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«David BOWIE (1947-2016), une Rock Star de l’avant-garde, poétique, prophétique, lunaire et humaniste. Disparu 10 ans déjà !» par Amadou Bal BA –
Auteur-compositeur-interprète, musicien et acteur britannique, David Robert JONES, dit David BOWIE, né le 8 janvier 1947, à Brixton, un quartier défavorisé du Sud de Londres, est mort le 10 janvier 2016, à New York, à l’âge de 69, d’un cancer. Ses parents Margaret Mary BURNES (1913-2001) une ouvreuse de cinéma et Haywood Stenton JONES (1912-1969), un employé caritatif, déménagent dans le quartier tranquille et coquet de Bromley, dans le Kent. Jeune, issu d’une famille de la classe ouvrière, avec sa vie rangée et monotone, il aimait les music-halls, toutes les créations ringardes. Cependant, il sera marqué par l’empreinte de son demi-frère Terry. Né dix ans plus tôt d’une première union maternelle, Terry vit sa pleine adolescence quand David n’est encore qu’un jeune garçon influençable. Terry, le modèle rebelle, s’intéresse aux contre-cultures littéraires et musicales, et plus particulièrement à la Beat Generation et au jazz avant-gardiste. Marqué dans sa jeunesse par Londres, il finira par s’exiler aux Etats-Unis. «Je n’avais jamais quitté la ville, je ne connaissais rien du monde. J’avais juste passé quelques vacances en France et en Allemagne, mon seul univers était Londres. J’étais totalement fasciné par ma ville. J’adorais la voir évoluer, tout allait très vite. En l’espace d’une nuit, une rue pouvait totalement changer d’allure. Mais je m’en suis lassé et, en 1974, j’ai été ensorcelé par les États-Unis» dit-il.
Voila donc 10 ans déjà que David BOWIE nous a quittés. Il avait été marié, de 1992 à sa mort, le 10 janvier 2016, soit pendant 24 ans, à Iman Mohamed Abdulmajid, une mannequin, une muse d’Yves SAINT-LAURENT, une actrice et femme d’affaires somalo-américaine. Ils ont eu une fille, Alexandria. Une belle histoire d’amour. «David est dans nos cœurs et nos esprits au quotidien, pour nous tous. Vous savez, c’était mon véritable amour. Une fois, ma fille m’a demandé si je me remarierais un jour et j’ai répondu : “Jamais”. Il arrive que vous ne connaissiez jamais la valeur d’un moment jusqu’à ce qu’il devienne un souvenir», dit Iman.
A l’occasion du 10e anniversaire de sa mort, en 2026, Arte à travers un documentaire de 53 minutes, disponible jusqu’au 14 février 2027, lui rend hommage. Depuis sa mort en 2016, les éloges ont continué d’affluer, notamment à travers des témoignages, articles de presse ou biographies. «L’amitié de David était la lumière de ma vie. Je n’ai jamais rencontré une personne aussi brillante. Il était le meilleur» dit Iggy Pop. «Lorsque, au tout début de l’année 2016, le monde apprend, abasourdi, la mort de David Bowie, chacun comprend soudain que ce n’est pas une simple rock star qui vient de s’éteindre. David Bowie a passé sa vie à chercher, est resté à l’affût, à l’écoute du monde, s’est nourri de la production artistique de son siècle pour la transformer, la modeler à son image et l’offrir à un public de plus en plus nombreux au fil des ans. C’est la trajectoire d’un musicien de génie, d’un artiste hors norme, d’un rocker qui mourra apaisé que nous allons suivre», écrit, en 2020, Sandra CASSATI.
