"Karen BLIXEN et sa ferme africaine" par Amadou Bal BA

Karen BLIXEN (1885-1962), une exceptionnelle conteuse et sa ferme africaine

Karen BLIXEN (1885-1962), une exceptionnelle conteuse et sa ferme africaine

Karen BLIXEN, surnommée Tanne ou Tannia, est née DINESEN le 17 avril 1885, à Rungstedlund, d’une famille aisée de fermiers et marchands du Danemark, une richesse dans la discrétion et par le travail. La jeune Karen, une féministe et estimant sa famille étouffante, est attachée à sa liberté «Il y a toujours, pour chacun de nous, quelque chose plus important que tout le reste, et je crois bien que, pour moi, c’est la liberté. (…) Je place ma liberté au-dessus de tout.» écrit Karen BLIXEN dans ses «Lettres d’Afrique». En effet, sa mère, Ingeborg WESTENHOLZ (1856-1939) était une suffragette, luttant pour la liberté des femmes. «Ingeborg, c’est presque une vieille fille, stricte austère. Une intellectuelle, très cultivée, polyglotte, un rat de bibliothèques et de musées» écrit Violaine GELLY, une des biographes de Karen BLIXEN. La mère de Karen était une forte personnalité semblant écraser de tout son poids, par des conventions sociales conservatrices, l’épanouissement de la jeune Tanne : «Je crois que cela a été, pour moi, un bien grand malheur que de grandir au sein de la famille (…). Ils m’ont rendu toute fronde impossible. Tu te souviens certainement de cette étonnante grande capacité de notre grand-maman vis-à-vis de ses enfants, et qu’a ensuite possédé maman vis-à-vis de nous, toute tentative de contradiction, et même d’empêcher que nous puissions, au fond de nous-mêmes, nourrir la simple idée qu’il soit possible que maman puisse se tromper, de sorte qu’il aurait mieux valu pour nous d’agir directement contre sa volonté ; cette aptitude tout à fait particulière a exercé une influence néfaste sur ma vie. Je ne veux pas dire que cela m’ait rendue malheureuse, mais cela a gâché toutes les capacités qui étaient en moi» écrit Karen BLIXEN, à son frère et biographe, Thomas DINESEN. Cependant, la mère aura une influence décisive sur ses enfants : «D’une façon tendre, mais ferme, elle guida les pensées et sentiments de ses enfants, si bien que ses paroles furent également notre loi» écrit Thomas DINESEN dans «Karen Blixen, ma sœur». La jeune Karen étudie les beaux-arts à Copenhague et la peinture à Paris et à Rome. Elle écrit, à la même époque, une série de textes qui passent inaperçus, cet insuccès la détourne, momentanément, de la carrière littéraire. C’est le film «Out of Africa» tiré de son roman, en 1985, «la ferme africaine», publié en 1937, qui la rendra célèbre, longtemps, après sa mort en 1962. «J’ai possédé une ferme en Afrique, au pied du N’Gong. La ligne de l’Equateur passait dans les montagnes, vingt-et-cinq mille au Nord. (…) Vues de la ferme, les montagnes changeaient d’aspect au cours d’une même journée : tantôt elles paraissaient toutes proches, tantôt reculées à l’infini» ainsi démarre la «ferme africaine», des souvenirs d’une Européenne qui avait vécu au début du XXème siècle, en Afrique, et en pleine période coloniale. Karen ayant des goûts aristocratiques, elle avait le sens des hiérarchies, tout en étant affectueuse, à sa manière à l’égard des Africains «Karen Blixen affirme aimer les indigènes, mais n’en respecte pas moins une hiérarchie solidement établie. Au-dessus de tout se trouve Dieu, suivi de l’aristocratie blanche à laquelle elle appartient, puis des autres Blancs. Après eux, la hiérarchie passe directement aux animaux. Les indigènes, comme sa ferme, sont sous «sa responsabilité». Elle compare, avec tendresse, son cuisinier, Kamanté, «à un chien civilisé qui a longtemps vécu avec des humains», élevant ainsi la position de l’employé dans la hiérarchie au rang de l’animal» écrit Lucy MUSHITA. En effet, la future baronne Karen BLIXEN s’éprend d’abord de son cousin germain Hans von BLIXEN-FINECKE, mais ce sentiment ne sera jamais partagé. Karen BLIXEN arrive le 14 janvier 1914 au port de Mombasa, au Kenya et se marie, le même jour à son cousin de second degré, le baron Bror Fredrik von BLIXEN-FINECKE (1886-1946).

La baronne Karen BLIXEN est habitée par une grande passion pour la chasse et les «Safaris». «Avant que j’assume la direction de la ferme, la passion de la chasse et les «Safaris», avaient absorbé la majeure partie de mon temps. Lorsque je devins «fermière», je déposais mon fusil» écrit-elle. Karen BLIXEN, avec son mari, exploitent ensemble une plantation de café, M’Bagathi, sous les collines du N’Gong,  à 20 km de Nairobi, au Kenya. On a une description de la future capitale et sa banlieue occupée par les Somalis. «Mombassa ressemble au paradis peint par un enfant où les palmiers se balancent le long d’un rivage aussi vert et aussi agréable à voir qu’une oasis» écrit Karen BLIXEN. La baronne BLIXEN achètera une ferme, provenant essentiellement de fonds émanant de sa famille. «Nous cultivions surtout le café, mais ni l’altitude, ni la région, ne lui convenaient très bien ; et nous avions souvent du mal à joindre les deux bouts. Jamais ma ferme n’a connu l’opulence, mais la culture du café est une culture à laquelle on ne renonce pas, elle vous tient constamment en haleine» écrit Karen BLIXEN. Dans sa grande résilience, Karen BLIXEN ne manquait pas sa production épistolaire de faire état de santé, des difficultés financières de sa ferme «Il faut absolument que j’écrive et je  ne connais personne d’autre que toi à qui je puisse écrire ; à qui d’autre pourrai-je ouvrir mon cœur. Être réduite au silence, comme je le suis ici, alors que l’on connait les difficultés que je connais en ce moment, cela donne l’impression d’être enterrée vivante, comme si je gisais au fond des ténèbres avec le poids de la terre entière reposant sur ma poitrine. Je n’ai jamais cessé de lutter» écrit-elle à Thomas DINESEN. La situation de la ferme est difficile, avec de lourdes conséquences «aucune possibilité de battre en retraite ; ceux qui ne peuvent battre en retraite doivent vaincre ou mourir» écrit-elle dans ses «Lettres d’Afrique». Solitaire, courageuse, exigeante, cultivant sa légende avec soin et profondément éprise de l’Afrique et des Africains, l’auteure proclame, désormais, «où que je puisse être au monde, je me demanderai toujours s’il peut au N’Gong» écrit Karen BLIXEN dans «ses lettres d’Afrique, 1914-1931».

