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Billet de blog 7 février 2025

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"UNESCO, Semaine culturelle Arabe nov. 2024" Amadou Bal BA

Semaine culturelle arabe à Paris à l'UNESCO, 4 et 5 nov. 2024 : une culture et une littératures puissantes. Inventeurs de l'écriture, avec les Sumériens, la calligraphie, les contes, les Mille et nuits, la poésie et la philosophie l'UNESCO entend sauvegarder ce patrimoine matériel et immatériel.

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«La semaine culturelle arabe à Paris à l'UNESCO, les 4 et 5 novembre 2024 : La puissance de la culture, de la littérature et de la poésie arabes» par Amadou Bal BA

C’est grâce à Lise-Marie RANNER-LUXIN, rédactrice en chef de Divas, magazine Afropolitain à Paris, que j’ai renoué le contact avec les journées culturelles de l’UNESCO, une institution que je ne fréquentais plus depuis le départ de son Directeur général, Amadou-Mahtar M’BOW (Voir mon article, Médiapart, 24 septembre 2024).

En Occident, dès qu'on entre dans un lieu ou espace public, il est particulièrement risqué de dire «Allahou Akbar !» ou «Dieu est Grand». Cependant, en dépit du fait que la langue arabe soit brouillée dans sa vraie et bonne image, la semaine culturelle arabe, à l’UNESCO, les 4 et 5 novembre 2024 à Paris, des échanges d’une grande qualité, d'une très haute facture, ont été centrés sur les questions culturelles et artistiques, loin de certaines instrumentalisations politiciennes. Aussi, cette semaine culturelle arabe a bien administré la preuve que le Coran n'est pas seulement que des litanies psalmodiées, c'est un arabe littéraire poétique chanté, récité et particulièrement émouvant. En effet, la puissance de la culture, de la littérature et de la poésie arabes, vient du fond des âges, des millénaires. Les Arabes ont inventé l’écriture. En effet, 3200 ans av. J.-C., les Sumériens, en Mésopotamie, entre l’Irak et la Syrie actuels, ont élaboré une sémiologie, une science des signes, une sémantique, une science des significations des signes, une écriture cunéiforme. Personne ne l’avait fait auparavant. L’une de ces démarches a consisté à associer différents signes entre eux, pour en faire des composantes homologuées, unifiées. L’écriture apparaît comme un système. Roi de 1792 à 1750 av. J.-C., Hammurabi a rédigé le premier Code d’organisation politique et sociale de son pays, une table des lois écrite. Les Arabes, des nomades, des Bédouins, avec une culture de l’oralité, ont adapté l’écriture sumérienne. Mais chaque pays a conservé ses dialectes. «À l'origine des temps, rapporte une très vieille légende, Dieu, pour peupler le globe, créa en une même fois plusieurs hommes auxquels il répartit les diverses perfections : il donna la beauté de la tête au Grec, l'habileté des mains aux Chinois, la supériorité de la langue à l'Arabe. Celui-ci a conservé son privilège à travers les siècles. Dès les premières manifestations de la civilisation dans la péninsule asiatique d'où partit le grand mouvement qui se répandit à dater du VIIe siècle au nord et au centre de l'Afrique, au centre de l'Asie et au midi de l'Europe, la parole, d'abord orale, puis écrite, exerça sa puissance sur le développement des mœurs, des esprits, des institutions dont la race arabe», écrit en 1920, Louis SIMOND. Sous l’ère des Abbassides, développant les techniques des Sumériens, Ibn MAKLA, un poète, calligraphe et architecte (Algorithme), a doté les Arabes d’une écriture. Les Arabes sont à la base de découvertes majeures, comme l’invention du papier, du télescope, du planeur, de l’utilisation des chiffres qu’on appelle aussi «chiffres arabes», de la médecine préventive, de la chirurgie, etc.

Marcel PROUST (1871-1922) a confessé que sa passion littéraire lui est venue des contes des «Mille et une nuits», un livre offert par sa grand-mère. Haroun AL-RACHID (766-809), calife de Bagdad, un contemporain de Charlemagne,  était un commandeur des arts et lettres qui avait fait rayonné, jusqu'en France, la littérature arabe. Entre tous les califes du Moyen Âge, Harun AL-RACHID le cinquième de la dynastie abbasside, est probablement le plus célèbre : il doit sa gloire au recueil de contes des Mille et une nuits, l’œuvre de littérature arabe sans doute la plus connue en Occident, dans lequel il apparaît comme le prototype du calife juste, bon et pieux, pieux, juste et bon, Harun AL-RACHID incarnerait un règne d’équité et d’harmonie. Son nom y est également associé à une forme d’âge d’or de l’Empire islamique, marqué notamment par la prospérité économique et par une expansion culturelle sans précédent.

