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Billet de blog 8 septembre 2018

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«Cordes-sur-Ciel, un très beau village», par Amadou Bal BA

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Illustration 1

«Si les Français avaient une curiosité plus intelligente des véritables beautés de leur pays et une notion plus exacte des lieux qui valent une visite, Cordes deviendrait rapidement un but de pèlerinage historique» écrivait Joseph de CROZAL en 1891. Il vaut la peine que l’on sache en France et l’existence de Cordes et la beauté de ce lieu. En vacances, avec ma petite Arsinoé dans le Tarn, chez sa marraine, dans le Sud de la France, au pays de Jean JAURÈS, je n’ai pas résisté à la tentation d’aller visiter Cordes-sur-Ciel, à 25 km d’Albi, un village médiéval, fortifié, perché sur une colline, avec son art gothique. Dominant la vallée du Cérou, cette cité médiévale émerge d’une mer de nuages montant à l’assaut du ciel, on aurait dit «Cordes-en-Ciel». Sans doute, par sa situation topographique, l’emplacement de Cordes sur une colline aux flancs abrupts, au dessus du niveau de la vallée, était parfait pour une forteresse au Moyen-âge.  Ce village a attiré au XXème siècle de nombreux artistes et écrivains, dont Albert CAMUS qui évoque cette cité gothique, de façon poétique : «Le voyageur qui, vu de la terrasse des Cordes, regarde la nuit d’été, sait qu’il n’a pas besoin d’aller plus loin et qui, s’il voit la beauté ici, jour après jour, l’enlèvera de toute solitude». Déclaré «Village préféré des Français», en 2014, lors d’une émission sur France 2, animée par Stéphane BERN, Cordes-sur-Ciel vaut bien sa réputation. En effet, ce joyau de l’art gothique, vieux de 800 ans d’histoire, mais parfaitement bien préservé, est à couper le souffle.

«Les voyageurs (…) ne peuvent manquer d’admirer sur leur droite, (…) une ville étrangement juchée sur un cône isolé au milieu d’un riant vallon, étageant sur ses pentes ses maisons ruineuses, portant comme une aigrette au sommet des groupes de maisons au sommet leur église, et conservant dans son éloignement des voies de communication moderne une dédaigneuse et fière allure ; c’est la ville de Cordes» écrit Joseph de CROZAL. La grande halle, ces magnifiques portes, ces maisons en pierre, ces rues pavées, ces alentours verdoyants et apaisants, vous soustraient, un instant, des méditations absurdes sur les souffrances de la vie. On a envie de savourer, chaque seconde, de ce moment magnifique. Pendant la visite de ce beau village, les peines du monde sont oubliées. Toutes les mesquineries et les bassesses sont pardonnées, provisoirement. On est bien sur un nuage, à Cordes-sur-Ciel.

Dans les temps anciens, cette vallée du Cérou était occupée par des marécages. Le lieu plus anciennement habité a été Saint-Martial. Cette zone a été habitée, dans l’Antiquité, par les Gaulois ; on y trouve les traces d’une voie romaine et dès le Xème siècle un château a été érigé par le Comte de Toulouse. Pendant la guerre des Albigeois, en 1212, Saint-Marcel soutint un siège de deux mois conduit par Simon de MONTFORT (1160-1218), comte de Toulouse. En raison des croisades et de la cupidité fanatique des religieux, les habitants de Saint-Marcel, menacés dans leur sécurité, se réfugièrent à l’emplacement actuel de Cordes. Dès le début du XIIIème siècle le nom de Cordes apparaît dans différents documents administratifs (Cordua, Corduis, Cordoa, Cordoue), sans qu’on soit fixé sur son origine et sa signification exactes. On en est réduit à des conjectures. La ressemblance de cette dénomination avec la ville de Cordoue, en Espagne, n’est que fortuite. «C’était, en effet, l’usage, à l’époque, de décorer de quelque ville importante d’Espagne, les nouveaux châteaux fortifiés, fondés dans le Languedoc. Il en fut du moins ainsi pour Pampelonne et Valence en Albigeois, et pour la Grenade sur la Garonne. Mais ne pouvons rien affirmer, n’ayant découvert à cet égard aucun fait positif» affirme Clément COMPAYRE, en 1841.   «Cor dua» ce serait le sens de la devise donnée aux armes de la ville. Pour d’autres, et suivant une légende invraisemblable, un chevalier amoureux de la fille d’un guerrier franc établi sur le lieu, mourant sur un champ de bataille et lui faisant apporter par ses amis son cœur, «Cor dat».

