L'Appel du général de GAULLE du 18 juin 1940 : 80 ans après : quelle lecture de l'histoire ?
«Je m’apparaissais seul, démuni de tout, comme un homme au bord d’un océan qu’il prétendait traverser à la nage» écrit le général de GAULLE, le 17 juin 1940, au sujet de son exil en Grande-Bretagne ; il a décidé de refuser le déshonneur et condamne la collaboration des pétainistes avec les Nazis. Cependant, dans ce monde lepénisé où l’on réécrit l’Histoire, on a trop vite oublié le rôle des colonisés dans la défense de la Mère-patrie. De GAULLE, sans sa grande solitude, a reçu très vite, le 16 juillet 1940, le soutien de Félix EBOUE (1884-1944), gouverneur du Tchad, le 1er. Le Congo et l’Algérie seront par la suite de puissants points d’appui pour la France Libre. Une place dans le 12ème arrondissement porte le nom de Félix EBOUE.
De GAULLE, tout seul à Londres, n’a pu libérer la France qu’avec un concours massif des Africains, encore des indigènes, sans nationalité française, qui ont payé une dette de sang, et cela est encore occulté. En effet, il y aura, après cet appel du 18 juin 1940, des bataillons de tirailleurs Sénégalais venus mourir la France. Curieux destin de l'histoire en décembre 1944, de retour au pays, ces tirailleurs qui ne réclamaient que leur solde, sont massacrés à l'arme lourde (300 morts reconnus) et d’autres ont été jugés et condamnés pour «rébellion». La France refuse d’ouvrir ses archives. Le professeur Armelle MABON, que j'avais rencontrée à la mairie du 19ème arrondissement, se bat, inlassablement, pour la révision de ce procès inique. Quand on parle de Justice, ce n'est pas seulement que des 400 années d'esclavage et les 2 siècles de colonisation, c'est aussi les massacres dès le 8 mai 1945 à Sétif, en 1947 à Madagascar, de population qui avaient osé évoquer «l’indépendance». C’est cette ingratitude et ce déni de Justice à l’encontre des racisés perdurent encore, avec les descendants de ces colonisés, toujours considérés comme des «immigrés», et cantonnés des lieux que Manuel VALLS, un grand humaniste, a qualité «d’Apartheid».
En 1944, lors de la descente sur les Champs-Elysées de Charles de GAULLE, vous remarquerez sur l'une des photos, qu’il y avait un Noir. Or, c’est ce racisme systémique et institutionnel qui efface les Noirs sur les photos d'archives ; c’est un nettoyage ethnique systématique, d’une minorité que l’on veut invisible. En effet, mon grand-père Harouna Samba NDIAYE, un tirailleur Sénégalais de la 2ème guerre mondiale, me racontait quand ils avaient été démobilisés ; ils avaient été au foyer AFTAM, au Havre où réside encore de nos jours une partie de ma famille. L'objectif de cet éloignement on ne voulait aucun Nègre sur les Champs-Élysées avec de GAULLE. Les militaires noirs Américains arrivés à la Porte d’Orléans, à Paris, ont été bloqués, pour que De GAULLE apparaisse comme étant le seul et unique libérateur de la France !
L’autre grande ingratitude, la solde de ces anciens combattants qui a été gelée, sur un montant ridicule. Après les années 60 Charles de GAULLE a mis en place une Françafrique, une indépendance dans la dépendance, devenue un Code de l'indigénat pour les racisés (voir mon article sur De GAULLE et l'Afrique). 22 chefs d'État africains, voulant s'écarter de la bonne voie tracée par le Maître, ont été assassinés. François MITTERRAND avait promis le droit de vote des étrangers en France en 1981, une réforme vite oubliée.
Quel est l’héritage de cet appel de GAULLE ?
80 ans après l’appel du général de GAULLE, ce qui me frappe, c’est la trahison même de ceux qui veulent se réclamer de lui. En effet, Marc BLOCH (1886-1944) nourrissait l’espoir d’un monde nouveau : «un jour viendra, tôt ou tard j’en ai la ferme conviction, où la France verra de nouveau s’épanouir, sur son vieux sol béni déjà de tant de moissons, la liberté de penser et de jugement» écrit-il dans son ouvrage «une étrange défaite, témoignage écrit en 1940». En effet, De GAULLE, dans son refus de la Collaboration, a été incontestablement un héros et un visionnaire. Il avait refusé le fascisme et la soumission, en particulier, le nazisme et le pétainisme, bref les idées d’extrême-droite, et pour sa résistance, il a été condamné par contumace.
Aussi je n'ai pas compris la visite du 17 juin 2020, dans les huées, de Marine LE PEN, à l'île de Sein, en Bretagne, tentant de récupérer l'image du souverainiste qu'était de GAULLE. Comment dans cette France républicaine a-t-on pu reconnaître un parti d’extrême-droite, refusant un principe fondamental de la démocratie, l’égalité ?
Je ne vois pas le rapport entre de GAULLE et l'entreprise familiale LE PEN, ceux-là même qui étaient du côté de la collaboration, du «détail de l'histoire» ; ceux qui nient la Shoah.