I – UNESCO, préserver la langue arabe et son patrimoine culturel

A – La langue arabe et son avenir

La langue, c’est l’identité d’un peuple, le socle d’une culture, véhicule des valeurs ; elle doit avoir la capacité de créer, d’innover et se renouveler, pour être au service du développement. L’arabe ne concerne pas seulement que les pays arabes, mais aussi partout où est présente la diaspora de ces pays, notamment en termes d’éducation, d’intelligence artificielle, de traduction et de complémentarité des politiques linguistiques.

Une langue pour vivre doit avoir des locuteurs. Résiliente et robuste, l’Arabe figure au top des 5 langues les plus parlées au monde, 300 millions de locuteurs au quotidien, selon les statistiques du Centre de Langue moderne de l’Université de Birmingham. La langue arabe est une opportunité de travail, pour les entreprises en relation avec le monde arabe. Les pays arabes offrent des bourses d’études et de recherches en vue de promouvoir leur langue. Cependant, les jeunes lisent peu et la diaspora est réticente est apprendre l’arabe, en raison de la montée des populismes et du pessimisme. Les pays arabes sont à la recherche de solutions innovantes afin de vaincre ces réticences, en s’inspirant des expériences des États-Unis, du Japon, de Taiwan, de l’Australie, de la Finlande, et de la France. Aucune méthode d’apprentissage ne devrait être écartée, notamment la prise en compte du handicap. Ainsi le poète pessimiste, Abul Al-MAARI (973-1057), poète et philosophe syrien, comme Taha HUSSEIN (1889-1973), universitaire, romancier, essayiste et critique littéraire égyptien, de grands lettrés arabes, étaient pourtant des aveugles. El Hadji Mahmoud BA (1908-1978), originaire de Diowol, en Mauritanie, est à la base, en 1939, du mouvement, Al-Falah ou «Mouvement culturel et social musulman», il avait pour but la relance de l’enseignement de la Sunna ou  tradition en arabe.

B – UNESCO : La préservation le patrimoine immatériel et les sites historiques

1 – La calligraphie arabe, un patrimoine immatériel de l’Humanité

Au premier rang du patrimoine culturel arabe figure la calligraphie, un art immatériel. La calligraphie arabe désigne la pratique artistique consistant à retranscrire l’écriture arabe manuscrite avec fluidité, afin d’exprimer harmonie, grâce et beauté. Entre art, culture et religion «La calligraphie arabe est la pratique artistique de l'écriture manuscrite en arabe de manière fluide pour transmettre l'harmonie, la grâce et la beauté. La fluidité de l'écriture arabe offre des possibilités infinies, même au sein d'un seul mot, car les lettres peuvent être étirées et transformées de nombreuses façons pour créer différents motifs», dit l’UNESCO. Utilisant les vingt-huit lettres de l’alphabet arabe, rédigé en écriture cursive de droite à gauche, la calligraphie arabe, une écriture claire et lisible, est devenue, incontestablement, un art. La calligraphie, une tradition millénaire dans le monde arabe et islamique, est entrée, le 14 décembre 2021, dans la liste du patrimoine culturel immatériel établie par l'UNESCO. En effet, pour cette organisation internationale, la calligraphie, un patrimoine culturel immatériel demeure, plus que jamais, «un facteur important de maintien de la diversité culturelle face à une mondialisation croissante». Haut du formulaire

La plus ancienne a été l'écriture Koufique, du nom d'une ville en Irak, Koufa, apparue à la fin du VIIIe siècle, avant l’apparition du «Naskhi» développée au IXe siècle, un style d’écriture lié au Coran. Au départ, la langue arabe, comme le Coran, était des langues orales, ou récitées.

En fait, la calligraphie a envahi la vie quotidienne, les maisons, les mosquées, la monnaie, les sceaux, les palais et s’est même expatriée en Andalousie, à Kairouan. Finalement, devenue un art, la calligraphie a intégré les rues, les espaces culturels, mais en préservant l’esthétique, un moyen aussi de répandre la langue arabe, de façon avantageuse. La calligraphie, devenue art, est donc sans conteste, le bien le plus précieux des pays arabes, et fait désormais partie de leur vie.

