«Nuit Blanche 2019, l’Afrique l’honneur à la Grande Galerie» par Amadou Bal BA

Pour la Nuit Blanche 2019 à Paris, l’Afrique l’honneur au Musée d’Histoire naturelle, pour un bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.

A la Galerie de l'évolution au Muséum d'histoire naturelle, l'Afrique est bien représentée, à travers les nombreux animaux de la savane qui y sont exposés. En 1635, Louis XIII créé le Jardin Royal des Plantes Médicinales, dans le 5ème arrondissement de Paris, près de la Gare d’Austerlitz. En 1793, la Convention y ajoute le Muséum d’Histoire Naturelle. En 1889, lors de l’Exposition universelle, la Galerie de zoologie est ouverte, en même temps que la Tour Eiffel. On compte un Zoo, dans ce Jardin des Plantes.

L’origine du Jardin royal des plantes médicinales, ancêtre du Musée d’Histoire Naturelle en se rapporte pas seulement qu’aux goûts futiles de la royauté. Ce Jardin des plantes, ce Musée d’Histoire naturelle, est avant tout une inspiration des jardins antiques, chefs d’œuvre du génie de l’homme et de la nature, pour «charmer nos sens et plaire à nos esprits» dit Arnaud MANGIN. On compte dans les jardins merveilleux, notamment «les Champs-Elysées» des Grecs et des Latins. Virgile y fait descendre le pieux Enée, conduit par la Sybille, auprès de son père Anchise. Le «Paradis merveilleux de Mohamet», suivant la tradition musulmane, est situé au 7ème ciel, juste au-dessous du trône de Dieu, dans lequel se situe un arbre, Tûba, situé dans le palais de Mahomet, et ses branches s’étendent dans la maison de chaque croyant.  Dans la pensée des religions monothéistes, Adam et Eve, vivaient, tous nus, au Paradis, dans le jardin, dénommé, «Eden», un lieu par excellence des plaisirs humains. Les Anciens, avec Xénophon, Plutarque et Lysandre, dans leur description du «Jardin suspendu de Babylone», l’ont assimilé au Paradis terrestre, un lieu d’insouciance, d’éternelle jeunesse et de plaisirs illimités. Les Egyptiens, avec leur civilisation ancienne, avaient élevé des temples dans leurs jardins.

Le Jardin des Plantes, au milieu du XVIIème siècle, est en relation avec l’Afrique et la colonisation, la découverte de ce continent ayant permis d’acclimater en Europe certaines plantes précieuses. Le règne animal sera développé avec la création du Musée d’histoire naturelle, et dans ce domaine, la faune africaine, occupe une place de choix. Cette faune devrait être classée patrimoine mondial de l’humanité, car elle est, en permanence, menacée par les destructions de ses milieux naturels et par les activités humaines.

Le Musée d’histoire naturelle célèbre, en partie, le règne animal, c’est-dire, les vertébrés, les batraciens, les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les batraciens, les poissons, ainsi que la faune marine. C’est donc la jungle africaine qui a pris le dessus et plastronne au milieu de la Grande galerie d’évolution, rénovée en 1994, par François MITTERRAND, un pharaon avec ses grands travaux à Paris.

J'ai toujours pensé, que dans une large mesure, Paris est la capitale culturelle et politique de l'Afrique. C'est bien au début du siècle dernier, en pleine ère coloniale arrogante et ses odieux zoos humains au Jardin d’Acclimatation (Bois de Boulogne), que Pablo PICASSO (1887-1973) et Maurice de VLAMINCK (1876-1958), des artistes peintres du cubisme, ont revalorisé les arts dits «primitifs». Blaise DIAGNE (1872-1934), député du Sénégal, avait convoqué, avec l'appui de Georges CLEMENCEAU, en 1919, la première conférence panafricaine. C'est ici qu'est née la Négritude, la fameuse conférence de 1956 des intellectuels noirs à la Sorbonne, l'émergence en 1947 des éditions Présence africaine d'Alioune DIOP (1910-1980), éditeur, ainsi que les mouvements étudiants pour l'indépendance.

C'est à Paris, que Lamine SENGHOR (1889-1927), un militant d'extrême-gauche, a lancé, à travers ses écrits, sa guérilla contre le colonialisme. Ces Tirailleurs sénégalais, désabusés au retour de la guerre, par le comportement scandaleux et parfois criminel du colon, ont fait évoluer les consciences, pour une égalité réelle et l'émergence des idées d'indépendance.

Je n’oublie pas, dans ce recensement non exhaustif, le triomphe d'Alain MABANCKOU, en 2016, au Collège de France. Il a secoué la vieille institution, fondée en 1530, et mit le feu dans cette ambiance littéraire restée jusqu'alors dans le déni du multiculturalisme. Subitement, là où quelques pelés et tondus d'auditeurs, dans un public clairsemé, somnolaient et que le bruit parfois d'une flatulence réveillait, le Collège de France a refusé du monde. Ce peuple invisible, par son affluence et son assiduité aux leçons de l'excellent professeur Alain MABANCKOU, a crié à la face du monde : "Nous sommes aussi la France et nous avons notre identité et notre culture, dans le bien-vivre ensemble !".

Ce pays, cette France républicaine, est bien diverse, et le Musée d'histoire naturelle de Paris en témoigne par cette savane africaine qu'a apprécié ma petite Arsinoé, qui grandit. 

Paris, Nuit blanche, du 18 mai 2019, par Amadou Bal BA

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