«Pablo PICASSO (1881-1973) et l’art nègre», Amadou Bal BA

Picasso, génie du XXème siècle, est resté dans l'ombre pendant longtemps, jusqu'à ce qu'il découvre l'art nègre, à travers le cubisme et les masques africains. Cette influence durable l'accompagnée toute sa vie, à travers ses collections d'objets d'art africains, mais aussi sa solidarité constante avec les Noirs (Affiches Congrès de 1956 et festival mondial de 1966 et exposition à Dakar, en 1972).

 «Je n'ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction. J'ai voulu par le dessin et par la couleur, puisque c'étaient là mes armes, pénétrer toujours plus avant dans la connaissance du monde et des hommes, afin que cette connaissance nous libère toujours davantage», dit Pablo PICASSO, un humaniste et un ami de l’Afrique. Peintre, sculpteur, céramiste, décorateur et même poète, Pablo Ruiz PICASSO, c’est l’homme aux 60 000 œuvres, un artiste aux talents multiples : «Il y eut un Picasso néoclassique ; un Picasso cubiste ; Picasso surréaliste ; Picasso moderniste céramiste ; Picasso lithographe ; Picasso sculpteur ; Picasso superbe dessinateur ; Picasso effervescent et exubérant ; Picasso sévère et revêche ; Picasso amant fidèle et infidèle ; Picasso homme d’affaires rusé ; Picasso en quête de publicité ; Picasso incandescent Espagnol ; Picasso le blagueur et l’amateur de mascarades ; Picasso le généreux ; Picasso Harpagon ; même Picasso le dramaturge» écrit Alden WHITMAN dans le «New York Times» du 8 avril 1973. On a qualifié PICASSO de génie du XXème siècle, mais sa contribution majeure à la Négritude et sa proximité avec les Africains a été occultée, gommée, minimisée ou moquée : «La crise nègre est devenue si ennuyeuse que le japonisme mallarméen» dit Jean COCTEAU (1889-1963), un des fidèles amis de PICASSO. Paul DERMEE (1886-1951) est encore plus féroce «Picasso avait déjà accompli sa révolution lorsque les sculpteurs nègres lui tombèrent sous les yeux. Depuis plus de soixante-dix siècles, les nègres n’ont pas produit de Picasso. Maintenant, il est trop tard». Rien n’est plus difficile à tuer qu’une légende. Tenter d’y parvenir attire sur soi des inimitiés les plus féroces. Pourtant, PICASSO avait déclaré que «la sculpture africaine est la plus belle, la plus puissante, jamais produite dans l’imagination humaine». Son ami, Guillaume APOLLINAIRE estime que «Picasso, c’était un artiste comme les premiers. Il n’y a jamais eu de spectacle aussi fantastique que cette métamorphose qu’il a subie en devenant un artiste comme les seconds». Dans l’art colonial, fortement inspiré des idées d’Arthur de GOBINEAU (1816-1882), auteur de «l’essai sur l’inégalité des races humaines», l’art nègre est pris comme source exotique, un art sauvage ou primitif, un art de l’instinct, peu réfléchi, non évolué  «Les peuples blancs sont des peuples du jour ; les noirs sont ceux de la nuit. Les nations européennes, par l’éclat de leurs sciences et la netteté de leur civilisation, ont les rapports les plus évidents avec l’éclat lumineux, et, tandis que les noirs dorment dans les ténèbres de l’ignorance» écrit GOBINEAU. «Le beau est toujours bizarre» disait Charles BAUDELAIRE. Les œuvres de primitifs exposées au Salon des indépendants en 1906 ont été considérées comme un retour «à la sauvagerie, à la barbarie primitive qui consiste dans la méconnaissance et dans l’avilissement de toute beauté de la nature et de la vie» écrit MONRAY en 1911. Le Secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts a même qualifié les cubistes épris des arts nègres de «bande de malfaiteurs». En effet, on avait donc du mal à croire que le colonisé soit apte à des œuvres aussi raffinées et exécutées avec des techniques parfois complexes, comme la fonte à la cire perdue. «L’art est ce qui révèle à la conscience, la vérité sous une forme sensible» disait Hegel. 

Dans l’art africain, l’esprit existe dans la statue et y demeure. Le but de la statue n’est pas de reproduire servilement les apparences, mais de parler de l’expérience créatrice des forces invisibles. S’appuyant davantage sur une anthropologie de l’art que sur le constat de relations esthétiques, PICASSO estime que l’art primitif africain ne s’entend alors plus comme un stade de non-développement, mais comme l’accès aux couches les plus profondes, intimes et fondatrices de l'humain.

«L’art nègre est essentiellement lié à la vie de la personne, l’esthétique c’est sa destination religieuse et sociale» estime Juan GRIS (1887-1927), un des mousquetaires du cubisme. Las du monde ancien et ayant assez de vivre dans les traces de l’antiquité gréco-romaine, par sa Révolution esthétique, inspirée de l’art nègre, PICASSO fait ainsi entrer, brutalement, la peinture dans la modernité, en rupture avec l’académisme : «Quand j’étais en Amérique, je faisais la première fois de continuels voyages en avion. J’ai vu là, par terre, les lignes mêlées de Picasso, aller, venir, se développer et se détruire. (…) Oui, j’ai vu tout cela et encore une fois j’ai compris qu’un créateur est toujours un contemporain. Avant tout le monde, il connaît ce que les autres ne savent pas. Il est dans le XXème siècle» écrit Gertrude STEIN. Ce qui fait dire à Daniel-Henry KAHNWEILER, un marchand d’art et ami de PICASSO, que «l’admirable liberté de l’art de notre temps qui lui ouvre des possibilités inouïes, nous la devons à l’exemple de l’art nègre». L’influence de l’art africain ni superficielle, ni sporadique, ni folklorique, mais un art majeur, avec une touche esthétique indélébile dans l’histoire créatrice contemporaine. «L’art nègre est le premier sperme vivificateur du XXème siècle spirituel. Le sauvage qui tailla dans l’énorme séquoia, l’effigie de l’Ancêtre, du sorcier, de l’homme, n’eut point le souci d’art ; il accomplit un acte hiératique, sexuel, et non pas un travail stipendié ainsi qu’il se conçoit inévitablement aujourd’hui. C’est un bonheur de ce siècle que d’avoir fait émerger de l’antique Afrique, les splendeurs d’une statutaire dont le règne ne fait que commencer» dit Paul GUILLAUME (1891-1934). Juan GRIS, un des mousquetaires du cubisme, estime que «les sculptures nègres nous donnent une preuve flagrante de la possibilité d’un art anti-idéaliste. Il (art africain) est le contraire de l’art grec qui se basait sur l’individu pour envisager de suggérer un type idéal».

