"L'assassinat de maître Babacar SEYE, un crime d'Etat" par Amadou Bal BA

L'assassinat de maître Babacar SEYE, 26 ans déjà ! Un crime politique odieux et barbare, amnistié par ses commanditaires.

 


Le 15 mai 1993, au lendemain de la publication des élections législatives au Sénégal, sous un régime socialiste, maître Babacar SEYE, ancien député maire de Saint-Louis, vice-président du Conseil constitutionnel, est lâchement assassiné, par balles, à bord de sa voiture.

Abdou Latif COULIBALY, après une enquête sérieuse et circonstanciée avait écrit un ouvrage «meurtre sur commande» sitôt censuré par Abdoulaye WADE, arrivé au pouvoir en mars 2000. M. Madické NIANG est l'auteur, sur ce point, de deux ouvrages «Pour que triomphe la vérité : l'assassinat de maître Babacar SEYE» et «Sénégal : affaire Maître Sèye, les pièges de l'acharnement». Pour Latif COULIBALY cet assassinat a été commandité par maître Abdoulaye WADE.

Les assassins ont été retrouvés (Amadou Clédor SENE, Assane DIOP et Pape Ibrahima DIAKHATé), et condamnés par la Cour d’Assises, le 30 septembre 1994, à des peines allant de 18 à 20 ans de travaux forcés.

Cependant, les assassins de maître SEYE ont été libérés à la suite d'une grâce présidentielle, à l’alternance, de maître Abdoulaye WADE, en février 2002.

La loi d'amnistie des assassins de Maître Babacar SEYE, dite Ibrahima Isidore EZZAN, votée par l'assemblée nationale le 7 février 2005, a été promulguée le 17 février 2005 par Abdoulaye WADE.

Pour les partisans de Maître Abdoulaye WADE cette loi EZZAN viserait à «éviter l'exploitation politicienne de certaines affaires». En revanche, selon M. Ababacar Khalifa SALL, membre du Parti socialiste et maire de Dakar, à l'époque : «Cette loi garantit l'impunité des voyous et des bandits». La loi EZZAN «d'amnistie n'est pas faite pour apaiser le peuple Sénégalais» estime l'Alliance pour les Forces de Progrès. La Fédération internationale des droits de l'homme parle «d'un véritable déni de justice».

Finalement la loi EZZAN interdit de rechercher les mobiles du crime pour remonter aux commanditaires qui eux se sont protégés. 26 ans après cet odieux et inqualifiable assassinat politique, la famille de la victime ne lâche rien : «Tourner la page, c’est se taire sur les injustices qui ont été commises. En voulant assujettir le pouvoir judiciaire pour de intérêts bassement matériels, on veut légitimer un assassinat. L’assassinat de mon père était organisé et légitimé. Tourner la page c’est à la limite accepter que des mafiosi continuent à sévir au Sénégal. On ne tournera pas la page aussi facilement tant que l’affaire ne sera pas élucidée», estime Abdou SEYE, le fils de Maître Babacar SEYE.

Quand l’opposition nous rabâche, à longueur de journée, de nos jours, la prétendue instrumentalisation de la justice et les menaces sur son indépendance de la Justice de qui se moque-t-on ?

L'opposition bavarde et pleurnicharde est, comme par hasard, amnésique sur ce double attentat contre la République et la démocratie.

Paris, le 15 mai 2019, par Amadou Bal BA

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