«Célébrer le débarquement en Provence, et Après ?» par Amadou Bal BA

Célébrer le débarquement en Provence, et Après ? Au delà de ces rires "Y a bon Banania", nous sommes aussi la France. Nous exigeons une place pleine et entière dans la société française. Justice, égalité et fraternité, réelles. Pas des mots. En finir avec cette démocratie ethnique. Tout le reste n'est que mépris et foutage de gueule.

 Le président MACRON, en permanence en campagne électorale, distancé par les fachos, et souhaitant redorer sa mauvaise image auprès des Français issus de l’immigration, célèbre, en grandes pompes, le débarquement en Provence. Oui, nos braves Tirailleurs Sénégalais, et bien avant Paris, avaient libéré le pays de leurs ancêtres les Gaulois. Après cette belle image de communication qu’en tire le président MACRON, comme conséquences, de nos jours, pour le bien-vivre ensemble ?

Mon grand-père, Harouna Samba N’DIAYE, qui avait fait la Deuxième guerre mondiale faisait partie de ces tirailleurs Sénégalais. En dépit des relations anciennes entre le Sénégal et la France, ayant occupé le Sénégal depuis l’An 1365, et résidant dans ce pays de longue date, on ne cesse de m’adresser cette question inquisitoriale, me renvoyant, en permanence, à mes origines ethniques : «Tu deviens d’où ?».

Dans ce «devoir de mémoire» qu’évoque le président MACRON, a-t-il parlé, notamment, ces Tirailleurs Sénégalais ne réclamant que leur solde, massacrés le 1er décembre 1944, au Camp de Thiaroye ? On ne cesse d’exiger l’ouverture des archives françaises. Or, le gouvernement français refuse de faire la lumière ce crime contre l’Humanité. Par ailleurs,  à la libération de nos Ancêtres les Gaulois, loin d’obtenir l’indépendance ou la citoyenneté, gelant leurs pensions d’anciens combattants, le 8 mai 1945, des Algériens célébrant la Victoire, ont été massacrés à Sétif ; ce qui allait préfigurer d’autres guerres coloniales odieuses (Madagascar, Indochine). C’est le candidat, Emmanuel MACRON, voulant capter les voix des Français issus de l’immigration, lui-même, qui avait dit, à Alger, que la colonisation est «crime contre l’Humanité». Sitôt revenu, à Paris, le candidat MACRON a vite oublié sa promesse, bien éphémère, de campagne. Pire, submergé par cette lepénisation des esprits, le président MACRON avait envisagé, un instant, de renvoyer les Harkis en Algérie ; ceux-là même qui avaient trahi leur pays pendant la guerre d’indépendance. Le gouvernement algérien s’est naturellement opposé, fermement, à ce projet.

A la libération de Paris, toutes les images et photos des Noirs, figurant ces réjouissances, ont été nettoyées. On nous parle maintenant de «devoir de mémoire» ! De quelle mémoire nous parle-t-on, si ce n’est celle du Maître, de la «Case de l’Oncle Tom» ? On continue, encore, de nos jours, à nous prendre pour des imbéciles, comme de «Grands enfants». Nous continuerons toujours de réclamer Vérité et Justice sur ces crimes contre l’Humanité, pour la vraie mémoire du combat héroïque des Tirailleurs Sénégalais. On ne se taira pas, jusqu’à ce que Justice soit rendue. On ne lâche rien !

 Célébrer, les 75 ans du Débarquement de Provence, et Après ?

Toujours la persistance de cette démocratie ethnique, de cet esprit colonialiste et esclavagiste, dans lequel il y a une grande distorsion entre la prétention universelle des droits de l’Homme, la triste réalité hypocrite. De nos jours, quel est le sort des familles des Afro-descendants, dans notre belle France républicaine, ravalés au rang d’Indigènes de la République ? M. le Président MACRON, concrètement, et au-delà des discours creux, quelles mesures fortes pour le Bien-vivre ensemble aller vous prendre ?

Nous attendons, enfin, que justice soit faite pour la famille MUSENGA, Adama TRAORE, Bouna et Zied, pour Théo, et pour tous ces jeunes étouffés à mort, au cours d’un banal contrôle d’identité.

Avons-nous une Maison pour les Afro-descendants pour se rencontrer et construire une grande cathédrale d’Amour, de Solidarité et de Fraternité ?

Quel est le sort des immigrants, après cette loi scélérate du président MACRON sur l’immigration ? C’est toujours plus de répression, de discriminations. Les droits d'inscription des étudiants étrangers ont explosé. Les soi-disant contrôles de la CAF, ne cessent de persécuter nos familles.