Karen BLIXEN, qui écrivait en anglais et en danois, prit le nom d’artiste, Isak DINESEN, un retour à son patronyme. «Isak» étant un prénom masculin, en référence à Wilhelm DINESEN (1845-1895), signifie en Hébreu «celui qui rit». Son père, officier ayant servi en France, a vécu au Canada et aux Etats-Unis, atteint de syphilis, se suicide, par pendaison, le 28 mars 1895, alors que Karen n'avait que 10 ans. Son père, connu sous le pseudonyme de «Boganis», auteur des «Lettres de chasse» et amoureux de la nature, était son idole «L’image qu’a le public de Boganis reste sans doute celle d’un homme dont le désir et le but étaient avant tout de jouir de la vie. J’ai eu la curieuse impression que le destin de mon père s’est, en quelque sorte, reproduit dans le mien. Ce que j’aimerais avoir exprimé, c’est ce trait de caractère particulier chez lui, cette capacité de supporter une défaite à condition que celle-ci ait des moments d’héroïsme» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». Karen BLIXEN a affronté diverses épreuves de la vie : joies et drames de l'existence : les riches rencontres, les safaris, la sécheresse, la syphilis transmise par son mari infidèle, un divorce en 1921 et la grippe espagnole. Il y aura surtout la mort précoce, le 14 mai 1931, de Denys FINCH HATTON (1887-1931), un chasseur de grands chemins, qui l’avait abandonnée pour une aviatrice anglaise. Dans sa «ferme africaine», l’auteure est restée discrète sur cette relation amoureuse. En revanche, dans ses «Lettres d’Afrique» Karen BLIXEN «Denys est ici, pour l’instant, et je n’ai jamais de ma vie été aussi heureuse qu’en ce moment. Tu sais ce que cela veut dire que d’être heureux de la sorte et que cela accapare toutes vos pensées et votre être entier. (…) Il me semble que je suis pour l’éternité liée à Denys, vouée à aimer le sol qu’il foule, à être indiciblement heureuse lorsqu’il est ici et à souffrir bien plus que la mort lorsqu’il s’en va» écrit-elle à son frère et biographe, Thomas DINESEN.

Dans ces drames innommables et innombrables, il y aura enfin, le coup de grâce : les mauvaises récoltes de café et la faillite de la ferme. «Ma famille qui avait mis de l’argent dans la ferme, m’écrivit du Danemark qu’il fallait la vendre. Quand, je n’eus plus d’argent, et que les récoltes ne couvrirent plus les frais, je fus forcée de vendre la ferme», écrit-elle. En 1931, Karen BLIXEN, qui avait choisi l’emplacement de sa tombe sur la colline du N’Gong, quitte définitivement l’Afrique, pour retourner au Danemark. Dans une certaine mesure, l’auteure croit au Destin «Je me remémorais les événements des derniers mois. J’essayais de comprendre ce qui m’était arrivé. Il me semblait que j’étais sortie de l’existence ordinaire pour entrer dans un tourbillon où je n’aurais jamais dû me trouver. Où que j’aille la terre manquerait sous mes pieds, les étoiles tomberaient du ciel. Tout ce qui m’était arrivé pouvait n’être qu’une succession de coïncidences, une série de malchances, mais toutes se rattachent à une même cause : un signe du destin» écrit-elle. Karen BLIXEN aura affronté des obstacles majeurs dans sa vie : le suicide son père et le retour dans son pays ruinée. Sans ces événements tragiques, sans doute que la baronne ne serait pas cette écrivaine talentueuse. Femme libre et orgueilleuse, sa nouvelle vie au Danemark est vécue comme une camisole de force. Férocement décidée à vivre, Karen BLIXEN se sent exilée dans son propre pays : «Mon cœur est enterré à N’Gong, et c'est une sorte de gesticulation de fantôme que je mène ici. L'Afrique m'a faite, le Danemark m'a défaite» écrit-elle dans ses «lettres du Danemark 1931-1962». Lorsque son oncle, Aage WESTENHOLZ (1859-1935), lui a reprochée d’avoir gaspillé l’argent de la famille dans la ferme africaine, Karen BLIXEN réplique qu’elle a donné sa santé et sa vie et les autres n’ont donné que l’argent. «J’ai dit à ma mère qu’elle n’avait pas grand-chose à attendre de moi, car l’autre moitié de moi était restée au N’Gong, et j’ai maintenant le sentiment que la moitié du reste repose, non pas au cimetière, mais dans le passé. C’est une tâche difficile de se trouver pour la deuxième moitié de sa vie devant l’obligation de se créer une existence, alors qu’on est sorti de la jeunesse» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark».

Il ressort de la contribution littéraire de Karen BLIXEN, que les difficultés et les défaites, il faudrait quitter le terrain du spectateur et de la victimisation et ne jamais rendre les armes. La création littéraire l’a permise de rebondir, une sorte de pied de nez à l’adversité. En rêveuse, mais astreinte à une discipline d’écrivaine, Karen BLIXEN a toujours confiance en ses talents littéraires : «On pourrait se demander où Karen Blixen a puisé la force, non seulement d’écrire, mais aussi de créer une existence nouvelle. Sa forte personnalité s’est mise en retrait quelque temps en faveur du livre, seul travail susceptible de maintenir en vie son intégrité intellectuelle, alors menacée de décomposition totale» écrit Frans LASSON, dans la préface de ses «Lettres du Danemark». Karen BLIXEN, admiratrice de la Némésis, Déesse grecque de la fatalité, pense que toute création artistique implique une considération de prix et de valeur des choses. Lutteuse dans l’arène, l’auteure recommande de s’armer de courage, de résilience, d’amour, de sincérité et de générosité, afin de surmonter ses faiblesses. «La vie exige la capacité de conquérir et de se défendre» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». En effet, seules la création littéraire et son immense passion pour le continent africain auront permis à Karen BLIXEN de surmonter les obstacles de la vie et devenir ainsi immortelle à travers ses écrits : «Ce que je désire de tout mon être c'est la vie, et ce que je redoute et devant quoi je fuis c'est le vide et l'anéantissement, et que croit-on que soit la mort ? J'ai terriblement envie de vivre, je suis terriblement contrariée à l'idée de mourir» écrit Karen BLIXEN dans ses «lettres d’Afrique».

Refusant le coup du sort et de se plier au destin, au retour au Danemark, ses déceptions engendrent une vocation littéraire «Quand les dieux veulent vous punir, ils exaucent vos vœux» écrit-elle. En effet, «La ferme africaine» est une forme de réécriture de l’histoire, une revanche sur le destin : «Vu de la ferme, les montagnes changeaient d’aspect au cours d’une même journée : tantôt elles paraissent toutes proches, tantôt reculées à l’infini» écrit Karen BLIXEN. En effet, Karen BLIXEN voulant faire reculer les limites, a écarté la possibilité du suicide, et a adopté la posture du caméléon qui «ne pouvait vivre sans sa langue qui lui permettait d’attraper les insectes nécessaires à sa vie» écrit-elle. L’écriture est donc une revanche sur le coup du sort «Elle avait enfin les mains libres pour créer un monde qui était entièrement son œuvre, et sur lequel elle pouvait régner en souveraine, sans craindre les défaites qu’elle subissait» écrit Hans LASSON, dans la préface des «Lettres d’Afrique». Voulant échapper au Destin, Karen BLIXEN estime que le rire fait vibrer les montagnes. Aussi Karen BLIXEN a une envie terrible de vivre, de provoquer, à travers le désastre de la ferme au Kenya, la Résurrection par la création littéraire. Adepte de Friedrich NIETZSCHE, la baronne a décidé de dire oui à la vie «Je suis né pour bénir et pour dire oui, et c’est pourquoi j’ai longtemps lutté et je suis un lutteur pour avoir les mains libres pour bénir» disait le philosophe allemand.