«Picasso a été un ruminant dans quelques prairies africaines» dit le pasteur et critique d’art Angelbert MVENG (1930-1995). Léopold Sédar SENGHOR a posé cette question qui fut aussi celle de Pablo PICASSO : que veulent dire les masques africains ? Que disent ces objets que l’on a appelés des fétiches lorsque les dieux en sont partis ? «Partant de cette question, Senghor, avec beaucoup de bonheur, a mis à jour une ontologie dans laquelle l’être est rythme et qui se trouve au fondement des religions africaines anciennes. De cette ontologie il a montré que les arts africains constituaient le langage privilégié» écrit Souleymane Bachir DIAGNE dans son livre «Léopold Sédar Senghor, l’art africain comme philosophie». Il est donc grand temps d’exhumer du purgatoire, depuis plus d’un siècle, la contribution de PICASSO au dialogue des cultures, notamment avec les arts nègres qui l’ont rendu célèbre en qualité de peintre de la modernité du XXème siècle. «C’est l’art qui fait l’unité variée et constante des races et des siècles, l’art qui est l’expression humaine de la nature» écrit André SALMON. En effet, PICASSO a réalisé ainsi une «audace du goût» suivant Guillaume APOLLINAIRE ayant largement contribué à la reconnaissance de «l'art nègre». APOLLINAIRE écrivait, dès 1909, que «l'art nègre» devait rentrer au Louvre, un domaine qui était encore interdit. Le Louvre c’est la glorification à outrance de la culture occidentale : «Ce fut un des mérites de quelques peintres (dont Picasso) d’avant-garde de découvrir, il y a peu d’années, l’intérêt des idoles nègres au point de vue esthétique. La science ethnographique leur avait déjà réservé une place au milieu des massues, des lances ou des boucliers des peuples sauvages. Mais ni les critiques, ni les collectionneurs d’art n’avaient songé à orienter leurs recherches du côté de cette sculpture déconcertante, la plus éloignée du canon grec que l’humanité ait jamais vu naître. Les objets de bonne époque d’ailleurs n’étaient pas fort communs. Les figures nègres apparaissent presque exclusivement au domaine religieux, c’est-à-dire restant sacrées, «tabous», représentaient une conquête dangereuse pour les explorateurs» écrivent, en 1919, Henri CLOUZOT et André LEVEL.

Une bonne partie de la société bien-pensante française reste encore prisonnière de ces préjugés d’un autre temps. «La source d’où les arts ont jailli est étrangère aux instincts civilisateurs. Elle est cachée dans le sang des Noirs» écrit Henri CLOUZOT. Selon lui, l’ancienne Egypte aurait été le lit nuptial des arts, et rappelle cette esthétique «L’art nègre est essentiellement hiératique. Il n’existe qu’en fonction du culte : privé ou familial quand il s’adresse aux mânes des ancêtres. Ce n’est pas l’art d’un individu, d’un village, d’un tribu : c’est l’art d’une race» précise Henri CLOUZOT. Le caractère sacré que PICASSO attribue à la création artistique est inséparable de son intérêt pour l’art nègre, dans sa fonction exorciste, le primitif étant un retour aux origines : «cette attirance pour les sources les plus ancestrales de la création va de pair avec la conception universelle et intemporelle de l’art. L’art n’a ni passé ni avenir, il n’y a pas d’évolution, ni de progrès, l’art antique est toujours pour lui aussi vivant, lorsqu’il ne tombe pas dans l’académisme» écrit Marie-Laure BERNADAC  dans la préface «Picasso, propos sur l’art».

Certains esprits malveillants ont reproché à PICASSO à s’occuper des lettres, alors qu’il ne savait pas écrire en langue française. PICASSO a toujours estimé qu’il s’exprimait à travers son art : «les autres parlent, Moi, je travaille. Nous faisons de la peinture. Je ne dis pas tout, je peins tout. L’art est un mensonge qui dit la vérité. On me prend d’habitude pour un chercheur. Je ne cherche pas je trouve» dit-il. Il a repris à son compte ce que disait Léonard de VINCI «Parce que je ne suis pas un lettré, certains présomptueux prétendent avoir lieu de me blâmer, en alléguant que je ne suis pas un humaniste. Ils diront que faute d’avoir des lettres, je ne peux dire ce que je veux exprimer. Or, ils ignorent que mes œuvres sont plutôt sujettes à l’expérience d’autrui ; et l’expérience fut maîtresse de ceux qui écrivent bien ; et moi aussi je la prends pour maîtresse». 