Par conséquent, David BOWIE, intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1996. a fondamentalement influencé notre façon de voir la vie. David BOWIE, c’est une carrière longue, riche et aux influences éclectiques et intimidantes, un style exigeant. «La longévité de la carrière de Bowie, à laquelle s’ajoute un renouvellement esthétique constant, implique naturellement la création d’un style au langage multiple, entre pop, glam, soul, R&B, art rock, krautrock, rock industriel et drum’n’bass notamment, jouissant d’une influence sur plusieurs générations. Son refus des formules empêche toutefois d’en déterminer des contours arrêtés, malgré son ascendance évidente et manifeste sur le punk, la new wave ou la brit pop. La démarche artistique de Bowie absorbe continuellement de nouvelles influences, des plus divertissantes jusqu’aux plus expérimentales, à une tradition pop anglaise exigeante dans son écriture, accessible dans son format et émouvante dans son interprétation, le tout avec un sens inouï de la synthèse» écrit, en 2020, Mathieu THIBAULT, dans «David Bowie, l’avant-garde Pop». En effet, David BOWIE «a défié les règles de la musique et est devenu l'icône de sa génération, une référence pour les générations présentes et futures. Sa longue carrière artistique est intimement liée au tumulte de sa vie personnelle», écrit Fran RUIZ. Ses grands tubes et clips, sont, en 1972, «Life on Mars», en 1980, «Ashes to Ashes», relatant la suite des aventures du Major Tom, personnage au cœur de la chanson «Space Oddity» en 1969, « La Terre est bleue et je n'y peux rien» chante-il. Space Oddity, raconte l'histoire d'une mission spatiale qui tourne mal. Major Tom perd le contrôle de son vaisseau, décroche et se retrouve à errer dans l'espace écrase. Cette chanson écrase toute concurrence et devient l’une de ses chansons les plus inspirées. «Jump They Say», en 1993, évoque la disparition de son frère Terry, qui s’est suicidé en 1985, après avoir passé plus de la moitié de sa vie dans des instituts psychiatriques censés soigner sa schizophrénie. En 1995, «The Hearts Filthy Lesson» décrit un chanteur comme un adorateur de l’art, prêt à n’importe quel sacrifice morbide pour être créatif. En 2013, «The Next Day» dénonce un prophète égaré dans une maison close. Artiste aux multiples talents, David BOWIE explore constamment de nouveaux horizons créatifs et défie les normes de l'époque en abordant dans ses chansons des thèmes tels que la sexualité et l'identité, à travers le personnage de Ziggy Stardust, son alter ego glam-rock. Ziggy provenant du nom d’un tailleur londonien, relate l'amour passionné mais impossible d'une femme pour un homme gay,
Pendant longtemps, sa bisexualité, un sujet tabou il finira en 1972 par avoir l’audace de la divulguer, au moment où la société, largement conservatrice, y était encore mal préparée. «C'est vrai, Je suis bisexuel. Mais je ne peux pas nier que cela m'ait aidé, c'est la meilleure chose qui me soit arrivée”, dit-il à Playboy de septembre 1976. David BOWIE a tenu à dire qu’il est avant tout un artiste, et son identité sexuelle ne devrait pas éclabousser et invisibiliser le musicien. «Je ne pense pas que c'était une erreur pour l'Europe, mais c'était bien plus problématique en Amérique. Je n'ai eu aucun problème concernant le fait que les gens sachent que j'étais bisexuel. Mais je n'avais aucune envie de tenir un drapeau ou d'être le représentant d'un quelconque groupe de personnes. Je savais ce que je voulais être, à savoir un auteur-compositeur et un interprète, et je sentais que l'on me résumait désormais à cette bisexualité et pour très longtemps» dit-il. En effet, Star Dust, son double, pour lui, c’est messager humain d'une intelligence extraterrestre cherchant à transmettre à l'humanité, qui n'a plus que cinq années à vivre, un message d'amour et de paix, mais qui finit par être détruit par ses propres excès.
Artiste de la décadence, artiste sophistiqué, apocalyptique, aux spectacles flamboyants, rock Star de l’avant-garde, ami de Iggy POP et Lou REED, le musicien, David BOWIE, dans son écriture musicale portée par la plus haute exigence, a vendu plus de 140 millions d’albums. L’ensemble de la contribution artistique de David BOWIE, prophétique, poétique et lunaire, tourne d’un thème digne de la philosophie de Socrate, à savoir l’art de mourir. En effet, le Beau idéal, harmonieux, proportionnel, codifié, tout ce qui est placé très haut, une force dotée d’un sens de la mesure. Si l’art de David BOWIE est indépassable, c’est parce que suivant Daniel SALVATORE SCHIFFER, on retrouve chez cet artiste glamoureux, le traitement superbe et désinvolte de la mort qui hante sa propre réflexion. On parlait jadis d'une «belle mort», acceptée, cadrée, respectant les règles «Bowie, bien que se sachant condamné par la science, ne s’en laisse toutefois pas conter, admirable de courage et de persévérance, de lucidité tout autant que de générosité : la mort, si elle le gagne chaque jour un peu plus, ne l’a pas encore définitivement vaincu. La rémission, fût-elle provisoire, reste toujours, espère-t-il, possible» écrit, en 2018, Daniel SALVATORE SCHIFFER. Pour David BOWIE la vie est une œuvre d’art vivante, quelle uniforme ou difforme, ou laide, elle aura une valeur transcendante, même après la mort comme le sont les poèmes de Charles BAUDELAIRE, qui avait la prétention de transformer la laideur du réel en beauté «J’ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or» écrit-il dans le poème «Orgueil» (Voir mon article sur ce poète des Fleurs du Mal, Médiapart, 16 janvier 2023). Musicien de génie, bête de scène, acteur hors normes, par son originalité, sa créativité, David BOWIE a vaincu la mort, en influencant les arts mais aussi la mode et même le marketing de l’industrie musicale. Par ailleurs, David BOWIE, on ne savait pas réellement si cet artiste généreux et fantaisiste, était un homme ou une femme. «Moi, je me plais dissimulé dans le clair-obscur. Ou perché tout en haut, comme un équilibriste au-dessus du vide. Je refuse de choisir mon camp, je préfère le danger de la frontière. Si un soir, vous me croisez dans le métro ou dans un bar, vous allez obligatoirement me dévisager, avec embarras, probablement cela vous troublera, et LA question viendra vous tarauder : est-ce un homme ou une femme ? Et vous ne pourrez pas y répondre», écrit, en 2017, Jean-Michel GUENASSIA, un roman, «De l’influence de David Bowie chez les jeunes filles».