Karen BLIXEN a une certaine esthétique de la vie, tirée du «Banquet» de Platon «A l’époque où le désespoir de quitter ma ferme me gagnait, j’ai en vain cherché une consolation, dans mes livres» dit-elle. En vue de la création littéraire, il faut un énorme courage, en commençant par jeter le cœur au-dessus de l’obstacle et ensuite, comme un cavalier, il sera facile de franchir les obstacles. Par conséquent, sa production littéraire est lente, ses écrits mitonnés et travaillés pour rester dans l’éternité : «J’ai dû réécrire un bon nombre de choses une cinquantaine de fois. Ça en valait la peine» dit-elle. «Si j’avais pu m’occuper de ma ferme, j’aurais jamais écrit un seul livre. Je n’ai pas l’ambition d’écrire, mais plus certainement l’ambition de bien écrire. J’ai une grande admiration pour les esprits hautement productifs dans toute forme d’art, je reste persuadée cela doit être la qualité et non la quantité du travail qui détermine la valeur d’un artiste» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». Les problèmes de santé ou les questions de traduction ont également retardé la publication de ses ouvrages. Karen BLIXEN a d’abord écrit des contes «J’appartiens à une étrange, oisive, sauvage et inutile tribu, dont je suis peut-être le dernier membre : je suis une conteuse» écrit-elle. En effet, Karen DINESEN, qui excelle dans l’art de la conversation, avec une écoute attentive, est avant tout une formidable conteuse, une Schéhérazade des temps modernes : «Moi, je suis une conteuse, et rien qu’une conteuse et c’est l’histoire elle-même qui m’intéresse, et la façon de la raconter» dit-elle. Ainsi, dans «la ferme africaine», ses souvenirs, son amant, Denys, possédait cette qualité inestimable à mes yeux : il savait écouter une histoire. L'art d'écouter une histoire s'est perdu en Europe. Les indigènes d'Afrique, qui ne savent pas lire, l'ont conservé. Les Blancs eux ne savent pas écouter une histoire, même s'ils sentent qu'ils le devraient. S'ils ne s'agitent pas, ou s'ils ne peuvent pas s'empêcher de penser à une chose qu'ils doivent faire toutes affaires cessantes, ils s'endorment. Ces mêmes personnes peuvent fort bien demander quelque chose à lire, un livre ou un journal, et sont tout à fait capables de passer la soirée plongées dans quelque chose d'imprimé, et même de lire un conte. Les «Sept contes gothiques» (Seven Gothic Tales), une littérature fantastique, ont été publiés aux Etats-Unis, en anglais, le 9 avril 1934, avant d’être traduits en danois et en français en 1955. Les «Contes d’hiver», achevés le 26 avril 1942, sont publiés, simultanément, en avril 1943, au Danemark, en Suède, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Allemagne, et en 1970 chez Gallimard. Les «Nouveaux contes d’hiver» paraissent en 1957 et sont traduits chez Gallimard, en 1977.

Karen BLIXEN n’a écrit qu’un seul roman, «Les voies de la vengeance», publié en 1944, sous le pseudonyme de Pierre ANDREZEL, est traduit en français, dès 1964 chez Gallimard. Le décor de ce roman d’aventures gothiques, tiré d’un fait divers tragique, prend place dans le Languedoc ; une histoire sordide d’un pasteur ayant adopté deux filles anglaises et interrogé par un juge pour la disparition de filles vendues en Amérique Latine. Karen BLIXEN a vécu en France et parle notre langue. La femme du pasteur est une baronne, référence nobiliaire traduisant un clin d’œil à son statut social. Son père a servi comme militaire également en France, pendant les évènements de la Commune ; il a publié un livre à ce sujet, «Paris sous la Commune».

Curieusement, c’est dans les contes de Karen BLIXEN que l’on trouve des éléments substantiels de sa biographie. Ainsi, Karen BLIXEN a mis en scène, en 1957, dans «Echos» dans ses nouveaux contes, le personnage de Pellegrina LEONI ou «la lionne ailée», une cantatrice ayant perdu sa voix et souffrant des drames de l’existence, auquel elle s’identifie : «La perte de la voix correspond à ce qui a été pour moi la perte de ma ferme et de l’Afrique» dit Karen BLIXEN. Pour Pellegrina, «la vie est dure», mais que Dieu, de temps à autre, se permet un «Da capo», un recommencement, une résurrection. La cantatrice, devenue vieille, s’éprend d’un jeune homme en qui elle croit reconnaître sa voix ; mais le jeune l’abandonne en la couvrant d’insultes et de malédiction. Karen BLIXEN estime, comme Pellegrina, que «la grandeur de Pellegrina est son isolement, son exclusion des conditions communes de tous les hommes, et, si l’idée de souffrance y est liée» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark».

Face au destin qui ne l’a pas épargné, Karen BLIXEN oppose souvent le courage dans l'adversité, l’ingéniosité et le sens du sacrifice l'opulence, ainsi donc le mensonge peuvent affronter l'humilité et la vertu. Finalement, le conte est bien l'instrument privilégié de l'exploration des mystères de la personnalité et des obsessions fondamentales de l'humanité. «La qualité des contes de Karen BLIXEN ne dépend pas seulement de la force vive de la narration orale et de son suspens. Le fil d’argent des intrigues serpente dans des phrases d’une parfaite justesse et d’un accent incomparable. Déployant une incontestable force intellectuelle, elle accordait ses soins les plus exigeants à des matériaux qui, en d’autres mains n’eussent été que des drames de pacotille, des histoires d’une chimérique et lunaire extravagance» écrit-on, dans le numéro 887, de mars 2003 consacré à Karen BLIXEN. En effet, Karen BLIXEN, cet esprit libre, a construit un labyrinthe de contes. L'imprévisible ensorceleuse propose aussi des fils, étroitement enlacés, pour en trouver l'issue. L'art divin du conte est celui du travestissement. Qui donne le meilleur récit : Dieu, le destin ou l'artiste ? Il n'y a pas de morale dans les créations de Karen BLIXEN, la vie est bien trop facétieuse, une histoire en contient toujours tellement d'autres, aucun n'est celui qu'il prétend être jusqu'à ce que tombent les masques. Rien ne vaut une bonne histoire. On peut avoir tout perdu, c'est l'Histoire. Evoquant, les «Sept contes gothiques», Carson Mac CULLERS a dit «Ils sont étincelants, ciselés avec précision, un brasillement éclatant et sulfurant en émane. Ils convainquent de la souveraineté littéraire de la Grande dame danoise».

