menace ancestrale qui a réapparu. Ce sont des zombies aux yeux bleus qui habitent au Nord, au-delà du grand Mur. Une armée en expansion qui s’alimente des vies qu’elle emporte. Les Marcheurs Blancs joueront un rôle de plus en plus important dans la trame de l’histoire.

Catastrophes économiques, crise écologique, conflits religieux ou identitaires, etc. Si les zombies (dans leurs différentes variantes : morts vivants, infectés/contaminés, etc.) sont aussi présents sur nos écrans, cela se doit sans doute au fait que nous vivons des temps apocalyptiques : si cela continue ainsi, le monde n’a pas d’avenir. Mais y a-t-il plus de risques objectifs aujourd’hui que dans le passé ? Il ne semble pas. Le danger nucléaire lié à la Guerre Froide semble constituer un seuil difficilement égalable et malgré cela, les années 60’ furent exceptionnellement utopiques. Il semblerait que ce qui se passe depuis un certain temps corresponde plutôt à un changement subjectif : l’avenir n’est plus perçu comme une promesse, mais bien comme une menace. L’espoir placé dans le futur a laissé place au sentiment que demain ne peut qu’être pire qu’aujourd’hui.

Les Marcheurs Blancs représentent le mal, aujourd’hui latent ou en veille, mais qui finira par tous nous emporter un jour. Ils sont la catastrophe globale dont on ne peut se protéger de manière individuelle et qui ne peut être contenue derrière un mur. Une crise qui n’est pas ponctuelle mais structurelle ou de civilisation.

Ambivalence de la catastrophe

Mais la catastrophe n’est jamais un phénomène univoque. Elle a toujours un caractère ambivalent. C’est aussi le cas dans « Trône de fer ».

- D’une part, la catastrophe comme événement à venir. Elle est la meilleure manière de justifier le maintien de l’ordre des choses. « The winter is coming ». Le mal provient du dehors, il est radicalement autre. Nous pouvons donc continuer à vivre de la même manière, simplement nous protéger en coupant la relation avec le dehors, avec l’autre. Les rois, les guerriers, les sorciers et les murs sont alors à même de nous protéger.

Dans la série, un mur gelé et gigantesque (300 miles de longueur, 700 pieds de hauteur) divise les « règnes des hommes » et la terre habitée par la menace. Non seulement par les Marcheurs Blancs -de fait, leur dernière apparition date de tellement longtemps qu’il existe le doute qu’ils ne soient qu’une légende-, mais également et surtout la menace constituée par les « peuples sauvages », des milliers de tribus et de clans qui vivent dans le territoire gelé.

La Garde de la Nuit surveille le Mur. Il s’agit d’un corps répressif (et réprimé : il leur est interdit d’avoir des relations sexuelles), éduqué dans la haine de ce qui vit au-dehors. Elle est chargée de maintenir la division (millénaire) qu’établit le Mur : celle qui sépare l’humain du barbare, les sauvageons des humains. Mais le Mur, évidemment, ne protège pas de l’autre, il construit l’autre en tant qu’autre. Comme le reconnaît Jon Snow, les sauvageons « ont commis l’erreur d’être nés de l’autre côté ». Le Mur subjectivise l’autre et permet de ne pas le connaître : lui arracher son humanité, lui appliquer l’image de l’ennemi.

L’ordre se sert de la catastrophe. Il lui permet ainsi de ne rien changer et construit de boucs émissaires qu’il utilise comme forme de contrôle social. Mais il est bien connu que les protections immunitaires reproduisent souvent les conditions du mal et alimentent les désastres…

- D’autre part, la catastrophe, comme processus en marche. Celle-ci peut fonctionner comme « révélateur » : un espèce de trou qui nous permet de voir comment sont les choses et de quoi elles sont faites. Elle est alors l’occasion de nous interroger sur la vie en commun.

Vu ainsi, le mal ne se situe pas au-dehors puisqu’il est inscrit dans les structures mêmes de pouvoir. Il n’est pas le radicalement autre, mais plutôt un miroir de ce qui est déjà là. Il n’est pas un événement à venir, il est inscrit dans les conditions mêmes de la vie quotidienne.

La manière dont est reçue ce second type de catastrophe est très différente : on passe alors de la peur générée par la menace qui nous maintient paralysés à un désir de changement. De la croyance que seul l’ordre peut nous protéger à la vision de ce même ordre comme catastrophique en soi. De la peur et de l’espoir à l’action ici et maintenant. De la crise de civilisation à la mutation civilisatoire.