Bien des gens pensent que PICASSO est un artiste français. Déjà en 1924, Francis CARCO qualifiait PICASSO de «miracle de l’assimilation». Jean LAUDE a étudié PICASSO, sous l’angle «La peinture française et l’art nègre» : «La peinture au XIXème siècle, en France, est faite entièrement par les Français. Au XXème siècle la peinture est faite en France, mais par les Espagnols» écrit Gertrude STEIN.  En fait, PICASSO, un Andalou, amoureux de la France et des arts nègres, est un éminent symbole du multiculturalisme, tant redouté en ce début du XXIème siècle. PICASSO savait bien s’entourer et apprendre des autres. Daniel-Henry KAHNWEILER (1884-1978) qui a rencontré, pour la première fois PICASSO en 1923 dit de l’artiste : «C’est l’un des aspects les plus admirables du génie de Picasso : son infinie curiosité de ce que font les autres, cette prodigieuse ouverture d’esprit grâce à laquelle il peut traiter de pair à compagnon avec quiconque». PICASSO, un homme s’exprimant à travers son art, avait besoin des autres : «Picasso apparaissait comme le petit toréador qu’escorte son équipe, ou encore il semblait Napoléon suivi de quatre énormes grenadiers. Derain et Braque étaient très grands. Guillaume Apollinaire était grand, gros et robuste et Salmon n’était pas petit. Mais Picasso était le chef en cap» écrit Alice TOKLAS, la compagne de Gertrude STEIN. «Parfois, quand j’étais fauché, j’ai pris quelques toiles sous les bras et je les ai vendues. C’est ainsi d’ailleurs que le frère de Gertrude Stein a pu voir, un jour, un de mes tableaux chez lui» dit PICASSO. Il a toujours su s’entourer d’écrivains et poètes qui créent autour de lui une ambiance intellectuelle pour structurer son discours subversif sur la peinture. Il apprenait vite et savait discourir par la suite comme ces savants : «En peinture, ce que je créé viens de mon monde intérieur. Mais en même temps, j’ai besoin de contacts et d’échanges avec les autres. J’ai besoin des autres, pas seulement pour ce qu’ils m’apportent, mais parce que j’ai cette terrible curiosité et qu’il me faut satisfaire. Je peins comme les autres écrivent leur autobiographie» dit-il.

Parmi les visiteurs assidus chez PICASSO, Françoise GILOT a noté Max JACOB, André DUBOIS, ancien préfet de police, Jean-Paul SARTRE, le poète Pierre de REVERDY, Jacques PREVERT qui a toujours quelque chose de drôle à raconter, André MALRAUX, Brassaï, Fernand LEGER, André BRETON, Max ERNST, Man RAY etc. Parmi ses amis, on compte Henri MATISSE (1869-1954) et Georges BRAQUE (1882-1963). Pour la rétrospective de son œuvre, en 1943, avec 236 toiles, PICASSO entouré d’Éric SATIE, Arthur RUBINSTEIN, de Manuel de FALLA, de Brassaï pour photographier ses sculptures pour la revue Minotaure «La photographie est venue à point nommé pour libérer la peinture de la littérature, de l’anecdote» dit PICASSO. Réputé «inabordable» et hautain : «Sa présence effaça cette image et mon appréhension. J’avais devant moi, un homme simple, sans affection, sans morgue, sans pose. Tout est centré sur la fixité flamboyante du regard qui vous perce, vous subjugue, vous dévore» écrit Brassaï dans son livre «Conversations avec Picasso». PICASSO, ce symbole antique, mi-homme, mi-minotaure, voyait dans le Minotaure la force qui brise les limites de l’irrationnel, déborde ses frontières : «Face à la violence et à la prédation, PICASSO oppose la révolte absolue, l’insoumission totale, la liberté sans freins» écrit Brassaï. PICASSO aimait le Minotaure pour son côté humain, trop humain, il découvrait en lui la contre-nature. PICASSO estime que ces rencontres lui sont utiles : «Ces contacts rechargent ma batterie. C’est comme la flambée d’une allumette, et cela éclaire ma journée». Il savait manier la langue française avec perfection, grâce notamment à ses amis Max JACOB et Guillaume APOLLINAIRE, mais il avait toujours conservé cet accent espagnol à couper au couteau. 

PICASSO aime les animaux notamment les oiseaux (canaris, pigeons et tourterelles), son père peignaient les colombes. PICASSO avait comme secrétaire, Jaime SABARTES (1881-1968), un catalan de Barcelone, cousin éloigné du peintre Miro : «Dévoué à Pablo comme un moine à son Dieu, il supportait ses sautes d’humeur» écrit François GILOT. Ce secrétaire est qualifié de prudent, méticuleux, susceptible, désintéressé, une éminence grise, passionnés par les arts égyptiens qui savait rester dans l’ombre : «Je ne l’ai pas connu à Barcelone, bien que nous fréquentions le même milieu et le même cabaret. A Paris, seulement, pendant mon premier séjour, en 1901. J’avais rendez-vous avec Picasso devant le musée du Luxembourg. Il est venu avec un Catalan, c’était Manolo. Nous sommes devenus de grands amis. A cette époque, il ne parlait pas un traître mot de français. Il a toujours d’ailleurs gardé un savoureux accent. Lorsque je suis seul avec lui, nous nous parlons rarement. Nous sommes l’image parfaite de la solitude. Picasso fut toujours sobre de reproches et de louanges. Son meilleur change fut de beaucoup l’attention qu’il portait à la personne, à la chose et au récit qui l’intéressait» dit Jaime SABARTES à Brassaï. Il y avait aussi le chauffeur de 1934 à 1951, Marcel BOUDIN, qui savait s’abriter des orages soudain, il sera licencié, pour un banal accident de la route. En 1931, grâce à l’aide de Jacqueline APOLLINAIRE et sur les conseils de Pierre MATISSE, le jeune éditeur Albert SKIRA (1904-1973), alors âgé de vingt-cinq ans, convainc Pablo PICASSO d’illustrer les «Métamorphoses d’Ovide» avec 30 eaux-fortes. Albert SKIRA, un chanteur de charme, plutôt qu’un éditeur d’art, est «un forcené du travail  et une bête de somme, il jugeait les gens suivant l’efficacité, posait la valeur de chaque minute, de chaque seconde, de chaque poignée de mains et faisait le bilan de choses positives» écrit Brassaï. PICASSO a également illustré, en 125 dessins, en 1948, pour l’éditeur d’art, d’origine grecque, Efstratios TERIADE (1897-1983), «Le Chant des morts», une série de poèmes noirs, de Pierre de REVERDY (1889-1960). PICASSO connaissait Joan MIRO (1893-1983) «malgré son sourire angélique et ses manières joviales, il était d’une réserve qui confinait au mystère. Il ne disait rien de lui-même et de ses projets» écrit Françoise GILOT.

