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«Jean-Marie LE PEN (1928-2025), fondateur du Front National, une entreprise familiale d’intolérance, incarnation du Diable, est mort ; ce n'est pas un «détail» de l'Histoire. Grande Vigilance des Républicains face à la défaite des valeurs républicaines du cosmopolitisme et de la Fraternité !» par Amadou Bal BA
«Raciste, antisémite, anticommuniste, il a consacré sa vie à la réhabilitation d'une extrême droite disqualifiée par un passé collaborationniste. Ses idées pestilentielles lui survivent», titre le journal l'Humanité, fondé par Jean JAURES. La mort d’un être humain ne peut faire l’objet d’une quelconque réjouissance ou célébration, même s’il s’agit de celle de Jean-Marie LE PEN, un tortionnaire, un antisémite et homophobe, une incarnation du diable, des forces du Chaos, de l’intolérance et donc une négation absolue des valeurs républicaines d’égalité et de fraternité. On raconte dans le Saint Coran, qu’à la mort de Iblis, le grand Satan, à chaque fois, il renaissait en faisant claquer ses deux jambes. Un jour, il suggéra, pour disparaître, définitivement, que son corps soit calciné et jeté dans les rivières. Ce faisant les Hommes qui boivent l’eau ont, définitivement, logé dans leur cœur, une grande partie de la haine de Satan. En effet, Jean-Marie LE PEN nous a quittés le 7 janvier 2025, à l’âge de 96 ans, mais les idées d’intolérance pour lesquelles, il se battait, sont non seulement à la porte du pouvoir en France, mais ont et surtout dépassé, très largement, son parti politique. En effet, en raison de l'extraordinaire libération de la parole raciste dans ce pays, en Europe et en Amérique, ses idées fascistes sont presque devenues aussi plus légitimes que les valeurs républicaines, sinon parfois plus. Il fait donc nuit noire au pays des Lumières. Ses idées d’intolérance, contraires aux valeurs républicaines d’égalité et de fraternité, ont considérablement essaimé, depuis le BREXIT, en Europe (Suède, Hollande, Danemark, Hongrie, Italie, République tchèque, Slovaquie, Bulgarie, Autriche) ; ces régimes populistes, dans leur xénophobie, remettant en cause, le cosmopolitisme, ont adopté le 14 mai 2024, un Pacte migratoire, et certains estiment même qu’il faut aller encore plus loin. En Amérique, Donald TRUMP, celui qui avait attaqué le Capitole, est de retour au pouvoir en 2025. Jamais dans l’Histoire un racisme décomplexé, vecteur de succès électoraux, n’a été un aussi grand fonds de commerce, depuis Adolphe HITLER, dans ce qu’on continue encore d’appeler les démocraties occidentales. On entend que la répression des immigrants, le bruit des bottes, pour faire oublier l’agenda caché des populistes concernant les réformes attentatoires aux droits sociaux.
Les obsèques de Jean-Marie LE PEN auront lieu le samedi 11 janvier 2025 à la Trinité-sur-Mer, sa ville natale, mais ses idées sont plus que jamais vivantes. Aussi, les réactions très contrastées, sont à la mesure de cet événement qu’est sa disparition qui «ne doit pas marquer le début de sa réhabilitation. Jean-Marie Le Pen est le premier à avoir donné une caution politique à l’antisémitisme, au racisme et au négationnisme après la Guerre. Le combat contre ses idées ne s’éteint pas avec la disparition de l’homme qui les a portées», écrit Jonathan ARFI, le président du CRIF. Naturellement, les partisans des forces du Chaos, comme sa fille, Marine LE PEN assumant son héritage, ont encensé celui parlait, en 1988, de «Durafour crématoire» ou en 1987 du «point de détail» concernant l’holocauste. «Beaucoup de gens qu’il aime l’attendent là-haut. Beaucoup de gens qui l’aiment le pleurent ici-bas. Un âge vénérable avait pris le guerrier, mais nous avait rendu notre père. La mort est venue nous le reprendre. Bon vent, bonne mer Papa !», écrit Marine LE PEN. Les digues étant tombées, le gouvernement redoutant la censure, se montre obséquieux. «Il a été un acteur de la vie politique pendant 70 ans. Il a eu des propos et actions inacceptables. Mort, même l'ennemi a droit au respect. On est dans une question presque civilisationnelle», estime Sophie PRIMAS, porte-parole du gouvernement. Le président MACRON, très