La conception souveraine du pouvoir.

Si nous ne pensons pas la catastrophe comme un événement à venir mais bien comme un processus en marche, la première question que nous devrions nous poser est : quelle est l’histoire de ce processus ?

Les Marcheurs Blancs furent créés il y a des milliers d’années comme arme de guerre entre les différents règnes. Mais à un moment donné, cette « arme » a pris son indépendance et est devenue une menace pour tous les êtres vivants. C’est un thème récurrent du genre catastrophe : le monstre résultant de la radioactivité ; un désastre entraîné par le mauvais usage de la science et de la technique de la part des scientifiques, des militaires et des gouvernements… Le mal ne vient pas de l’extérieur et ne peut être maintenu au-dehors, parce qu’il a vu le jour ici et vit parmi nous.

Quelle est alors la catastrophe dans « Trône de Fer »? C’est-à-dire, quelles sont les conditions qui ont permis l’apparition des Marcheurs Blancs ? C’est la guerre permanente entre les différents règnes, la guerre pour la conquête du Trône de Fer. Le mal est le jeu de trônes en soi. Une certaine conception du pouvoir : la conception « souveraine » du pouvoir.

Qu’implique cette conception ? Le pouvoir souverain est concentré et exclusif : ou c’est toi qui l’as, ou c’est moi qui l’ai. Il n’y a qu’une seule personne qui puisse occuper le Trône de Fer. Avoir le pouvoir passe par la soumission de l’autre, le bien-être passe par le mal-être de l’autre, la sécurité passe par l’insécurité de l’autre. Comme l’explique clairement la reine Cersei : « la vie au Sud implique la mort au Nord ». Mors tua, vita mea.

C’est facile à comprendre puisqu’il nous suffit d’ouvrir les yeux et d’observer la réalité dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Nos vies occidentales reposent sur cette conception catastrophique du pouvoir. Et de temps en temps, même pour nous qui vivons protégés par le Mur, le boomerang nous revient. Un attentat terroriste, l’exode massif de réfugiés, etc. Les Marcheurs Blancs sont le boomerang.

Ned Stark, Khaleesi, Tyrion, des alternatives ?

Y a-t-il une alternative à cette conception du pouvoir ? En trouve-t-on dans la série ? Voyons quelques possibilités :

- Ned Stark : Il ne représente pas une option très consistante. Celle-ci pourrait être comparée au fait d’avoir confiance en l’ONU, au développement durable ou au capitalisme vert. Ned Stark est bon et honorable, il a ses principes et est fidèle à son peuple, mais il ne remet rien en question de manière structurelle : ni le Mur, ni la Garde de la Nuit, ni le Trône de Fer, tout au plus un abus de pouvoir ici ou là. Moraliser le pouvoir n’arrange rien. La nostalgie récurrente présente dans la série pour le personnage de Ned Stark est celle d’un ordre bon, juste et équilibré qui n’a jamais existé.

- Daenerys Targaryen. C’est la figure du messianisme populiste, du leadership charismatique auquel les gens « croient » (l’affect de la foi comme ciment entre les gouvernants et les gouvernés). Elle maintient une rhétorique rupturiste (« rompre la roue du pouvoir »), mais ne sort pas de la conception souveraine du pouvoir : c’est elle qui doit occuper le Trône de Fer pour y promouvoir de « bonnes politiques ». Nous avons déjà pu nous rendre compte des problèmes que posent cette manière de concevoir les choses dans la pratique : le changement étant dirigé d’en-haut, le résultat est fragile. Les esclaves veulent redevenir des esclaves, les traditions qui avaient été abolies par des décrets réapparaissent ensuite, etc. Ce sont les problèmes classiques de la conception élitiste du changement social.

- Tyrion Lannister. Il existe une lecture intéressante de « Trône de Fer » qui place ses espoirs dans les « anomalies » : les femmes, les bâtards, les boiteux, les énuques, les nains, les mutilés, les prostituées, etc. C’est-à-dire tous ceux qui sortent de la norme et du modèle dominant correspondant à l’homme blanc, adulte, propriétaire ; roi, guerrier, sage ; sain, avec pouvoir, hétérosexuel. Mais, et si cette anomalie ne fonctionnait pas selon une logique différente du pouvoir ? Il y a des femmes qui luttent pour le Trône de Fer, des bâtards déprédateurs, des boiteux qui pensent tout savoir, des énuques qui conseillent les princes, des mutilés qui se vendent au plus offrant, des prostituées qui trahissent leurs affects pour se rapprocher du pouvoir. L’anomalie en soi ne suffit pas.

