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Billet de blog 18 janvier 2026

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"Frédéric DARD (1921-2000), maître de l'argot et du roman policier" Amadou Bal BA

Frédéric DARD alias San-Antionio, maître du roman policier, transgressif, son argot a bousculé la langue française, en mélant l'argot extrêmement précis et florissant à un vocabulaire littéraire, un genre unique et original, un style brisant ainsi les codes, innovant et marquant une révolution linguistique.

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«Frédéric DARD alias San-Antionio (1921-2000), maître du roman policier, écrivain transgressif, son argot a bousculé la langue française» par Amadou Bal BA –

 Si la France a son Georges SIMENON, l’Angleterre, Agatha CHRISTIE et l’Amérique Chester HIMES, le commissaire Frédéric DARD, alias San-Antonio, né en Isère, créateur du personnage Bérurier, maître du verbe haut en couleurs, par ses jeux de mots, son argot, ses enquêtes policières, son humour et ses allusions grivoises, a considérablement bousculé la langue française. Il tranche avec celui du philosophe et romancier, Jean-Jacques ROUSSEAU, un autre illustre suisse, à travers sa nouvelle Héloise et ses confessions, une œuvre de vérité subversive, dans une langue académique, élaborée et envoutante, dans un style novateur, un accord entre la parole et la passion. La simplicité enfantine de Jean-Jacques ROUSSEAU, signe d’authenticité, invite à la méditation, en intégrant ses propres contradictions et paradoxes, en n'occultant ni ses sentiments, ni ses errances, ni les corruptions de la société. Dans son style narratif, poétique, de la contemplation, un goût insulaire de la solitude, marque le début d’un art nouveau, celui du romantisme.

Isabelle, une Corrézienne, la «Belle du Seigneur», en référence à un roman de 1968, d’Albert COHEN, la première, qui m’a fait apprécier non seulement la musique classique, mais aussi la littérature. Cependant, Isabelle trouvait que mon français, dans les conversations, était trop aristocratique et académique, rigide manquant de fioritures et de fantaisie, par un recours à cette langue verte. En effet, venant d’un grand petit pays, celui du président poète, un académicien, je ne m’étais pas rendu compte dans mes échanges, de la forte imprégnation de son un style guindé, et parfois lourd. Un jour, après la faculté de droit, un camarade étudiant me dit «Putain, j’ai la dalle, j’ai les crocs. Quest-ce qu’on fait ? On ira après courir les gonzes.». Je lui réponds que je n’ai rien compris à ce qu’il a dit. Peu familier de la langue verte, de l’argot, il m’invite alors à lire San-Antonio. Naturellement, je suis resté hermétique au Verlan. Le choc est venu d’abord lors d’un voyage à Edinburg, et je découvre que face à mon anglais, plus que rudimentaire, les Ecossais font recours à de nombreux mots de leur dialecte. Il paraît que l’espagnol, la langue de Cervantès que je ne connais pas, ne fait aucun recours à l’argot. La polémique raciste concernant la chanteuse Aya NAKAMURA, lors des JO de Paris 2024, atteste que les jeunes issus de l’immigration, comme les Afro-Américains (Les poètes Paul Lawrence DUNBAR et Langston HUGHES), ont enrichi la langue française de dialectes africains.

Il faut de tout dans un monde, pluriel. Le français académique a besoin d’être enrichi, dans l’oralité, une fréquentation de certaines populations, les sans-papiers, dont j’avais eu à prendre en charge en qualité de bénévole dans une association, et maintenant devenu avocat Tik-Tok, la pédagogie, se mettre au niveau de l’autre, est une arme d’efficacité. Ahmadou KOUROUMA, un Voltaire africain de la RCI a massivement introduit dans la langue française des mots et proverbes malinkés, en introduisant l’oralité de la parole du griot malinké dans l'écriture en langue français, un rythme nouveau. «J'ai planté une case africaine dans la maison de Molière», dit-il, fièrement.

