"Amadou Hampâté BA, Sage de Bandiagara" par Amadou Bal BA

Amadou Hampâté BA, le Sage de Bandiagara, Gardien de la tradition orale africaine», (Bandiagara 1901 – Abidjan 15 mai 1991), 30 ans après sa mort, quel héritage ?

Amadou Hampâté BA, le Sage de Bandiagara, gardien de la tradition orale africaine», (Bandiagara 1901 – Abidjan 15 mai 1991), 30 ans après sa mort, quel héritage ?

amkoullel

Le 15 mai 1991 disparaissait, il y a de cela 30 ans, un géant mondial de la littérature africaine et gardien de la tradition orale, Amadou Hampâté BA, écrivain, philosophe, poète, ethnologue, historien et romancier. Je reprends à mon compte ce que disait le Directeur général de l’UNESCO : «Je n’ai pas eu la chance de connaître Amadou Hampâté Ba, et pourtant, je me sens proche de lui. Quand je le lis, j’entends des voix dont la résonnance a pour moi la même ampleur que celle d’Homère ou de Cervantès, et dont le timbre ressemble à celui de mon père, le Sage vers lequel je me tourne quand, dans le doute, j’ai besoin d’aspiration» écrit Frederic MAYOR. Peul, musulman, de culture française, bambara et animiste, Amadou Hampâté BA était un citoyen du monde «Ma race ? La race humaine» disait-il. Amadou Hampâté BA n’appartenait pas seulement qu’à l’Afrique, il était aussi, et surtout, un vestige, par la puissance de son message, du patrimoine mondial de l’Humanité. «Amadou Hampâté Ba est, sans doute, une des plus illustres figures des lettres africaines ; mais il est aussi un philosophe qui œuvre à l’émergence d’une civilisation plus humaine et plus fraternelle. Il ne cherche pas tant à revendiquer ou à combattre, qu’à éduquer : ce n’est pas tant «l’africanité» ou «la négritude» qui le préoccupaient, mais la perte de sens, la quête de l’être, au sens le plus universel. Le souffle qui l’anime, dont il tente d’être le passeur, plonge dans les racines les plus profondes de la culture : ce sentiment de Dieu, inhérent à l’humain» écrit Oscar BRENIFIER. Mémoire vivante de l’Afrique, «fils aîné» du XXème siècle, doté d’un sourire chaleureux et bienveillant, suivant Diélika DIALLO et cela est confirmé par sa fille, Inna Hampâté BA GABATO : «Je garde de mon père le souvenir d’un homme chaleureux et toujours souriant qui s’efforçait de vivre selon les conseils qu’il prodiguait aux autres» dit-elle. Pour le professeur Abdourahman WABERI, Amadou Hampâté BA est «une leçon d’humanité». Conciliateur, il savait dénouer les situations les plus tendues. Il avait l’écoute, le respect de l’autre et recherchait en permanence la compréhension mutuelle, la tolérance.

L’immense talent littéraire de Amadou Hampâté BA exprime «la qualité du regard même qu’il portait sur toutes les choses et qui lui faisait voir tout à la fois, profondément, de l’intérieur avec la connaissance authentique qui lui venait de son vécu, et de l’extérieur, avec une connaissance objective qu’il avait acquise par sa curiosité et la fréquentation de multiples cultures» écrit Christiane SEYDOU. Inspiré de la sagesse africaine, mémorialiste, la production littéraire d’Amadou Hampâté BA s’étendant de 1940 jusqu’à sa mort, se manifeste, avant tout, par sa grande diversité, sa prolixité et sa richesse : biographies, autobiographies, contes, romans, essais, ouvrages ethnographiques, historiques ou religieux. Il tire sa légitimité d’écrivain de son appartenance culturelle au monde peul, de son parcours intellectuel à l’école française, de son érudition ethnographique et historique, de son expérience au sein de l’administration coloniale, de l’IFAN et de l’UNESCO. Amadou Hampâté BA situe les religions africaines dans une «unité de la diversité» suivant Serigne Ababacar WADE, dans sa thèse. Ami des Dogons qui avaient protégé son père, dans ses écrits, la cohabitation du christianisme, de l’Islam et de l’Animisme est harmonieuse : «L’ensemble de ces croyances a reçu le nom d’animisme, de la part des ethnologues occidentaux, le Noir attribue une âme à toute chose, âme-force qu’il cherche à se concilier par des pratiques magiques, et parfois, par des sacrifices» écrit-il dans «Aspects de la civilisation africaine» dit-il. Dans ce multiculturalisme et pour Théodore MONOD, il y a entre la nature et l’homme «une profonde alliance».

