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«Georges BATAILLE (1897-1962), écrivain de la transgression, mystique, de l’érotisme, disciple de Nietzsche pour une morale nouvelle, pour une rénovation des mœurs politiques et de la communication, contre le Mal» par Amadou Bal BA
«Force est de le répéter, Georges Bataille est un auteur inclassable, non pas tant par la prodigalité de ses centres d’intérêt et le «taupinement» des voies prospectées, que par sa non-domiciliation fixe dans un monde tendant toujours plus à dénaturer ses origines, à enfouir ses fondements dans des oubliettes de circonstance, à dévoyer ses perspectives éco-humanistes ou mésologiques. Un homme est évidemment de son temps, de son pays comme de son enfance. Il est situé et daté. Il est sa situation. Mais il détient toujours une actualité pour les autres, pour peu qu’ils s’en souviennent et veuillent bien placer ses productions sur l’établi de la pensée ou des actes», écrit Dominique KUNZ WESTERHOFF. «La mort est ce qu'il y a de plus terrible et maintenir l’œuvre de la mort est ce qui demande la plus grande force», écrit HEGEL. Dans ses écrits, Georges BATAILLE est demeuré longtemps insaisissable. Passant sans cesse en contrebande les frontières établies entre les disciplines, traitant les sujets les plus sulfureux, exposant les vues les plus originales, il aura tout fait pour déstabiliser ses lecteurs les plus bienveillants. Plusieurs thèmes traversent la contribution littéraire de Georges BATAILLE, à savoir l’anthropologie, sociologie, réflexion sur les religions, préhistoire, théorie de l'érotisme, poésie, roman, critique littéraire, histoire de l'art, philosophie, économie politique. Par conséquent, dans cette unité dans la diversité «il y a chez lui, me semble-t-il, une hypothèse fondamentale, qui en assure la cohérence, au-delà de l'hétérogénéité apparente de ces multiples registres : celle qui repère, dans toutes les activités humaines, une antinomie entre ce qui, d'une part, relève de la sphère du travail, de l'économie, de la production, de la raison utilitaire, et, d'autre part, ce qui définit la sphère de la dépense improductive, de la dilapidation, de l'excès inutile, de la gratuité. Ces deux pôles, pour lui, sont à la fois opposés et solidaires, et c'est à cela qu'il rattache une autre antinomie, perceptible dans toutes les civilisations, et depuis l'origine même de l'espèce humaine : celle qui oppose (et rend indissociables) le champ des Interdits et celui de leurs Transgressions», dit Guy SARPETTA. C’est donc cette hétérogénéité qui a assuré à Georges BATAILLE sa postérité, avec de nombreux biographies, articles et thèses, ainsi que des numéros spéciaux de revues, en hommage, ayant démarré de son vivant (Ciguë en 1958, Critique en 1963, Europe en 2022). «Georges Bataille s’est employé à transgresser systématiquement les usages. Il aura abordé, toujours de manière originale, des questions qui appartenaient traditionnellement à l’économie, la politique, l’anthropologie, l’histoire de l’art, la sociologie, et ce avec une manière unique de travailler la langue. C’est sans doute cette singularité qui, précisément, lui valut l’admiration et l’amitié d’écrivains et de penseurs parmi les plus importants de notre XXe siècle. Et qui, de nos jours encore, fait de son œuvre multiple, intense et hétérogène une référence pour de nombreux lecteurs», écrit Jean-Luc STEINMETZ, dans la revue Europe.
Georges Albert Maurice Victor BATAILLE est né le 10 septembre 1897 à Billom, Puy-de-Dôme. Issu d’une famille paysanne, il est le fils cadet Joseph-Aristide BATAILLE (1851-1915), et de Antoinette-Aglaé TOURNADE, née en 1865, originaire de Riom-ès-Montagnes. «Quand je pense à ma folle angoisse, à la nécessité où je suis d’être inquiet, d’être en ce monde un homme respirant mal, aux aguets, comme si tout allait lui manquer, j’imagine l’horreur de mes paysans d’ancêtres, avides de trembler de faim, de froid, dans l’air raréfié des nuits», écrit Georges BATAILLE.