C’est la «ferme africaine» de Karen BLIXEN qui témoigne des engagements humanistes et de la qualité exceptionnelle de sa contribution littéraire. Le 22 janvier 1933, dans une lettre adressée à Dorothy Canfield FISCHER (1879-1958), une romancière américaine, Karen BLIXEN l’informe de son projet de livre sur l’Afrique : «Je voudrais écrire sur l’Afrique orientale. La vie que j’y ai vécue pendant dix-sept ans restera toujours pour moi la vraie vie. J’ai ressenti au cours de cette vie une passion extrêmement forte, qui est l’amour que je porte aux indigènes d’Afrique Orientale, à leur pays également, mais surtout aux gens. Je ne peux pas encore écrire tout ça, il faut que je prenne plus de distance ; le faire maintenant serait comme écrire un livre sur un enfant qu’on viendrait de perdre. (…) Un livre sur l’Afrique, si jamais je parviens à l’écrire, signifierait quelque chose de très différent à mes yeux : jusqu’à présent, j’ai plutôt écrit deux cylindres, ou avec une seule flûte, mais dans un livre sur l’Afrique, c’est une voiture plus puissante que j’aurai à conduire, tout un orchestre à diriger» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». De ses 17 ans de séjour en Afrique, une vie riche, Karen BLIXEN a réussi à en extraire une unité : «C’est l’amour. Moi j’appelle l’amour ce qui réunit toutes les choses de la vie en unité», et bien sûr l’amour pour l’Afrique et les Africains, écrit-elle à Gustave MOHR, dans ses «Lettres d’Afrique». Or, les colons n’avait aucune considération pour les Noirs «Vous n’aimiez pas l’Afrique, ni en fin de compte chacun de vos amis, ni votre travail, ni l’art, ni la musique, ni les Noirs, ni les lions et les rhinocéros. Pour ma part, j’aimais trop. Vous étiez en bons termes avec la plupart, mais c’est autre chose, et, dans ce sens, je peux dire que vous n’avez aucun amour. Vous trouverez dans la Bible ce qu’on dit de ceux qui n’ont pas l’amour, qu’ils sont comme un airain sonore et une clochette qui résonne» écrit Karen BLIXEN à Gustave MOHR, dans ses «Lettres du Danemark». Karen BLIXEN dira par la suite «Je suis en train d’écrire un livre «mes souvenirs d’Afrique», l’écrire me procure un grand bonheur. Maintenant que j’ai un peu de recul pour voir les choses, même si cela reste toujours aussi vivant et présent en moi, il me semble que parvenir à rassembler ce qui a eu de l’importance pour moi,  et en faire une sorte d’œuvre d’art serait un objectif à atteindre» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». Karen BLIXEN n’arrivait pas à terminer son livre, «la Ferme africaine», le titre en français, et «la Pastorale africaine» pour la Suède, au domicile familial de Rungstedlund ; elle partit le 22 septembre 1936 pour Skagen, dans le Jutland, un haut lieu de tourisme, dans le Nord du Danemark, deux mers (La Baltique et la Mer du Nord) se rencontrent à cet endroit, «un phénomène unique au monde» dit l’auteure. Ecrit en anglais, en cinq mois cet ouvrage est achevé le 26 février 1937. Le titre choisi en anglais est «Out of Africa», au lieu de «A Farm in Africa» un livre sans jargon, ni argot et peu de dialogue, pour séduire le public américain. C’est un style inspiré de la Bible et William SHAKESPEARE, et sans expressions anglaises pouvant dérouter les Américains. Le 28 septembre 1937  Constantin HUNGTINGTON avait fini de corriger les épreuves de la ferme africaine «Je considère, véritablement, ce livre comme le plus important que j’aie jamais publié, et je suis persuadée qu’il trouvera sa place dans la grande littérature mondiale éternelle. Je pense que nous pouvons nous féliciter vous et moi de soutenir un tel chef-d’œuvre » écrit-elle, sans fausse modestie, à son éditeur, dans ses «Lettres du Danemark».

 Sydney POLLACK a fait, en 1985, un film sous le titre «Out of Africa», avec Meryl STREEP et Robert REDFORT qui a remporté sept Oscars du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleure photographie, meilleure direction artistique, meilleure musique et meilleur son. «Si le nom de Karen Blixen est aujourd’hui connu du monde entier, c’est surtout grâce à Sydney Pollack et à son film «Out of Africa», qui restitue de manière assez convaincante la poésie d’un univers disparu porteur de nostalgie et de rêve, en lequel chacun pourra retrouver l’image qu’il se fait du paradis perdu» écrit Bernadette BERTANDIAS. Cependant, cette œuvre hollywoodienne ne relate, que sous forme romancée, la relation entre Karen BLIXEN et son amant, Denys FINCH HATTON. Il a été reproché à Sydney POLLACK d’avoir brossé une peinture idyllique et nostalgique de l’Afrique coloniale, presque irréelle. Le réalisateur a réussi un grand film populaire parce qu’il a trouvé les images et le rythme transformant le malheur en épopée. Entre Paradis et Chaos, ce film recèle une part de dramaturgie et de grandeur et dépasse des Souvenirs d’Afrique «outre les qualités psychologiques de l’histoire, celles purement cinématographiques du film sont indéniables. La longueur du film est excessive, mais la beauté et l’authenticité des images, la qualité de l’interprétation rendent ces deux heures quarante de projection tout à fait supportable» écrit Roger REGENT.

En réalité, et en dépit de la qualité du film de Sydney POLLACK, dont la vocation est de distraire, il est difficile de restituer le souffle poétique de la ferme africaine «J’avais le sentiment qu’une fois la prose d’Isak Dinesen passée au filtre d’un traitement cinématographique, la matière romanesque s’évaporerait ; qu’il ne resterait plus rien, ou que ce qui en resterait serait dépourvu de magie. Comment traduire visuellement les cadences de sa prose ? Comment capter la tonalité si particulière de ses réminiscences ? Comment évoquer le chagrin et la nostalgie qui vous étreignent à la lecture ?» reconnait le réalisateur lui-même. Par ailleurs, le film est presque passé sous silence, l’amour de Karen BLIXEN pour les Africains. En effet, éprise de l’Afrique traditionnelle et des Kikuyus, l’auteure avait une connaissance et un respect profonds de ce monde africain, son organisation sociale et sa justice traditionnelle. La première partie du livre est consacrée à des considérations générales sur la vie à la ferme, avec les Kikuyus et les Massaïs, en pleine période coloniale, leur vie quotidienne, leurs pratiques coutumières et la relation avec l’église anglicane. La deuxième partie est constituée de courts chapitres, chacun relatant une anecdote, un événement qui a eu lieu. La troisième partie est consacrée au départ : la ferme n’étant plus rentable, doit être vendue. On décèle ici les qualités humaines de l’auteure, s’attachant à ce que les Africains occupant ses terres soient relogés. La ferme africaine est bourrée d’anecdotes, mais accompagnée d’une observation profonde de l’Afrique «c’est une pastorale, un poème en prose. L’auteure raconte comment elle a découvert de grandes vérités en observant simplement de petits détails, très spécifiques de sa vie quotidienne» écrit Sydney POLLACK.

Par ailleurs, ces souvenirs, avec la plume alerte de Karen BLIXEN, sont pleins de poésie que le film de Sidney POLLACK ne pouvait restituer. En effet, dans ce livre, publié en 1937, Karen BLIXEN décrit sa vie en Afrique, et plus précisément au Kenya où elle a vécu de 1914 à 1931. Elle narre aussi sa découverte de la nature «authentique», celle des lieux comme celle des hommes : «Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête, c'était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie. Quand il rasait le sol, c'était le vent dans les buissons et les hautes herbes, mais ce n'était pas la pluie. Quand il bruissait et chuintait à hauteur d'homme, c'était le vent dans les champs de maïs.» écrit-elle.