prudent, renvoie «au jugement de l’Histoire». Le message de François BAYROU, le Premier ministre, élogieux, a semé un grave trouble «Au-delà des polémiques qui étaient son arme préférée et des affrontements nécessaires sur le fond, JM Le Pen aura été une figure de la vie politique française. On savait, en le combattant, quel combattant il était», écrit François BAYROU, dont le gouvernement reste sous la menace d’une censure du RN. Dans cette période de perte de sens et de défaite des valeurs républicaines, les forces du Chaos triomphantes n’ont pas pris de gants, et ont fait l’éloge de l’intolérance. «C’était un animal politique et médiatique. il a marqué une partie de l’imaginaire politique ; il avait vraiment une culture impressionnante. C’est un menhir», dit Sonia MABROUK, de CNews, de la chaine de Vincent BOLLORÉ, un financier qui veut placer son homme d’extrême droite à l’Elysée, comme l’a fait Elon MUSK, pour Donald TRUMP. «Aujourd’hui, il apparaît davantage comme un lanceur d’alerte qu’il a été, plutôt qu’associé à des déclarations scandaleuses. Les thèmes qu’il a portés de manière courageuse [sur l’immigration] et qui se sont imposés», dit Jérôme SAINTE-MARIE. Jean-Marie LE PEN a réussi la dédiabolisation des idées fascistes, «aujourd’hui, le super-méchant est à l’extrême gauche», dit Céline PINA.
Des militants de gauche ont organisé, dans certaines villes, des défilés, «pour fêter» la mort de Jean-Marie LE PEN, en raison de ses prises de parole indignes et empreintes de racisme, d’homophobie et d’antisémitisme. «Le respect de la dignité des morts et du chagrin de leurs proches n’efface pas le droit de juger leurs actes. Ceux de Jean-Marie Le Pen restent insupportables. Le combat contre l’homme est fini. Celui contre la haine, le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme qu’il a répandus, continue», a écrit M. Jean-Luc MELENCHON, de la France Insoumise.
Incarnation du Diable, la victoire idéologique de Jean-Marie LE PEN est beaucoup importante qu’on ne le croit ; bien des partis politiques en France sont devenus lepénisés, et une puissante presse de Vincent BOLLORE relaie, sans retenue, ces idées de la haine. En effet, Jean-Marie LE PEN est le promoteur et l’avocat des idées conservatrices nauséabondes de haine ayant germé de longue date en France, mais qui n’avaient jamais pu avoir un espace politique suffisant. Dans le bilan de ses combats, Jean-Marie LE PEN a légitimité la haine et en a fait un fonds de commerce intégré dans le système politique français, qui pourtant professe, officiellement, les valeurs d’égalité et de fraternité. En effet, depuis des siècles, deux forces s’affrontent, l’Harmonie et le Mal, la République et la Royauté, le Progrès et le Conservatisme. Jadis, les Huguenots, notamment à la Saint-Barthélemy avaient été massacrés, les Juifs n’étaient pas des Français jusqu’au décret Crémieux, les colonisés africains, des indigènes, n’ont acquis la nationalité française qu’à compter de la loi de 1946 de Lamine GUEYE. Les ligues factieuses, comme auparavant Patrice MAC-MAHON, avaient failli renverser la République. L’Occupation, organisée par le maréchal Philippe PETAIN, dans la grande bassesse de sa Collaboration, a fini par perdre. Aucune de ces tendances conservatrices, même gravement menaçantes, n’avait pu vaincre définitivement la République. Il faut dire que Jean-Marie LE PEN, en dépit, de ses tortures lors de la Guerre d’Algérie, avait fini exhumer et légitimer toutes ces idées nauséabondes du passé. En reconnaissant la légalité du Front national, le ver est dans le fruit, et les digues sont tombées. Désormais, son mouvement, loin de faire peur, est, depuis 2002, constamment, au deuxième tour des présidentielles. N’ayant pas bien compris que dans un système électoral uninominal à deux tours, il est nécessaire d’avoir des alliés, Jean-Marie LE PEN n’avait pas pu conquérir le pouvoir ; tant mieux pour la démocratie ! Ses calembours nauséabonds et fascistes, comme son refus de rechercher toute acceptation minimale de légitimation, et surtout la platitude de ses propositions économiques, l’avaient conduit à un mur infranchissable à chaque présidentielle.