Je suis également contesté par la stratégie du président MACRON, élu sur un front républicaine en 2017, pour faire barrage aux fachos, et qui fait, maintenant, du LE PEN, sans LE PEN. Cette dérive d’extrême-droite de la Macronie, un majeur de notre temps, est la plus inquiétante pour les valeurs républicaines. En effet, le président MACRON, dans sa grande bassesse, tente de brouiller le jeu politique par des idées particulièrement nauséabondes. Ainsi, quand on réclame l'égalité réelle et la Justice, le président MACRON, ami de Nicolas SARKOZY, Eric ZEMMOUR et Philippe de VILLIERS, parle «séparatisme», de «communautarisme», ou en appelle à une «société de vigilance». Un discours que n’aurait pas renie la petite entreprise familiale LE PEN. Or, un président de la République devrait apaiser et rassembler, au lieu de diviser et attiser la haine. La stratégie du président MACRON de drague des électeurs du RN est une infâmie, une des plus grandes trahisons de l’héritage de Charles de GAULLE et de la Résistance. En entrant en collaboration avec les idées des fachos, le président MACRON a craché sur la tombé des Tirailleurs sénégalais.
De GAULLE s’était battu pour la République. Or notre époque est lourde de menaces, en raison de la lepénisation des esprits, de ce racisme institutionnel et systémique, risquant, s’il n’est pas traité, par faire exploser la merveilleuse France que de GAULLE nous a légués. Nous les racisés dès qu'on proteste, à juste titre, contre ce racisme flagrant, endémique, assumé, légalisé, institutionnalisé et systémique à travers la reconnaissance du Rassemblement national, nous ne sommes que des casseurs potentiels, des islamistes, des communautaristes et des terroriste. En fait, cet esprit esclavagiste et colonialiste, niant le racisme en France, est la preuve d’une hiérarchisation, flagrante, des valeurs de la vie et des souffrances. En effet, on nous dénie encore le droit d'avoir une quelconque souffrance légitime. Seule la souffrance et la mémoire des autres a droit de cité. En somme notre vie notre vie n’aurait aucune valeur, comme au temps de l’esclavage, le Nègre ne serait qu’une chose, n’inspirant aucun respect. C’est cela que nous dénonçons ; ces non-dits racistes et criminels. Les partis de gauche, largement lepénisés sont également silencieux. A commencer par le Parti socialiste ayant ses clients (Blancs, Juifs et Invertis) et refusant systématiquement de se joindre à nos protestataires légitimes. On sait aussi que SOS-Racisme et le CRAN nous ont tourné le dos. Solidarité de tous les vaincus face à cet esprit fascisant qui se propage, à grande allure.
Charles de GAULLE, qui n’appréciait pas pourtant les Communistes, a reconnu leur rôle déterminant dans la Résistance et gouverner avec eux pour des réformes majeures, structurant encore la société française. En effet, le souverainisme, au sens noble du terme, ne peut nullement désigner le fascisme. En effet, cet acte de résistance de GAULLE devrait nous faire réfléchir de nos jours sur le sens de la Justice, de l’égalité réelle et de la concorde nationale. De GAULLE, avec la Gauche, au sortir de la Guerre, avait initié «les Jours heureux», un pacte social encore en vigueur. Un programme audacieux de relance de l’économie a été à la base des 30 Glorieuses. Face à la pandémie du Covid-19, le monde d'après ne devrait pas ressembler à celui d'avant. Les réformes injustes ne doivent pas être suspendues, mais abrogées, immédiatement. Le libéralisme de la Macronie, après cette crise majeure invitant à construire un autre monde, comme après la Deuxième guerre mondiale est aussi l’autre trahison majeure des combats de Charles de GAULLE. En effet, Air France ayant reçu des subventions va, pourtant ; licencier, massivement. 500 milliards de subventions et des licenciements à la pelle à venir ! Il faudrait que M. MACRON ne soit que le président d’un seul mandat. Pour préparer sa défaite en 2022, il ne faudrait pas oublier pas d'aller sanctionner le 28 juin 2020, pour le 2ème tour des municipales, cette Macronie inauthentique ayant tabassé le personnel médical, les retraités et les Gilets jaunes.
Le racisme et les brutalités policières patentes, au lieu d’être niés, devraient faire l’objet d’un débat national, afin que l’on retrouve tous autour d’un projet commun, celui de la vraie France, républicaine et fraternelle, pour la justice et l’égalité réelle, pour le bien-vivre ensemble.
Préparons aussi une gigantesque manifestation le 19 juillet 2020, contre le racisme, pour la Justice en faveur d’Adama TRAORE et tous les jeunes brutalisés à mort par les forces du désordre. Justice pour Adama, Théo, Bouna et Zied et les 113 jeunes étouffés à mort par les forces de l’ordre et régularisation des sans-papiers. La Police, largement républicaine, et pour son honneur, doit se débarrasser de ses brebis galeuses, ternissant son image et dévalorisant son bon travail.
Paris, le 18 juin 2020 par Amadou Bal BA -
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