Après de médiocres études à Reims, il obtient son premier baccalauréat à Épernay en 1914 et, dans un entourage irréligieux, se convertit au catholicisme. Quand la Guerre éclate, sa famille doit quitter précipitamment la Reims sur le chemin des Allemands, mais seuls Georges et sa mère dépressive vont partir, laissant derrière eux le père malade, aveugle et paralytique, qui va mourir seul, abandonné. La mère et le fils retourneront à Reims pour l’enterrer. «De tous les événements, celui-ci est l’essentiel. Bataille est coupable d’avoir abandonné son père», écrit Michel SURYA. Georges BATAILLE fait ses études, à Reims, puis à Épernay (Marne). Après s’être inscrit, pour un an, au séminaire de Saint-Flour (Cantal), il entra à l’École des Chartes. Renonçant au séminaire de Saint-Flour, Georges BATAILLE entre à l'École nationale des chartes. Blessé par une déception amoureuse, il reste tenté par la vie religieuse, fait des recherches à Londres, séjourne chez les bénédictins de l'île de Wight et perd définitivement la foi. En 1922, Georges BATAILLE soutint sa thèse et fut nommé archiviste-paléographe. En 1928, il a rencontré Alfred METRAUX (1902-1963), ethnologue à l’UNESCO, un disciple de Marcel MAUSS (1872-1950), père de l’ethnologie française et Paul RIVET (1876-1958), fondateur du Musée de l’Homme. Alfred METRAUX, s’intéressant à la paysannerie d’Amérique latine, au Vaudou haïtien, un antiraciste et anticolonialiste, pose le caractère polynésien de l’Ile de Pâques qui n’est ni asiatique ni américaine, avec sa civilisation propre. Georges BATAILLE, en ethnologue, s’insurge contre la violence et la puissance destructrice de la culture d’autres sociétés différentes «Les formes d’existence et de pensée et grises et raisonnables gagnèrent peu à peu du terrain. Successivement les civilisations naïves furent détruites ou perdirent la face, humiliées par la civilisation qui calculait. Depuis la destruction du monde aztèque, sous toutes les latitudes, ce qu’avaient réglé la fantaisie ou le rêve, les coutumes ou les croyances populaires, a fait place aux pratiques ou idées raisonnables», écrit Georges BATAILLE. La carrière calme de bibliothécaire de Georges BATAILLE, menacée seulement par la maladie, la tuberculose, le força, en 1943, à quitter la Bibliothèque nationale, où il travaillait depuis vingt ans, pour un congé de maladie, à Vézelay, au bout de la rue principale, à l’endroit où la rue Saint-Étienne se divise en deux voies qui convergent vers la basilique ; c’est là qu’il rencontre Diane KOTCHOUBEY de BEAUHARNAIS qui deviendra sa seconde épouse. Il est nommé, en 1949, directeur de la bibliothèque municipale de Carpentras, puis en 1951, de celle d'Orléans, de 1951 à 1962.
«Toute vie profonde est lourde d'impossible», dit Georges BATAILLE qui fit la connaissance de Michel LEIRIS (1901-1990) et André MASSON (1896-1996), en 1924, mais ne rallia pas les surréalistes ; il lit FREUD et SADE. Sa découverte de Friedrich NIETZSCHE (1844-1900), sa «compagnie sur terre», dit-il, le transfigure. Léon CHESTOV (1866-1938) oriente sa pensée vers le mysticisme, ainsi la réflexion philosophique vers Blaise PASCAL, Soeren KIERKEGAAD et Fiodor DOSTOIEVSKI. Il s’intéressait à la poésie. En effet, Georges BATAILLE et René CHAR (1907-1988) se connurent, s'apprécièrent et notamment se virent durant les années où le premier fut bibliothécaire à Carpentras. Il y resta deux ans, de mai 1949 à juin 1951. René CHAR, poète, dans son livre, publié en 1966, «Retour en amont», parle de Georges BATAILLE, et il collabora au numéro d'hommage, de 1958, que «La Ciguë» consacré à Georges BATAILLE.
Auteur de plusieurs romans et essais, ainsi que de nombreux articles, Georges BATAILLE a aussi publié a collaboré, de 1927 à 1929, à la revue «Aréthuse», de 1931 à 1934, à «La critique sociale » fondée par Boris SOUVARINE (1895-1984) et adhère au Cercle communiste démocratique, avec des engagements antistaliniens. Il collabore, régulièrement, de 1933 à 1939, à la revue «Minotaure» éditée par Albert SKIRA (1904-1973). Il a dirigé, de 1929 à 1931, à la revue «Documents» avec Georges-Henri RIVIERE (1897-1985). À partir de janvier 1934, Georges BATAILLE suivit régulièrement jusqu’à la Guerre le séminaire d’Alexandre KOJEV (1902-1968) sur «La Phénoménologie de l’esprit de Hegel», à l’École pratique des hautes études, une influence majeure.