Mon cœur saigne. La France, pays des Lumières, des déclarations de droits de l’Homme de 1789 et de 1948 de René CASSIN (voir mon article, Médiapart, 14 décembre 2024), victorieuse sur la Royauté et l’Occupation, à la base des «Jours Heureux» par un système social exceptionnel, a été gravement piégée, dans son système démocratique universaliste, fondé sur la liberté, la fraternité et l’égalité, par Jean-Marie LE PEN, dans son héritage négationniste, un attentat à la dignité humaine. En effet, son entreprise familiale, maintenant gérée par sa fille, Marine LE PEN, une machine de guerre redoutable contre la République, devenue le premier parti de France, est à la porte du pouvoir. Un des grands projets politiques du RN, de mise en place d’un système ségrégationniste, comme en Afrique sous l’Apartheid, c’est justement de contourner la Convention européenne de l’Homme, en abolissant l’Etat de droit en France, par un système référendaire, notamment contre les racisés (Immigration, déchéances de nationalité, refus des aides du système social, logements sociaux, détentions illimitées, abrogation du droit du sol, etc.). Aux législatives de juin 2024, à la suite de la dissolution à la Chirac du président Emmanuel MACRON, c’est Jean-Luc MELENCHON, qui a eu la grande clairvoyance de proposer un front républicain, pour barrer la route au RN. Sans cette stratégie salutaire et gagnante, la France aurait déjà eu un gouvernement d’extrême-droite. C’est «une victoire différée» dit Marine LE PEN. Elu en 2017 et réélu en 2022, pour un Front républicain de barrage à l’extrême droite, le président Emmanuel MACRON a trahi tous les devoirs de sa charge. Réduit à mendier la non censure du gouvernement par le RN, le président MACRON, dont la politique africaine est désastreuse pour la France, en raison de sa forfaiture, partira dans la honte et le déshonneur, pour avoir refusé de se plier au verdict du suffrage universel après sa dissolution mal avisée. «Je dois bien reconnaître que la dissolution a apporté, pour le moment, davantage de divisions à l’Assemblée que de solutions pour les Français», a-t-il reconnu, à ses vœux à la Nation du 31 décembre 2024. Après la censure de Michel BARNIER, une première depuis plus de 60 ans, la chute inévitable du gouvernement de François BAYROU et les municipales de 2026, sans doute accentueront cette progression des forces du Chaos, qui se sont rénovées. Le déni démocratique du président MACRON n’a fait que renforcer Marine LE PEN. En effet, sous Jean-Marie LE PEN, les mairies frontistes avaient mal été gérées. Marine LE PEN, surveillant son langage, évitant toute déclaration antisémite, avance masquée et s’est attachée à professionnaliser ses élus locaux. Son alliance avec Eric CIOTTI a dynamité la Droite, qui n’a plus de républicaine que de nom. On peut dire que le RN, devenu presque rassurant, est la première force politique de France. Plus personne, comme auparavant, ne va manifester contre les réunions publiques du RN, et tous acceptent de débattre à la télévision contre ses cadres.
C’est pourtant bien les militants du RN qui ont jeté Brahima BOUARRAM, le 1er mai 1995, à la Seine, à Paris (Voir mon article, Médiapart, 1er mai 2020). Ce sont les mêmes qui avaient assassiné à Marseille, Ibrahim ALI, âgé de 17 ans, tué le 21 février 1995, par un colleur d'affiches du Front national, Robert LAGIER. Même pour Serge KLARSFELD, décoré, en octobre 2022, par Louis ALLIOT, maire frontiste de Perpignan, pourtant le célèbre chasseur de nazis, déclare que le RN aurait «évolué». L’extrême droite, non seulement a séduit une bonne partie de la communauté juive en allant marcher avec elle lors de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, en instrumentalisant l’islamophobie. Dans son habileté, Marine LE PEN a aussi réussi à conquérir les voix des Antillais, sur le terrain du droit du sol et de l’immigration, en considérant que les Africains auraient dégradé la condition de Français des Ultramarins. Marine LE PEN est allée, le 7 janvier 2025, à Mayotte.