En raison des moyens modernes, comme l’intelligence artificielle, le besoin de communiquer notamment en matière de marketing, entre l’ancien et le moderne, la calligraphie a évolué, avec un bel avenir.

2 – Les sites à protéger et une nourriture saine et équitable

Il existe dans les pays arabes, un patrimoine historique d’une importance capitale pour l’humanité. Aussi, l’UNESCO avait entrepris, de 1955 à 1968, de rénover et de protéger les monuments de Nubie, au sud de l'Égypte, à savoir les temples d'Abou Simbel, construits au temps de Ramsès II au XIIIe siècle avant notre ère, commémorant la victoire de 1275 av. J.-C. sur les Hittites à Qadesh et rappelaient à la Nubie la domination égyptienne. Ce sauvetage reste comme l'une des actions opérationnelles de plus grande ampleur réalisées par l’UNESCO. En effet, la construction d’un nouveau barrage sur le Nil, à Assouan, menaçait les temples d'Abou Simbel et d’autres trésors antiques, taillés dans la roche solide. Le déplacement des monuments, d’importantes fouilles furent réalisées dans l’ensemble de la région nubienne alors que le projet du barrage s’achevait, a permis l'excavation d’un patrimoine alors inconnu d’une immense richesse, allant d’objets anciens datant de l’Âge de pierre à une église du XIXe siècle ornée de peintures murales.

Peu de gens savent qu’une partie des pyramides se situe aussi au Soudan, véritable nom de l'ancienne Nubie ; «Bilad», comme «Soudan», signifie «pays des Noirs». Le monument le plus célèbre, au Soudan, affecté par le projet du haut barrage d'Assouan, était le complexe de temples de l'île de Philae. Dédié à la déesse Isis, le sanctuaire date principalement de l'époque gréco-romaine et fut transformé ultérieurement en église (540 apr. J.-C.). Dans la Nubie soudanaise, les monuments et sites suivants étaient menacés : le temple de Ramsès à Aksha, la ville fortifiée de Buhen avec deux temples datant de la XVIIIe dynastie égyptienne, et les deux temples de la même époque dans les forteresses de Semna Est et Ouest. À l'exception de trois monuments (le temple de Gerf Husein, les chapelles de Qasr Ibrim et le temple of Abu Oda), les édifices ont été démontés, démantelés et déplacés vers un autre site et rassemblés en six groupes.

Depuis le Maroc a ratifié, en 1981, la convention de l’UNESCO du 28 octobre 1975, ce pays compte 9 biens culturels et 6 biens naturels inscrits au patrimoine mondial de l’humanité. Il s’agit essentiellement de Médinas, ou de quartiers anciens (Fès, Marrakech, Tétouan, Essaouira, Meknès), mais aussi de mosquées, de grottes, de greniers anciens, de villes anciennes comme Meknès, le Ksar d’Ait Ben Haddou, El Jadida ou la ville portugaise de la Cité portugaise. Le film, Indiana Jones, a été tourné au Maroc.

La Palestine, pays en guerre depuis 1948, dont le patrimoine culturel est menacé en permanence de disparition, a ratifié la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel le 8 décembre 2011. En 2024, la Palestine compte 5 biens inscrits au patrimoine mondial, à savoir quatre en Cisjordanie : l'église de la Nativité comme lieu de naissance de Jésus et la route de pèlerinage associée à Bethléem ; la vieille ville d'Hébron ; la terre des oliviers et des vignes de Battir comme paysage culturel du sud de Jérusalem ; et Tell es-Sultan dans l'ancienne Cisjordanie.

L’Arabie-Saoudite, abritant les lieux saints de l’Islam, compte 8 sites inscrits au patrimoine mondial, 7 culturels et 1 naturel : le site archéologique de Hegra ou Al-Hijr / Madā ͐ en Ṣāliḥ (Médine), l’aire culturelle de Ḥimā, l’art rupestre de la région de Hail, le district d'at-Turaif à ad-Dir'iyah, le paysage culturel de la zone archéologique d'Al-Faw, l’oasis d'Al-Ahsa, la ville historique de Djeddah, Uruq Bani Ma’arid de Riyad.