Le combat de PICASSO pour ses arts nègres est inséparable de son engagement politique, notamment contre le franquisme. L’artiste c’est le refus de devenir un lieu commun sans valeur ajoutée ; il doit refuser de se plier aux conventions sociales, et par sa créativité, il se révolte contre l’ordre établi. Face actuellement à la montée des populismes et notamment du Rassemblement national en France, les idées de PICASSO n’ont pas pris une ride : «La lutte espagnole est le combat de la réaction contre le peuple, contre la liberté. Toute ma vie d’artiste n’a été qu’une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l’art. (…) Dans toutes mes œuvres récentes (Guernica), j’exprime clairement ma haine de la caste militaire qui a fait sombrer l’Espagne dans un océan de douleur et de mort» dit-il en mai 1937. 

Dans «Guernica», le taureau représente la brutalité et l’obscurité, le cheval le peuple. La guerre, c’est la monstruosité. Par conséquent, PICASSO est un lutteur dans l’arène de la corrida ; un artiste doit rester en éveil face aux événements qui secouent la société : «Les artistes ne peuvent rester indifférents à un conflit dans lequel les plus hautes valeurs de l’humanité et de la civilisation sont en jeu. (..) Non, la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi» dit-il en mars 1945. Artiste du réel, PICASSO, dans ses engagements politiques, a été influencé par ses amis Paul ELUARD et Louis ARAGON «Mon adhésion au parti communiste est la suite logique de toute ma vie, de toute mon œuvre. Car, je suis fier de le dire, je n’ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction ; j’ai voulu, par le dessin et la couleur, puisque c’étaient là mes armes, pénétrer toujours plus en avant dans la connaissance du monde et des hommes, afin que cette connaissance nous libère tous chaque jour davantage ; j’ai essayé de dire, à ma façon, ce que je considérai comme le plus vrai, le plus juste, le meilleur, et c’était naturellement le plus beau. Oui, j’ai conscience d’avoir toujours lutté par ma peinture, en vérité révolutionnaire» dit-il en octobre 1944. «Je suis contre Franco. Le seul moyen de le faire savoir, c’est d’entrer au Parti communiste, en prouvant ainsi que je suis de l’autre bord» dit-il. 

Avant d’être, le génie du XXème siècle qui a marqué, profondément, l’histoire de l’art, par la puissance et l’originalité de sa création, Pablo PICASSO a été un étudiant studieux et appliqué, presque inconnu du grand public et pauvre. Avant cette période nègre, PICASSO vouait une dévotion sans limites aux grands maîtres de l’art, comme Velázquez, Poussin, Goya, Manet, Courbet, Delacroix. Dans une large mesure, il a été influencé par certains de ses devanciers qui ont reconnu les qualités plastiques et esthétiques de la sculpture africaine. Ainsi, en 1889, Paul GAUGUIN achète deux statuettes Minkissi du Congo qu’il retouche et paraphe. GAUGUIN est «notre maître à nous tous» dit PICASSO. L’art colonial, inspiré du primitivisme et de l’indigénat renferme lui-même sa logique hiérarchisation des civilisations. On ne considérait pas les arts nègres pour leur valeur esthétique ; ces arts avaient été relégués au rang de l’exotisme, du folklore ou de l’ethnographie : «Chez les nègres qui paraissent pourtant, comme toutes les races de l’Afrique centrale et méridionale, fort arriérés pour tout ce qui est affaire d’art, on trouve des idoles représentant avec une grotesque fidélité les caractères de la race nègre» écrit André MICHEL, conservateur du Louvre, en 1898. Jusqu’au moyen âge l’Afrique sera pour les européens le royaume des «idolâtres» des peuples à convertir. Cet «exotisme» va provoquer engouement et fascination jusqu’au XVIIème siècle à travers les cabinets de curiosités, inaugurés sous François 1er. C’est l’idée que l’on peut reconstituer le monde autour de soi en rassemblant une collection variée d’objets dans un lieu qui serait le point de rencontre entre les arts et la science.

Dans ce contexte, les objets d’art africains ne seraient que des «idoles étranges», pour un peuple sans culture, gouverné par des instincts barbares. GAUGUIN, s’il contestait la culture occidentale, l’idée du progrès, avait une culture de l’exotisme, inspirée du mythe du bon sauvage. Amélie LANG, dite Fernande OLIVIER, a partagé les années misère de PICASSO. L’opium coulait à flot, et en 1908, après le suicide du peintre homosexuel allemand Grete WIELGELS qui entretenait des relations ambiguës avec PICASSO, le couple ira un certain temps se réfugier à Creil : «Pablo était dans un état de dépression nerveuse qui ne lui permettait pas ni de travailler, ni  de rester seul» écrit Fernande OLIVIER dans ses «Souvenirs intimes, pour Picasso».  Fernande ajoutera «La vie est triste. Pablo est maussade et je n’ai rien à attendre de lui comme réconfort ni moral, ni physique» écrit-elle. Le suicide de son ami, Carlos CASAGEMAS (1880-1901), l’avait plongé dans une crise existentielle : «C’est en pensant que Casagemas était mort que je me suis mis à peindre en bleu» dit-il. PICASSO avait noué une relation avec Germaine, l’amie de CASAGEMAS qui avait financé son voyage à Paris. En ce début du XXème siècle, PICASSO «habitait cette bizarre maison de bois de la rue Ravignan, où vécurent tant d’artistes aujourd’hui célèbres ou en passe de le devenir. Je l’y connus en 1905. Sa renommée ne dépassait pas encore les limites de la Butte» écrit Guillaume APOLLINAIRE dans ses «chroniques d’art (1902-198)».