Parler de Georges BATAILLE, homme de la IIIe République ayant vécu aux États-Unis, en Allemagne, en Italie et en Russie, en ce premier quart du XXIe siècle, n'est pas aisé et simple. Fondateur du magazine critique, qui n’est pas une crypte, l’honorer, c’est peut-être édulcorer sa pensée, comme lui-même le disait le marquis de Sade. «La nuit est aussi un soleil», écrit dans «Ainsi parlait Zarathoustra», Friedrich NIETZSCHE (voir mon article, Médiapart, 20 octobre 2024). NIETZSCHE est un homme «Mais où se déversent finalement les flots de tout ce qu’il y a de grand et de sublime dans l’homme ? N’y a-t-il pas pour ces torrents un océan ? – Sois cet océan : il y en aura un. Un homme ne s’y distingue en rien des autres : en lui se perd ce qui chez d’autres est torrentiel». Longtemps tenu pour un écrivain maudit, Georges BATAILLE reste encore relativement très méconnu du grand public. «Je fais peur, non pour mes cris, mais je ne peux laisser personne en paix», dit Georges BATAILLE. «Maudit et fui de son vivant, il est sans cesse cité. Dès qu'on entre dans le champ des interdits, on se retranche derrière son œuvre colossale. Il serait, pour un peu, le responsable de ce dérapage nihiliste généralisé orchestré par les nouveaux dévots de la société du spectacle», écrit Pascal LOUVRIER. Par conséquent, on peut être fasciné ou rétif à la contribution littéraire de Georges BATAILLE, mais mon propos est ailleurs ; il s’agit de savoir en quoi ses combats interpellent-ils encore notre conscience ?
En fait, avec les yeux de notre temps, ses analyses sur les sociétés occidentales et sur le statut des interdits que sont la mort, la religion, le rire, la mort ou l'érotisme sont d’une grande actualité. «L'érotisme est l'approbation de la vie jusque dans la mort», écrit Georges BATAILE. À la mort de son père, Pierre tombe sous la griffe d'une femme terrifiante et sulfureuse, à l'adoration dévoratrice : sa mère. Initié par elle à l'orgie et à la débauche, l'adolescent découvre une vie de perdition où se mêlent honte, jouissance, dégoût et respect. «Face à un monde en dérive, perverti, comment aimer encore et apprendre à grandir», s’interroge-t-il dans «Ma mère». Dans ses l'obsession, le complexe choyé, les goûts pervers et sacrilèges, Georges BATAILLE a une certaine éthique sadienne du mal, il faut écrire des ouvrages blessants. «Chez lui la pornographie est une forme de la lutte de l'esprit contre la chair», écrit Pierre KLOSSOWSKI.
Le concept de «dépense» est l’une des idées novatrices de Georges BATAILLE qui n’a pas pris une seule, dans ce monde la haute finance réclamant sans cesse un équilibre budgétaire, pour mieux maximaliser ses marges bénéficiaires, au détriment des faibles. La colonisation et la destruction des cultures ancestrales des racisés ont interpelé Georges BATAILLE quant à la nécessité de renverser et de dépasser la logique les principes et les perspectives de l’économie libérale et capitaliste, en termes du concept de la dépense, tant galvaudé de nos jours. Il insiste sur une meilleure allocation des ressources, renvoyant au postulat que l’Homme existe pour produire, et produire c’est calculer le meilleur emploi possible des ressources rares. Le but de la production, dans la prodigalité et le don, le gaspillage, est à proscrire. L’usage que les hommes font de la production, au-delà de la nécessité de la subsistance, le superflu, c’est «la part maudite» de l’économie, un gaspillage, à proscrire «Toujours dans l’ensemble une société produit plus qu’il n’est nécessaire à sa subsistance ; elle dispose d’un excédent. C’est précisément l’usage qu’elle en fait qui la détermine ; le surplus est la cause de l’agitation, des changements de structure et de toute l’histoire», écrit Georges BATAILLE. Par conséquent, fustigeant l’économie de l’excès et de la cupidité, Georges BATAILLE milite pour une économie de l’utile désaliénant l’Homme de sa démesure, de ses excès, de sa folie de violence, de ses passions. Ethnologue, il a fait l’éloge des sociétés dites archaïques, d’une humanité plus proche du mouvement et de l’énergie solaire «qui se perd, sans compter, sans contrepartie», écrit-il. Les dépenses, considérées au début comme non productives, se sont révélées avec le temps, comme un investissement culturel rentable. Il faudrait une transformation du sujet humain, une rupture avec la pensée marxiste : «La construction d’une église, ou le don d’un joyau, n’avait pas moins d’intérêt que la vente du blé», écrit-il.