Par une charte du 4 novembre 1222, d’organisation communale de la ville de Cordes, Raimond VII (1197-1149), duc de Narbonne, comte de Toulouse et marquis de Provence, autorisa les habitants dispersés de Saint-Marcel à construire des maisons dans cette cité, sans avoir à payer de cens. Dans cette charte, il est fait mention d’un château de Cordes : «il y a lieu de croire qu’après la destruction, par les Croisés, des châteaux de Cahuzac, de Laguépie et du fameux fort de Saint-Marcel qui résista longtemps à leurs attaques, le comte de Toulouse songea à réparer les pertes dans cette partie de ses domaines» écrit Clément COMPAYRE. Le comte donna asile aux familles dispersées qui voulaient s’installer autour du château. En pleine période médiévale, pour peupler la ville de Cordes, le Comte de Toulouse, affranchit les habitants de Cordes de toutes servitudes, les déclara exempts de tailles, de dîme de blé, de bois de leude et de péages, leur donna en même la permission de chasser dans ses forêts, et leur accorda comme conséquence de leur liberté, la faculté de disposer de leur biens par testament par vente ou par donation. Il s’est réservé quelques sur les bouchers et les boulangers. En 1273, le Sénéchal autorisa les Cordais à tenir une foire annuelle.

Le 27 septembre 1249, Raymond VII mourut à Milhau, et la ville de Cordes revint à sa fille Jeanne, mariée à Alphonse de Poitiers, frères du roi Louis IX. Jeanne mourut en 1271, sans héritier, et les rois de France furent comtes de Toulouse jusqu’en 1361, époque du rattachement du Languedoc à la couronne de France. Les privilèges à Cordes qui ont accru sa population furent confirmés en 1282, le roi Philippe-le-Hardi (roi de France, 1245-1285) y a ajouta la faculté, pour les consuls d’élire leur successeurs en administration, c’est-à-dire de choisir 12 habitants notables, dont 4 nobles. Sur ce compte, le Sénéchal ou le juge d’Albigeois devait en désigner 6 comme consuls et recevoir leur serment de fidélité. En 1389, le nombre de consuls fut réduit à 4. Le premier consul est un gentilhomme et le deuxième alternativement un avocat ou bourgeois. L’office du maire était une charge qu’il fallait acheter. Le successeur du comte de Toulouse précisera de nouvelles règles : en cas d’adultère, le coupable devra courir nu dans la ville ; le commerce de la prostitution entraînera la confiscation de la maison où se faisait ce délit ; l’exemption d’impôts est étendue aux terres et aux pâturages et à la pesade (impôt de protection et de garde). La justice était rendue au nom du roi.

Cette charte de 1222 sera confirmée par la suite, par les rois de France, dont le roi, Philippe de Valois, en 1332, en 1374 par Charles V, en 1394 par Charles VIII, et en 1565 par Charles IX. En 1358 une halle pour la vente de draps, toiles et cuirs est construite. En 1384, le duc de Berry exempt les habitants de Cordes de certaines taxes, la ville ayant subi de pertes humaines à la suite de troubles de l’ordre public.

Ce village fut la première et la plus importante des «bastides» (villes nouvelles) fondée pour accueillir les populations durement frappées par la guerre. De somptueuses maisons sont construites par des familles nobles et des riches commerçants. L’hérésie vaincue, le concile de Toulouse mit en place un tribunal de l’inquisition. En 1234, Cordes vit arriver dans ses murs, trois frères prêcheurs, et quelques jours après, un vieille dame accusée de manichéisme fut brûlée sur la place publique. Un paysan subira le même sort. Les habitants révoltés contre la dureté des inquisiteurs les tuèrent et les jetèrent, dans le puits s’ouvrant au milieu de la place publique. Le Pape excommunia la population de Cordes. Le 19 juin 1321, soit un siècle après ces événements tragiques, c’est la réconciliation de la population avec l’Eglise, et l’excommunication fut levée. Les inquisiteurs se rendirent à Cordes. Les consuls, en robe et en chaperon, demandèrent, au nom de tout le peuple, pardon de son acte de rébellion. Les inquisiteurs furent murer le puits où sont ensevelis les corps des prêcheurs, et placeront au-dessus une croix en fer d’oré rappelant le crime et son expiation. Muré en 1321, le puits ne fut réouvert qu’en 1793. En 1826, une exploration du puits, pour y rechercher les reliques des trois religieux, fut infructueuse.