Amadou Hampâté BA estimait que «l’homme est un danger permanent. Que l’homme soit encore en danger, alors qu’il n’est pas toujours en danger, voila le défi que nous devons relever» disait-il. «Le verbe est un attribut divin, aussi éternel que le Dieu lumineux. C’est par la puissance du verbe que tout a été créé. En donnant à l’homme le verbe, Dieu lui a délégué une part de puissance créatrice» dit Amadou Hampâté BA.  Traditionnaliste, il place la parole au cœur de la philosophie africaine : «Sois à l’écoute, dit la Vieille Afrique. Tout parle. Tout est parole. Tout cherche à nous communiquer un état mystérieusement enrichissant. Apprends à écouter le silence, et pour découvrir qu’il est musique» dit Amadou Hampâté BA. En effet, dans la tradition Bambara du Komo’, la parole ou Kouma, est une force fondamentale ; elle émane de l’Etre suprême lui-même, créateur de toutes les choses : «Ce que dit Maa Ngala, c’est». La parole est la potentialité du pouvoir, du vouloir et du savoir. La parole est génératrice du mouvement et du mythe, donc de vie et d’action. Par conséquent, le logos créateur d’une parole, c’est aussi la Raison, avec la même nature que la réalité du monde. «Parlez aux gens à la mesure de leur entendement» disait également le Prophète, Mahomet. Pour Amadou Hampâté BA, la parole est vibration ; elle incarne bien notre vision du monde. «Dans l’univers, et à tous les niveaux, tout est vibration. Seules les différences de vitesse de ces vibrations nous empêchent de voir les réalités que nous appelons invisibles» dit-il. «Tout parle ; tout est parole» dit-il. L’art n’est pas séparé de la vie. «Tout est lié. Tout repose sur le sentiment profond d’unité de la vie, de l’unité de toutes les choses», écrit-il. Les forces invisibles se présentent comme les aspects multiples de la vie ; elles se rattachent au sacré. L’art est tout ce qui peut concourir «à former l’Homme, lui-même» dit-il. Dans cet Afrique traditionnelle, il y a une osmose entre la Nature et l’Homme : «L’homme était également considéré comme responsable de l’équilibre du monde naturel environnant. Il lui était interdit de couper un arbre sans raison, de tuer un animal sans motif valable. La terre n’était pas sa propriété, mais un dépôt sacré confié par le Créateur et dont il n’était que le gérant» dit-il.

Amadou Hampâté BA est un traditionnaliste, défenseur radical des cultures orales. Membre du Conseil exécutif de l’UNESCO de 1962 à 1970, il fit reconnaître le monde les cultures orales africaines. En même temps qu’il en révéla les valeurs et les richesses, Amadou Hampâté BA mit l’accent sur leur précarité. En effet, l’UNESCO se préoccupait, à juste titre, de sauver des monuments historiques, comme les monuments de Nubie à la suite de l’édification du barrage d’Assouan. Amadou Hampâté BA a saisi cette opportunité pour lancer un vibrant appel au sauvetage, de cette vaste culture orale traditionnelle africaine menacée de disparition. Cette culture fait partie intégrante du patrimoine de l’humanité et avec la disparition des Anciens, de vastes connaissances risquent de disparaître avec eux. En 1966, pour attirer l’attention de l’opinion publique, il lance cette phrase devenue célèbre qui a été légèrement déformée : «En Afrique, chaque fois qu’un vieillard traditionnaliste meurt, c’est une bibliothèque qui brûle». Cette phrase est devenue un proverbe africain : «En Afrique, chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle». Pour lui, l’Afrique doit parler par elle-même, en puisant notamment sur sa tradition orale : «Quand la chèvre est présente, il ne faut pas bêler à la place de la chèvre» dit-il. «En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle» ; Cette citation devenue célèbre résume, à elle seule, les brillants travaux d’Amadou Hampâté BA.  En effet, Amadou Hampâté BA a mené un combat inlassable en faveur de la réhabilitation des traditions orales africaines en tant que source authentique de connaissances et partie intégrante du patrimoine culturel de l’humanité. Dans son «Kaydara» , un récit initiatique peul, la tradition dans l’Afrique antique se transmettait lors des veillées ; cet art où la mémoire écoute : «Je suis Kaydara, bien proche parce qu’il n’y a ni obstacle, ni distance entre les êtres et moi. Retiens bien ce que tu viens d’entendre et transmets-le de bouche à oreille à tes descendants, et qu’il en soit ainsi de tes descendants à leurs descendants» dit-il. Au-delà de la valeur documentaire ou littéraire de Kaïdara, on y découvre quelque chose de plus profond, cette sagesse africaine, un étrange voyage d’un passeur, à la conquête du Bien suprême, la voie de la découverte de la perfection et de la Vérité.  Kaïdara, le guide des âmes, s’enrichit en donnant, partage son savoir, sans s’appauvrir «L’esprit est ce don, dont on peut tirer plus qu’il n’y a» disait Henri BERGSON (1859-1941).

En définitive, la contribution d’Amadou Hampâté BA, à la valorisation de la tradition orale africaine, a été plus que déterminante.  En effet,  pour certains Occidentaux, l’écrit prime sur l’oralité, le livre étant le principal véhicule du patrimoine culturel. Pour eux, les peuples sans écritures sont des peuples sans culture. Selon eux, tout le problème est de savoir si l’on peut accorder à l’oralité la même confiance qu’à l’écrit pour témoigner des choses du passé. En effet, certains ont voulu discréditer la tradition orale, estimant que les peuples de tradition orale seraient sans culture «L’écriture est une chose et le savoir est autre chose. L’écriture est la photographie du savoir, mais n’est pas le savoir lui-même. Le savoir est une lumière qui est en l’Homme. Il est l’héritage de tout ce que les Ancêtres ont pu connaître et qu’ils nous ont transmis en germe, comme le baobab est contenu en puissance dans sa graine» écrit-il. Dans toutes les sociétés africaines, «il existe un lien entre l’homme et sa parole. Il est engagé par elle. Il est sa parole et sa parole témoigne de ce qu’il est. La cohésion de la société repose sur le respect de la parole. La parole a donc une valeur sacrée» écrit-il. Pour Amadou Hampâté BA le problème est ainsi mal posé. Le témoignage, qu’il soit écrit ou oral, reste finalement un témoignage humain. Il vaut ce que vaut l’Homme. L’oralité est la mère de l’écrit. Un document écrit n’est pas à l’abri de falsifications ou d’altérations volontaires ou involontaires. Ce qui est en cause derrière le témoignage, c’est la valeur même de l’homme qui témoigne. En un mot, le lien entre l’homme et la Parole. «Les peuples de race noire n’étant pas des peuples d’écriture ont développé l’art de la parole d’une manière toute spéciale. Pour n’être pas écrite, leur littérature n’en est pas moins belle. Combien de poèmes, d’épopées, de récits historiques et chevaleresques, de contes didactiques, de mythes et de légendes au verbe admirable se sont ainsi transmis à travers les siècles, fidèlement portés par la mémoire prodigieuse des hommes de l’oralité, passionnément épris de beau langage et presque tous poètes !» dit Amadou Hampâté BA.