Jean-Marie LE PEN aura-t-il droit à des funérailles nationales afin que le gouvernement de BAYROU puisse échapper à la censure ? Plus sérieusement, depuis cette dissolution hasardeuse du 9 juin 2024, la composition de chaque gouvernement est concoctée pour plaire au RN. L’Algérie avait sombré dans une guerre civile à la suite de la victoire du FILS. En France, on estime, comme à la veille de 1940, rien ne peut arriver de dommageable à la France républicaine. Dans cette victoire du populisme, lors de ses vœux du 31 décembre 2024, à la Nation, le président Emmanuel MACRON, n’a pas écarté l’idée de faire recours au référendum. On pense à la question de l’immigration et au droit du sol. Dans une grande bassesse, comme en 1940, les attentats contre les racisés pleuvent : les déchéances de nationalité, le refus des préfectures d’accorder des rendez-vous aux personnes en situation régulière, pour les faire basculer dans l’illégalité, l’expulsion vers des pays tiers dont ils n’ont pas la nationalité. D’autres projets fusent pour plaire au RN : la suppression de l’aide médicale, comme l’aide juridictionnelle en fait perçue par les avocats pour les obligations de quitter le territoire, des perspectives de tests de français renforcés en vue de l’obtention d’une carte de résident, etc. «Marine Le Pen sourit. Le nouveau visage du Front national, c’est le sien. Ce sourire masque une ambition folle : arriver au pouvoir, en brisant la droite et en prenant sa place. La diabolisation a vécu», écrit Romain ROSSO.
Qui était donc Jean-Marie LE PEN, dont l’héritage est très lourd en matière d’atteintes graves au principe d’égalité, de non-discrimination, de fraternité de la République ?
«Mes grands-parents ne savaient pas lire, mais surent donner une vie décente à leurs enfants. Ma paysanne de mère était élégante et fière, mon père, patron pêcheur taciturne, avait navigué pendant la Grande Guerre, à treize ans, mousse sur un cap-hornier, ces cathédrales de toile et de bois qui affrontaient les quarantièmes rugissants. À la maison, il n'y avait pas l'eau courante, mais on aimait sa famille, son pays et Dieu - et la Bretagne aussi, avec ses îles, ses navires. L'instituteur et le curé nous apprenaient à les chanter ensemble. En somme, j'étais un petit Breton heureux dans la grande France. Le père est mort, la France était blessée, des curés m'ont dégoûté de Dieu. Le petit Breton avait grandi, la France a rapetissé. Pour la relever, j'ai choisi le combat politique», écrit Jean-Marie LE PEN, dans le tome I de ses mémoires.
Jean-Marie LE PEN est né le 20 juin 1928 à La Trinité-sur-Mer, dans le Morbihan. Fils de Jean LE PEN (1901-1942) et d’Anne-Marie HERVE (1904-1965), il est un ancien responsable de la Corporation des étudiants en droit. En 1953, il s’engage pour la guerre coloniale en Indochine, en qualité de sous-lieutenant au premier bataillon étranger de parachutistes. De retour en France, il devient est secrétaire général de l’Union de la défense de la jeunesse française de Pierre POUJADE (1920-2003), un syndicaliste d’extrême droite, défendant les artisans et commerçants, qui seraient menacés par la grande distribution. En janvier 1956, il est élu député poujadiste de Paris. En septembre 1956, il s’engage dans le premier régiment parachutiste en Algérie et fonde en août 1957, le Front national des combattants et se serait livré à des actes de tortures, suivant Fabrice RICEPUTI. Auparavant, Pierre VIDAL-NAQUET (1930-2006), un historien, avait fait état d’un rapport du commissaire principal d’Alger René GILLE, selon lequel un Algérien, Abdennour YAHIAOUI, 17 ans, lui affirma avoir été, en février 1957, torturé à l’électricité et à l’eau et aussi fouetté au nerf de bœuf sur ordre et en présence du lieutenant LE PEN. Jean-Marie LE PEN est clairement identifié, comme un tortionnaire par un autre témoignage «J’étais allongée nue, toujours nue. (…) Dès que j’entendais le bruit de leurs bottes dans le couloir, je me mettais à trembler. Ensuite, le temps devenait interminable. (…) Le plus dur, c’est de tenir