«Jean-Pierre MOCKY  un artiste peu conventionnel» par Amadou Bal BA

En dépit du silence d'une certaine presse, Jean-Pierre MOCKY, un atypique et provocateur, était un grand artiste, il mérite l'hommage de tous.

Je suis très surpris de la relative discrétion de notre presse, souvent tapageuse et légère, à l’occasion de la mort du cinéaste et écrivain, Jean-Pierre MOCKY, le jeudi 8 août 2019. Pour Johnny HALLIDAY, qui doit encore 10 millions d’euros au fisc, et on ne sait pas encore s’il est américain, Suisse, monégasque, Belge ou Français, c’est un tintamarre assourdissant et pénible, précédé d’un hommage national. Accusé d’un viol, Johnny n’a jamais été inquiété par la Justice. Mais gare aux sans-papiers, le tarif, avant de fixer la destination, c’est 3 mois au gnouf.

En fait, Jean-Pierre MOCKY, cet anarchiste et artiste peu conventionnel : «Mocky, seul contre tous. En voila un qui voulait crier qu’il était libre. Libre de créer, d’écrire, de tourner et de jouer comme il le voulait. Mocky, seul contre tous, mais toujours debout. Comme un bras d’honneur à tous les bien-pensants, qui l’ont crucifié, trop tôt, le voila qui danse, l’enfant bâtard du cinéma français, le génie oublié qui se fout des conventions» écrit la revue «Ciné Bar 5», mai 2017. En effet, ce qui met en colère MOCKY «Ben c’était l’injustice déjà, l’hypocrisie, l’injustice, je voyais des types qui étaient hypocrites, qui ne disaient pas la vérité, les gouvernements, on voyait tous ces politiciens véreux, essayant d’avoir des avantages de leur situation plutôt que d’aider les gens» dit-il. Inspiré du multiculturalisme et du bien-vivre ensemble, Jean-Pierre MOCKY déteste les gens à l’esprit étriqué, les fachos : «Que je n’aime pas beaucoup parce que ce sont des gens qui n’ont pas beaucoup d’intérêt, ces petits bourgeois. Il y en a beaucoup en France. C’est même la partie la plus importante de la population, c’est le petit bourgeois, le petit Français moyen. En plus quand il revient de l’étranger, en fait il est en quelque sorte émigré. On parle des émigrés, des cartes de machin… Français ou pas Français, etc…mais il y a énormément de Français qui sont naturalisés, qui ne sont pas vraiment Français mais qui sont devenus Français» dit-il. Jean-Pierre MOCKY, cette grande gueule, reconnaît qu’il détonne dans le paysage politique français : «La France d’aujourd’hui me rappelle l’Union soviétique de l’époque du rideau de fer. Notre pays est devenu celui des interdits, des tabous. On ne peut plus aussi librement s’exprimer qu’avant, sous peine de froisser le politiquement correct» écrit dans «Je vais encore me faire des amis !».

Râleur, marginal, franc-tireur et provocateur, «Jean-Pierre Mocky est l'un des réalisateurs majeurs du cinéma français en même temps que l'un des plus originaux, indépendants et contestataire» écrivent Laurent BENYAYER et Philippe SICHLER. Par conséquent, le cadavre de Jean-Pierre MOCKY n’est pas exquis pour ceux qui ceux qui cirent les pompes des gens du château qui s’empiffrent de homards : «C’est un utopiste à la manière des vieux républicains fouriéristes, qui pense que la société devrait être fondée sur la morale et sur la vérité, qui croit à la mutualité universelle, et qui ne peut se consoler de la méchanceté des homme» écrit la revue «Boulevard Voltaire» dans son édition du 9 août 2019. Dans son hommage, le Ministre de la Culture, Franck RIESTER, a eu la main plus heureuse que Mme Muriel PENICAUD «Jean-Pierre Mocky donnait souvent l’image d’un provocateur au verbe haut. Il s’enflammait vite. Mais le feu qui l’habitait, et qui se manifestait souvent sous les dehors de la colère, était aussi et d’abord celui de la passion» écrit-il, fort justement. Aussi, la contribution artistique ce cinéaste, avec plus de 60 films reflète bien la conception qu’il avait de la vie, à la fois grave et dérisoire, tendre, sarcastique et distanciée.

Jean-Paul MOKIEJEWSKI, alias Jean-Pierre MOCKY, fils unique, est né, officiellement, le 6 juillet 1933, à Nice. Mais son état civil a été modifié pendant l’Occupation, sa date de naissance exacte est le 6 juillet 1929. Son père, Adam MOKIEJEWSKI est un Juif Tchétchène, né en 1896, un militaire d’un corps d’élite ayant regagné la Pologne, où il épousa une catholique, issue d’une famille très aisée, Janine ZYLINSKA. Son père engagé dans l’Armée polonaise, pendant la Première guerre mondiale, rejoint, en 1922, comme certains Russes blancs, fortunés : «Mon père était un jouisseur. Joueur et ivrogne patenté, il dilapida la fortune de ma mère sur les tables de bridge, puis en se procurant à prix d’or des caisses de vin au marché noir. Avec le recul, s’il ne s’était pas marié par intérêt» dit-il.