En traditionnaliste, Amadou Hampâté BA a exposé une contribution littérale originale et nouvelle. Loin d’être une tradition figée et sclérosée, il milite pour une culture orale vivante et dynamique. La tradition africaine est une civilisation de responsabilité et de solidarité dont l’un des grands objectifs est «l’acquisition, par l’individu, d’une totale maîtrise de soi,  et d’une paix intérieure sans laquelle il ne saurait y avoir de paix extérieure». Il invite les nouvelles générations à conserver ces valeurs traditionnelles positives : «La vie humaine est comme un grand arbre chaque génération comme un grand jardinier. Le bon jardinier n’est celui qui déracine, mais celui qui, le moment venu, sait élaguer les branches mortes». Il rappelle cet adage en direction notamment des jeunes de la diaspora ou pris dans le tourbillon de la modernité : «Le morceau de bois a beaucoup séjourné dans l’eau, il flottera peut-être mais jamais il ne deviendra caïman !».

Confronté à la colonisation et «aux Dieux de la brousse» c’était le surnom des administrateurs coloniaux qui niaient, par essence, les valeurs culturelles africaines, Amadou Hampâté BA a conquis la liberté d’être lui-même ; il a bien résolu la difficile question de l’identité personnelle et affirmé, sans ambiguïté, ses valeurs, et par la même occasion celles du continent noir. «Je suis comme une espèce de chauve-souris, un animal qui peut vivre dans tous les éléments. Je ne me trouve jamais dépaysé dans une situation, j’essaie toujours de m’adapter à la situation, mais en veillant de ne pas cesser d’être moi-même» proclame le Sage de Bandiagara. Amadou Hampâté BA avait une vision apaisée de l’Histoire africaine qu’il défendait, sans nier ce que les autres ont de meilleur eux-mêmes. «Le regard historique africain ne sera pas un regard vengeur, mais un exercice vital de la mémoire collective qui balaie le champ du passé pour y reconnaître ses propres racines», souligne Joseph KI-ZERBO (1922-1906), un historien burkinabé.

Issu d’une famille aristocratique et traditionnaliste peule, Amadou Hampâté BA y a puisé, dès sa naissance, toutes les sources d’inspiration qui vont guider sa conduite. «Je suis diplômé de l'université de la Parole à l'ombre des baobabs», se plaît-il à rappeler. Amadou Hampâté BA  est né vers 1901, à Bandiagara, au Mali, en pays Dogon, dans le Macina. Son grand-père maternel, Paté Poullo BA, un peul descendant des Satigui, était un berger et un compagnon d’El Hadji Omar TALL (1797-1864) qui avait quitté le Fouta-Toro pour s’installer dans cette région. En 1864, alors qu’El Hadji Omar TALL se trouvait assiégé par les Français, dans la grotte de Déguembéré, au milieu de caisses de munitions, une violente explosion eut lieu. On ne retrouva pas son corps. Amadou Hampâté BA écrira plus tard, un magistral ouvrage, qui n’a pas été réédité depuis 1984  «L’Empire peul du Macina» qui couvrait la période du 1818 à 1853. Cet empire a été fondé par de fils aîné d’El Hadji Omar : Cheikou Amadou, un marabout Toucouleur, qui fixa la capitale à Hamdallahi. Véritable creuset de traditions historiques et culturelles diverses, le Macina résonne de l’écho des guerres qui opposèrent les Peuls, les Toucouleurs et les Maures Kounta. En 1977, Amadou Hampâté BA réussit à réunir les familles des trois clans ennemis héréditaires (Les Cissé, Peuls du Macina, les Tall représentant la famille d’El Hadji Omar et les Kounta de Tombouctou). Ils échangèrent un pardon solennel après avoir récité le Coran et prié toute la nuit. Le père de ce magicien du verbe, Hampâté BA, issu d’une famille peule maraboutique et guerrière du pays Poromani, mourut alors qu’il n’avait que trois ans. Sa mère, Khadîdja, fille de Paté Poullo DIALLO, épousa en secondes noces, Tidiane Amadou Ali THIAM, chef de la province de Louta, déchu de son titre, et exilé à Bougouni. Il ne reviendra, à Bandiagara, qu’en 1908, après la mort d’Aguibou TALL, roi de Bandiagara.

