«Albi, dans le Tarn», par Amadou Bal BA

 

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Albi ville-préfecture, cité gallo-romaine qui contemple du haut de ses vingt siècles d’histoire le Tarn, est bâtie sur un escarpement rocheux, avec des briques rouges. La Cité épiscopale a été classée patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis le 31 juillet 2010.

Cité pittoresque, spirituelle et temporelle, les origines d'Albi se perdent dans la nuit des temps. Les historiens considèrent que le Castelviel, établi au confluent du Tarn et du ruisseau de Monbidou, en fut le berceau lointain. Dans les guerres de religion, les hérétiques furent souvent appelés «Les Albigeois» et la croisade fut menée contre les Albigeois. En effet, le Catharisme, une des plus importantes dissidences religieuses du Moyen-âge, s’implante principalement à Albi, Carcassonne, Foix et Toulouse. La religion Cathare était une forme de christianisme, fondée sur une haute spiritualité, un respect absolu de l’Evangile, des traditions primitives de l’Eglise et une dénonciation des abus et de la richesse insolente de certains religieux.

Albi et ses remparts, capitale du Catharisme, à la disparition des TRENCAVEL, les évêques devenus seigneurs de cette ville firent construire la cathédrale de Sainte-Cécile et le Palais de Berbie. Dès le début du Moyen-âge où l’insécurité domine, une figure noble s’affirme comme défenseur de la cité, l’évêque Saint SALVI qui délivre les prisonniers de guerre et soigne les pestiférés. L'historien, Grégoire de Tours contemporain et ami de SALVI, nous apprend, dans son «Histoire des Francs» que cet illustre albigeois occupa le siège épiscopal de 575 à 584. Sa vie ascétique, sa prudence, son zèle, ses bonnes actions et mérites, font que Albigeois lui vouant un immense culte, ont décidé d'ériger une église sur son tombeau. En effet, lors d’une épidémie de peste, SALVI, lui-même victime du fléau, meurt après dix ans d’épiscopat.

Dès le Xème siècle, Albi possède sa monnaie, et vers 1040, construit le Pont Vieux, un des plus anciens de France.

Les évêques d’Albi sont des grands mécènes. Ainsi, le 15 août 1282, Bernard de CASTANET (1240-1317), évêque et Seigneur d’Albi, vice inquisiteur de France, entreprit de construire la basilique Sainte-Cécile, qui sera consacrée le 23 avril 1480 par l’Evêque Louis 1er d’Amboise. Chef d’œuvre du gothique méridional, Sainte-Cécile, avec son abondance de pierres finement sculptées, d’arcs accolés et d’ogives flamboyantes, contraste avec la sévérité de l’extérieur. La cathédrale Sainte-Cécile abrite une remarquable peinture du Jugement Dernier, de magnifiques statues polychromes et la plus vaste fresque Renaissance italienne d'Europe. Conçue comme une forteresse, la cathédrale Ste-Cécile devait être le symbole de la grandeur retrouvée. C'est un vaste vaisseau, épaulé de contreforts intérieurs et séparés par des chapelles. Le jubé et le chœur sont des exemples d'art flamboyant finissant.

Le Palais de la Berbie, jouxte la basilique Sainte-Cécile. Commencé par l’évêque Bernard de COMBRET, évêque 1254 à 1271, et achevée par Bernard de CASTANET au XIIIème siècle, le Palais de la Berbie, qui surplombe le Tarn, se présente sous l’aspect d’une forteresse militaire, avec deux tours : Saint-Michel et Sainte-Catherine. Aménagé comme résidence princière, la Berbie abrite depuis 1922, une importante collection des œuvres de Henri TOULOUSE-LAUTREC.

Durant les XIVème et XVème siècles, Albi renforce ses fortifications, et connut une période de prospérité favorisée par une plante miraculeuse, le pastel, dont les vertus tinctoriales donnent une couleur bleue pour teindre des étoffes de qualité. Avec le déclin du pastel, victime de la concurrence de l’indigo (cultivé à moindre coût par les esclaves et récolté en moins de 6 mois contre 4 ans pour le pastel), les désastres des guerres de religions, le protestantisme se propagea dans le Tarn, sauf à Albi. Un personnage, le cardinal Strozzi, cousin de la Reine, Catherine de Médicis, appelé «la Vache Rouge», prit alors la défense d’Albi.

