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Billet de blog 10 janvier 2025

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"Café de la Poésie, Passage Molière, Paris" Amadou Bal BA

Café ou Maison de la Poésie, Passage Molière, à Paris 3ème, près du Centre Pompidou, métro Rambuteau. Un espace où sont déjà passés Mazarine PINGEOT, Dany LAFERRIERE, Mossab Abu TOHA, un poète palestinien, Sophie MARCEAU, Gaël FAYE. "Paris est une fête" dit Ernest HEMINGWAY

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«Café ou Maison de la Poésie, au Passage Molière, à Paris 3ème, près du Centre Pompidou, métro Rambuteau» par Amadou Bal BA

On ne connaît jamais assez Paris, même si on y réside de très longue date. Parisien de Danthiady, ma ville-fétiche, au gré des déambulations, me réserve d'agréables surprises, et souvent gratuites ; il suffit de savoir prendre son temps. «On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Mais on pourra dire qu’on ne savait pas quoi faire de ce qu’on savait», écrit Lola LAFON, dans «Il n’a jamais été trop tard». Dans ce présent qui bouscule, malmène, angoisse, il faut savoir habiter et maîtriser sa vie et ses envies. En effet, «Paris est une fête» disait bien Ernest HEMINGWAY (Voir mon article, Médiapart, 8 septembre 2018).

À Paris, la poésie est partout. «J’ai réinventé le passé pour voir la beauté de l’avenir», écrit Louis ARAGON, dans «Le fou d’Elsa» (Voir mon article sur ce poète, Médiapart, 16 avril 2023). Il suffit d’ouvrir l’œil, de tendre l’oreille et de se bourlinguer dans la Ville. En effet, le Café ou la Maison de la Poésie, à Paris-Centre, est un haut lieu littéraire au cœur de Paris. La Maison de la Poésie de la Ville est un lieu où les esprits curieux se rassemblent pour écrire, partager et explorer l’univers des poèmes. «Cette nuit, l’été est mort, et, sous le préau, j’entends le ciel qui tombe», écrit Nicolas MATHIEU, dans «Le ciel ouvert», sous le thème de l’amour fou. Chaque mois, une foule d’activités pour voir la poésie autrement est proposée : lectures, rencontres avec des poètes, concerts littéraires, performances scéniques, siestes acoustiques. Cette scène littéraire est joliment installée dans une impasse qui prête déjà à la rêverie et à la poésie.

De prestigieux artistes se sont déjà produits au café de la Poésie, comme Gaël FAYE, avec «Jacaranda» qui relate, après la dramaturgie au Rwanda, sur cinq générations de Rwandais, l'histoire d'une société qui cherche à se reconstruire après un génocide, le silence qui s'installe et qui étouffe. À travers une fresque familiale qui retrace 100 ans d'histoire du Rwanda, Gaël FAYE raconte ici l’histoire terrible d’un pays qui s’essaie au dialogue et au pardon, sur un fond de musique par Samuel KAMANZI. Enfant adultérin et cachée, Mazarine PINGEOT, la fille du président François MITTERRAND est venue à la Maison de la poésie déclamer son nouveau livre, une enfance secrète, dorée et recluse «J’ai vécu avec mes parents quai Branly de neuf à seize ans. Ce qui correspond à ce qu’on appelle une adolescence. Ça n’en était pas seulement le décor, mais également le tombeau. L’appartement de fonction était vide, et rien ne parvenait à le remplir. Surtout pas moi. Un fantôme. Dont nul ne pouvait connaître la présence en ce lieu qui n’était ni chez elle, ni chez lui, ni chez eux. J’ai vécu mon adolescence dans un logement de passage où personne ne passait. Chez moi, c’était chez personne.», écrit-elle dans «11 Quai Branly». Alexis Pauline GUMBS a lu le poème d’Audre LORDE, «In My Garden» ou «S’adapter». Cette écrivaine, Audre LORDE (1934-1992), très engagée a exposée son ambition littéraire «Il pleut depuis cinq jours d’affilée. Le monde est une flaque ronde d’eau, sans soleil où de petites îles commencent seulement à pointer. Un jeu de garçon dans mon jardin écope l’eau de sa parcelle de fleurs. Quand je lui ai demandé pourquoi ; il m’a répondu « quand les jeunes qui n’ont pas vu le soleil, oublient et coulent facilement». Il faut transformer le silence en actes. «J'écris pour ces femmes qui ne parlent pas, pour celles qui n'ont pas de voix parce qu'elles sont terrorisées, parce qu'on nous a plus appris à respecter la peur qu'à nous respecter nous-mêmes. On nous a appris que le silence pouvait nous sauver, mais c'est faux», dit-elle.