Tidiane THIAM (1864-1887), roi du Macina, son père adoptif, était entouré d’une véritable cour de plus de 50 personnes, en raison de sa naissance, de ses hautes qualités morales et religieuses, ainsi que de sa générosité. De ce fait, dès sa jeunesse, Amadou Hampâté BA reçut une solide éducation de sa famille traditionnaliste, et grâce à différentes rencontres qui ont illuminé sa vie. «Nous portons tous en nous, longtemps, la nostalgie du temps rond et lumineux des premières rencontres», selon Jacques SALME. Amadou Hampâté BA a puisé dans ses souvenirs de jeunesse pour nous restituer, très fidèlement, les différents témoignages des Anciens. «Dès l’enfance, nous étions entraînés à observer, à regarder, à écouter, si bien que tout événement s’inscrivait dans notre mémoire comme dans une cire vierge», dit Amadou Hampâté BA. Le souvenir est bien une rencontre, et il doit, à ce titre, son goût pour la tradition africaine à un conteur peul qui fréquentait sa famille, Souleymane BO dit «Koullel», sofa et un ami de son père. Amadou Hampâté BA devint le conteur pour sa classe d’âge regroupant plus de 70 enfants. «C’est lui qui m’a inculqué cette volonté de connaître et de comprendre», dit-il. Il avait tellement assimilé les contes de Koullel qu’on avait fini par le surnommer «Amkoullel» (Am-Koullel contraction d’Amadou et de Koullel), c’est-à-dire «petit Koullel». Les deux tomes des mémoires d’Amadou Hampâté BA, «Amkoullel, l’enfant peul», et «Oui mon commandant», feront une référence à ce généalogiste et conteur hors pair.

Bandiagara a été conquis par l’Armée française en 1893. C’est donc logiquement, qu’Amadou Hampâté BA fut inscrit, comme fils de chef à l’école française, à titre d’otage. Sa mère voulait l’empêcher de fréquenter l’école française, de peur qu’il ne devienne «un infidèle». Mais Thierno Bokar incita Amadou Hampâté à aller à l’école en rappelant un Hadith du Prophète Mohamed : «La connaissance d’une chose est préférable à son ignorance». Les deux premières années, il fréquenta l’école de Bandiagara et fut, par la suite, envoyé à Djenné. Il logea à Djenné chez Amadou KISSO, un grand chef peul ; ce qui lui permit de compléter ses connaissances. Il dira à ce sujet «C’est chez Amadou Kisso que j’ai recueilli beaucoup de renseignements sur les Bozos, les Songhaïs, les Bambaras et bien sûr les Peuls».

En 1915, Amadou Hampâté BA s’évada de l’école pour aller rejoindre ses parents qui étaient à Kati, à 500 km. Pris, par la suite, de remords, il retourna à l’école en 1918 pour passer le certificat d’études primaires et fut affecté à Bamako. En 1921, il est admis à un concours, qui lui donne accès à l’école normale de Gorée. Mais sa mère s’opposa à son départ pour le Sénégal. Pour Amadou Hampâté BA : «En Afrique traditionnelle, on ne désobéit jamais à un ordre de sa mère, car tout ce qui vient de la mère est sacré». Le Gouverneur, pour le punir de cette seconde escapade, l’affecta en Haute-Volta, actuel Burkina Fasso, non pas en qualité de «commis expéditionnaire», mais comme «écrivain auxiliaire temporaire, à titre essentiellement, révocable». Pour rejoindre son poste. Il marcha une bonne partie du trajet à pied, escorté d’un garde pour le surveiller. Cette carrière de fonctionnaire, exercée de 1922 à 1932, en Haute-Volta, a également été une opportunité de rassembler différentes traditions locales. En effet, il retrouva dans cette contrée un oncle, Babaly BA, un grand traditionnaliste musulman qui s’était réfugié à la cour du Moro Naba, l’Empereur des Mossis, dont il était le conseiller. Amadou Hampâté BA obtint un congé de 8 mois en 1932 et se rend à Bandiagara, auprès de son marabout Thierno Bocar, pour suivre un enseignement intensif ésotérique supérieur de la voie Tidjaniya, le Soufisme. Thierno Bokar qualifié par Théodore MONOD «d’homme de Dieu» ou de «Saint-François d’Assise africain» par Marcel CARDAIRE, prêchait l’Amour et la tolérance pour tous les hommes quels qu’ils soient, et le respect de toutes les différences : «L’arc-en-ciel, rappelait-il, ne doit-il pas sa beauté à la variété de ses couleurs ?». Lors de ce séjour de 11 ans, en Haute-Volta, Amadou Hampâté BA commence à tout noter, dans son journal, en français, en peul ou en bambara, tous les renseignements sur la tradition orale. C’est le début de la création d’un prodigieux stock sur toutes les matières qui va constituer son fonds d’archives, recensé en grande partie, par Alfa Ibrahim SOW en 1970. Le récit de ce voyage, ainsi que le séjour en Haute-Volta fut relaté dans l’ouvrage autobiographique intitulé «Oui, mon commandant» et paru, à titre posthume, avec les soins d’Hélène HECKMANN.

