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Billet de blog 16 mars 2025

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"Emmanuel GREGOIRE, candidat Ville Paris" Florent BARRACO Paris-Match

M. Emmanuel GREGOIRE, candidat à Paris a accordé un entretien à M. Florent BARRACO, Paris-Match. Photos de Nathan LAINE.

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«Emmanuel GREGOIRE, candidat à Paris», Florent BARRACO, Paris-Match

Dans une interview du 13 mars 2025, accordée à Florent BARRACO, de Paris-Match, M. Emmanuel GREGOIRE, candidat à l’investiture du parti socialiste, l’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo et député PS, trace sa route et vante le dialogue pour apaiser les Parisiens.

Paris Match : Comment passe-t-on de premier adjoint, potentiel successeur d’Anne Hidalgo, "solide" et "un rempart", comme elle nous le disait en 2020 - au traître qui ne la défendait jamais ?

Emmanuel Grégoire : J’ai été très heureux de travailler à ses côtés. Nos différences ont été un atout dans notre relation de travail. Désormais, nos différences nous éloignent. Je le regrette. Moi, je veux parler aux Parisiens.

Comment expliquez-vous cette violence verbale ?

Je ne me l’explique pas. Ces mots durs, elle les a en privé depuis longtemps. Est-ce que ça m’a blessé ? Oui, mais je suis passé à autre chose.. Je préfère parler de l’essentiel : Paris. Et sur ce point, avoir reporté la désignation du candidat au mois de juin est une erreur. La droite de Rachida Dati est désormais en campagne et nos partenaires avancent, puisque dans une semaine, les Verts auront désigné leur candidat. C’est donc un retard coupable dans le temps nécessaire au dialogue avec les Parisiens et à la construction de notre projet. Je ne compte pas les regarder faire.

Qu’est-ce qui vous différencie de Rémi Féraud, le candidat choisi par Anne Hidalgo

D’abord, on a beaucoup de points communs parce qu’on est dans une formation politique commune, et c’est heureux. Mais nous n’avons pas les mêmes parcours, pas les mêmes histoires. J’ai une expérience différente, ayant longtemps travaillé dans le privé. C’est quelque chose qui a nourri ma construction personnelle. J’ai travaillé très longtemps aux côtés de Bertrand Delanoë, puis dans l’exécutif parisien. J’étais en charge des ressources humaines, des finances et de l’urbanisme. Ces expériences ont forgé ma compréhension des difficultés quotidiennes des Parisiennes et des Parisiens. J’ai un attachement extrêmement exigeant sur le quotidien, c’est ma culture, celle que m’a transmise Bertrand Delanoë.

Enfin, j’ai une candidature qui est beaucoup plus libre que celle de Rémi, ce qui me permet de travailler sur des sujets importants comme la transformation de la ville, le défi environnemental, le défi économique, l’innovation, l’enseignement supérieur, la protection du modèle social parisien et le surtourisme, sans tabou.

J’assume vouloir porter une nouvelle méthode.

Quelle est cette méthode ?

C’est celle de la réconciliation, d’embarquer tout le monde, de respecter tout le monde, de dialoguer avec tout le monde. Cette méthode, c’est celle de la démocratie continue et elle sera centrale dans mon projet. Elle doit s’appliquer à Paris et dans nos relations avec ce qui nous entoure. Je proposerai que nous puissions construire un vrai programme métropolitain pour avancer collectivement sur les grands enjeux auxquels on ne peut pas répondre seul : le logement, la santé, l’éducation ou les mobilités.

On peut être fin diplomate et très efficace

Il n’y a pas de véritable changement d’orientation avec les précédentes mandatures ?

Il y a évidemment des lignes de force qui m’inspirent et qui ont été portées par Bertrand et Anne. Ils ont fait des choses magnifiques en matière de logement, d’écologie, de transformation de l’espace public et même de mobilité. Cependant, je sens une demande de crédibilité, de protection et de récit d’espoir face à la brutalisation du monde que nous vivons.

Quand on veut transformer profondément une ville, ne faut-il pas utiliser la méthode forte ?

Il faut d’abord de la radicalité d’action politique car les défis que j’ai évoqués imposent de la rapidité dans la transformation de la ville. Mais précisément parce qu’il faut agir vite et fort, il faut le faire avec diplomatie, pédagogie et capacité d’embarquement. On peut être fin diplomate et très efficace.

Comment changer concrètement le quotidien des Parisiens ?

Tour d’abord, en décloisonnant l’organisation des services publics. Actuellement, nous fonctionnons de façon trop sectorielle dans des domaines tels que la voirie, la propreté, l’urbanisme ou le logement. Mon objectif est de créer un maillon de pilotage d’hyperproximité dans lequel les maires d’arrondissement ont un rôle clé, considérablement renforcé. Cela permettrait à la ville de Paris et ses équipes de se recentrer sur les grands enjeux stratégiques et de dialoguer plus efficacement avec la métropole, la région et l’État, sans qui nous ne répondrions pas efficacement aux grands défis qui se posent à Paris.