Englué dans des difficultés personnelles et financières, le dilemme posé à PICASSO était le suivant : la suprématie des grands maîtres de l’art, notamment les impressionnistes ou bien se mesurer à eux ; se soumettre ou livrer bataille. Mais, entrer en lutte sans posséder les mêmes ressources matérielles et morales que son entourage, équivalait à rester définitivement un marginal, un peintre maudit. En réalité PICASSO n’était pas né pour subir ; il a utilisé l’art nègre pour tout déconstruire : «Travailler, c’était vaincre toutes les difficultés. Mais tout a été déjà fait, il ne lui restait qu’à déterminer son champ d’exploration et à construire tout, à nouveau. Il s’est donné comme objectif, le but fantastique de détruire la beauté officielle, en substituant son concept de l’esthétique» écrit Jaime SABARTES. Christian ZERVOS insiste sur le caractère subversif des œuvres d’art de l’artiste engagé «Il n’y a rien d’aussi dangereux que le pinceau entre les mains d’un artiste ! On n’a plus le courage d’expulser les poètes et les peintres, car on ne se rend même plus compte du danger de les garder dans la cité. L’enseignement académique de la beauté est faux. On nous a trompé, mais si bien trompés qu’on ne peut plus retrouver pas même l’ombre d’une vérité. Ce n’est pas ce que l’artiste fait qui compte, mais ce qu’il est». «L'œuvre d'art, selon lui, ne prend vie que par l'intervention de celui qui la voit, l'entend, la lit» écrit Daniel-Henry KAHNWEILER dans ses «confessions esthétiques». PICASSO précise sa conception de l’art «L’art est subversif. C’est quelque chose qui ne doit pas être libre. L’art, comme le feu de Prométhée, doit être dérobé pour que l’on s’en serve contre l’ordre établi. Dès lors que l’art est officiel et ouvert à tous, il devient le nouvel académisme. Si jamais l’art reçoit les clefs de la Cité, il devient si émasculé, si impuissant qu’il ne méritera plus qu’on se batte pour lui» dit-il. En septembre 1909, Fernande OLIVIER, en pleine période nègre, affirme que la situation financière de PICASSO s’est améliorée d’où le déménagement au 11 boulevard de de Clichy, à Paris «A notre retour d’Espagne, Picasso, plus riche, songea à déménager» écrit-elle. 

En effet, PICASSO, influencé par l’art nègre, s’engage dans une période de rupture et ses tableaux intéressent davantage les marchands d’art. Ainsi le «Nu à la draperie» est revendu à Sergueï CHTCHOUKINE (1854-1936). C’est Pablo PICASSO qui inverse la hiérarchie des canons de la beauté et puise dans le primitivisme une source de sa créativité.

On évolue ainsi de «l’art primitif à l’art premier». «Entre 1905 et 1907, un groupe de peintres et d’artistes, lassés des canons et des modèles traditionnels de l’art occidental, découvre pour la première fois la statuaire et le masque africain. Considérés jusque-là comme de simples curiosités, des «fétiches», ces objets deviennent en quelques années le ferment d’un art nouveau» écrit Jean LAUDE. Maurice de VLAMINCK reconnaît que c’est Henri MATISSE, avec son fauvisme où la couleur pure joue un rôle essentiel, qui a ouvert la voie. Mais, auparavant, c’est lui qui a vendu une statuette africaine à André DERAIN : «Un après-midi de l’année 1905, je me trouvais à Argenteuil. Je venais de peindre la Seine, les péniches, le coteau ; le soleil tapait dur ? J’emportais ma toile et rentrai dans un bistrot. Tout en me rafraichissant, je remarquais posées sur l’étagère trois statuettes nègres. Deux statuettes du Dahomey. Une autre de la Côte-d’Ivoire. Était-ce parce que je venais de travailler en plein soleil pendant deux ou trois heures ? Ou bien était-ce l’esprit particulier dans lequel je me trouvais ce jour-là ? J’eus l’intuition de ce qu’elles contenaient en puissance. Elles me révélèrent l’art nègre. J’accrochais le masque blanc au-dessus de mon lit. J’étais ravi et troublé : l’art nègre m’apparaissait dans tout son primitivisme et toute sa grandeur. Derain était suffoqué, il l’acheta pour 50 francs. Quand Picasso et Matisse le virent chez Derain, ils furent eux aussi retournés. Dès ce jour, ce fut la chasse à l’art nègre. C’est Picasso qui, comprenant le parti qu’on pouvait tirer des conceptions plastiques des arts nègres, les faits professionnellement entrer dans la peinture» écrit-il dans «Portrait avant décès». Contrairement à PICASSO, un artiste du réel, VLAMINCK se définit comme un classique. Mais pour lui, «Un classique ce n’est pas celui recueille et adapte, ce qui fut une fois bien fait. Le classique recréé le monde pour lui-même, comme on donne la vie. Il ne s’occupe donc pas des autres, mais de soi-même». VLAMINCK fait part de son émotion devant l’art nègre «Le Nègre, dans sa case, près de sa femme qui pile le couscous, fait une œuvre qui trouve sa place dans les grands musées d’Europe. (..) On s’est servi des Nègres comme certains se servent de Delacroix ou d’Ingres. On peut s’en servir. Ils peuvent être un exemple, pas un concept esthétique» dit-il en 1923 à Florent FELS. En fait, Maurice de VLAMINCK n’a pas pris la mesure exacte et intellectuelle de l’émergence de l’art nègre qui allait bousculer le classicisme. VLAMINCK agit de façon plus passionnelle que réfléchie : «Le seul art que l’on puisse regarder sans être accablé par les explications, les admirations, les louanges d’une littérature qui explique l’art du présent, du passé et de l’avenir. L’art encore assez vierge, pour créer de l’admiration chez les uns et un sentiment de l’horrible chez les autres. Une humanité évidente, un sentiment d’animalité qui fait rire, qui parfois nous transporte par le sentiment de la grandeur décorative, comme les piliers des cathédrales ou le cintre d’une ogive gothique. Par des moyens simples, l’art nègre parvient à donner l’impression de la grandeur et de l’immobilité» estime Maurice de VLAMINCK.

C’est PICASSO, le chef de file du cubisme, qui change, radicalement, le regard porté sur l’art africain. C’est le premier qui a compris la valeur esthétique de l’art nègre et le profit à en tirer. PICASSO a surpris toute le monde, y compris VLAMINCK : «Grand maître de l’art nouveau, Pablo Picasso donne le ton. Lui seul, du reste, en était capable et son initiative ouvrait à ses disciples un immense champ des possibilités» écrit VLAMICK.