II– L’ancienneté et la vigueur des littératures et poésies arabes

Durant plus de 13 siècles, la littérature arabe et sa poésie ont rayonné sur le monde. La poésie, miroir de la pensée arabe, était aussi déclamée dans le «Diwan», un lieu de réunion pour discuter de leurs affaires publiques. Aussi, dès le départ, la poésie arabe, associant le temporel et le spirituel, a embrassé tous les aspects de la vie, dans sa diversité, comme l’amour, de la douleur, de l’orgueil, de l’honneur et du plaisir. Si l’Islam a revigoré la culture arabe avec ses conquêtes, les Arabes avaient aussi, une importante littérature préislamique. Par conséquent, deux mondes coexistent : l’ancien et le moderne. «La poésie amoureuse occupe depuis l’antiquité une place très particulière chez les Arabes. Nous pourrions qualifier cette particularité de sublime, parce que la poésie amoureuse représente le mot premier à la fois dans le langage poétique et dans l’imaginaire collectif. Cette poésie porte plusieurs noms dans la poétique arabe, mais le plus répandu est celui d’Al-Ghazal. Dans le sens linguistique, le «Ghazal» est le discours que les jeunes garçons et les jeunes filles échangent, ou encore il signifie la distraction avec les femmes. Dans le sens critique, le «Ghazal» est la parole poétique qui exprime le sentiment du poète amoureux vis-à-vis de la beauté de son aimée et sa manière de la voir», écrit Mohammed BENNIS.

A - La littérature classique arabe

La littérature arabe est dominée par de grands poètes depuis l’Antiquité, donc une époque antéislamique. Le plus ancien d’entre eux connut, Imrou Al-QAYS (501-565), fils du dernier roi de Kindah, chassé du palais, est un poète errant, jouisseur aimant l’alcool et séducteur. Mort chez l’empereur Justinien, dans des conditions non encore élucidées,  Imrou Al-QAYS chante l’amour et les peines du cœur. «L’homme mûr de ses aveugles amours de jeunesse finit par faire son deuil, mais mon cœur de sa folle passion pour toi refuse de faire le sien. Quelle formidable nuit que toi dans les étoiles paraissent, comme attachées aux roches sourdes avec des cordes en lin !», écrit-il.

Le deuxième grand poète de l’ère des Omeyyades, Omar Ibn Abi RABIA (644-712), né à la Mecque, d’une famille Qoraïchite, de la tribu de Mahomet, poète de l’amour courtois. Séducteur, il est poète de la galanterie, du plaisir partagé «Si l'amour devait un jour mourir, il serait mort en moi, mais ma chérie, je te le jure, l'amour ne meurt pas», écrit-il. Sa poésie est entièrement dédiée à la gloire de la femme qu’il célèbre ; revendiquant pour elle le droit d'aimer librement, estimant que la société tout entière pouvait tirer avantage de la beauté et de la séduction féminines  «Sur la foi des on-dit, la belle m’ensorcelle.  Quel charme que le sort qui m’est jeté par elle ! Des rendez-vous, j’en ai sollicité en vain.  Chaque fois Hind s’esclaffe et lance : après-demain !», écrit pour Hind Bint Al-Harith.

Le troisième grand poète, Abdou NAWAS (757-815), un métis (père arabe, mère persane), libertin, ivrogne et ayant perdu la raison est un jongleur des mots irrévérencieux. Vendu comme esclave, Harun Al-Rachid le recruta à sa cour «Le califat se perd. C’est la faute au calife, à son vizir ignare, au conseiller naïf. ls ont trompé leur maître et tous deux sont fautifs. Le scandaleux Calife est pédéraste actif. Pour changer de conduite, il faudrait qu’ils le puissent. Le mignon d’al-Amîn est eunuque ! L’inconduite de ces deux-là, en attendant, a tout éclaboussé, comme un chameau qui pisse», écrit-il dans «la chute du corps». Poète avant-gardiste, Abu NAWAS, est un provocateur «Ibrâhim an-Nazzâm nous tient de vrais propos blasphématoires. Il me surpasse en athéisme et son hérésie est notoire. Lui dit-on : «Où bois-tu ?». Il répond : «Dans mon verre !» ; Lui dit-on : «Aimes-tu ?», il répond : «Par-derrière !» ; «Et que répudies-tu ?» Réponse : «La prière !» ;  «Que professes-tu ?» Il dit : «Tout le mal !», écrit-il dans le «Blasphème». Tout en maniant la satire, devenu courtisan, en raison de sa proximité avec le calife, Harun Al-Rachid, Abu NAWAS a fini par modérer sa poésie.

