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Billet de blog 18 février 2025

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"Ariane MNOUCHINE, Théâtre du Soleil, Cartoucherie" Amadou Bal BA

Ariane MNOUCHKINE, metteuse en scène humaniste et engagée auprès des racisés, et son théâtre du Soleil, à la Cartoucherie de Vincennes, à Paris

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«Ariane MNOUCHKINE, metteuse en scène humaniste et engagée auprès des racisés, et son théâtre du Soleil, à la Cartoucherie de Vincennes, à Paris», par Amadou Bal BA

«Moi je crois à la lumière, je crois à l’éblouissement. Je crois à la stimulation par la beauté, par l’espoir, par la joie, par le rire, par les larmes ; je crois à l’émotion. Je pense que ce sont des vecteurs de la pensée et que tout cela c'est des vecteurs de vie ; ce sont des véhicules de l’intelligence», dit Ariane MNOUCHKINE, à Josette FERAL. Le monde du théâtre engagé d’Ariane MNOUCHKINE, le Soleil, à la Cartoucherie de Vincennes, à Paris 12e, est celui du combat pour l’égalité, contre l’injustice, à travers plusieurs fronts, celui des spectacles, mais également celui des combats politiques, pour les sans-papiers, contre le siège de Sarajevo ou pour la reconnaissance du Tibet. La cartoucherie est une celui d’une immense utopie, de détermination, dans la générosité et l’humanisme, «Un abri, un refuge, un bivouac qui résiste dans un monde pour le moins désenchanté. Des écrits, des spectacles pour rendre compte de notre monde, et le transformer», écrit Bruno TACKELS. En effet, pour Ariane MHOUCHKINE, le théâtre ne fonctionnant ni dans l’urgence, ni dans le temps présent, mais à long terme, peut rendre moins barbare «Le théâtre a un rôle pédagogique civilisateur, mais tout le monde sait que la civilisation ne se construit pas du jour au lendemain. L’action politique n’est pas civilisatrice ; elle est là pour arrêter ou provoquer quelque chose. Le théâtre érode un peu la barbarie. Le public, c’est un rassemblement d’humanité à son meilleur.», dit Ariane MNOUCHKINE.

Influencée par Jean VILAR (1912-1971), dans sa conception du théâtre, un morceau du monde à admirer, avec une prétention à changer la vie, l’art devrait être en relation avec le temps présent. «Je n’aime pas qu’on dise que je suis une militante. Ce mot connote un type d’engagement qui n’est pas le mien. Prendre position, défendre des idées ,un idéal est une chose. Militer en est une autre. Je me considère comme quelqu’un qui entend participer à l’histoire de son temps en l’exprimant par des moyens d’abord artistiques. Je suis convaincue, en effet, que chaque citoyen, chaque homme, chaque femme, chaque adolescent peut avoir prise sur le monde : chacun la sienne», dit-elle. En effet, Ariane MNOUCHKINE, dans cette «étrange défaite» des valeurs républicaines dont parlait March BLOCH, mais que peu de gens osent ouvertement dénoncer, a mis des mots sur la chose, et posé des limites que tout républicain sincère et honnête ne devrait franchir, devant l’avancée d’un racisme décomplexé «Emmanuel Macron aurait pu dire : «Je dissous le premier septembre”. Non ! Il veut punir. Il déverse un bidon d’essence sur le feu qui, déjà, couvait. Il met le feu à notre maison, à notre pays, à la France. Les loups qui s’approchent joueront les renards. Ils peuvent aussi nous gâter, nous flatter, nous financer. Avant de nous assujettir et de nous déshonorer.  Je crains que, quelles que soient les paroles qui me viennent aujourd’hui, elles ne soient qu’un cri d’effroi devant la catastrophe qui s’avance vers nous. Une catastrophe politique, sociale, symbolique et, pour certains d’entre nous, pour les artistes entre autres, morale. Lorsque je parle ainsi, c’est parce que, les RN, je les vois déjà aux manettes, en raison du bref laps de temps qui demeure pour empêcher leur arrivée. Macron est bien trop petit pour porter, à lui seul, la totalité du désastre. Aujourd’hui, je ne suis pas certaine qu’une prise de parole collective des artistes soit utile ou productive. Une partie de nos concitoyens en ont marre de nous : marre de notre impuissance, de nos peurs, de notre narcissisme, de notre sectarisme, de nos dénis. Heureusement, nous, nous avons le public, et moi, j’ai la troupe. Heureusement, mon Dieu, que je les ai à mes côtés. Il y a de la bienveillance, de l’amour, de l’amitié, de l’estime, de la confiance. Avec ça, on résistera», dit le 12 juin 2024, Ariane MNOUCHKINE, au journal Libération.