En effet, la première exposition que PICASSO découvre à Paris n’est autre que celle du musée du Trocadéro, futur musée de l’Homme, en 1907 : «Quand j’ai découvert l’art nègre, et que j’ai peint ce qu’on appelle mon Epoque nègre, c’était pour m’opposer à ce qu’on appelle «la beauté dans les musées. A ce moment-là, pour la plupart des gens, un masque nègre n’était qu’un objet ethnographique. Quand je me suis rendu pour la première fois avec Derain au musée du Trocadéro, une odeur de moisi et d’abandon m’a saisi à la gorge. J’étais si déprimé que j’aurais voulu partir toute de suite. Mais je me suis forcé à rester, à examiner ces masques, tous ces objets que des hommes avaient exécutés dans un dessein sacré, magique, pour qu’ils servent d’intermédiaires entre eux et les forces inconnues hostiles qui les entouraient, tâchant ainsi de surmonter leur frayeur en leur donnant couleur et forme. Et alors j’ai compris que c’était le sens même de la peinture. Ce n’est pas un processus esthétique ; c’est une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs. Le jour où j’ai compris cela, je sus que j’avais trouvé mon chemin. Et puis les gens ont commencé à juger ces masques en termes esthétiques ; maintenant, tout le monde dit qu’il n’y a de plus beau» dit-il à François GILOT, dans son ouvrage «Vivre avec Picasso». PICASSO voulait rompre avec le classicisme qui avait relégué les arts nègres au rang de folklore, à quelque chose d’inquiétant. «Les académiciens sont déformateurs. Mais ils déforment servilement ; ils déforment en imitant et poussent l’imitation jusqu’à l’imitation de soi-même. A priori, je les condamne pour leur stérilité puisque leur art est sans prolongement possible» écrit André SALMON, «l’art vivant». PICASSO, en s’inspirant de l’art nègre, en rupture avec le classicisme s’érige en peintre de la modernité «Picasso est un idéaliste, un poète en ses arrangements d’apparence géométriques ; la recherche de l’arabesque, le motif qui remplit sa toile, attestent de la réaction de l’esprit moderne enfin libéré d’un long asservissement à l’impressionnisme» écrit Jacques-Emile BLANCHE.

C’est par la rupture cubiste que l’élève appliqué, Pablo PICASSO, inspiré de l’harmonie, accède à son tour au rang de grand maître : «Quand je peins, j’essaie toujours de donner une image à laquelle les gens ne s’attendent pas et qui soit assez écrasante pour être inacceptable. C’est ça qui m’intéresse. Et dans ce sens, je veux être subversif. C’est-à-dire je donne aux gens une image de la nature et d’eux-mêmes. La plupart des gens n’ont pas l’esprit d’invention, ni de création. Comme le dit Hegel, ils ne peuvent reconnaître que ce qu’ils connaissent déjà» dit PICASSO. Avec l’art africain, il transgresse les frontières connues et acquiert ainsi une renommée planétaire : «C’est par une grande audace du goût que l’on est venu à considérer ces idoles nègres comme de véritables œuvres d’art» écrit, en 1917, Guillaume APOLLINAIRE. PICASSO aime et détruit ce qu’il aime, et analyses les choses pour les rendre vivantes. L’art ce n’est ni une «curiosité», ni de «l’exotisme», c’est une esthétique et l’un des tournants majeurs de l’art au XXème siècle : «Les amateurs de curiosités qui nous avaient précédés ne voyaient dans leurs acquisitions que des magots pittoresques. Ce fut sans aucun doute le cas pour Vlaminck lors de son achat. Pour que la vraie découverte de l’art africain et de l’art océanien ait pu se faire, il fallut qu’en automne 1906, les travaux de Picasso préludant aux Demoiselles d’Avignon aient créé le climat propice à cet élargissement de l’esthétique» écrit Pierre DAIX. L’Afrique a été le point d’appui de la grande créativité de cet artiste hors norme. PICASSO rejette le «primitivisme occidental»  pour appréhender et comprendre la beauté du «nègre».

Carl EISNTEIN rejette aussi cette conception exotique de l’art africain «Ce qui n’est pas original n’est pas nègre. La valeur de l’art africain n’est point diminuée par l’incapacité de gens sans importance. Je considère l’art africain, non sous l’aspect de l’industrie actuelle, point pour suggérer des nouvelles formes d’art, mais plutôt pour que commencent des recherches d’art historiques, dans le domaine plastique et pictural africain» écrit-il dans la revue Action, en 1922. Dans son étude sur l’art nègre, Léo FROBENIUS pose cette question que «signifie pour nous l’Afrique ? Pour nous, c’est-à-dire pour les hommes s’avançant vers le milieu du XXème siècle ?» FROBENIUS  écrit que «tout est strictement approprié à son but, rude sévère, tectonique». Michel LEIRIS tente de donner une explication du succès de l’art nègre auprès de cubistes et se demande «si la fonction instrumentale que l’on peut assigner à ces statues (africaines) ne fournirait pas l’explication, au moins partielle, que les sculpteurs négro-africains savent donner aux volumes, presque toujours si pleins et si délibérément assis dans l’étendue».

«L’art nègre ? Connais pas», c’est sur le ton de la provocation que PICASSO tentera de répondre à son engouement pour la culture africaine. Il n’y a pas d’art nègre parce que pour le sculpteur négro-africain, il n’y a pas de conscience esthétique de sa création, du bel idéal, de l’art pur, l’art pour l’art. «Il n’y pas d’art nègre, mais une manifestation du génie humain qui, à la suite des circonstances, s’est exprimée et développée en Afrique» dit PICASSO. Brassaï, un de ses familiers, a remarqué un nombre important de statuettes nègres dans l’appartement du 23 rue de la Boétie. Au début du XXème siècle, PICASSO, auparavant, dans son appartement boulevard de Clichy en 1909 : «Les murs s’ornent de masques nègres. Sur les tables, «des bois nègres», qu’il a commencé à collectionner quelques années auparavant. Je crois que c’est Matisse qui, le premier, a découvert la valeur artistique des œuvres nègres, puis Derain. Picasso en est devenu fanatique, et les statues, masques, fétiches de toutes contrées africaines se sont accumulés. La chasse aux œuvres nègres est devenue un réel plaisir pour lui» écrit Fernande OLIVIER. 