La question de la sécurité est prioritaire pour de nombreux Parisiens qui regrettent les jours heureux des Jeux olympiques…

C’est par l’intensité de l'action publique qu'on obtient les meilleurs résultats.

Est-ce qu’on est capable de déployer tout le temps les mêmes moyens ? La réponse est non. Il faut rappeler que la mobilisation exceptionnelle des forces de l’ordre pendant les JO a permis d’obtenir des résultats importants. Rappelons par ailleurs que Paris a été bousculé ces dix dernières années par des phénomènes absolument majeurs tel que le risque terroriste. Or, les moyens de la police nationale n’ont pas suivi.

Nous avons fait monter en puissance la police municipale, c’est un acquis puissant. Cependant, nous ne devons pas tomber dans la confusion : sa mission n’est pas la même que celle de la police nationale : elle doit faire de la proximité et répondre à un besoin de tranquillité sur la voirie

La qualité de vie d’un Parisien est-elle meilleure ou moins bonne qu’il y a douze ans ?

Je pense qu’elle est meilleure. Toutefois, la qualité de vie d’un Parisien dépend beaucoup de combien il gagne d’argent et où il habite, etc. Il y a la question du déterminisme à laquelle on doit répondre pour que tous les Parisiens puissent profiter de la ville. J’y veillerai.

Et éviter l’exode. La ville perd des habitants !

L’exode est à relativiser à Paris, il y a déjà eu jusqu’à 3 millions d’habitants à Paris par le passé. La population qui avait beaucoup baissé jusqu’en 1999, est remontée jusqu’en 2011 et elle baisse de nouveau, notamment à cause du taux de natalité. Mais la principale explication est la crise du logement que nous vivons. Là où les logements se raréfient, c’est la méfiance envers Paris qui grandit. La question de la spéculation, des prix du logement et du pouvoir d’achat est centrale. Nous voulons toujours que Paris reste un modèle de mixité sociale comme elle l’a toujours été dans l’histoire.

Vous évoquiez vouloir lutter contre le surtourisme. N’est-ce pas se tirer une balle dans le pied quand on sait que Paris base une partie de sa richesse sur les revenus du tourisme ?

Je pense que c’est bien de poser les termes du débat. Je soutiens le tourisme. C’est un prestige et un honneur d’accueillir le monde. Mais il y a des effets pervers. Cela dénature un certain nombre de quartiers, notamment le VIIe arrondissement ou l’hypercentre. Il faut un tourisme plus responsable et plus respectueux de son environnement, ce qui n’est pas toujours simple., il faut par ailleurs mieux répartir le tourisme. Il y a beaucoup d’endroits à Paris qui échappent aux touristes. Aujourd’hui, 90 % des touristes sont concentrés sur 5 % de l’espace public parisien. Il y a évidemment les monuments iconiques que viennent voir les touristes, mais Paris c’est aussi un art de vivre que viennent rechercher ceux qui choisissent notre pays. Cet art de vivre est présent dans tous les arrondissements parisiens.

Quid de la culture : Paris est-elle une belle endormie ?

Non ! Paris est une fête, mais elle doit l’être pour toutes et tous. C’est une ville d’une richesse artistique et culturelle exceptionnelle. Les théâtres, les concerts, les musées, ne doivent pas être pour une élite. Paris doit vibrer pour tout le monde, pas seulement pour ceux qui peuvent payer. C’est pour cela que nous devons notamment créer des ponts entre l’école et la culture : je souhaite que tous les petits parisiens puissent avoir accès à cette richesse, en découvrant des lieux, des pratiques artistiques, des artistes et leurs œuvres dans le cadre de leurs activités scolaires et périscolaires. La ville doit soutenir les enseignants dans cet objectif. Par ailleurs, je souhaite un Paris qui ne s’adresse pas uniquement aux spectateurs mais aussi aux acteurs, aux praticiens de la culture.

Faut-il changer le mode de scrutin des élections municipales de Paris, Lyon et Marseille, comme le suggère François Bayrou ?

J’ai compris que ce n’était pas une idée de François Bayrou, mais plutôt de Rachida Dati (rires). Je ne suis pas hostile à ce qu’on réfléchisse à l’évolution des modes de scrutin. Mais faisons-le avec méthode et libérons le débat des soupçons de tripatouillage. Réfléchissons, aussi, à la répartition des compétences. Quel rôle pour les maires d’arrondissement ? Pour la métropole ? Prenons le temps aussi de demander l’avis aux intéressés, car c’est un sujet structurant et essentiel.

Respecterez-vous le résultat du scrutin du mois de juin ? Si vous n’êtes pas désigné, soutiendriez-vous Rémi Féraud ?

Évidemment, la question ne se pose pas. Je soutiendrai le gagnant ou la gagnante. Nous devons être reconnaissants des militants, de leur engagement, car nous leur devons beaucoup. Il est donc important de respecter leur voix qui nous donnera la force nécessaire pour porter notre projet.

La situation internationale a-t-elle ramené de la stabilité politique ?