Le quatrième grand poète est Abou’ltayyib  dit AL-MUTANABBI (915-965) orgueilleux poète de Cour, grand courtisan, il a chanté sa poésie les hauts faits et bienfaits de ses protecteurs, mais qu’il a fustigés à la suite de différentes brouilles. Sa poésie servile est donc un mélange d’éloges et de satires, une éloquence empreinte d’insolence et de révérence, de bassesse et d’orgueil. Poète, d’une condition très modeste, fils d’un simple porteur d’eau à Koufa (Irak), dans son ambition et sa soif de reconnaissance, il prétendait être issu de l’aristocratie. En raison d’un vers sur Mahomet, il est devenu MUTANABI, «le Prophète». En effet, «Je critique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un crétin, le plus énergique un lâche, le plus noble un chien, le plus clairvoyant un aveugle, le plus vigilant un loir, et le plus courageux un singe», écrit-il. Poète de l’errance et du combat, immodeste, mais talentueux, il fait partie des grands classiques arabes «À quels sommets ne pourrai-je atteindre ? Et quelles rigueurs devrais-je craindre ? Car l’ensemble de la Création Et tout ce que Dieu n’a pas créé, compte moins pour mes aspirations, qu’un cheveu sur mon front couronné», écrit-il.

Il existe de nombreux autres grands classiques arabes, comme Jalal Din AL-RUMI, Omar KHAYAMM.

B – La littérature, la poésie moderne arabe

C’est sans doute, Naguib MAHFOUZ (1911-2006), le premier prix Nobel de littérature de langue arabe, qui a brisé la glace. Écrivain réaliste et symboliste, ses ouvrages ont été traduits presque dans toutes les langues du monde. Dans son génie littéraire, Naguib MAHFOUZ a combiné l’arabe littéraire et l’arabe dialectal, pour en faire une langue rigoureuse et harmonieuse, comprise par tous. Naguib MAHFOUZ est resté attaché à l’histoire de son pays, des luttes de pouvoirs, et à sa ville natale, le Caire, qu’il n’a presque jamais quittée.

L’héritage de Mahmoud DARWICH a aussi fortement marqué les esprits de notre temps. Poète palestinien nationaliste, de l’errance, de l’amour, de l’altérité et de la Paix, de la Nakba ou catastrophe, en 1948 ; son peuple ayant été jeté sur le chemin de l'exil en 1948, Mahmoud DARWICH a chanté la Palestine, menacé par Donald TRUMP d’un nettoyage ethnique. ««J'éprouve une certaine fierté d'appartenir au pays qui a engendré Jésus. Si le monde est témoin chaque jour de plus d'un nouveau Golgotha, je note avec fierté que le premier Golgotha eut lieu en Palestine. Avoir cela en mémoire aiguise ma conscience personnelle, m'arme d'une grande force morale, ouvre devant moi un vaste horizon humain», dit Mahmoud DARWICH.

Mahmoud DARWICH est profondément nationaliste «Inscris ! Je suis Arabe. Le numéro de ma carte : cinquante mille. Nombre d’enfants : huit. Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine. Je suis mon prénom «Patient infiniment», dans un pays où tous vivent sur les braises de la colère. Mes racines. Mon grand-père était paysan, être sans valeur, ni ascendance, ma maison, une hutte de gardien. Que tu as raflé les vignes de mes pères, et la terre que je cultivais moi, et mes enfants, ensemble. Tu nous as tout pris hormis, pour la survie de mes petits-fils, les rochers que voici. Je n’ai pas de haine pour les hommes, je n’assaille personne, mais que si j’ai faim, je mange la chair de mon usurpateur. Gare à ma fureur !» écrit-il dans «Carte d’identité». Poète de l’exil, il ne désespère pas «Jamais nos exils ne furent vains, jamais en vain nous n'y fûmes envoyés. Leurs morts s'éteindront sans contrition. Aux vivants de pleurer l'accalmie du vent, d'apprendre à ouvrir les fenêtres, de voir ce que le passé fait de leur présent et de pleurer doucement et doucement que l'adversaire n'entende pas ce qu'il y a en eux de poterie brisée. Martyrs, vous aviez raison. La maison est plus belle que le chemin de la maison. En dépit de la trahison des fleurs. Mais les fenêtres ne s'ouvrent point sur le ciel du cœur et l'exil est l'exil. Ici et là-bas. Jamais en vain nous ne fûmes exilés et nos exils ne sont passés en vain. Et la terre se transmet comme la langue», écrit-il «Au dernier soir sur cette terre».

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Paris, le 11 novembre 2024, par Amadou Bal BA

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