les premiers jours, de s’habituer à la douleur. Après, on se détache mentalement. C’est un peu comme si le corps se mettait à flotter», dit Louisette IGHILAHRIZ, citée par Florence BEAUGE, dans le Monde du 20 juin 2000. «En Algérie, cette guerre se nomme ! «Révolution ». Elle est toujours célébrée comme l’acte fondateur d’une nation recouvrant ses droits de souveraineté, par une ! «Guerre de libération». Cette séquence se vit aussi comme un traumatisme profond : déplacements massifs de populations rurales, pratiques de la torture, internements arbitraires et exécutions sommaires. Louisette Ighilahrize dans «Algérienne» retrace son itinéraire militant et comment elle fut victime de la torture. Son autobiographie est emblématique de la douloureuse histoire franco-algérienne, au moment où le général Aussaresses, dans Services spéciaux Algérie, 1955-1957 (Perrin, Paris, 2001) publie son récit de vie qui prend parfois la forme d’une apologie des exactions commises pendant la guerre», écrit, en 2021, Benjamin STORA dans son rapport remis au président Emmanuel MACRON. En 1958, réélu député de Paris, apparenté au Centre national des indépendants et des paysans, Jean-Marie LE PEN se bat à fond, pour l’Algérie française.
En 1962, battu aux législatives, Jean-Marie LE PEN fonde, en 1963, avec ses amis Pierre DURAND (1933-1994) et Léon GAULTIER (1915-1997), un ancien Waffen SS, la Société d’études et de relations publiques) début 1963. Lors de la présidentielle de 1965, Jean-Marie LE PEN, directeur de campagne électorale de Jean-Louis TIXIER-VIGNACOUR (1907-1989), un avocat et ancien secrétaire général à l’information de 1940 à 1941 sous Vichy. Après cet échec, le RN n’avait pas, jusqu’aux municipales de 1983, à Dreux, avec Jean-Pierre STIRBOIS (1945-1988), pu franchir la barre des 1% ; il a brisé le plafond de verre en obtenant 17%.
C’est François MITTERRAND qui a reçu à l’Élysée, Jean-Marie LE PEN, et l’a fait inviter, pour la première fois à la télévision, le 13 février 1984, chez Antenne 2, pour «casser la droite». La Gauche ayant rétabli la proportionnelle, en 1986, le RN obtient 34 députés et en 1987, Jean-Marie LE PEN qualifie les chambres à gaz de «point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale». Il obtient 14,4% des voix à la présidentielle de 1988 et 15% en 1988, mais il est lâché par Bruno MAIGRET. C’est aucun doute, en 2002, que Jean-Marie LE PEN, qualifié au deuxième des présidentielles, Lionel JOSPIN étant éliminé au premier tour, que la donne politique a considérablement changé.
Jean-Marie LE PEN, disparu le 7 janvier 2025, mais ses idées sont plus que jamais vivaces. Il avait épousé, en 1960, Pierrette LALANNE qui a lui a donné trois filles : Marie-Caroline, Yann et Marine. Le couple a divorcé en 1987. Jean-Marie LE PEN a été marié une seconde fois en 1991, à Jany PASCHOS. Il est le grand-père de Marion MARECHAL-LE PEN, et le parrain de l’une des filles de l’humoriste, Dieudonné. Marine LE PEN, a repris le parti en 2011 et en a exclu son père. Après une période tumultueuse, ils se sont réconciliés. Dans la progression du Front national rebaptisé Rassemblement national, Marine LE PEN, sans abandonner les idées de son père, recherche la respectabilité, à rassurer, en évitant les dérapages verbaux, en vue de conquérir le pouvoir. Ce toilettage, ce cosmétique, sans renier l’intolérance au cœur de son projet politique, lui a, pour l’instant, réussi : «Le Pen, ça l’est autrement avec Marine Le Pen. La présidente du FN ne correspond pas à la caricature d’extrême droite que le vieux leader incarnait et se plaisait parfois à interpréter en multipliant outrances et provocations. Ces dernières années, la fille du chef a plutôt bravé les préjugés et la culture de la paranoïa des caciques du Front, en conseillant de ménager les journalistes. Un travail médiatique de longue haleine dont elle a tiré des bénéfices pendant la bataille de la succession, en rejetant les extrémistes du côté des partisans de Bruno Gollnisch», écrit Romain ROSSO, dans «La face cachée de Marine Le Pen».