Ville immobile du XVème au XVIIIème siècles, Albi se présente comme une cité médiévale frileuse, corsetée de remparts, et qui vit sous la hantise de la disette et des épidémies. L’arrivée, à Albi, de la grande route royale va hâter le démantèlement de ces remparts, fort coûteuses.

Jean-François MARIES, au XIXème siècle, comme le baron Haussmann à Paris, va engager d’importants travaux d’urbanisme à Albi, et va sauver la Cathédrale. Une association pour la sauvegarde du vieil Albi, créée en 1966, va poursuivre et accentuer ce travail. Albi n’est pas qu’une ville-musée. Tout a été mis en œuvre pour rendre vie et attractivité dans les quartiers anciens. Cette ville rose, avec ses briques rouges, a été bien décrite par l’écrivain Henri BARBUSSE, prix Goncourt de 1916 : «de la terrasse de la cour, devant le préau transformé en cuisine, il y a une vue très belle sur cette ville, qui est imprégnée d’une couleur rose sombre et ocre caractéristique, et dont les maisons ont des toits plats avec de grosses tuiles carminées qui rappellent les maisons italiennes».

Alibi est la ville natale de Jean-François de GALAUP, comte de LAPEROUSE (1741-1788). Un musée lui est consacré. Navigateur célèbre, avec ses deux frégates «La Boussole» et «L’Astrolabe», choisi par Louis XVI pour un voyage d’exploration scientifique, LAPEROUSE disparaît dans le Pacifique, sur les récifs de Vanikoro. Louis XVI avant de monter sur l’échafaud s’était inquiété du sort de LAPEROUSE : «A-t-on des nouvelles de Monsieur LAPEROUSE», dit-il.

Henri TOULOUSE-LAUTREC (1864-1901), artiste, est né à l’hôtel du Bosc, à Albi, dont il garde la nostalgie des parties de chasse, l’amour des chevaux et de la nature. Atteint d’une maladie génétique, conscient de sa difformité, il découvre le dessin comme un passe-temps, puis s’engage dans cette voie avec les artistes de Montmartre, à Paris. Ses terrains d’inspiration sont les cafés, concerts, cabarets, bals populaires et maisons closes. Sa vie dissolue, son abus de l’alcool écourteront sa vie. Peintre de la «Belle époque», Albi lui consacre un musée.

L’enseignement occupe une place importante à Albi. Parmi les prestigieux lycées, on note Lapérouse et Rascol. Georges POMPIDOU a étudié au lycée Lapérouse. Son père y a été enseignant pendant les deux grandes guerres. Jean JAURÈS (1859-1914), né à Castres, a épousé une Albigeoise. En effet, JAURÈS a enseigné au lycée d’Albi de 1881 à 1883 et une partie de sa famille y vit encore. Il a largement contribué à la création de la verrerie ouvrière. On compte à Albi plus de 4000 étudiants.

C'est de cette France profonde, conquise de haute lutte par Jean JAURÈS, que l'on mesure les méfaits de la politique de M. HOLLANDE qui est en train de liquider le socialisme. Toulouse, Castres ville natal de JAURÈS, Albi, et bien d'autres villes du Tarn, ont basculé à droite. Paul QUILES, maire de Cordes-sur-Ciel, comme au temps médiéval, résiste encore, héroïquement, à l'assaut du conservatisme.

Albi organise, chaque année, un carnaval. En fait, c’est l’un des plus anciens carnavals de France, interdit en 1484 par l’Eglise, parce qu’immoral. En 1652, par solidarité avec les Consuls, condamnés aux fers par l’évêque Daillon du Lude, les Albigeois se déguisent en galériens. Le carnaval est toujours une forme de dérision. En 1904, les premiers chars cartonnés font leur apparition. En 1951, la renaissance du carnaval est prise en charge par des bénévoles. C’est le deuxième carnaval le plus important de France, après celui de Nice.

Indications bibliographiques

BRU (Henri), sous la direction de, Vingt siècles d’histoire, Albi et les Albigeois, préface Philippe Bonnecarrère, éditions Grand Sud, 2003, 127 pages ;

MESPLE (Paul), Albi, Paris, éditions du temps, 1963, 71 pages ;

GREGOIRE de TOURS, Histoire des Francs, introduction de Guizot, Paris, J.L.J Brière, 1823, vol. I, 479 pages spéc pages 372-377 sur la vie de Saint Salvi, évêque d’Albi.

Albi, le 27 février 2016, par M. Amadou Bal BA.

 

 

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