Pendant son séjour en Afrique, elle a vécu des moments d'une intensité inoubliable, s'est fait des amis loyaux et a amassé beaucoup de souvenirs et d'anecdotes. Dans ses souvenirs, Karen BLIXEN relate d'exceptionnelles descriptions de paysages et de passionnantes pages sur la vie des animaux. «L’air est un élément essentiel de la vie et du paysage africain. Quand on fait un retour en arrière après un séjour de plusieurs années dans les hautes terres d’Afrique, on a l’impression curieuse que la vie s’y écoulait en l’air» écrit-elle. «Quand le souffle passait en sifflant au-dessus de ma tête, c'était le vent dans les grands arbres de la forêt, et non la pluie. Quand il rasait le sol, c'était le vent dans les buissons et les hautes herbes, mais ce n'était pas la pluie. Quand il bruissait et chuintait à hauteur d'homme, c'était le vent dans les champs de maïs. Il possédait si bien les sonorités de la pluie que l'on se faisait abuser sans cesse, cependant, on l'écoutait avec un plaisir certain, comme si un spectacle tant attendu apparaissait» écrit Karen BLIXEN, dans la «ferme africaine».

Les colons imprégnés de la hiérarchisation de civilisation, ne voulant ni fréquenter les Africains, ni découvrir leur culture et langues, n’avaient que peu d’estime pour les Noirs. La «ferme africaine» de Karen BLIXEN est une puissante condamnation littéraire de ce racisme consubstantiellement lié à la colonisation : «Si je dois un jour écrire sur l’Afrique, le livre comportera, à n’en pas douter, une bonne part d’amertume et de critiques quant à la façon dont les Anglais ont traité le pays et les gens, et ont laissé s’abattre sur ce pays une civilisation mécanique et mercantile. Ce ne sera pas une sorte de pamphlet politique, ce sera simplement un cri de mon cœur qui en sortira autant que l’amertume à l’égard du servage qui imprègne les «Récits d’un chasseur de Tourgueniev» écrit Karen BLIXEN dans ses «Lettres du Danemark». L’auteure, Errol TRZEBINSKI, dans «The Kenyan Pioneers», a eu pour ambition de réhabiliter la passé colonial, pour vanter le rôle des Européens dans la modernisation du Kenya. Pour cet auteur, les Africains «passifs, ne vivaient que dans un monde de fables et de mythes». Phénomène curieux, les premiers colons semblent mépriser les Européens nouvellement arrivés, et souvent de diverses nationalités (Français, Danois, Suédois, Allemands, etc) «La société d’ici est hiérarchisée et organisée d’une façon tout à fait spéciale qui est basée presque exclusivement sur l’ancienneté d’installation dans le pays. Tous les «vieux» Settlers font bloc et méprisent les nouveaux venus, avec une arrogance prodigieuse» écrit-elle dans ses «Lettres d’Afrique». Le Kenya est colonie britannique où se rencontrent divers aventuriers, des exilés de tous les pays européens et des chasseurs de fortune. Au début, suspectés comme les Suédois, d’être partisans de l’Allemagne, la famille BLIXEN, a fini par gagner l’estime de certains colons britanniques, comme Lord DELAMERE (1870-1931), champion de la suprématie blanche, le norvégien, Gustave MOHR (1873-1949) et ses correspondances dans les lettres du Danemark, et Galbraith COLE (1881-1929) qui avait marié la nièce de Lord BALFOUR. Karen BLIXEN, dans sa grande solitude et son isolement, et en dépit des préjugés raciaux des colons, est contrainte de les fréquenter : «Si je n’avais pas les Somali et les «Natives», la «Middle class» anglaise, que je suis forcée de fréquenter, me rendrait folle. Il existe un univers sauvage que tout le monde cherche à éviter» écrit-elle à Thomas DINESEN, dans ses «Lettres d’Afrique». L’auteure crie son amour pour l’Afrique «J’ai bien fait de venir ici (au Kenya), de croire que mon avenir était ici ; car je ne pouvais faire autrement que de venir ici. Ici, je me sens chez moi, et c’est ici qu’est ma place» écrit-elle à Thomas DINESEN.

 Humaniste, Karen BLIXEN accueille dans sa ferme, parfois des Européens éclopés de la vie, «des étrangers qui sont venus échouer chez nous comme des épaves roulées par la mer qui attendent la vague qui les emportera» dit-il. En effet, Karen BLIXEN, une femme européenne, se sentait parfois terriblement seule, dans cette Afrique en ce début du XXème siècle «Moi qui n’avait pas bougé de la ferme, j’étais dévorée par le désir de m’en aller, alors que mes amis, quand ils arrivaient, ne rêvaient plus que livres, draps fins et n’aspiraient qu’à l’ombre fraîche des maisons. En échange des bienfaits de la civilisation, mes voyageurs m’apportaient les trophées de leurs chasses» écrit-elle. La baronne réserve un statut particulier à certaines personnes comme Berkeley COLE (1882-1925) et Denys FINCH HATTON, partis sans regret de l’Angleterre «Ce n’est pas que la société, ou une classe de celle-ci, ou un pays les eût rejetés ; c’était le temps qui les avait écartés, ils appartiennent à un autre siècle. Ils avaient appartenu à une Angleterre qui n’existe plus» écrit-il. Pour Karen BLIXEN, «les rapports qui existent entre les Blancs et les Noirs sont fondés sur une illusion réciproque» écrit-elle. Les Européens avaient une telle méfiance des Noirs, que quand la Première guerre mondiale éclata, «il fut question d’organiser un camp de concentration pour les femmes blanches, de façon à les protéger contre les indigènes» écrit Karen BLIXEN.

Karen BLIXEN aurait pu vivre comme les autres colons, mais elle a décidé de s’intéresser aux Africains «Avant d’écrire mon premier livre, j’avais consacré dix-sept ans de ma vie à une lutte permanente pour les droits des indigènes en Afrique. J’aurais pourtant pu mener là-bas une existence autrement plus «amusante» et plus harmonieuse si je m’étais tenue à l’écart de ce problème, comme le faisait d’autres femmes blanches» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». Pour elle, «le bonheur humain ne consiste pas à avoir une excellente vie, mais à être «excellent». C’est un bonheur que d’avoir du courage ; c’est un bonheur que d’avoir la faculté à aimer» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». En effet, la baronne qui a ouvert une école pour les enfants de ses squatters, avait appris le Swahili, et ses souvenirs d’Afrique, «La ferme africaine», regorgent de mots issus de langues africaines : N’Goma (dans traditionnelle), Toto (jeunes noirs), Shamba (champ), Elmoran (guerrier), Boma (fort), Shaurie (avis ou conseil), etc. En revanche, Karen BLIXEN est en constante révolte contre l’étroitesse d’esprit des colons : «Nous perdons ici une partie de notre orgueil racial ; il m’est impossible de ne pas penser que les indigènes nous sont supérieurs en bien des choses. Ils ne peuvent pas sans doute apprendre autant de choses que nous, mais le genre de choses qui sont nécessaires pour vivre ici, il me semble qu’ils apprennent plus vite que nous. Il y a bien des Anglais qui vivent ici depuis 10 ou 15 ans, et qui n’ont pas la moindre idée de ce à quoi ressemblent les différentes tribus. Les Anglais ne sont pas capables d’apprendre le peu de Swahili qu’il faudrait» écrit-elle à son frère dans ses «Lettres d’Afrique». Karen BLIXEN s’intéresse, en particulier aux Africains, spoliés de leurs terres par les Anglais, mais sont restés dignes et authentiques : «J’ai connu la noblesse de l’Indigène et la misère de l’Emigrant» écrit-elle. Avant même Denys FYNCH HATTON, le chasseur d'éléphants, cet «homme au cœur pur» qui écoute inlassablement ses contes, le cœur de Karen BLIXEN bat pour les splendeurs ocres du continent africain et la noblesse de ses habitants, leurs légendes et traditions : «L’Afrique est un des liens des plus forts qui soient au monde. (…) Le cœur pressé contre cette terre rouge, je sentais que j’étais, moi aussi, faite de cette même terre» écrit Karen BLIXEN.