Pendant, les vacances scolaires, il revenait à Bandiagara pour suivre une éducation religieuse, chez le marabout Thierno Bokar Salif TALL, appelé «la lessive des âmes». Thierno Bokar deviendra, plus tard, son guide spirituel dans le domaine du soufisme ; Thierno Bokar était également un éminent traditionnaliste africain doublé d’un polyglotte. Ce marabout parlait l’arabe, le maure, le haussa, le bambara, et, naturellement, le peul. Thierno possédait une vaste connaissance des traditions propres aux peuples dont il parlait la langue et a transmis sa passion à Amadou Hampâté BA. Suivant Thierno Bokar, «Dieu est Amour et Charité» et la vie s’appelle «lâcher». On ne doit pas s’attacher aux choses matérielles. Amadou Hampâté BA apprit alors à pratiquer le détachement sur cette terre où tout est éphémère. Amadou Hampâté BA écrira, par la suite, un remarquable ouvrage intitulé : «Vie et enseignement de Thierno Bokar, le Sage de Bandiagara». Thierno Bocar le guidera sur la voie religieuse et spirituelle, et lui enseignera la tolérance, l’amour et le respect de tous les êtres. «C’est lui qui m’a inculqué cette volonté de connaître et de comprendre, de ne jamais parler d’une chose que je ne connais pas, de n’avoir jamais peur d’entrer dans n’importe quelle réalité, pourvu que j’en sois respectueux et que cela n’ébranle pas ma foi», dit Amadou Hampâté BA. Cette rencontre avec Thierno Bokar Salif TALL, un saint Soufi et éminent traditionnaliste, a profondément marqué la personnalité et l’œuvre d’Amadou Hampâté BA empreinte d’humanisme et de spiritualité. «Trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour. Mais la plus grande des trois, c'est l'amour» écrit Amadou Hampâté BA, un sage africain. En effet, et dans sa liberté d’esprit, Amadou Hampâté n’hésita pas, à l’occasion d’un différend religieux, à prendre parti pour Thierno Bokar et Cheikh HAMALLAH contre la famille d’El Hadji Omar TALL.  En effet, Thierno Bokar menait la vie la plus simple qui soit, entre enseignements et prières. Pour Thierno Bokar, tout est Amour de Dieu et foi, «des paroles imprégnées de tolérance infinie envers tous les hommes ; paroles opposées à toute violence et à toute oppression, d’où qu’elles viennent» écrit-il. En effet, Thierno Bokar appartenait à une famille peule où la vie spirituelle était une valeur première. Son grand-père, Seydou Anne, un mystique Quadria et soufi, avait finalement rejoint le Tidjanisme. Le Mal ne peut être détruit que par les armes du Bien et de l’Amour. Quand, Thierno Bokar rencontra son maître, Amadou Tapsirou BA, il fut grandement séduit par sa profondeur spirituelle et son détachement. Ainsi, sans être ascète, Thierno Bokar décida de mener une vie simple et frugale, de prière, d’enseignement et de piété familiale. Devant cette résistance passive, le colon entreprit alors de persécuter Thierno Bokar, notamment à l’occasion de cette querelle religieuse, entre la tendance du Wird de «onze grains», à laquelle il appartient, et des «douze grains». La première tendance a été jugée séditieuse et antifrançaise, d’autant plus que Thierno Bokar avait soutenu Cheikh HAMALLAH (1883-1943), le chef de file des «onze grains». Par conséquent, le colon interdit à Thierno Bokar de diriger la prière à la mosquée et ostracisa ses rencontres religieuses, «les Zaouias». Cependant, Thierno Bokar n’a jamais ressenti de haine à l’encontre des ennemis et des envieux qui voulaient le détruire : «Ils sont plus dignes de pitié et de prière que de condamnations et de reproches, parce qu’ils sont ignorants. Ils ne savent pas et, malheureusement, ils ne savent pas» dit-il. Sous l’Occupation, Cheikh HAMALLAH, constamment persécuté, plusieurs fois exilé et ses biens confisqués, mourut en France en 1943, à Montluçon où il fut enterré.

Sous l’impulsion de Théodore MONOD (1902-2000), une tentative de réhabilitation de Thierno Bokar fut engagée. En 1942, grâce à Théodore MONOD, fondateur de l’IFAN (Institut Fondamental d’Afrique Noire), Amadou Hampâté BA, placé «hors cadre» fut affecté à l’IFAN et acquis de réelles méthodes de travail et de conduite d’enquêtes systématiques. Au sortir de l’école coloniale, il n’avait que le certificat d’études primaires. L’auteur précise ceci : «auparavant, je recueillais tout ce qui se présentait, sans poser de questions systématiques. A partir de mon entrée à l’IFAN, j’ai appris à questionner, et surtout j’eus accès à une documentation considérable, puisque toutes les archives de l’Afrique Occidentale Française se trouvaient à l’IFAN». Il intégra la section d’ethnologie en qualité de préparateur, puis d’agent technique. Le rôle de préparateur est d’aller récolter des renseignements sur le terrain, notamment en Guinée, au Niger, en Haute-Volta, en Mauritanie, au Nigéria, au Ghana et en Côte-d’Ivoire et participe aux fouilles de Koumbi Saleh (Empire du Ghana). Au Ferlo, au Sénégal, il rencontre Ardo Dembo BA, un Saltigui peul, grand maître d’initiation et dépositaire des secrets pastoraux  ce qui va inspirer son ouvrage sur «Koumen». De 1952 à 1954, affecté à l’antenne de l’IFAN à Diafarabé, au Mali, sous la direction de Jacques DAGET il complète ses recherches sur le Macina et sur l’Empire toucouleur d’El Hadji Omar TALL.

Dans son livre «Kaïdara», il décrit un voyage initiatique de trois compagnons, à travers un pays souterrain, parsemé de rencontres symboliques et mystérieuses, vers la demeure du «Lointain et bien proche Kaïdara», Dieu de l’or et de la connaissance. Sur le chemin de retour, un seul sortira victorieux de toutes les épreuves. Dans son ouvrage, «Njeddo Déwal», mère de la calamité, aux premiers âges du peuple, apparut une terrible sorcière (Njeddo Déwal, mère de toutes les calamités), envoyée par Dieu lui-même pour punir les Peuls de leurs pêchés. Au fil de multiples aventures féériques et mystérieuses, seul Bâgoumâwal, enfant miraculeux pourra, finalement, triompher de la puissance maléfique de cette sorcière. «Petit Bodiel» conte drolatique peul, retrace l’histoire d’un lièvre malicieux qui, ayant obtenu de Dieu lui-même le don de la ruse pour compenser sa petite constitution, entreprend d’abuser, sans vergogne les plus respectables personnages de la brousse pour en tirer profit, jusqu’au jour où il dépassera les limites.