Le Musée du Quai Branly, Jacques CHIRAC, dans une exposition du 28 mars au 23 juillet 2017, a montré la collection personnelle de PICASSO des arts nègres qui n’a cessé de l’accompagner dans tous ses ateliers. Divers documents comme des lettres, cartes postales ou photos attestent de l’engouement constant de PICASSO pour les arts nègres. C’est Michel LEIRIS qui lui a le plus parler de l’Afrique, à travers son ouvrage «L’Afrique fantôme»  relatant la mission ethnographique Dakar-Djibouti de 1931 à 1933, pour le compte du Musée de l’Homme. Pablo PICASSO est resté toute sa vie solidaire avec le continent africain, en particulier avec le Sénégal. «L’humanisme négro-africain répond parfaitement à l’attente de l’humanisme contemporain. Des artistes tels que Picasso et Braque ont déjà intégré le style de l’art nègre dans leurs œuvres. Celles-ci n’en sont devenues que plus belles, plus riches, plus universelles» écrit Léopold Sédar SENGHOR, dans «Liberté 3». Pablo PICASSO a donné certaines de ses œuvres, pour financer, une partie du colloque de 1956, à la Sorbonne, des artistes et intellectuels noirs. Il fut, un des grands artistes, à défendre les valeurs culturelles du monde noir, pendant les périodes sombres de la colonisation. A l’occasion de l’exposition de PICASSO, au Musée Dynamique, à Dakar, du 6 avril 1972 au 6 mai 1972, une question a surgi : «Pourquoi Picasso ? Essentiellement pour la jeune école de Dakar, Picasso est un modèle exemplaire» dit le président SENGHOR.

Le président-poète a dit dans quelles conditions il a rencontré PICASSO : «C’était pendant l’Occupation en 1943-44, je fréquentais alors beaucoup d’artistes dont certains sont Espagnols. J’allais quelque fois chez Picasso avec mon ami Pédro Florès (1894-1979), qui était Andalou et peintre. Et Picasso a eu à me dire toute l’inspiration que l’art nègre lui a apporté. Il nous faut rester des sauvages !» dit SENGHOR. Il précise que «l’art nègre n’est réellement esthétique que dans la mesure de son utilité, de son caractère fonctionnel» dit SENGHOR dans son article «Qu’est-ce que la Négritude ?»

On connaît la controverse qui ne s’est pas encore éteinte suscitée par les «Demoiselles d’Avignon» au sujet de l’influence de l’art nègre. . C’est entre 1906-1907 que PICASSO peint «Les Demoiselles d’Avignon», une toile dans laquelle l’art africain transpire de deux visages de femmes : «Lorsque Picasso, sous l’influence de l’art nègre, peignit les «Demoiselles d’Avignon» ce fut un véritable cataclysme. Je me souviens que Stchoukine, qui a tellement aimé la peinture de Picasso, se trouvant chez moi, me dit en pleurant : « Quelle perte pour l’art français ! A cette époque et quand Picasso voulait exprimer des têtes et des corps, pas comme chacun peut les voir, ce qui était le problème des autres peintres, mais comme il les voyait, il avait tendance à les pendre en bloc comme les sculpteurs, ou de profil, comme peignent les enfants» écrit Gertrude STEIN dans son ouvrage «Picasso». «Ce fut Matisse qui, en 1906, l’intéressa (Picasso) à la sculpture nègre. Il ne faut pas oublier que l’art nègre n’est pas naïf, pas du tout, c’est un art très conventionnel. (…) L’art nègre qui était pour Matisse une chose exotique et naïve, devint pour Picasso, Espagnol, une chose naturelle, directe civilisée. Il était normal alors que sa vision en fut renforcée et que le résultat de ses études sur l’art nègre l’eût amené à créer le tableau des Demoiselles d’Avignon en 1907» précise Gertrude STEIN, une collectionneuse d’art et amie de PICASSO. Dans la naissance du cubisme PICASSO se défend d’avoir utilisé l’art nègre dans ses «Demoiselles d’Avignon» : «J’ai peint un nez de profil dans un visage de face. Alors on a parlé des Nègres» dit-il. Pierre DAIX s’est évertué vainement à démontrer que les Demoiselles d’Avignon, ce ne serait que le résultat de l’influence de statuettes ibériques. Jean LAUDE, un grand spécialiste de la question ne partage pas ce point de vue «Avec les Demoiselles d’Avignon (1906-1907) Picasso opère une coupure décisive dans le langage plastique de l’Occident. Depuis 65 ans, cette œuvre n’a rien perdu de sa verve subversive. Les figures dont on admet qu’elles furent élaborées et conçues après une étude de l’art nègre» écrit-il en 1975. Dans les «Demoiselles d’Avignon», sans doute il y a eu appropriations, emprunts ou détournements : «Les artistes du siècle ne faisaient pas œuvre ethnographique, ils poursuivaient une œuvre fortement individuelle, marquée par une volonté provocatrice et critique qui étaient celle des avant-gardes» écrit Christine MARRET. En effet, PICASSO a utilisé deux masques congolais dans la partie droite de sa fameuses toile, «Les Demoiselles d’Avignon». Dominique LEGROS estime que «les rapports de la tête du haut à droite avec le masque Etombi sont frappants. Par l’artifice de la béance, Picasso obtient une bouche en «cul de poule» comparable une fois avec le masque. Le cas du visage du bas à droite et du masque de maladie Pende est encore plus surprenant. L’esthétique du visage de la demoiselle de gauche et celle du masque Dan entretiennent également des rapports évidents : dans chaque cas, élongation du nez, bouches prêtes à gober, stylisation des yeux, et surtout effet du volume obtenu». Jean LAUDE mentionne dans «la peinture française et l’art nègre» la forte influence de l’art nègre sur la peinture de PICASSO «La concavité de la face apparaît sur certaines figures que Picasso réalisa au cours de l’hiver 1907-1908. Elle se retrouve dans un certain nombre de styles africains : dans les statuaires Sénoufo (Côte-d’Ivoire), Fang (Gabon), Warega (Congo-Kinshasa)». Des artistes, comme Juan GRIS, un des mousquetaires du cubisme, ont «tiré réflexion sur la sculpture noire un ensemble de principes esthétiques généraux qui consolidaient ceux que, dans leurs propres œuvres, ils élaboraient» dit Jean LAUDE. «Les Grands Nus», de 1908, sont des formes empruntées à la statuaire Sénoufo.  «Ce travail colossal est celui d’un homme (Picasso) qui a pénétré comme par effraction dans le royaume dont la peinture est maîtresse, par effraction contre sa propre, sa stupéfiante maîtrise de la tradition tout entière» écrit Pierre DAIX. En effet, PICASSO est le «représentant indiscuté de la modernité dans l’art du XXème siècle, refusant tout folklorisme de l’art africain et sensible à l’originalité de l’expression culturelle africaine» écrit Jean CLAIR, dans «Picasso, 1917-1924». Dans sa défense des vaincus ou des marginaux, «la première chose qu’on y remarque, c’est l’effort continu pour souligner les attitudes abattues, humiliées, avilies, souffrantes des personnes accablées par la misère. Mais, curieusement, ces attitudes souffrantes, et tout autant qu’elles sont, semblent n’avoir pour but que de démontrer un manque de vitalité, de dévitalisation, la perte de l’élan vital» écrit Alberto MORAVIA, dans «Picasso, périodes bleue et rose».