Pour Georges BATAILLE, l'érotisme permet de redécouvrir la possibilité de dépenses d'énergie sans cette utilité immédiate qui nous asservit. L'érotisme, enfièvre, dépense, gaspille. Puisque sur lui seul l'avenir n'a pas de prise, il est «la voix la plus puissante pour entrer dans l'instant.», écrit-il. Par conséquent classé à tort, de son temps par les conservateurs, comme un vulgaire pornographe, ou un écrivain maudit, dans sa contribution littéraire est très éloignée de ces idées réductrices et simplificatrices des forces du Chaos «Je me souviens très bien que j’avais été tout à fait éberlué par la critique de rejet qu’en avait fait Jean-Paul Sartre à l’époque : “Un nouveau mystique” je crois ? J’avais donc été déjà marqué par ce livre, et puis arrive à la Libération. À l’époque, je suis très lié avec Dionys Mascolo, qui était le compagnon de Marguerite Duras et admirateur de Georges Bataille. Il me fait alors connaître “Les Érotiques” de ce dernier, Madame Edwarda, et puis Histoire de l’œil. J’avoue que ça m’a un peu fait bander», écrit Edgar MORIN (Voir mon article, sur cet humaniste, Médiapart, 10 juillet 2021). Finalement, en disciple de NIETZSCHE l’érotisme est «l’approbation de la vie, jusque dans la mort. L’activité est d’abord une exubérance de la vie, indépendante du souci de reproduction de la vie, mais n’est pas étrangère à la mort. C’est un paradoxe. Il n’y a pas meilleur moyen pour se familiariser avec la mort que de l’allier à une idée libertine», écrit Georges BATAILLE.
Georges BATAILLE avait déjà dénoncé le simulacre dans la communication. «Ce qui communique est la part aveugle qui ne se connaît ni ne connaît», écrit-il, dans «l’expérience intérieure». Sous Charles GAULLE, Georges POMPIDOU et Valéry GISCARD-D’ESTAING, on disait que l’ORTF, c’est «la voix de la France». Je préciserai «la voix de son maître». De notre temps, on est passé «de l’information à l’évènementiel», pour reprendre un concept de Jean BAUDRILLARD, dans le «Crime parfait» contre la démocratie, un meurtre de la réalité. Le réel ne disparaît pas dans l'illusion, c'est l'illusion qui disparaît dans la réalité intégrale. Cette multitude n’a pas engendré une plus grande liberté de l’information. Bien au contraire. En effet, des chaînes d’information continue, toutes concentrées aux mains de la haute finance, débite en boucle, des chroniques aseptisées, instrumentalisées et orientées. «Si nous ne savions dramatiser, nous ne pourrions sortir de nous-mêmes. Nous vivrions isolés et tassés. Mais une sorte de rupture, dans l’angoisse, nous laisse à la limite des larmes : alors nous nous perdons, nous oublions nous-mêmes et communiquons avec un au-delà insaisissable», écrit Georges BATAILLE, dans l’expérience intérieure.
