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Billet de blog 15 juillet 2019

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«Décès Ousmane Tanor DIENG, SG, PS sénégalais» par Amadou Bal BA

Décès d’Ousmane Tanor DIENG (1947-2019), 1er Secrétaire du Parti Socialiste sénégalais. C'est une secousse politique énorme. La guerre de succession fera-t-elle rage ?

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 «J'ai appris avec peine la disparition du Président Ousmane Tanor Dieng. Le Sénégal vient de perdre un Homme d’Etat d’une dimension exceptionnelle, un digne Fils de la République» dit le président Macky SALL. Dans ce tumulte de la qualification du Sénégal en finale de la Coupe africaine des nations, on ne savait pas qu’un grand baobab était sur le point de tomber. En effet, je viens d'apprendre avec tristesse le décès de M. Ousmane Tanor DIENG premier secrétaire du parti socialiste du Sénégal, décès survenu, le 15 juillet 2019, à Paris à l'âge de 72 ans.

Président du Haut conseil des collectivités locales du Sénégal, Ousmane Tanor DIENG était l'une des pièces maîtresses du dispositif de Macky SALL, une coalition solide qui dure depuis 2012. J’ai encore en mémoire ce grand meeting organisé à l’hôtel Méridien à Paris. Tanor était installé à la droite de Macky. Il n’avait pas encore de fonctions officielles dans le gouvernement. Mais pendant toute la rencontre, de plus de 3 heures, le président Macky SALL, nouvellement élu, ne cessait de chuchoter à l’oreille de Tanor. On sentait une grande complicité entre les deux hommes, et que, probablement, Ousmane Tanor DIENG était positionné comme vice-président du Sénégal, à titre officieux.

Macky, arrivé au pouvoir, en 2012, en libéral, a été d’abord reçu à Paris, par Nicolas SARKOZY, entre les tours de la présidentielle. Quand François HOLLANDE a été élu président de la République, Ousmane Tanor DIENG, qui connaissait parfaitement les Socialistes français, a été d’un précieux appui, pour le nouveau président sénégalais, Macky SALL.

Ousmane Tanor DIENG est resté, en dépit des crises internes de son parti, fidèle au Parti socialiste. Je connaissais Ousmane Tanor DIENG, une éminente personnalité d’une avec grande proximité avec la classe politique française, notamment avec Mme Martine AUBRY. En effet, Tanor, avant 2012, se rendait régulièrement, à chaque fois qu’il venait à Paris, aux réunions de la Fédération du parti socialiste sénégalais en France. C’est là où je découvre l’homme d’Etat qui accepte de croiser le fer avec les militants, à hauteur d’homme. Un jour, avec mon ami Ismaïla FAYE, quelqu’un qui connaît Tanor mieux que quiconque, on a longuement échangé autour d’un dîner, à Paris 17ème, Porte Maillot. Yaya DIALLO, pendant longtemps chauffeur de François HOLLANDE, alors 1er secrétaire du Parti socialiste, avait l’habitude de conduire Tanor, dans Paris. Il nous a souvent trouvé une salle de réunion, au Pré-Saint-Gervais, chez Claude BARTELONE. Dans ces moments, je découvre en Tanor, en dépit de certaines attaques en dessous de la ceinture, le militant socialiste qui ne renonce pas. Celui qui a choisi de rester debout, pour faire valoir le point de vue de la République.

 Juriste de formation voulant se destiner à la diplomatie, Ousmane Tanor DIENG a été très tôt, en raison de ses qualités personnelles et professionnelles, coopté par le président Léopold Sédar SENGHOR. Autant dire que Tanor, plein de reconnaissance, est resté toute sa vie un senghorien inconditionnel. Tanor a appris de SENGHOR notamment la grande discrétion, la bienséance, l’organisation et la méthode, ainsi que le sens du service public. Le président SENGHOR pouvait liquider ses adversaires en souriant. Et Tanor, muni de ces armes senghoriennes, a écarté ou neutralisé, progressivement, tous ses adversaires, tout en conservant le magot, le trésor du Parti socialiste.

Tanor a servi sous Abdou DIOUF, dans un contexte de départ de Jean COLIN (1924-1993), un Lébou Blanc, homme de l’ombre qui tirait toutes les ficelles depuis l’indépendance. SENGHOR, comme DIOUF et Tanor sont de l'ethnie Sérère : "Neddo Ko Bandoum" (solidarité ethnique), disent les langues malveillantes. Cette irruption de Tanor au-devant de la scène politique a suscité des jalousies, des tensions, des barons du Parti de SENGHOR s'estimant plus légitimes que lui. En 1996, quand Abdou DIOUF imposait dans un congrès, sans débat, Ousmane Tanor DIENG comme Premier secrétaire du Parti socialiste (P.S), Moustapha NIASSE a été le premier à désapprouver une telle mesure qui allait à l’encontre de la volonté des militants socialistes. En 1984, on se souvient de ce coup de poing asséné à Djibo Laïty KA par Moustapha NIASSE, deux rivaux majeurs d’Ousmane Tanor, qui n’ont jamais accepté sa promotion.