Dany LAFERRIERE, écrivain et académicien, en dialogue avec Simon NJAMI, ont célébré, le 15 novembre 2024, à la Maison de la poésie, le centenaire de James BALDWIN (Voir mon article sur cet auteur, Médiapart), une figure de la lutte des Afro-Américains, pour les droits civiques. Dans sa clairvoyance, la hardiesse et l’audace de sa vision, James BALDWIN s’interroge sur la possibilité d’un président afro-américain, dénonce le racisme étatique, la manipulation médiatique, ainsi que l’hypocrisie des dominants. Il exhorte à un engagement social et politique des forces du progrès.

Le 28 novembre 2024, le poète palestinien, Mosab Abu TOHA, y a lu son poème, écrit en 2021, «éclats d’obus cherchent rire». Il y expose les peines, mais aussi les joies des Palestiniens. «La maison a été bombardée. Tout le monde est mort, les enfants, les jouets, les acteurs de la télévision, les personnages dans les romans et les poèmes. Les éclats d’obus volent dans l’obscurité cherchent les éclats de rire de la famille cachés derrière les murs défigurés et les cadres ensanglantés. La radio s’est tue. Les piles ont brûlé. L’antenne est détruite. Même l’animateur a souffert lorsque la radio a été touchée. Nous sommes sauvés, mais nos cœurs ont encore mal. ».

Par ailleurs, Sophie MARCEAU, s’est produite, le 10 octobre 2024, à la maison de la poésie, avec Guillaume PERILHOU, auteur de la couronne du serpent. À Stockholm, en hiver 1970, le jeune Björn, quinze ans, se présente aux auditions de Mort à Venise. Il ignore que sa rencontre avec Luchino VISCONTI est sur le point de changer sa vie : le maestro a trouvé «le plus beau garçon du monde».

À côté de la poésie, on en trouve aussi de la gastronomique. C’est la belle idée du Café de la Poésie. Cet espace propose aussi un menu doux comme les vers de Victor Hugo : une salade de fenouil habillé de pesto vert, des légumes de saison réveillés par une sauce à l’ail ou une mousse au chocolat couronnée d’une marmelade d’orange. Simple, mais efficace. «En fin de compte, les civilisations périssent parce qu’elles écoutent leurs politiciens et non leurs poètes», écrit Jonas MEKAS. La poésie est au cœur de la vie «Si je ne suis pas de retour à l’aube, ferme la porte et ne laisse pas entrer le matin. Je reviendrai avec le crépuscule répandre les fleurs autour de la table ovale de l’enfance», écrit Gorliarda SAPIENZA.

Paris, à la travers de la Maison de la poésie, est une rencontre entre la poésie et la beauté du monde ; il suffit seulement de flâner dans cette plus belle et poétique ville du monde «Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont attachées à notre destinée et ont une signification qui nous appartient de déchiffrer», écrit François MAURIAC.

Contact : Café ou Maison de la Poésie, 12 Passage Molière, au niveau du 157 rue Saint-Martin, 75003 Paris métro Rambuteau. Tel 01 44 54 53 00. Du mardi au samedi de 15h à 18h.

Références bibliographiques

BA (Amadou, Bal), «Ernest Hemingway, Paris est une fête», Médiapart, 8 septembre 2018 ;

BA (Amadou, Bal), «James Baldwin, la prochaine fois le feu», Médiapart, 29 avril 2023 ;

BA (Amadou, Bal), «Louis Aragon, poète du mentir-vrai», Médiapart, 16 avril 2023 ;

BALDWIN (James), La croix de la rédemption, préface de Leonora Miano, traduction de Valentine Leÿs et Romaric Vinet-Kammerer, Paris, Stock, 2024, 455  pages ;

FAYE (Gaël), Jacaranda, Paris, Grasset, 2024, 288 pages ;

LAFON (Lola), Il n’a jamais été trop tard, Paris, Stock, 2025, 125 pages ;

LORDE (Audre), Collected Poems,  poésie, WW Norton, 2002, 512 pages ;

NJAMI (Simon), La mécanique des souvenirs, Paris, Jean-Claude Lattès, 2024, 342 pages ;

PERILHOU (Guillaume), La couronne du serpent, Paris, L’observatoire, 2024, 224 pages ;

PINGEOT (Mazarine), 11 Quai Branly, Paris, Flammarion, 2024, 176 pages.

 Paris, le 9 janvier 2025, par Amadou Bal BA

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