Cordes est mêlée à la guerre de Cent ans ; en 1324, la guerre éclata entre la France, et l’Angleterre au sujet d’une bastide. En 1332, le roi mit la ville de Cordes sous sa protection. Le 17 septembre 1356, le roi Jean, fut fait prisonnier et la ville de Cordes a participé au paiement de sa rançon, soit 142 florins et demi d’or.

Pendant la période des luttes religieuses entre protestants et catholiques, Cordes prit le parti des derniers. Ainsi, vers 1264, le château de Cordes fut assiégé en vain, la ville était dirigée par Sicard ALAMAN. En 1567, les protestants tentèrent de s’emparer de Cordes, sans défense, à la suite d’une épidémie de peste. Cordes prit le parti de la Ligue, et les royalistes, tentèrent en vain en 1593 de l’envahir. En 1625, deux protestants résolurent de livrer Cordes aux religionnaires, mais ils furent démasqués à temps et exécutés.

Lorsque, en 1634, les ducs de Montmorency cherchèrent à relever dans le Midi l’indépendance féodale, Cordes resta fidèle à la cause royale. En raison de sa position stratégique et de sa fortification, le Roi y fit installer une garnison. Par la suite, sous Richelieu, l’Etat trouva les fortifications dangereuses pour son autorité déjà confirmée ; les fortifications en ruines, devinrent un souvenir et une parure du passé.

De tous les souvenirs du passé, le plus douloureux a été les méfaits de la peste qui a ravagé la ville à trois reprises en 1587, en 1629 et en 1631, avec défense à toute personne venant d’un lieu infecté de ne rentrer dans la ville qu’après 20 jours d’attente. A la suite de ces traumatismes, on vit une recrudescence de la dévotion qui se traduisit par la restauration de l’antique église du Saint-Crucifix.

La construction du Canal de Midi bouleversa les grands axes commerciaux, provoquant ainsi l’effondrement commercial de ce beau village.

Au XIXème siècle, l’industrie de la broderie mécanique et les artistes sauveront cette merveille de l’art gothique demeurée intacte et particulièrement bien préservée. Actuellement, des Parisiens rachètent et retapent des vieilles fermes des alentours qui ont pris de la valeur. La ville revit de sa réputation, grâce à un tourisme particulièrement dense en été.

«Il est des lieux dans lesquels l’idéal républicain forme un terreau, peut-être fermenté par leur histoire, propice aux idées de liberté et de solidarité. Cordes est sans doute de ceux-là» écrit Paul QUILES, maire de Cordes. «Les Cordais montrent une certaine force de caractère qui les fait résister» dit Jean-François MASSOL. Ainsi, à la veille de la deuxième guerre mondiale, des régimes fascistes en Italie, en Espagne et en Allemagne contraignent des millions de gens à quitter leur pays. 500 000 républicains espagnols cherchent asile en France. Certaines municipalités refusent de recevoir ces réfugiés considérés comme des «rouges», des «communistes» ou des anarchistes. A Cordes l’hébergement est assuré et la solidarité s’organisa.