Un commun fait de différence: les sauvageons

Où trouver alors cette alternative ? Au cours de la deuxième saison apparaît une différence qualitative qui changera de manière imperceptible la série dans sa totalité : les sauvageons. Évidemment, « sauvageons » est une étiquette colonialiste du pouvoir afin de maintenir ceux-ci confinés au-delà du Mur. Eux se nomment le « Peuple Libre » (Free folk) et affirment avec orgueil leur différence : une force de caractère, une liberté dans les traditions, etc.

Les sauvageons habitent au-delà du Mur, une splendide terre gelée où, comme l’explique Tormund Fléau-d’Ogres, « pour rester en vie, tu dois te déplacer en permanence ». Ce mouvement constant s’est alors organisé comme une fuite massive : pour survivre, les sauvageons doivent arriver à franchir le Mur et s’éloigner des Marcheurs Blancs. Ils sont une nation en marche, un règne qui se déplace, une fédération improbable de clans et de tribus.

Les sauvageons sont, dans « Trône de Fer », ce qui ressemble le plus à un peuple (et non une masse de sujets). On y retrouve certains des personnages les plus libres, les plus attrayants et les plus sensibles de la série : la guerrière Ygrid, le leader Mance Rayder, le sympathique Tormund. Les sauvageons revêtent trois caractéristiques qui, à nos yeux, en font une authentique alternative.

En premier lieu, ils ne cherchent pas le pouvoir. Ils représentent une armée de plus de 100.000 hommes (et de femmes !), mais ce sont pourtant les seuls qui ne cherchent pas à prendre le pouvoir du Trône de Fer. Comme l’explique Mance Rayder, ils ne poursuivent ni le pouvoir ni la gloire, ils veulent seulement vivre et qu’on les laisse en paix. Passer de l’autre côté du Mur, avoir des terres, cultiver, vivre.

En deuxième lieu, leur direction n’est pas institutionnelle. Il y a un Roi d’au-delà du Mur, Mance Rayder, un déserteur de la Garde de la Nuit parti vivre avec ses ennemis. Mais comme l’explique Ygrid à Jon Snow, Mance n’est pas un roi parce que son père était roi (une idée qui produit chez lui répulsion et rire à la fois) mais bien parce qu’il est un chef élu. Et il a été élu pour remplir une mission concrète : conduire le Peuple Libre au-delà du Mur. Ce n’est pas un souverain mais un leader fonctionnel, ce dont il est absolument conscient et qui conditionne d’ailleurs certaines de ses décisions, comme par exemple celle de supprimer le devoir de s’agenouiller après une défaite militaire, ou encore celle de ne pas enrôler les siens dans une guerre lointaine, ce qui finira par lui coûter la vie.

En dernier lieu, le Peuple Libre est un commun fait de différences. L’armée de Mance, où sont présentes sept langues différentes, regroupe plus de 90 clans (les Adorateurs de la Lune, les Pieds Cornés, les Thenns) qui auparavant se haïssaient à mort. Elle comprend même différentes races (des humains, des géants, des change-peaux). Il a fallu 20 ans pour que Mance Rayder arrive à accomplir l’ « œuvre de sa vie », c’est-à-dire les unir et tisser une toile de coopération là où il n’y avait que des inimitiés immémoriales. La différence chez les sauvageons s’unifie sans se soumettre et n’offre aucune concession à la souveraineté : personne n’est obligé de s’agenouiller devant Mance, de fait, dans le Peuple Libre personne ne s’agenouille devant personne, contrairement à ce qui se passe dans les royaumes des hommes.

On retrouve chez les sauvageons une autre conception du monde où la domination et la gloire ne passe pas avant la vie. Une autre conception du pouvoir où celui-ci est réparti ou partagé (il ne se concentre que de manière ponctuelle, seulement lorsque c’est nécessaire). Une autre conception de l’être ensemble dans laquelle les différences cohabitent en égalité, sans s’exclure, ni se supprimer entre-elles et sans disparaître, en préservant un équilibre toujours instable et conflictuel. Ce n’est qu’à ces conditions que la confiance devient à nouveau la base possible des liens.

La puissance du dehors

Lorsque la vie de certains implique la destruction des autres, le monde finit par ne plus avoir de futur. Les Marcheurs Blancs sont précisément la figure de ce non-futur. Il faut changer radicalement de logique. Mais est-ce possible ?