Prix Kyoto, pour l’ensemble de son œuvre, Ariane MNOUCHKINE est née le 3 mars 1939, à Boulogne-sur-Seine, devenue Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, une proche banlieue parisienne. Son père est Alexandre MNOUCHKINE (1908-1993), producteur de cinéma, administrateur de Majestic Films, né à Saint-Pétersbourg, en Russie. Sa mère, Jane HANNEN, (1918-2003), est une actrice britannique, en dépit des relations conflictuelles, «Dans sa folie, elle a sans doute aussi provoqué des visions poétiques et des chocs fertiles, y compris dans la résistance qu’elle a élevée en moi. J’allais au théâtre, comme toute jeune fille de bonne famille. J’y ai éprouvé des émotions intenses, vertigineuses même. Mais je ne pensais pas faire du théâtre. Ça c’est arrivé à Oxford», dit au journal le Monde. La première qu’elle est allée à la Cartoucherie, c’est à l’âge de 16 ans, pour voir une représentation de Tartuffe «Venues de loin, nous ratons la dernière navette, nous ratons le bus 112. Décidés, nous tentons notre chance en taxi, puis nous traversons au pas de course la pelouse vers l'entrée du théâtre. Ariane en personne est sur le point de fermer les portes avant la représentation. Elle nous aperçoit en train de courir, essoufflés, nous attend, puis me prend dans ses bras», dit-elle. Venue étudier, en Grande-Bretagne, la langue anglaise entre 1958 et 1959, Ariane MNOUCHKINE découvre et se passionne pour le théâtre, à vie «J’avais des cours d’anglais, mais je ne pouvais faire que cela. J’ai dû voir une affichette de l’Oxford University Dramatic Society, et je me suis inscrite. Je faisais les accessoires. Je réglais les duels, plein de petits trucs. Il y avait là Ken Loach, John MacGrath. Et puis, un jour, après une répétition de «Corolian», monté par Anthony Page, je suis montée dans l’autobus ! Et c’est arrivé. J’ai su que je ferai cela toute ma vie», dit-elle.

A la suite d’un premier voyage en Asie, en 1961, Ariane MNOUCHKINE est restée profondément marquée par le théâtre oriental, comme le Kabuki, le Nô et le Bunraku. Après un passage au sein de l’association des étudiants de Paris, elle créé le 29 mai 1964, le Théâtre du Soleil, qui s’implante à partir de 1970, à la Cartoucherie, après le départ de l’Armée.

Ariane MNOUCHINE a expérimenté de nombreuses adaptations, dont «les petits bourgeois» de Maxim GORKI, «le Capitaine Fracasse» de Théophile GAUTIER, le «Songe d’une nuit d’été» de William SHAKESPEARE, avec des tournées en France et à l’étranger. «Ce qu’Ariane nous donne de très beau et de très fort, c’est de croire à un rêve, et ce rêve, c’est le théâtre. Rares sont les endroits où l’on propose des rêves aux acteurs, où l’on propose un grand voyage magique comme celui-là», écrit Christophe RAUCK.

 N.B. article en cours de rédaction. A suivre.

Références bibliographiques

I – Contributions d’Ariane MNOUCHKINE

MNOUCHKINE (Ariane), «Entretien», avec Nathaniel Herzberg, Le Monde, 2 décembre 2019 ;

MNOUCHKINE (Ariane), «L’itinéraire d’une troupe», entretien avec Lise Gauvin, Etudes françaises, 1979, Vol 15, n°1-2, pages 175-185 ;

MNOUCHKINE (Ariane), Ariane Mnouchkine, présentation et choix des textes, par Béatrice Picon-Vallée, Arles, Actes Sud-Papiers, 2019 et 2016, 131 pages ; 

MNOUCHKINE (Ariane), «Les cultures ne sont la propriété de personne», avec Fabienne Pascaud, Télérama, 13 décembre 2018, durée 1h35minutes48secondes ;

MNOUCHKINE (Ariane), L’Art du présent, entretiens avec Fabienne Pascaud, Paris, Plon, Paris, 2005, 244 pages.

II – Biographies et critiques d’Ariane MNOUCHKINE

«Ariane Mnouchkine et le cinéma, Théâtre au cinéma», Magic Cinéma, Bobigny, hors série, 2006, n°3, 64 pages ;

DOSSE (François), La saga des intellectuels français : 1944-1989, II l’avenir en miettes, Paris, Gallimard, 2024, 928 spéc pages 221 et 602 ;

DUSIGNE (Jean-François), Le Théâtre du Soleil. Des traditions orientales à la modernité occidentale, Caractère, Aurillac, 2003, 504 pages ;

FÉRAL (Josette), Dresser un monument à l’éphémère, rencontres avec Ariane Mnouchkine, Théâtrales, Paris, 2001, 112 pages ;

FÉRAL (Josette), Metteur en scène et jeu de l’acteur, Paris, 1998, éditions Jeux/Lansman, 358 pages, spéc sur Arianne Mnouchkine, la seconde peau de l’acteur, pages 199-228 ;

FÉRAL (Josette), Rencontres avec Ariane Mnouchkine, dresser un monument de l’éphémère, Montréal, éd. XYZ, 1995, 128 pages ;

FÉRAL (Josette), Trajectoires du “Soleil” : autour d’Ariane Mnouchkine, Théâtrales, Paris, 1998, 279 pages ;

KIERNANDER (Adrian), Ariane Mnouchkine and the Théâtre du Soleil, Cambridge University Press, 1993, 186 pages ;

LABROUCHE (Laurence), Ariane Mnouchkine, un parcours théâtral. Le terrassier, l’enfant et le voyage, Paris, Harmattan, Paris-Montréal, 2000, 314 pages ;

NEUSCHÄFER (Anne), De l’improvisation au rite : l’épopée de notre temps. Le Théâtre du Soleil au carrefour des genres, Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 2002, 396 pages ;

QUILLET (Françoise), L’Orient au Théâtre du Soleil, Paris, L’Harmattan, 1999, 328 pages ;

TACKELS (Bruno), Ariane Mnouchkine et le théâtre du Soleil, écrivains de plateau, IV, Paris, Les Solitaires intempestifs, 2013, 192 pages ;

TACKELS (Bruno), Fragments d’un théâtre amoureux, Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2001, 139 pages, spéc la politique dans la scène, pages 133-135 ;

WILLIAMS (David) éditeur, Collaborative Theatre. The Théâtre du Soleil Sourcebook, Routledge, New York, 1999, 276 pages.

Paris, le 16 février 2025, par Amadou Bal BA

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