Frédéric, Charles Antoine, DARD, né le 29 juin 1921, à Bourgoin-Jallieu, en Isère en France, est un écrivain français du polar.  Né dans une famille d’artisans et paysans en Isère, un enfant handicapé par l’inertie natale de son bras gauche, une entrave qu’il compense par une imagination débordante. «Toute ma carrière a été basée sur un délire d’imagination, j’ai de l’imagination à plus savoir qu’en faire et comme j’sais plus qu’en foutre, je la mets dans des livres et tout va bien, merci !» dit-il à Apostrophe, du 30 novembre 1984. Fils de Francisque DARD (1895-1982) et de Joséphine-Anna CADET (1898-1960), avec sept frère et sœurs, il a été élevé par sa grand-mère paternelle, lui ayant inculqué «un goût de lecture jusqu’à la folie», dit-il. L'entreprise familiale de chauffage ne résiste pas à la crise économique des années 1930, et la faillite provoque le déménagement à Lyon. Exilé en Suisse, Frédéric DARD est mort le 6 juin 2000 à Bonnefontaine (Fribourg) en Suisse, mais il est enterré en France, au cimetière de Saint-Chef (Isère), le village de son enfance. Il avait été marié, le 28 septembre 1935, à Marguerite MOYE (1905-1995), puis à François CARO de 1968 à 2000 qui lui a donné trois enfants : Joséphine, victime d’un enlèvement à 13 ans, un roman de Frédéric DARD le relate, Patrice, qui gère son héritage littéraire, et Elizabeth, décédée en 2011. Il avait aussi un fils adoptif, un jeune tunisien, Abdel.

En effet, très prolifique, Frédéric DARD est l’auteur entre 1949 et 2001, de 175 romans, 20 pièces de théâtre et 16 adaptations pour le cinéma. Tous ses polars sont marqués par une fabrique de la transgression. Auteur autodidacte, à succès avec 91 millions de livres vendus, il s’est inspiré de l’auteur britannique Peter CHEYNEY (1896-1961), le héros, le commissaire de police, est un bel homme libidineux, faisant recours aux calembours et aux néologismes. Après avoir abandonné ses études comptabilité, initié à la littérature par sa grand-mère, il avait pour ambition de devenir journaliste, avec des chroniques littéraires, dans «Le mois à Lyon».  En 1943, il fonde sa maison d’édition, de Savoie. Ne rencontrant pas de succès, il arrive à Paris, et rencontre Robert HOSSEIN, un homme de théâtre.

Si ses romans sont à succès, c’est que Frédéric DARD a réussi, au-delà de l’intrigue policière associée à la peur folle, fascinante ou destructrice à la mêler à la haine ou l’érotisme.  Il peut aussi être d’un humour grinçant ou noir contre les prétentieux, les enquiquineurs ou  les imbéciles. «Quand j’entends discourir des cons au restaurant, je suis affligé, mais je me console en songeant qu’ils pourraient être à ma table» dit Frédéric DARD. «Il y aurait plusieurs façons d’être con, mais le con choisit toujours la pire» dit-il. 

En particulier, si Frédéric DARD, d1921«Je dis toujours ce que je pense et j'en ai rien à foutre» disait-il. En effet, Frédéric DARD est le spécialiste du néologisme, de la contrepèterie et autres jeux de langage argotique et élégamment grossier. San-Antonio, commissaire de police, un gradé haut placé dans la Police nationale, est décontracté, outrancier dans ses expressions, incorrigible séducteur il est escorté de son ami et complice Bérurier, aussi gras qu’hénaurme. Le véritable héros de ses romans, c’est une constante fête langagière, des mots crus. «Le sexe masculin est ce qu'il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève» dit-il.

Enfant, l’écrivain franco-congolais lisait des romans de Frédéric DARD que lui rapportait son père, un réceptionniste dans un hôtel au Congo-Brazzaville. En particulier le roman «Al Capote» a éveillé en lui une ambition littéraire «Ce roman était l’illustration de l’esprit des œuvres de San-Antonio : une documentation crédible, une écriture jubilatoire, une langue habilement populaire portée par le désir d’offrir au lectorat une connaissance dans une légèreté à la fois ludique et envoûtante. C’est sans doute le secret de l’immortalité de ses romans, ceux-là qui m’ont formé, qui ont accompagné mes premiers pas d’écrivain» écrit-il, en 2023, dans la préface de «Trois romans incontournables de Frédéric Dard».