Un exemple dans le monde réel. La sécurité de l’État Israélien, qui se fonde sur les murs, les colonies et les postes de contrôle, est l’ennemie absolue de la vie des palestiniens : des enfants prennent plusieurs heures pour arriver à l’école, des femmes enceintes meurent aux check-points, etc. Et de temps en temps le boomerang revient : un attentat, un obus, une attaque. Ce qui ne sert qu’à justifier une fois de plus les murs. Les acteurs de la désobéissance civile palestinienne font une proposition: changeons de logique. Désobéissance civile au lieu de violence armée. Humanisation de l’autre au lieu de construction de l’ennemi. Une conception partagée du pouvoir selon laquelle la sécurité, la justice et le bien-être des uns dépendent de la sécurité, de la justice et du bien-être des autres. Vita tua vita mea.

Ils arrivent. Les Marcheurs Blancs sont ici. Le mur ne peut les contenir. Personne ne peut se sauver. La guerre que se font les rois est ridicule : à quoi sert le pouvoir dans un monde mort ? Seuls les salauds ou les idiots s’agrippent au désir du Trône. Pour vivre, il faut coopérer avec ceux qui étaient jusque-là nos ennemis. Seuls les autres peuvent nous sauver.

Snow est le personnage qui va altérer la trame entière de la série. Comment ? En faisant comme les sauvageons. Il a vécu avec eux, il a marché avec eux, il est tombé amoureux de l’une d’entre eux, Ygrid. Il est affecté, l’expérience l’a transformé. Ainsi contaminé, il pourra contaminer les autres : d’abord les rois du Nord, ensuite la Khaleesi. Il les convainc de coopérer.

Certains philosophes contemporains parlent de la « puissance du dehors ». Le dehors contient alors la force capable de transformer les choses lorsque nous osons faire alliance avec lui. Mais ceci n’est pas facile, il y a un prix à payer. En premier lieu, il faut prendre le risque d’altérer la carte des coordonnées qui nous servait auparavant à donner du sens. Jon Snow fait alliance avec la puissance du dehors et permet aux sauvageons de traverser le Mur. Il brouille ainsi la frontière qui a organisé le monde depuis des milliers d’années : celle qui sépare l’humain et le barbare. Snow propose une nouvelle alternative : ceux qui respirent et ceux qui ne respirent pas. Ce qui lui coûtera la vie (au moins une d’entre elles !).

Il faudrait mener ce questionnement jusqu’à ces dernières conséquences et laisser vide à jamais le Trône de Fer. Que personne n’en veuille, que personne ne le désire. Le concevoir comme le mal et commencer à jouer à un autre jeu : le jeu qui permette d’éviter que se cristallise un quelconque pouvoir souverain et central. Le jeu de la destitution. Autrement, le vieille menace des Marcheurs Blancs finira toujours par revenir, comme un miroir, un négatif du pouvoir souverain, avec son Roi de la Nuit, ses sujets-zombies, y compris ses dragons de destruction massive !

« Gagner ou mourir », c’est en apparence l’alternative que nous propose « Trône de fer ». Ce message a fait les délices de tous les stratèges machiavéliques adorateurs du pouvoir souverain, en commençant par Pablo Iglesias, le leader de Podemos, qui réalisa la coordination un livre qu’il intitula de cette manière. C’est pourtant une erreur tant au niveau de la lecture de la série que comme proposition politique. Parce qu’on peut gagner et mourir. Avoir le pouvoir et être complètement impuissant. Régner et ne pouvoir que gérer la mort. Imaginons Daenerys portée au pouvoir du Trône de Fer mais dans un monde conquis par les Marcheurs Blancs. Ça serait un peu comme Tsipras en Grèce !

Mais il est aussi possible de mourir et de gagner. C’est le cas de Mance Rayder : il meurt, mais il n’est pas vaincu. Il sème la graine d’un nouveau paradigme, d’une nouvelle vision du monde qui subsiste et continue à agir et à tout transformer, petit à petit. Honneur à toi, Mance Rayder !

Amador Fernández-Savater et Francisco Carrillo.

* Merci à Franco Ingrassia (« Varys »), à Elvira Liceaga (« Une fille ») et à José Miguel Fernández Layos (« Littlefinger ») pour les conversations.

Traduction : Anouk Deville

Le texte original, en espagnol, a été publié ici.

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