Dans cette période sombre, après avoir célébré le Bicentenaire de la Révolution de la Déclaration des droits de l’Homme en 1989, mais aussi ce magnifique centenaire des JO de Paris de 2024 sous le signe du cosmopolitisme et de la Fraternité, comment en est-on arrivé là ?
«Comprendre, c'est en distinguer et donc résister aux amalgames simplificateurs», écrit Pierre ROSANVALLON. Les partis de gauche (Mitterrand, Hollande), comme de droite (Sarkozy, Rotailleau, Fillon, Darmanin, Pécresse, Ciotti, de Villiers) et en particulier la Macronie, ont une lourde responsabilité dans cette grave défaite de la pensée et des valeurs républicaines. En effet, Jean-Marie LE PEN est mort, mais ses idées sont plus que jamais vivantes. On assiste, à la mise en place progressive d'un Code de l’indigénat dans lequel le racisé, ayant perdu ses droits fondamentaux d’être humain, est exclu du bénéfice des lois républicaines, par un système médiatique de lynchage et de légitimation de ces pratiques racistes, discriminantes. Ainsi, déjà le système de dématérialisation des titres de séjour en 2021, loin de faciliter leur gestion, est une grave atteinte aux droits des personnes en situation régulière basculant dans l'illégalité, en raison du refus des préfectures d'accorder des rendez-vous. Quand on fait un référé, le juge administratif, comble de l'absurdité et du déni de justice, estime, que l’étranger en situation régulière, devenu sans titre de séjour du fait exclusif de l'Administration, n'a pas démontré l'urgence à statuer sur son cas. S’il est insatisfait de ce jugement, l’étranger doit se pourvoir en cassation devant le Conseil d’Etat, avec des honoraires d’avocat hors de prix, un mur infranchissable de l’argent. La Défenseure des droits a dénoncé, dans des rapport en 2022, 2023 et 2024, cette grande escroquerie. Par ailleurs, en contradiction manifeste avec la règle élémentaire du caractère personnel de la sanction pénale, les forces du Chaos veulent maintenant punir aussi les parents pour les fautes de leurs enfants mineurs (suppression CAF, vers un retrait de leur titre de séjour). Il est envisagé aussi, et surtout des tests, de français élevés, pour les demandes et renouvellements de cartes de résidents, comme jadis, dans le systèmes des lois ségrégationnistes aux États-Unis. Les déchéances de nationalité, que voulait mettre en place François HOLLANDE, qui avaient choqué et révulsé auparavant les démocrates, pleuvent maintenant dans l'indifférence générale. Tout cela se fait, alors le RN n'est pas encore au pouvoir. Ce duo, Moussa DARMANIN, à la Justice et Bruno ROTAILLEAU, à l'Intérieur, vise aussi à stigmatiser les juges, en exigeant, systématiquement, des mandats de dépôt, même pour les courtes peines, à l'encontre des racisés, là où Paul BISMUTH a droit à un an de bracelet électronique. Où va-t-on dans notre chère France républicaine, pays des Lumières et de la Déclaration de 1789 ? Leur projet politique est maintenant clair, à travers une série de référendums, annoncés le 31 janvier 2024 par le président MACRON, abolir l'Etat de droit en France, pour certains, mettre en place un Code de l’indigénat, une réification du corps du racisé, comme au temps de l’esclavage.
Les électeurs, le 7 juillet 2024, en sanctionnant cette dissolution à la Chirac, ont montré que les Républicains peuvent encore faire barrage aux fachos. Les racisés, en particulier, au centre de la tension, devraient rester mobilisés et vigilants. «Je refuse de désespérer, parce que désespérer, c’est refuser la vie. Il faut garder la foi», dit Aimé CESAIRE.
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Paris, le 7 janvier 2025, par Amadou Bal BA