Amadou Hampâté BA s’est servi, en partie, de sa prodigieuse mémoire pour écrire un roman remarquable qui a été primé, «L’étrange destin de Wangrin» Ce roman n’est pas une autobiographie, Wangrin a bien existé ; il s’appelait, en fait, Samba TRAORE. Selon Hélène HECKMANN, assistante d’Amadou Hampâté BA dès 1966 et exécutrice testamentaire de son œuvre littéraire, Amadou Hampâté BA et Wangrin s’étaient déjà rencontrés, une première fois, en 1912. Wangrin, interprète de François-Victor EQUILBECQ (1872-1917), commis des affaires indigènes, fut chargé par le Gouverneur de recenser les contes populaires de l’Ouest-africain. Amadou Hampâté BA qui était à bonne école avec Amkoullel, fut missionné par Wangrin de lui recueillir, directement, les contes. Amadou Hampâté BA eut alors l’occasion d’enrichir sa collection de contes.

En 1933, Amadou Hampâté BA est affecté à Bamako en qualité de «commis expéditionnaire de 1ère classe» pour exercer les fonctions d’interprète particulier du Gouverneur, puis de premier secrétaire à la mairie de Bamako. Il poursuit sa collecte de traditions orales, particulièrement en milieu bambara. Un vent de liberté avait soufflé, en 1936, sur la France et ses colonies, avec le gouvernement socialiste du Front Populaire de Léon BLUM. «Essai de la littérature merveilleuse des Noirs, suivi de contes de l’Ouest-africain» : «pour bien connaître la race humaine, pour apprécier sa mentalité, pour dégager ses procédés de raisonnement, pour comprendre sa vie intellectuelle et morale, il n’y a rien de tel que d’étudier son folklore» écrit EQUILBECQ. La tradition orale africaine venait de gagner ses premières lettres de noblesse alors qu’Amadou Hampâté BA n’était qu’au début de sa vocation littéraire. 

Le roman de Wangrin est ambivalent. Interprète au service de l’autorité coloniale, le héros met à profit les avantages que lui procure sa position pour satisfaire son appétit de savoir. Il disposera ainsi d’une autonomie lui permettant de ruser avec le manichéisme de l’autorité coloniale. Wangrin était un Dieu fabuleux que «l’eau ne pouvait mouiller, ni le soleil dessécher. Le sel ne pouvait le saler, le savoir ne pouvait le rendre propre» écrit-il. Wangrin dégage une éthique de la transmission de la parole et de la richesse, une redistribution au détriment de l’égoïsme et de la cupidité. Wangrin, qui jouait des «tours carabinés» au colonisateur, Amadou Hampâté BA le retrouva une seconde fois, en 1927, à Ouagadougou, en Haute-Volta. Wangrin se fondant sur l’extraordinaire talent de conteur d’Amadou Hampâté BA lui demanda d’écrire un livre sur lui, après sa mort, et sous réserve d’utiliser un nom d’emprunt, afin de «divertir les hommes et leur servir d’enseignement». Et, dès lors, chaque soir, après le dîner, Wangrin, dans une langue bambara, d’une grande beauté, raconta à Amadou Hampâté BA sa vie, tandis que son griot, Diéli Maadi, jouait doucement de la guitare pour accompagner ses paroles. Il recueillit des renseignements complémentaires et, pendant son séjour en Haute-Volta, Amadou Hampâté BA, eut la chance d’être affecté partout où était passé Wangrin qui avait laissé des souvenirs vivaces.

Contrairement à certains commis noirs qui ont été parfois plus méchants que les «Dieux de la  brousse», Amadou Hampâté BA souvent utilisa sa position de commis, en faveur de la justice et de l’équité. Il sortit des difficultés des personnes victimes de cabales ou de mépris. En 1951, et avec l’appui, de Théodore MONOD, il eut une bourse pour venir en France, pour la première fois, et fréquente les cours du Collège de France, la Bibliothèque des langues orientales et le Musée de l’Homme à la section «Afrique Noire». Il noue des relations d’amitié avec le professeur orientaliste Louis MASSIGNON du Collège de France (1883-1962), et avec les principaux anthropologues africanistes, comme Marcel GRIAULE (1898-1956) et Germaine DIETERLEN (1903-1999).