Tanor connaissait tous les rouages de l’Etat, et Idrissa SECK, qui l’a remplacé, après l’alternance de 2000, a bénéficié de ses judicieux conseils, du comment garder cette fameuse caisse noire, tant convoitée. Personne ne sait où est passé le trésor de guerre du Parti socialiste qui a régné pendant 40 ans sur le Sénégal.

Après deux mandats de Maître Abdoulaye WADE, et n'ayant pas pu nouer une alliance avec Moustapha NIASSE, actuel président de l'assemblée nationale du Sénégal, Tanor s'est rallié à Macky.

On a reproché à Tanor d'avoir installé une crise interne durable au sein du Parti ayant conduit à la défection de certains cadres et à l'alternance en 2000. Son conflit avec Khalifa SALL est également connu ; Khalifa est en prison pour détournement de deniers publics. Pourtant il y avait un deal pour que Khalifa SALL se présente, en 2024, après le deuxième mandat de Macky. Il était donc le dauphin de Tanor. Trop pressé, mal conseillé par un entourage incendiaire et putschiste, avec des attaques au siège du Parti socialiste, Khalifa SALL a creusé sa propre tombe. Par ailleurs, il a tapé dans la caisse de sa ville, une capitale mal gérée. Quand on a des ambitions présidentielles, il faut rester «clean».

 Le parti socialiste a été secoué, par la suite de guerres de successions, et de départs, dont celui, en dernier lieu, de maître Aïssata TALL SALL. En brillant élève de SENGHOR, en dépit de toutes ces turbulences, Ousmane Tanor DIENG est resté aux commandes du Parti socialiste.

La succession au Parti socialiste à Tanor est ouverte, mais son 1er Secrétaire n’avait pas de dauphin ; il a fait le ménage autour de lui. Puisse le Parti socialiste sénégalais retrouver le chemin de l’unité et du combat pour un Sénégal meilleur, un successeur qui honore l’histoire du Parti socialiste sénégalais.

Les hommages sont unanimes, notamment de ses rivaux Moustapha NIASSE, Khalifa SALL et Karim WADE. «En dépit de nos divergences politiques, j’ai pu, personnellement apprécier, à chacune de nos rencontres, son dévouement remarquable au service public qu’il a loyalement servi jusqu’à son dernier souffle. Je garderai de lui le souvenir d’un homme courtois, humble mais intransigeant dans la défense de ses convictions socialistes» dit Karim WADE. «Je salue l’homme d’Etat et le grand républicain qui a marqué la vie publique de notre pays au cours de ces trente dernières années. Je m’incline devant la mémoire de l’homme politique qui a rempli, avec responsabilité et courage, sa mission à la tête du Parti socialiste au moment où il faisait l’apprentissage de l’opposition» déclare Khalifa SALL, ancien maire de Dakar. Monsieur Moustapha NIASSE, président de l'assemblée nationale, de l'AFP, et ancien socialiste, qui avait combattu Tanor, est venu présenter ses condoléances à ses deux veuves. Moustapha NIASSE, qui a dépassé les rancœurs du passé, a parlé de foi et de courage ainsi que du sens des responsabilités de Tanor. «Ousmane Tanor Dieng a été pour moi un père, un mentor politique. Si je connais aujourd’hui le Sénégal, si aujourd’hui je fais de la politique à un certain niveau, c’est grâce à lui. J’ai appris avec cet homme beaucoup de choses : des choses qu’on doit faire et des choses qu’on doit éviter de faire» dit le bouillant et colérique, Barthélémy DIAS. «Ousmane Tanor Dieng était un ami et un frère, un homme d’État et un républicain, ainsi qu’un diplomate avisé.  Ousmane Tanor Dieng était une personnalité de valeur, dont l’humilité, la discrétion et la réserve n’avaient d’égales que son élégance, sa finesse et sa tempérance» déclare maître Aïssata TALL SALL, une dissidente du PS. 

Il est naturel que ses amis lui aient rendu hommage. Ainsi, le président Macky SALL, son allié, a renoncé d’aller à la finale du 19 juillet de la Coupe africaine des nations, opposant le Sénégal à l’Algérie. Macky, dans le deuil, fera un hommage national. La Fédération de France du parti socialiste lui a dit adieu à Ménilmontant, à Paris, dans le XXème arrondissement de Paris.

A la famille d’Ousmane Tanor, à ses amis, à tous les Sénégalais et à tous les Républicains, j’adresse mes sincères condoléances. J’ai retenu cette dédicace qu’il adressait sur sa photo à tous les militants du Parti socialiste sénégalais : «Pour un Sénégal de paix, de justice et de bonheur, affectueusement, Ousmane Tanor DIENG».

 Paris le 15 juillet 2019 par Amadou Bal BA 

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