Devant la mairie de Cordes-en-Ciel, je suis allé saluer M. Paul QUILES, maire de cette ville depuis 1995, mais aussi, directeur de la campagne de François Mitterrand en 1981, élu, député parisien et du Tarn, plusieurs fois ministre. Quand, il était à Paris, je l’avais rencontré au cours d’un meeting, en 1986, dans le XIIIème arrondissement, avec Lionel JOSPIN. Je l’ai revu en juin 2015, au Congrès du Parti socialiste à Poitiers. Lors de l’assemblée générale des partisans de la «Fabrique socialiste», Paul QUILES avait défendu, courageusement et contre tous, son hostilité à toute synthèse. La motion majoritaire a bien trahi l’héritage de Jean JAURÈS, et l’actualité le prouve, chaque jour, qu’il faut un autre congrès d’Epinay. «Il n’est pas évident d’être pleinement heureux sur un bateau balloté par la tempête, qui tangue et dont l’équipage peine à garder son cap dans le brouillard. Espérons que le brouillard se lèvera, que le navire tiendra bien son cap et qu’il finira par se stabiliser», dit Paul QUILES, dans son message aux habitants de Cordes-sur-Ciel de janvier 2016, faisant ainsi allusion aux improvisations du président de l'époque, M. François HOLLANDE.

Bibliographie sélective :

BARBUT (Frédéric), Cordes sur Ciel, Rennes, Ouest-France, 2001, 31 pages ;

BIGET (Jean-Louis), Albi et Cordes, Paris, Hachette, 1991, 70 pages ;

CLAUSADE de (Gustave), «Remarques historiques sur l’origine de Cordes», Mémoires de l’Académie des Inscriptions et de Belles Lettres de Toulouse, 1867, tome V, 6ème série, pages 207 – 281 ;

COMPAYRE (Clément), Etudes historiques et documents inédits sur l’Albigeois, le Castrais et l’ancien diocèse de Lavaur, Albi, 1841, Maurice Papailhiau, 568 pages, spéc sur Cordes, pages 389-412 ;

CROZALS, de (Joseph) «Une ville française au Moyen-Age, Cordes», Revue de géographie, 1891, janvier-juin, tome XXVIII, pages 81-93 ;

D’ALAYRAC (Mazars), «Notice historique sur la ville de Cordes», Annuaire du Tarn, 1841, pages  197-210 ;

GORSSE de (Pierre), Albi, Cordes, éditions Alpina, 1954, 63 pages ;

JOLIBOIS (Emile), «Les fortifications de Cordes», Revue du Tarn, 1886-87, tome VI, pages 274-278 ;

JORNET (José), Républicains espagnols en Midi-Pyrénées : exil, histoire et mémoires, préface de Paul Quilès, maire de Cordes, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2005, 362 pages ;

MANUEL (Alain), Cordes sur Ciel, une bastide en Albigeois, Albi, Un autre Regar’t, 2014, 63 pages ;

PORTAL (Charles), «Les origines de Cordes», Revue du Tarn, 1893, tome X, pages  49-55 ;

PORTAL (Charles), Cordes : Notice historique et archéologique, Cordes, Société des Amis du Vieux Cordes, 1930, 58 pages ;

PORTAL (Charles), Histoire de la ville de Cordes en Albigeois 1222-1799, Albi et Cordes, éditions Bosquet, 1902, 695 pages, et Toulouse, Privat, Société des Amis du Vieux Cordes, 3ème édition, 1984, 716 pages ;

PRADELIER-SCHLUMBERGER (Micheline), Cordes en Ciel, Paris, J-P Gisserot, 2005, 32 pages ;

REGOURD (Serge) et CABANIS (André), Paul Quilès : comment rester socialiste de Mitterrand à Jaurès ?, Paris, éditions du Cherche Midi en 2015, 256 pages ;

ROGER (Paul), Archives historiques de l’Albigeois et du pays castrais, Albi, S. Rodière, 1841, 355 pages, spéc sur Cordes, pages 343-346 ;

ROQUES (Jean), Albi et Cordes, Paris, Gründ, 1983, 63 pages ;

ROSSIGNOL (Elie-Antoine), Monographies communales ou études statistiques, historique et monumentale du département du Tarn, Toulouse, Delboy, 1864, Paris, E. Dentu,  Albi, Chaillol, 1864, 3 tomes,  tome 3, 383 pages, spéc sur Cordes 9-117 ;

SANDA (Paul), Cordes sur Ciel, cité mystérieuse, templiers, initiés et moines rouges, Cordes sur Ciel, Editinter Raphaël de Surtis, 2016,163 pages.

Albi, le 26 février 2016, par M. Amadou Bal BA.

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