Oui. Mais, stabilité ou pas, ce n’est pas mon sujet. Mon sujet, c’est que la France avance et que les projets avancent. Incontestablement, dans la hiérarchie des problèmes du monde, la situation internationale doit faire réfléchir sur ce que nous devons faire collectivement au-delà des différences politiques. Mais en même temps, il ne faut pas oublier les autres enjeux, notamment le défi écologique, celui de l’emploi et du pouvoir d’achat. Il serait coupable de mettre ces sujets au second plan. Le gouvernement aurait intérêt à faire confiance aux parlementaires pour se saisir de ces grandes questions. Nous devons aussi discuter sur la manière dont on va réarmer notre système de défense. Quel modèle européen de la défense veut-on mettre en place ?

Comment financer l’augmentation du budget de la Défense ? Faut-il remettre en cause notre modèle social ?

Il ne faut pas parce que si vous expliquez à ceux qui souffrent déjà qu’ils vont souffrir encore plus parce qu’il y a la guerre en Ukraine, cela finira en catastrophe démocratique.

Cela ne peut pas passer encore par la dette.

Pardon de relativiser un tout petit peu. Mais en matière de dette, dans les moments de l’histoire qui ont été graves, on a su trouver des solutions. La situation économique à la veille de la Première et Seconde Guerres mondiales n’était pas meilleure. Nous avons des moyens pour financer cet effort : des emprunts spécifiques, augmenter les recettes en sollicitant les gros revenus… Mais il faut débattre et c’est le rôle de la représentation nationale.

Cette semaine, François Bayrou fête ses trois mois à Matignon. Comment jugez-vous sa méthode ?

Je n’ai jamais considéré que la survie et l’immobilisme étaient des qualités en politique. Depuis le budget, il y a une sorte d’apathie et d’inaction qui ne sert pas le pays. Le Premier ministre pourrait proposer des choses, qu’on voterait ou pas, mais la force de la politique, c’est le débat. Nous ne discutons plus, il n’y a plus de lumière. Nous ne pouvons pas rester inactifs pendant deux ans. Peut-être que le président de la République appellera son Premier ministre pour savoir s’il est toujours à son poste.

Est-ce que le parti socialiste s’est totalement détaché de la France insoumise ?

Oui et nous vivons ça très bien (sourire).

La gauche ne va-t-elle pas se réunir pour les municipales ?

Je suis évidemment pour l’union de la gauche. C’est déjà le cas dans la majorité municipale et nous devons continuer d’avancer ensemble. Mais je ne souhaite pas que LFI en fasse partie. Je rappelle d’ailleurs les circonstances du Nouveau Front populaire : il s’agissait de protéger le pays de la menace de l’extrême droite. On parle beaucoup du NFP, mais beaucoup d’électeurs de gauche ont voté pour des députés de droite pour embrasser le front républicain. La situation n’est pas comparable avec les municipales. Je ne ferai aucun accord avec LFI, ni au premier, ni au second tour.

La gauche doit redevenir l’alternative au Rassemblement national

Vous êtes nouveau à l’Assemblée. Quel est votre sentiment dans cet hémicycle incandescent entre LFI et le RN ?

On travaille. C’est important de le dire. Il faut aussi s’abstraire de cette théâtralisation que je trouve ridicule et qui ne sert pas l’image de la politique. J’ai toujours pensé que face au bruit et à la fureur, il ne fallait pas opposer du bruit et de la fureur, mais plutôt de la sérénité, de la crédibilité et de la constance. Bertrand Delanoë militait pour la créativité, le courage et la clarté. Je suis sur ce credo-là.

Boris Vallaud et Philippe Brun ont annoncé leur candidature au Congrès du PS. Qu’en pensez-vous ?

Il y a beaucoup de nouveaux talents, Boris, Philippe en sont. Il y a aussi Jérôme ou Nicolas, et évidemment notre Premier secrétaire Olivier Faure. Des candidatures s’affirment, c’est une richesse pour notre Parti ! Attendons dès lors qu’elles soient toutes sur la table et d’entendre ce que ces candidatures proposent, dans un débat serein, pour faire un choix. Car quel est l’enjeu ? Que collectivement, nous montrions que nous pouvons incarner la colonne vertébrale d’une alternative crédible pour les Français. Aux militantes et militants de choisir celui ou celle qu’ils jugent le ou la plus crédible sur le projet, de façon éclairée. De façon plus large, notre problème à gauche est que nous incarnons plus dans l’opinion un chemin crédible de transformation de la société. Les Français nous voient comme une force d’opposition, un contre-pouvoir, mais pas encore comme une force potentielle de gouvernement. Tout notre travail est donc de changer cela. La gauche doit redevenir l’alternative au Rassemblement national. Pour ma part je suis dans un combat politique qui me conduit à me présenter au suffrage des militants socialistes parisiens dans leur ensemble, pas à défendre tel ou tel courant.

Paris, le 13 mars 2025, une interview exclusive d’Emmanuel GREGOIRE, candidat à la mairie de Paris, accordée à Florent BARRACO de Paris Match. Photos de Nathan LAINE.

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