Georges BATAILLE, homme de son temps, a dénoncé le Mal, le fascisme. Il a d’abord observé la montée du fascisme en Italie «C’est seulement le 23 mars 1919 que fut fondé, à Milan sous le nom de «Fasci Italiani di combattimento», l’association dont procède le parti fasciste. Lorsqu’en 1930, Mussolini, «Duce Del Fascimo», s’exprime le mot «fasciste» a pris, sur toute la terre, un sens obsédant et simple : le siècle actuel est le siècle de l’autorité, un siècle de droite, un siècle fasciste. J’écris, en 1934, ce livre sur le «fascisme», avec la conscience que le monde libéral où nous vivons encore ici est déjà un monde de vieillards aux dents qui tombent et d’apparence. En tant que pouvoir organisé, le fascisme est le régime dans lequel, une souveraineté appartient, en fait, sinon en droit, à un parti militarisé qui le délègue à vie cette souveraineté à son chef», écrit Georges BATAILLE. Dans cet affrontement et opprimés, le peuple, face à l’arbitraire, n’a plus voix au chapitre. De notre temps l’ennemi intérieur c’est l’immigré, le racisé, le musulman. Pendant ce temps, des réformes injustes contre ceux qui réclament un meilleur pouvoir d’achat, une retraite ou un revenu de remplacement en cas de chômage décent, sont matraqués par les forces de l’ordre. Comble de la situation, aux États-Unis, Donald TRUMP, celui qui avait attaqué le Capitole, le 6 janvier 2020, refusant le verdict du peuple américain. En France, le verdict des législatives du 7 juillet 2024, a été contourné par des gouvernements minoritaires, en violation manifeste du verdict des électeurs et qui vont encourir la censure. Pendant ce temps, la Petite entreprise familiale du RN compte les points et se frotte les mains. Ce n’est qu’une «victoire différée», dit Marine LE PEN.
Ce qu’il disait sur le fascisme, en cette montée grave des forces du Chaos, la bête immonde n’étant pas encore morte, est plus que jamais «La littérature est l'essentiel, ou n'est rien. Le Mal - une forme aiguë du Mal - dont elle est l'expression a pour nous, je le crois, la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l'absence de morale, elle exige une «hypermorale». La littérature est communication. La communication commande la loyauté : la morale rigoureuse est donnée dans cette vue à partir de complicités dans la connaissance du Mal, qui fondent la communication intense. La littérature n'est pas innocente, et, coupable, elle devait à la fin s'avouer telle. L'action seule a les droits. La littérature, je l'ai, lentement, voulu montrer, c'est l'enfance enfin retrouvée. Mais l'enfance qui gouvernerait aurait-elle une vérité ?», écrit Georges BATAILLE.
Resté nomade, et ayant loué un appartement à Vézelay, pour ses vacances, c’est seulement à la fin de sa vie qu’un groupe d’amis peintres, émus par son dénuement, organise à l’Hôtel Drouot une vente de solidarité à son profit qui lui permet d’acquérir un appartement, rue Saint-Sulpice, il décède le 9 juillet 1962, à Paris, à l’hôpital Laennec, moins de cinq mois après s’y être installé, jusqu’à sa mort. Georges BATAILLE fut inhumé dans un petit cimetière, au sommet de la colline de Vézelay, une ville hautement historique, dans l’Yonne, en Bourgogne Franche-Comté. Georges BATAILLE, marié, le 20 mars 1928, à Courbevoie, à Sylvia MAKLES (1908-1993), de 1928 1946, le coupla a eu une fille : Laurence BATAILLE (1930-1986). Il se marie, une seconde fois, en 1934, à Colette PEIGNOT (1903-1938). Julie BATAILLE, née à Genève, en 1948, est issue de son troisième mariage, le 16 janvier 1951, a Nantua (Ain) avec Diane KOTCHUBEV de BEAUHARNAIS (1918-1989).
En définitive, Georges BATAILLE reste d’une grande actualité «Pourquoi Bataille? D'abord peut-être parce que la mode le mange, parce qu'elle le consomme, l'utilise pour sa propre satisfaction narcissique. Et pourtant ! C'est de derrière que nous revient toujours Bataille, c'est lui qui nous piège et bouscule nos assises, c'est lui encore qui nous démunit et nous laisse – il suffit de le lire : de le lire, non de le consommer – nus. Nus, c'est-à-dire à la fois plus faibles et plus forts. Faibles de notre pauvreté essentielle et forts de son affrontement même», écrit Jean DURANCON. En 1958, de son vivant, Georges BATAILLE avait été célèbre «La critique, au seul nom de Bataille, s'intimide (...). Les années passent : les gens continuent à vivre dans l'illusion qu'ils pourront un jour parler de Bataille (...). Cette abstention devient leur orgueil. Ils mourront sans oser, dans le souci extrême où ils sont de leur réputation, affronter ce taureau», écrit Marguerite YOURCENAR.
Références bibliographiques
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Paris, le 15 janvier 2025, par Amadou Bal BA