 La ferme africaine est un récit de voyages et d'anthropologie, et dépeint une Afrique traditionnelle, sur le point de disparaître «au contact des Nègres, j’appris bientôt à me taire moi aussi ; j’acquis la résignation des êtres condamnés et cessais de gémir. C’est ainsi qu’un soir, je me mis à écrire. Je commençais à la fois un roman et des contes. Si j’avais la foi qui transporte les montagnes, ce sont ces montagnes qui m’auraient suivie» écrit-elle. Dans ce mode de vie africain, le sens du drame et le goût de l’effet, loin de l'agitation vaniteuse des colons, la vie semble être suspendue dans le temps ; on prend le temps de vivre et de respirer : «L’air est l’élément essentiel de la vie et du paysage africain. Quand on fait un retour en arrière, après un séjour de plusieurs années dans les hautes terre d’Afrique, on a l’impression que la vie s’y écoulait en l’air» écrit-elle. Karen BLIXEN se voulait fusionnelle avec l’Afrique et sa nature : «Je communiais avec le monde, j’étais à la fois, l’herbe de la prairie, l’air que nous respirons, les montagnes invisibles et les bœufs épuisés» écrit-elle. «Je ne peux pas distinguer de frontière entre la nature et l’homme» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». Si en Europe, la pluie est qualifiée de «mauvais temps», en Afrique, c’est un miracle de la vie : «La rapidité avec laquelle tout, ici, se transforme sous l’effet de la pluie tient presque du miracle de la nature ; le N’Gong Hills et la réserve, qui s’étaient pelés comme un tapis de brosse, resplendissent du vert le plus délicat et le plus magnifique, et le «Shamba» tout entier est en fleurs. Si cela pouvait durer. Ici, c’est magnifique, c’est le paradis sur terre lorsqu’il pleut suffisamment» écrit-elle dans ses «Lettres d’Afrique». Par ailleurs, c’est toute la nature qui s’éveille. Ainsi, le rossignol incarne la mélodie, la richesse et la douceur. La chorégraphie des grues ne manque ni de style, ni de science. Les grands calaos, avec beaucoup de pétulance, parlant tous à la fois, on dirait une réunion d’héritiers après enterrement. Il y a aussi les flamants roses avec leurs riches couleurs. Il existe un rapport étroit entre l’Africain et son environnement : «L’Afrique est le pays de l’indigène, et quoi que l’on fasse, il se retire quand il en a envie, il disparaît quand il n’a plus le désir d’être là davantage» écrit-elle. Lors de ses safaris, Karen BLIXEN avait remarqué que les animaux sauvages sont timides et craintifs. Aussi, l’art de marcher lentement, sans bruit, est un art que le chasseur doit maîtriser. «Dès que j’ai connu les Noirs, je n’ai eu qu’une pensée, celle d’accorder à leur rythme celui de la routine quotidienne que l’on considère souvent comme le temps mort de la vie» dit Karen BLIXEN. La chasse vous apprend le rythme de la vie africaine : «Ce que les bêtes sauvages m’ont appris m’a été très utile dans mes rapports avec les indigènes» écrit Karen BLIXEN. L’auteure avait compris la proximité des Africains avec la Nature, leur survie dépendant d'elle : «Je ne parvenais pas à obtenir leur avis sur le temps, et pourtant, ils savaient déchiffrer les signes dans le ciel et le vent bien mieux que nous. Leur survie même était en jeu. Ils comprennent donc la nature, la respecte et en échange la nature les préserve de la mort» écrit Karen BLIXEN. En effet, elle décrit ses rapports avec les Kikuyus, les indigènes travaillant pour elle dans sa maison et à la plantation de café ; l’auteure nous fait partager son attachement pour ses gens différents, mais dont elle respecte la culture. «J’ai éprouvé, dès ma première semaine en Afrique, beaucoup d’affection pour les indigènes. C’était un sentiment très fort et très spontané. La découverte de l’âme noire fut, pour moi, un événement, quelque chose comme la découverte de l’Amérique pour Christophe Colomb, tout l’horizon de ma vie s’en est trouvé élargi» écrit-elle.

Karen BLIXEN est en phase avec les Africains, les Kikuyus qui travaillent pour elle «Lorsque les fruits mûrs rougissaient la terre, nous allions chercher les femmes et les «Totos», c’est ainsi que l’on appelle les enfants, pour aider les hommes à la cueillette» écrit-elle. En effet, Karen BLIXEN employait des «squatters» des fermiers indigènes qui, en échange de quelques arpents de terre, doivent travailler pour elle un certain nombre de jours par an. Karen BLIXEN était en contact avec différents indigènes. Son fidèle serviteur, Farah, de l’ethnie Somalie a adopté la religion musulmane ; afin de mieux les connaître Karen BLIXEN a étudié le Coran : «Ces derniers temps, j’ai beaucoup lu sur Mahomet. Il me semble que notre époque nous incite à devenir musulman. A vrai dire, c’est bien plus une morale, certainement très exigeante, qu’une religion» écrit Karen BLIXEN dans ses «Lettres d’Afrique». Il arrivait à la baronne, pendant le mois de Ramadan, de scruter, comme les autres musulmans, le croissant lunaire annonçant la fin du jeun. Rapaces, avides de vie facile et de grasses plaisanteries, en raison des vestiges de l’esclavage à Zanzibar, les Somalis sont des métis Arabes et Noirs «violents et querelleurs, mais sobres autant qu’avides, ils cherchent toujours à faire oublier une origine suspecte par leur intransigeance sur le chapitre de la religion» écrit Karen BLIXEN. Le peuple Somali, chevaleresque, fier, procédurier, ancien trafiquants d’esclaves, cupide et ancien corsaire, violent, miné par les rivalités internes ; un Somali ne peut se marier avant d’avoir tué un homme. Le Somali ne respire que par le culte voué aux femmes «Les femmes sont leur seul luxe, aussi les convoitent-ils avec une ardeur insatiable ; elles sont pour eux, ce que la vie offre de plus précieux. Ils aiment les chevaux, les chameaux, le bétail, mais leurs épouses passent avant tout, et les femmes somalies encouragent cette passion chez l’homme» dit Karen BLIXEN. Aussi, la baronne avait une admiration infinie pour la femme Somalie, gardienne de la tradition «Je dois dire que je n’ai jamais rencontré dames plus distinguées que leurs femmes à l’allure fière et discrète. Leur modestie et leur distinction étaient réhaussées par leur manière de s’habiller» écrit Karen BLIXEN. L’auteure considère que la femme Somalie, paraissant innocente, mais curieuse de tout,  est l’incarnation de l’indépendance de la femme africaine «Dans le monde fermé des femmes, derrière leurs murs et leurs défenses, je sentais le puissant idéal sans lequel la garnison assiégée n’aurait pas pu tenir héroïquement. Cet idéal, c’est la croyance au retour à l’âge d’or, qui verra la domination de la femme sur le monde» écrit Karen BLIXEN.