«Mes parents sur la paille, il me fallut trouver très tôt pour subvenir à nos besoins» écrit-il dans son autobiographie. A 13 ans, il trouve un emploi saisonnier ; il surveillait la baignade d’enfants des riches du Grand hôtel, à Nice. Inscrit à la faculté de médecine, sur insistance de sa mère, il fait aussi le taxi. Mais, un jour, son destin bascule vers le cinéma : «Justement là je suis dans un taxi en ce moment, et en fait quand j’ai débuté ma carrière j’étais étudiant en médecine et j’étais en même temps taxi le soir pour gagner ma croûte. Je faisais la nuit. Et un jour j’ai chargé un grand acteur, Pierre Fresnay il s’appelait, et il m’a tiens t’a une gueule toi, tu pourrais tourner, tu pourrais faire des films, tu pourrais jouer. Et il m’a filé un rôle dans un truc. Si je n’avais pas été taxi peut-être que je ne serais pas là dans votre taxi aujourd’hui parce que peut-être que j’aurais fait autre chose. J’aurais fait de la médecine» dit-il. Jean-Pierre commence d’abord par être acteur avant de devenir réalisateur : «J’ai tourné avec des Américains, avec Robert Mitchum, Chez Orson Welles j’ai tourné avec Burt Lancaster. J’ai fait beaucoup de films, que ce soit avec des Américains, des Français, des Allemands, des Italiens, et puis un jour je me suis dit ben il vaut mieux que je sois derrière la caméra, je vais avoir plus de plaisir à diriger des gens et puis voilà je suis devenu metteur en scène et puis après je suis redevenu acteur dans mes propres films, ce qui fait que finalement j’ai tout fait, j’ai fait l’acteur sans être metteur en scène, ensuite l’acteur en étant metteur en scène» dit-il.

Homme à femmes, Jean-Pierre MOCKY se targue d’avoir eu, au moins 700 conquêtes : «Aimer, j’en ai aimé aucune mais j’en ai connu beaucoup, parce que dans ce métier qui est un métier de cinéma on attrape des filles comme on peut cueillir des fleurs dans un champ. C’est-à-dire, il y a énormément de possibilités dans notre métier d’avoir des femmes, c’est un métier ouvert si vous voulez sur les conquêtes féminines parce que toutes ces bonnes femmes veulent faire du cinéma, toutes les comédiennes qui veulent travailler, donc ce sont des proies possibles. Donc les mecs de cinéma ne s’en privent pas» dit-il à Jérôme COLIN. «J'ai été marié plusieurs fois, mais il y a aussi le «pacsage». Je me suis marié officiellement 3 fois. Et j'ai été pacsé 2 fois» dit-il. Jean-Pierre MOCKY avait au moins 12 enfants. Mais en fait, personne n’a su établir la liste exact de sa progéniture. Peut-être qu’ils se manifesteront lors de l’héritage et cela pourrait bien faire rire, notre Jean-Pierre. Il s’est marié à l’âge de 13 ans, en 1946, avec Monique BAUDIN, déjà enceinte qui lui donnera deux enfants  Frédéric et Marc : «Nous nous sommes mariés en 1946, avec dîner au Casino de Nice, mais sans photo : elle était ronde comme un ballon, il fallait la cacher» dit-il, à Paris-Match. L’actrice, Véronique NORDEY, lui donne un fils, Stanislas NORDEY, directeur de théâtre né en 1966. Il épouse par la suite, la mannequin, Marisa MUXEN, qui joue aussi dans ses films, et lui donne une fille, Olivia, née en 1977. Il vivra, sans se marier, avec Patricia BARZY, une ancienne miss France.

A sa famille, et à mes amis, Corinne BARTET et Jonathan COHEN qui l’accompagné toutes ces dernières années à l’hôpital, je présente mes sincères condoléances.

Jean-Pierre MOCKY habitait au Quai Voltaire, à Paris, mais il a ete inhumé, le 12 août 2019, dans le caveau familial, à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise.

Il est question d'une Fondation pour la promotion de son œuvre.

Bibliographie sélective

BENYAYER (Laurent), SICHLER (Philippe), Jean-Pierre Mocky : une vie de cinéma, Paris, Néva éditions, 2018, 680 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), Cette-fois je flingue, Paris, Massot, 2006, 300 pages ;

 MOCKY (Jean-Pierre), Entretien avec Jean-Pierre Mocky, Fennix, 172 pages ;

 MOCKY (Jean-Pierre), Je vais me faire encore des amis, Paris, Cherche-Midi, 2015, 207 pages ;

MOCKY (Jean-Pierre), La longue marche, Paris, Ecriture, 2014, 224 pages ;

 MOCKY (Jean-Pierre), Les vacances du pouvoir : Comédie politique, Paris, Michalon, 2007, 201 pages ;

 MOCKY (Jean-Pierre), Mocky s’affiche, Paris, Christian Pirot éditeur, 2007, 310 pages ;

 MOCKY (Jean-Pierre), Mocky soit qui mal y pense, Paris, Cherche-Midi, 2016, 167 pages ;

 MOCKY (Jean-Pierre), PERRIER (Jean), PICHON (Jean-Charles), SAPIN (Louis), Les dragueurs, Fennix, 210 pages.

 Paris, le 9 août 2019, par Amadou Bal BA 

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