Comme son maître Thierno Bokar, Amadou Hampâté BA, a toujours professé la tolérance, un monde multiculturel, fondé sur la diversité des mœurs et des comportements. Il y a une multiplicité des voix et de la vérité «les personnes de la personne sont multiples dans la personne» dit un proverbe peul. La notion de «personne» ou «Neddo» en peul, est complexe et en perpétuel mouvement, une dynamique constante. Il y a donc une quête permanente de soi, dans ses dimensions multiples et évolutives. A l’intérieur de nous, il y a plusieurs mois, dans cette lutte entre le Bien et le Mal, qui se combattent, perpétuellement. Par conséquent, tous les Hommes, surtout ceux qui sont animés d’une foi sincère, renferment «une parcelle de l’esprit de Dieu». Aussi, «l’arc-en-ciel doit sa beauté aux tons variés de ses couleurs» dit-il. Pour Amadou Hampâté BA, la perte des repères culturels et l’incompréhension entre les peuples sont les principales sources de conflits entre les Hommes. Il prône la tolérance et milite pour la rencontre des religions et des croyances, ainsi que celle des peuples. Cette démarche est au cœur même de sa pensée et de sa philosophie. Il le souligne dans son ouvrage : «Jésus vu par un musulman», véritable invitation au dialogue religieux, à la tolérance et à l’écoute de l’autre. Dans sa fameuse lettre à la jeunesse, en 1985, soit 6 ans avant sa mort, Amadou Hampâté BA, milite ardemment, au-delà des différences culturelles, pour la compréhension mutuelle. «Certes, qu’il s’agisse des individus, des nations, des races ou des cultures, nous sommes tous différents les uns des autres ; mais nous avons tous quelque chose de semblable aussi, et c’est cela qu’il faut chercher pour pouvoir se reconnaître en l’autre et dialoguer avec lui. Alors nos différences, au lieu de nous séparer, deviendront complémentarité et source d’enrichissement mutuel. De même que la beauté d’un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde» dit-il. Amadou Hampâté BA a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine «pour se découvrir et bien se connaitre, afin de pouvoir ensuite se reconnaître en son prochain et l’aimer en conséquence». Il souhaiterait que chacun de vous en fasse autant, en faisant un pas vers l’autre : «À notre époque si grosse de menaces de toutes sortes, les hommes doivent mettre l’accent non plus sur ce qui les sépare, mais sur ce qu’ils ont de commun, dans le respect de l’identité de chacun. La rencontre et l’écoute de l’autre est toujours plus enrichissante, même pour l’épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Un vieux maître d’Afrique disait : il y a «ma» vérité et «ta» vérité, qui ne se rencontreront jamais. «La» Vérité se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de «sa» vérité pour faire un pas vers l’autre». Par conséquent, Amadou Hampâté BA est un «caméléon de la tolérance». Pour lui, l’observation du caméléon nous en dit long sur le bien-vivre ensemble : «Quand il arrive dans un endroit, le caméléon prend la couleur du lieu. Ce n'est pas de l'hypocrisie ; c'est d'abord la tolérance, et puis le savoir-vivre. Se heurter les uns les autres n'arrange rien. Jamais on n'a rien construit dans la bagarre. La bagarre détruit. Donc, la mutuelle compréhension est un grand devoir. Il faudrait toujours chercher à comprendre notre prochain. Si nous existons, il faut admettre que, lui aussi, existe».

Pour Amadou Hampâté BA, toute tradition est vivante : «il y a des choses qui doivent être dépassées, et qui sont dépassées», par exemple le droit du chef de famille de disposer de ses femmes et de ses enfants ou le droit du père de famille de donner sa fille en mariage, sans consentement volontaire. Il faut conserver des traditions orales africaines ce qu’il y a de spécifique au continent noir et qui peut servir de référence au reste du monde, comme la place des aînés dans la société, ou la place de l’homme tout court, dans la société.

Gardien de la tradition orale africaine, il est resté ouvert aux autres, et a démontré l’universalité de sa contribution pour un monde meilleur, fondé sur la compréhension mutuelle et la fraternité. Pour Amadou Hampâté BA, les mariages mixtes, c’est avant tout une question d’amour. Mais il signale un risque de perte d’un côté ou de l’autre, ou bien une perte de valeurs des deux côtés. Il n’est pas contre les mariages mixtes puisque son fils, qui résidait à l’époque à Toulouse, s’est marié avec une Française, mais s’en l’aviser. Il lui a demandé d’être honnête avec son épouse et de ne pas abandonner ses enfants. «Lorsque j’écris, c’est la parole couchée sur le papier» dit Amadou Hampâté BA. Même si la colonisation fut blâmable, poursuit-il, «aucune langue africaine n’aurait pu remplacer la langue française». La langue française est un véhicule de pensée, «une langue de communication qui permet de regarder l’extérieur». Amadou Hampâté BA précise qu’il «pense en peul et traduit en français». En utilisant le peul, le bambara ou le français pour restituer la tradition orale africaine, il a non seulement contribué à les conserver pour les générations futures, mais aussi, il a apporté sa touche personnelle, son génie créateur.

A l’indépendance, Amadou Hampâté BA, rédacteur de l’hymne national du Mali, fut aussi nommé, en 1957, Directeur de la radiodiffusion française dans les territoires d’Outre-mer. En 1958, il fonda à Bamako, l’Institut des sciences humaines du Mali. En 1962, Amadou Hampâté BA est membre fondateur de la Société Africaine de Culture. La même année, il est élu au Conseil exécutif de l’UNESCO, mandat qu’il conservera jusqu’en 1970. De 1962 à 1966, Amadou Hampâté BA est nommé ambassadeur du Mali en Côte-d’Ivoire. Au cours d’une mission privée, en Côte-d’Ivoire Amadou Hampâté BA obtient du président Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), la libre disposition du port d’Abidjan pour le Mali. Le président  ivoirien demande à Modibo KEITA (1915-1977), de désigner, dès lors, Amadou Hampâté BA comme ambassadeur, et personne d’autre. Sympathisant du RDA, il est ami personnel du président ivoirien.

A partir de 1970, Amadou Hampâté BA cesse toutes fonctions officielles pour se consacrer, exclusivement, à ses travaux personnels de recherche. En 1974, il est élu membre de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, à Paris et en 1979, membre de la Société des gens de lettres, à Paris. Amadou Hampâté BA a reçu diverses distinctions (commandeur de l’Ordre national de Côte-d’Ivoire, Etoîle Noire du Bénin, et en France, médaille d’honneur du travail, officier des Palmes académiques, Chevallier de la légion d’honneur et officier des arts et lettres).