Kamanté est le petit Kikuyu, orphelin, devenu chef cuisinier, un garçon réfléchi devenu chrétien. Les Kikuyus «adoptent volontiers les dieux étrangers et s’accommodent assez bien de leurs chaînes. Ils n’en ont pas moins su pourtant maintenir, jusqu’à un point, le sentiment de leur dignité à l’égard de leurs persécuteurs» écrit Karen BLIXEN. Les Kikuyus aiment le tabac à priser, ignorent la reconnaissance, ont peu pitié des animaux et n’enterrent pas leurs morts «Ils observent toujours leur coutume ancestrale d’exposer les cadavres des défunts, les hyènes s’en emparent» écrit-elle dans ses «Lettres d’Afrique». Les Kikuyus ont leur justice traditionnelle, «le Kyama», une assemblée d’Anciens qui règle les conflits au sein de la communauté, y compris les crimes : «La notion de droit est en Afrique très différente de ce qu’elle est en Europe. Les Africains ne connaissant qu’un moyen pour rétablir l’équilibre ; c’est d’évaluer et de payer le préjudice causé. La société a subi un préjudice qui doit être réparé» écrit Karen BLIXEN, qui a été parfois juge ou pleureuse à l’occasion des funérailles. Les Kikuyus, contrairement aux Européens ne sont pas matérialistes ; ils se suffisent de peu : «La notion de luxe est étrangère aux Kikuyus ; dès qu’ils ont dépassé le stade où on meurt de faim, ils se trouvent riches» écrit-elle.

Les femmes Kikuyus ont pour coutume de se raser la tête «on finit par leur trouver une grâce toute féminine, au point que le moindre duvet sur une tête y paraît aussi déplacé que la barbe sur un visage de jeune fille» écrit-elle. Karen BLIXEN connaissait, personnellement, le chef des Kikuyus, un polygame, décrit comme «un grand et beau vieillard, à l’allure fière et qui ne manquait pas d’une certaine noblesse». Le Kikuyu, comme nous les Peuls, voue un culte infini pour la vache «Rien au monde n’éveille autant d’intérêt des Kikuyus qu’une vache, ou encore des inventions des Blancs, tout disparaît devant la passion du bétail, tout est balayé par elle. Elle nous ramène à l’âge de la pierre» écrit Karen BLIXEN. La baronne, en de grandes occasions, comme lors de la visite du Prince de Galles, organisait des «N’Gomas», des danses tribales des Kikuyus dans sa ferme. «Les danses nocturnes des indigènes sont très belles. Les limites de la scène se trouvent, la nuit, précisées par la lueur des foyers. Le feu constitue l’élément essentiel de ces N’Gomas, non pas pour la lumière qu’ils donnent, mais pour les effets scéniques. Il était extrêmement poétique d’entendre alternativement la voix solitaire s’élever et le cœur de danseurs lui répondre» écrit Karen BLIXEN.

Les Masaïs, des pasteurs, nomades, indomptables guerriers, attachés à leur liberté, sont des voisins de la ferme, mais les colons leur avait interdit de porter leur bouclier et leurs lances : «Je pouvais de ma ferme, suivre année par année, le destin tragique de ces Masaïs condamnés à disparaître. Cette tribu de guerriers, à qui la guerre était interdite, ressemblait à un vieux lion dont on aurait rogné les griffes. C’était une nation châtrée» écrit Karen BLIXEN. Décrits comme très beau, avec une fière allure et parés de leurs bijoux, vivant de lait et de sang «leur manière d’être n’a rien d’artificiel, il n’est pas question, pour eux, d’imiter un modèle étranger : leur attitude correspond à leur nature profonde, elle est l’expression même de leur race, d’une race qui s’est constituée et affirmée tout au long de l’histoire» écrit Karen BLIXEN. Les Masaïs, particulièrement attachés à leur liberté, ont refusé d’être enrôlés pendant la Première guerre mondiale par les Britanniques «Les Masaïs n’ont jamais été des esclaves, et ne le seront jamais ; on ne peut même pas les emprisonner ; ils meurent au bout de trois mois de prison. L’intolérable irréductible des Masaïs à l’égard de n’importe quel joug leur assure une place à part parmi les indigènes ; ils sont les seuls que l’aristocratie des immigrants ait acceptés» écrit Karen BLIXEN. Les Hindous sont de redoutables commerçants «on a peine à distinguer, chez eux, l’homme du marchand» écrit-elle.

Son livre, «le Dîner de Babette», porté à l’écran par Gabriel AXEL, relate avec Stéphane AUDRAN le dîner organisé par une Française, Babette, devenue domestique en Norvège, après la Commune de Paris qui l'a contrainte à l'exil. Ses patronnes sont deux vieilles filles austères. Le jour où Babette gagne dix mille francs or à une loterie, elle leur demande de la laisser préparer un dîner fin, dans la grande tradition française. Sa fortune y passe, mais une soirée aura effacé des années de carême. «D'une histoire, elle faisait une essence, de l'essence, elle faisait un élixir, et avec l'élixir, derechef, elle se mettait à composer l'histoire» écrit Karen BLIXEN. «Moi aussi, je suis une artiste» sont les derniers mots de ce livre écrit en 1958, pourraient résumer la personnalité de Karen BLIXEN.

Les souvenirs d’Afrique sont toujours demeurés vivaces dans le cœur de Karen BLIXEN, même après son retour, en 1931, au Danemark : «J’ai le sentiment qu’à l’avenir, où je puisse être au monde, je me demanderai toujours s’il pleut au N’Gong» écrit Karen BLIXEN dans ses «Lettres d’Afrique». En effet, Karen BLIXEN n’avait jamais cessé de caresser le retour, en pèlerinage, sur la terre Afrique «J’apprends qu’en Afrique, la sécheresse et de nombreuses maladies sévissent. Je pense toujours à l’Afrique, j’y reviendrai certainement, tôt ou tard» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». L’auteure avait même songé retourner au Kenya en vue d’écrire son livre sur la ferme africaine «Je songe beaucoup à retourner au Kenya. Je veux retourner dans le pays qui réunit toutes les choses différentes que je fais de ma vie. J’aimerais tellement avoir un petit hôpital pour enfants dans la réserve. La raison pour laquelle, je veux y retourner est que je veux écrire un livre là-bas, je veux chanter le chant du cygne du monde indigène» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». Par ailleurs, lors de la révolte des Mau-Mau, en 1952, et que Jomo KENYATTA (1891-1978), en révolte contre la spoliation des terres des Africains, fut jeté en prison, un journal danois avait proposé à Karen BLIXEN d’aller couvrir cette grande tragédie. L’auteure avait envisagé un temps d’accepter cette proposition, puis se ravisa ; sa santé ne cessait de décliner. «On prend aux indigènes plus que leur terre, quand on leur enlève celle de leurs pères. On les dépouille de leur passé, de leurs racines, de leurs coutumes. On les prive de tout ce qui faisait leur individualité et leur existence», écrit Karen BLIXEN, dans sa «ferme africaine».