Si David BOWIE est imprégné d’une telle profondeur, une dimension philosophique, c’est que c’est un artiste fréquentant les livres. «David Bowie était un lecteur compulsif qui ne se déplaçait jamais sans sa bibliothèque portative. Trois ans avant sa mort, en 2013, dans le cadre de la mémorable exposition qui lui a été consacrée, il a offert au public une liste des cent livres l'ayant le plus influencé», écrit, en 2020, John O’CONNELL, dans «Bowie, les livres qui ont changé sa vie». David BOWIE est un lecteur éclectique qui lisait une grande variété de livres, notamment la fiction, essais, revues de bandes dessinées, occultisme, spiritualité, psychologie et histoire de l'art. Cependant, ses deux livres préférés sont «Sur la route à côté» d’Alan MURRIN et des «Chants de Maldoror» de Isidore Lucien DUCASSE, dit comte de LAUTREAMONT (1846-1870). Je comprends mieux le professeur Felwine SARR, face à ces forces du Chaos, de cette saison vertigineuse de l’ombre que nous traversons, nous recommande la lecture notamment le poète René CHAR (1907-1988) et Christian BOBIN (1951-2022), romancier et poète.
Références bibliographiques
BEAUVALLET (J.D) «C’était l’art ou rien. Une interview de David Bowie en 1993», Les Inrockuptibles, 30 octobre 2019 ;
CASSATI (Sandro), David Bowie, Pop Légende, Paris, City éditions, 2020, 256 pages ;
CHELLEY (Isabelle), sous la direction de, David Bowie par David Bowie, Paris, Rock and Folk, 2025, 144 pages ;
DUFAUD (Marc), David Bowie, Ashes to Ashes, Paris, Le Boulon, 2024, 128 pages ;
FABRETTI (Claudio), David Bowie : For Ever and Ever. L‘hommage ultime à l’enfant prodige du glam Rock, en mots et en images, traduction de Sophie Loria, Paris, Hors Collection, 2025, 208 pages ;
GUENASSIA (Jean-Michel), De l’influence de David Bowie sur les jeunes filles. Roman, Paris, Albin Michel, 2017, 336 pages ;
LEPELTIER (Gilbert), David Bowie, la biographie. Rendre hommage au maître du Rock, Paris, Kindle éditions, 10 janvier 2016, 42 pages ;
O’CONNELL (John), Bowie : livres qui ont changé sa vie, traduction de Mickey Gaboriaud, Paris, Presses de la Cité, 2020, 364 pages ;
RUIZ (Fran), David Bowie, une biographie, illustrations de Maria Hesse, Paris, Presque Une, 2020, 166 pages ;
SALVATORE SCHIFFER (Daniel), Traité de la mort sublime. L’art de mourir de Socrate à David Bowie, Paris, Alma, 2018, 336 pages ;
SOLIGNY (Jérôme), David Bowie, Rainbowman, 1967-1980, préface de Tony Visconti, illustrations de Margaux et Lisa Chetteau, Paris, Gallimard, 2019, 568 pages ;
THIBAULT (Mathieu), David Bowie, l’avant-garde Pop, Paris, City éditions, 2020, 256 pages.
Paris, le 11 janvier 2026, par Amadou Bal BA