Frédéric DARD reste un auteur vivant par sa création littéraire et indémodable «Il y a, chaque fois que je rouvre un San-Antonio, comme un parfum de nostalgie qui s’élève de ses pages et qui vient m’humecter les mirettes. Question langue, Dard est un génie révolutionnaire comme il n’y en a pas dix par demi-siècle. Je le place aussi haut que Genet et Guyotat (que je place très haut) et pas très loin en dessous de Céline. Si fait.  Car je n’ai rien contre les collets montés du verbe, les coincés de la syntaxe les prudes du vocable : les Gide, les Montherlant, les Mauriac (et Dieu sait avec quels délices je me replonge dans les deux derniers), mais je préfère quand même ceux qui mettent une bonne torgnole à la langue, qui envoie valser le Littré et le Grevisse et qui se carrent les bonnes manières académiques là où je pense», écrit, en 2024, Bernard MINIER, dans la préface de «Deux romans incontournables de Frédéric Dard».

 Références bibliographiques

 A – Sélection des livres de Frédéric DARD dit San-Antonio

DARD (Frédéric), Bacchanale chez la mère Tatzi, Lyon, Fleuve éditions, 1987, 216 pages ;

DARD (Frédéric), Cette mort dont tu parlais, Paris, Pocket, 2014, 224 pages ;

DARD (Frédéric), Cocottes-minutes, Lyon, Fleuve éditions, 1990, 286 pages ;

DARD (Frédéric), Délivrez-nous du Mal, Paris, Pocket, 2012, 192 pages ;

DARD (Frédéric), Fais-moi des choses, Lyon, Fleuve éditions, 1978, 220 pages ;

DARD (Frédéric), La dame qu’on allait voir chez elle, Lyon, Fleuve éditions, 1999, 225 pages ;

DARD (Frédéric), La vieille qui marchait dans la mer, Paris, Pocket, 1999, 352 pages ;

DARD (Frédéric), Laissez pousser les asperges, Lyon, Fleuve éditions, 2002, 256 pages ;

DARD (Frédéric), Le cauchemar de l’aube, Paris, Pocket, 2013, 192 pages ;

DARD (Frédéric), Le maître de plaisir, Lyon, Fleuve éditions, 1999, 224 pages ;

DARD (Frédéric), Le pain des fossoyeurs, Paris, Pocket, 1998, 186 pages ;

DARD (Frédéric), Les cochons sont lâchés, Lyon, Fleuve éditions, 1991, 312 pages ;

DARD (Frédéric), Sucette boulevard, Lyon, Fleuve éditions, 2002, 252 pages.

 B – Autres références

DELVAUD (Alfred), Dictionnaire de la langue verte : Argots parisiens comparés, Paris, E. Dentu, 1866, 406 pages ;

DURIEUX (Jean) Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio, Monaco, éditions du Rocher, 2011, 318 pages ;

GILLIO (Maxime), présentation de, Deux romans incontournables de Frédéric DARD du San-Antonio, préface de Bernard Minier, Lyon, Fleuve éditions, T 1 (Passez-moi la Joconde ; l’histoire de France), 2024,  480 pages ;

JEANNEROD (Dominique), La Passion de San-Antonio. Frédéric Dard et ses lecteurs, Chambéry, Presses Universitaires Savoie Mont Blanc, 2021, 361 pages ;

LAMIABLE (Christine), «San-Antonio a fait bouger la langue», Les Incorrigibles, 23 mars 2018, pages 24-25 ;

MABANCKOU (Alain) préface de GILLIO (Maxime), présentation de, Trois romans incontournables de Frédéric DARD dit San-Antonio, Lyon, Fleuve éditions, T 1 (Alice au pays des merguez, Le casse de l’Oncle Tom, Al Capote), 2023, 576 pages ;

MILESI (Raymond) San-Antonio : premier flic de France, Pézilla-la-Rivière, éditions DLM, 1996, 132 pages ;

RIGAUD (Lucien), Dictionnaire du jargon parisien : l’ancien argot et l’argot moderne, Paris, Paul Ollendorff, 1878, 347 pages ;

Veuve Léon HAYARD, Petit dictionnaire d’argot parisien, Paris, Léon Hayard, 1836, 8 pages ;

VIDOCQ (Eugène-François), Dictionnaire argot-français, Paris, éditions du Boucher, 2002, 169 pages.

Paris, le 17 janvier 2026, par Amadou Bal BA

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