«J’ai été malade longtemps, j’ai eu le sentiment d’un constant déclin pratiquement jour après jour» écrit-elle dans ses «Lettres du Danemark». Anorexique et abusant des médicaments, elle dira «j’aimerais mourir, si c’était possible». Karen BLIXEN, décédée à Rungstedlund le 7 septembre 1962, est enterrée dans le parc de la propriété familiale de Rungstedlund. Ernest HEMINGWAY considérant que la ferme africaine est le plus beau livre du XXème siècle, par son Prix Nobel de Littérature aurait dû être attribué à Karen BLIXEN. Sa ferme africaine au Kenya est devenue un musée.

 Bibliographie très sélective

 1 – Contributions de Karen Blixen

BLIXEN (Karen), Contes d’hiver, traduit de l’anglais par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 1982, 409 pages ;

BLIXEN (Karen), Histoire du petit mousse et autres contes d’hiver, traduit du danois par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 2016, 101 pages ;

BLIXEN (Karen), L’éternelle histoire, traduit du danois par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 1964, 414 pages ;

BLIXEN (Karen), La ferme africaine, traduction du danois par Yvonne Manceron, Paris, Gallimard, collection Folio, 1978, 501 pages ;

BLIXEN (Karen), La soirée d’Elseneur, traduction par Gleizal et Colette Huet,  préface de Marc Auchet, Paris, Librairie générale, 2004, 95 pages ;

BLIXEN (Karen), Le dîner de Babette, traduit du danois par Marthe Metzger, Lausanne, La Petite Ourse, 1969, 147 pages ;

BLIXEN (Karen), Le jeune homme à l’œillet, traduit de l’anglais par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 2016, 112 pages ;

BLIXEN (Karen), Les chevaux fantômes et autres contes, traduit de l’anglais par Doris Febvre, Paris, Gallimard, 1978 et 1996, 164 pages ;

BLIXEN (Karen), Les fils du roi et autres contes, traduction par Philippe Bouquet et Jean Renaud,  préface de Frans Lasson, Paris, Gallimard, 2011, 476 pages ;

BLIXEN (Karen), Les perles, traduction de Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 2012, 140 pages ;

BLIXEN (Karen), Les voies de la vengeance, traduit du danois par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 1961 et 2002, 101 pages ;

BLIXEN (Karen), Lettres d’Afrique : 1914-1941, traduction de Philippe Bouquet, éditeur scientifique Frans Lasson, Paris, Gallimard, L’imaginaire, 2016, 619 pages ;

BLIXEN (Karen), Lettres du Danemark : 1931-1962, Franz Lasson et Tom Engelbrecht éditeurs scientifiques, traduction de Carl Gustave Bjurström et Christopher Bjurström, Paris, Gallimard, 2002, 438 pages ;

BLIXEN (Karen), Ombres sur la prairie, traduit de l’anglais par Marthe Metzger, Paris, Gallimard, 1962, 192 pages ;

BLIXEN (Karen), Sept contes gothiques, traduction par Gleizal et Colette Huet,  préface de Marcel Schneider, Paris, Stock, 1990, 508 pages.

 2 - Critiques

AIKEN (Susan, Hardy), «The Uses of Duplicity Isak Dinesen and Questions of Feminist Criticist», Scandinavian Studies, 1985, vol 57, pages 400-411 ;

REGENT (Roger), «Souvenirs d’Afrique (Out of Africa)», La Revue des Deux Mondes, juin 1986, pages 766-770 ;

MUSHITA (Lucy), «Africaines d’hier et d’aujourd’hui)», La Revue des Deux Mondes, septembre 2014, pages 67-79 ;

BEAU (Véronique, V), Karen Blixen, une Européenne en Afrique, illustrations Dimitra Nikolopoulou, Paris, éditions à Dos d’âne, 2009, 45 pages ;

SAINT PERN de (Dominique), Baronne Blixen, Paris, Le Livre de Poche, 2016, 416 pages ;

BERTANDIAS (Bernadette), Afrique, autres scènes : histoire et poétique de l’identité dans les récits africains de Karen Blixen, Clermont Ferrand, Association des publications de la faculté de lettres et sciences humaines, 1997, 241 pages ;

DINESEN (Thomas), A l’ombre du mont Kenya : ma sœur Karen Blixen, traduit du danois par Jacques Privat, Lausanne, éditions Esprit ouvert, 2002, 156 pages ;

GELLY (Violaine), Karen Blixen, Paris, Libreto, 2015, 109 pages ;

GILLES (Daniel), «Karen Blixen ou la pharaonne de Rungstedlung», Cahiers des saisons, hiver 1963, pages 143-153 et Revue générale belge, 1963, vol 99, pages 49-59 ;

HANNAH (Donald), Isak Dinesen and Karen Blixen : the Mask and the Reality, London, Putman, 1971, 218 pages ;

HENRY (Michael), «Entretien avec Sydney Pollack», Positif, revue de cinéma, Avril 1986, °n°302, page 6 ;

LALOUX (Micheline), Karen Blixen : L’Afrique au cœur, essai biographique, Paris, La Pensée universelle, 1986, 110 pages ;

LASSON (Frans), SVENDSEN (Clara), The Life and Destiny of Isak Dinesen,  New York, Random House, 1970, 227 pages ;

LEANDER HANSEN (Frantz), The Aristocratic Universe of Karen Blixen : Destiny and Denial of Fate, traduit du danois par Gay Kynoch, Brigton, Portland, Sussex Press, 2003, 165 pages ;

LIAUT (Jean-Noël), Karen Blixen : une Odyssée africaine, Paris, Payot, 2004, 248 pages ;

MIGEL (Parmenia), Tatania : A biography of Isak Dinesen, New York, Random House, 1967, 326 pages ;

PANDOLFO (Anne-Caroline), La lionne : un portrait de Karen Blixen, Paris, Sarbacane, 2016, 193 pages ;

RASMUSSEN (René) éditeur scientifique, Karen Blixen et l’art du récit, Odense, Odense University Press, 1997, 162 pages ;

RYDENG (Françoise), Karen Blixen et l’Afrique, Paris, F. Rydeng, 1971, 250 pages ;

THURMAN (Judith), Karen Blixen, Paris, Seghers, 1986, 504 pages ;

TRZEBINSKI (Errol), Silence will Speak, the Moving True Life of Denys Finch Hatton and Karen Blixen is now this Major Film : Out of Africa, Cornerstone, 1993, 368 pages ;

 WESTENHOLTZ (Anders), The Power of Aries : Myth and Reality in Karen Blixen’s Life, Baton Rouge, London, Louisiana State University Press, 1982, 127 pages ;

WIVEL (Olé), Karen Blixen, un conflit personnel irrésolu, traduction du danois par Inès Jorgensen, Arles, Actes Sud, 2004, 187 pages.

Paris le 2 septembre 2020 par Amadou Bal BA -

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