Le 2 novembre 1986, une lettre d’Hélène HECKMANN fait état, à un éditeur nigérian, «d’événements graves depuis un an» : Amadou Hampâté BA est malade ; en juillet 1986, il est frappé d’une hémiplégie du côté droit, avec aphasie. Le «grand fleuve de la parole» qu’il était, est devenu un fleuve aux eaux presque silencieuses. Il meurt le 15 mai 1991, dans son quartier de Marcory, à Abidjan en Côte-d’Ivoire, et il est enterré au cimetière de Williamsville. Curieux de tout, Amadou Hampâté BA se définissait lui-même comme «un éternel chercheur, un éternel élève, et aujourd’hui encore sa soif d’apprendre est aussi vive qu’aux premiers jours». Dans cette fameuse «Lettre à la jeunesse», Amadou Hampâté BA «a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine pour se découvrir et bien se connaître, afin de pouvoir ensuite se reconnaître en son prochain et l’aimer en conséquence» dit-il. Le savoir et l’éducation sont au cœur de sa pensée : « Si tu veux être, il ne faut pas paraître, car pour être, il faut connaitre» écrit-il.

Amadou Hampâté BA avec 21 enfants, s’était marié à 6 reprises, dont deux divorces. Ses épouses sont : Baya DIALLO, une authentique peule et sa cousine ; elle est la mère de 2 filles, Kadidia et Fanta, décédées à l’âge adulte ; Banel THIAM, épousée et divorcée, mère de Thierno et Aminata ; Fatimata BA, ivoirienne d’origine guinéenne, amie de Félix HOUPHOUET-BOINGY et militante du RDA ; Dicko SOUKA, mère d’un garçon et de 6 filles, dont la cadette, Roukiatou, la présidente de la Fondation Amadou Hampâté BA ; Hélène HECKMANN, dite «Nouria», légataire de ses œuvres littéraires.

Dans ce monde globalisé, standardisé et aseptisé, l’héritage africain de Amadou Hampâté BA, gardien de la tradition est gravement menacé : «Il ne faut pas que la bibliothèque brûle !». Aussi, sa fille cadette, Mme Roukiatou Hampâté BA, est la présidente de la Fondation Amadou Hampâté BA, basée dans le quartier de Cocody, à Abidjan, en Côte-d’Ivoire. Cette fondation, créée en 2002, a vocation de conserver ses travaux accumulés pendant 75 ans, dont plus de 4000 manuscrits et 3000 ouvrages, de recueillir, de transmettre et d’enseigner. Amadou Hampâté BA, a dit que lorsqu’il écrit, «c’est de l’oralité couchée sur du papier». Par conséquent, «Il a commencé par réflexe à consigner tout ce qu’il pouvait entendre. Et après il s’est rendu compte que s’il ne le faisait ça, ça manquerait un jour dans les pages de l’histoire de l’humanité. Donc, il a décidé de consacrer sa vie à recueillir. Recueillir pour transmettre, pour une meilleure connaissance de ces valeurs africaines» dit Roukiatou BA.

Un Square, à Paris 10ème, rend hommage à Amadou Hampâté BA.

Bibliographie très sélective

1 – Contributions d’Amadou Hampâté BA

BA (Amadou Hampâté) «Culture peule», Présence Africaine, juin novembre 1956, pages 8-10 ;

BA (Amadou Hampâté) «Elégie pour la mort de Thierno Bocar Salif», Journal des Africanistes, 1993, vol 63, n°2, pages 61-79 ;

BA (Amadou Hampâté) «En Afrique, cet art où la mémoire écoute», Le Courrier de l’Unesco, 1976, vol XXIX,  n°2, pages 12-17 ;

BA (Amadou Hampâté) «La parole mémoire vivante de l’Afrique», Le Courrier de l’Unesco, 1986, vol XXXIX,  n°5/6, pages 52-53 ;

BA (Amadou Hampâté) «La tradition vivante», in Histoire générale de l’Afrique, Paris Jeune Afrique-UNESCO, Stock, 1980, vol I, chapitre 8, spéc. pages 191-230 ;

BA (Amadou Hampâté), interview accordée M. J-L Gouraud, à Jeune Afrique du 20 octobre 1969, 23 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Amkoullel, l’enfant peul, Paris, Actes Sud, collection Babel, 1991, 535 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Aspects de la civilisation africaine, Paris, Présence africaine, 1972, 140 pages ;

BA (Amadou Hampâté), CARDAIRE (Marcel), Thierno Bokar, le sage de Bandiagara, Paris, Présence africaine, 1957, 124 pages ;

BA (Amadou Hampâté), DAGET (Jacques), L’empire Peul du Macina, Diafarabé, I.F.A.N., Centre du Soudan, 1955, 306 pages ;

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BA (Amadou Hampâté), Koumen, récit initiatique peul, Paris, Julliard, 1969, 181 pages ;

BA (Amadou Hampâté), L’étrange destin de Wangrin ou les roueries d’un interprète africain, Paris, 1973 et 1992, éditions 10/18, 381 pages ;

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BA (Amadou Hampâté), La parole : mémoire vivante de l’Afrique, suivi de Carnet de Bandiagara, Saint-Clément, Fata Morgana, 2008, 31 pages ;

BA (Amadou Hampâté), La poignée de poussière : contes et récits du Mali, Abidjan, NEA, 1987, 112 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Le chant de l’eau, Saint-Clément, Fata Morgana, 2013, 31 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Njeddo Dewal, mère de la calamité : conte initiatique peul, Abidjan, Paris, Stock, 1984, 239 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Oui, mon commandant !, Paris, Actes Sud, collection J’ai Lu, 1994, 508 pages ;

BA (Amadou Hampâté), Mémoires, Amkoullel, l’enfant peul, Oui mon commandant, sur les traces d’Amkoullel, préface de Théodore Monod, Paris, Actes Sud, collection Thésaurus, 2012, 850 pages ;

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2 – Critiques d’Amadou Hampâté BA

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Paris, le 18 mai 2013 et actualisé le 15 mai 2021, par Amadou Bal BA -

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