Nadine MORANO, et bien d’autres, continuent de nous calomnier et de nous insulter, à longueur de journée, sans aucune conséquence dommageable pour eux. C’est ça l’esclavage, être tenu en permanence, dans la servitude et le mépris.

Quand il y a nos fêtes religieuses, comme tout récemment l’Aïd El Kébir, lui, le président MACRON, qui se précipite à d’autres dîners payants, et c’est très bien. Ce point, je l’approuve pleinement, mais, est-ce qu’il daigne souhaiter, par ne serait-ce que par simple communiqué, une bonne fête aux Musulmans de France ? Cela ne coûte rien. Mais, il ne l’a jamais fait ;c’est toujours nous maintenir, en permanence dans l’invisibilité, au lieu de nous rabâcher, sans cesse, cette obsession sur certains détails vestimentaires (Burqa, Burkina, laïcité).

Dans ce devoir de mémoire, sans doute honorable que veut initier le président MACRON, pour sa promotion personnelle, une Ministre de la République, Mme Muriel PENICAUD, croyant rendre hommage à Toni MORRISON, nous a servi du SARKOZY, ce nabot qui ne quitte plus notre Président ; ce qui est peu rassurant pour ses vraies intentions à notre égard. Le président MACRON était également escorté par Alpha CONDE (président de la Guinée), l’homme protégé par la Françafrique de Vincent BOLLORE, celui-là qui massacre dans son pays, les Peuls. Que du «beau monde», autour de notre cher Président ! Le candidat aux présidentielles de 2017, Emmanuel MACRON avait pourtant promis de favoriser la démocratie en Afrique et mettre fin à la Françafrique. «Je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes dont on a vu que, malheureusement, ils subsistent encore dans le système politique français, en particulier à droite et à l’extrême-droite» dit-il.

Nous voulons dire au président MACRON, au-delà de ces cérémonies ressemblant à un foutage de gueule, que de nos jours, nous sommes là, bien vivants. Nous sommes aussi la France, attachés pleinement au bien-vivre ensemble, dans la fraternité, le respect mutuel. C’est une condition essentielle pour enrayer la montée de cette entreprise familiale de la Haine, de la Discorde Nationale.

Face à ces louanges de mépris, je réclame le bien-vivre ensemble, l’Egalité réelle. Contre tous ces rires «Y a bon Banania», de notre temps, ressemblant à cette ancienne réclame odieuse, seulement arrêtée en 1977, mais l’esprit continue encore, je remets ce poème liminaire de Léopold SENGHOR, un extrait de «Hosties Noires» en  1940.

«Poème liminaire», dédié à Léon-Gontran DAMAS :

Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort

Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ?

Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux je ne laisserai pas, non ! — les louanges de mépris vous enterrer furtivement.

Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur

Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France.

Car les poètes chantaient les fleurs artificielles des nuits de Montparnasse

Ils chantaient la nonchalance des chalands sur les canaux de moire et de simarre

Ils chantaient le désespoir distingué des poètes tuberculeux

Car les poètes chantaient les rêves des clochards sous l’élégance des ponts blancs

Car les poètes chantaient les héros, et votre rire n’était pas sérieux, votre peau noire pas classique.

Ah ! ne dites pas que je n’aime pas la France — je ne suis pas la France, je le sais

Je sais que ce peuple de feu, chaque fois qu’il a libéré ses mains

A écrit la fraternité sur la première page de ses monuments Qu’il a distribué la faim de l’esprit comme de la liberté A tous les peuples de la terre conviés solennellement au festin catholique.

Ah ! ne suis-je pas assez divisé ? Et pourquoi cette bombe Dans le jardin si patiemment gagné sur les épines de la brousse ?

Pourquoi cette bombe sur la maison édifiée pierre à pierre Pardonne-moi, Sira-Badral, pardonne étoile du Sud de mon sang Pardonne à ton petit-neveu s’il a lancé sa lance pour les seize sons du sorong.

Notre noblesse nouvelle est non de dominer notre peuple, mais d’être son rythme et son cœur

Non de paître les terres, mais comme le grain de millet de pourrir dans la terre Non d’être la tête du peuple, mais bien sa bouche et sa trompette.

Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’arme, votre frère de sang

Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude, couchés sous la glace et la mort ?

Léopold Sédar SENGHOR, Paris, avril 1940

Bonne fête de l’Assomption à tous nos amis catholiques.

Paris, le 15 août 2019, par Amadou Bal BA

 

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