En fait, face à ces individus résignés, pour PICASSO «la vie c’est la vitalité». En effet, face à la douleur, ce n’est pas la tristesse ou la colère stériles qui sauvent, il faut surmonter ses faiblesses. «On me parle toujours de l’influence des Nègres sur moi. Comment faire ? Tous, nous aimons les fétiches. Van Gogh dit : l’art japonais, on avait tout cela en commun Nous c’est le Nègres» dit PICASSO, rapporte André MALRAUX dans «La tête obsidienne».

Où se situe PICASSO avec l’art nègre en 1907 ? une année cruciale où PICASSO entre dans une phase de rupture avec le passé. Evoluant vers le cubisme, le «Nu à la serviette ou l’amitié» cette rencontre de PICASSO avec l’art nègre n’a pas été un «coup de tonnerre dans un ciel serein» estime Pierre DAIX. Au salon d’automne de 1906, consacré à une rétrospective pour GAUGUIN mort à Aix le 23 octobre 1906, pour la première fois, au XXIIème Salon des Indépendants, sept peintures influencées par le fauvisme, sont présentées. Le peintre Georges BRAQUE est le premier à exposer une peinture cubiste. Au début, certains pensaient que le cubisme et l’art nègre, ce ne serait que du snobisme ou de l’exotisme. En fait, suivant PICASSO, «le cubisme visait à déplacer la réalité : la réalité n’était plus dans l’objet, elle était dans la peinture. Je n’imite pas la nature, je travaille comme elle» dit-il. Pour Guillaume APOLLINAIRE le cubisme : «C’est l’art de peindre des ensembles nouveaux avec des éléments d’emprunt, non à la réalité de vision, mais à la réalité de connaissance». On sent que PICASSO veut rompre avec la peinture sentimentale, exotique, il veut liquider sa «période rose» ou Arlequin. PICASSO a compris, avant les autres, à travers l’influence de l’art nègre «le sens même de la peinture, comme une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs». Jusqu’à sa mort, il ne cessera de s’intéresser à ces arts primitifs d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques. C’est Daniel-Henry KAHNWEILER, critique et marchand d’art allemand, ayant épousé une Française, qui a fait exposer PICASSO en Allemagne. Pour la société bien-pensante française, le cubisme serait un art allemand.

«Le problème n’est pas de savoir à quel moment Picasso a aperçu le premier masque africain, mais de savoir comment et pourquoi, à un certain moment de 1907, Picasso a relayé dans sa peinture la réflexion de la statuaire ibérique par une réflexion sur l’art africain» écrit Pierre DAIX.

En effet, PICASSO voulait se libérer de tout cet académisme pesant structuré par la pensée bourgeoise. On peut comprendre que les formes africaines de l’art traditionnel, aient été une nouvelle source d’inspiration. Parce que dans sa démarche l’art africain traditionnel, s’adossant à une vision du monde, qui, à la différence de cette pensée bourgeoise, capitaliste, matérialiste et donc aux antipodes de la nature, est en symbiose avec cette dernière. L’art nègre c’est «l’harmonie parfaite entre l’artiste et la matière. La forêt prête à l’homme des essences belles et durables pour qu’il en fasse des dieux. L’art nègre est pour eux (artistes modernes) un ami et un guide» dit Victor GOLOUBEFF (1878-1945). Mieux, cet art part d’un postulat en vertu duquel, les êtres, les choses interagissent et cohabitent harmonieusement dans une vaste cosmogonie. «Le rapport entre l’art nègre et l’art occidental mobilise la foi et la raison pour réconcilier l’homme avec l’homme par-delà les préjugés du passé et les vicissitudes de l’histoire» dit Alioune SENE. L’art nègre est un art majeur, les peintures de PICASSO ont su découvrir le langage plastique de la sculpture africaine au-delà du visible, pour traduire son message universel. L’art africain a été, pour PICASSO, une source féconde de créativité. Par conséquent, grâce à PICASSO, l’art occidental a pu dialoguer avec l’art nègre, pour engendrer des œuvres riches, modernes et denses, dans la diversité et la complémentarité. «L’art nègre et son rival polynésien tirent tout de la perfection humaine, mais ne lui soumettent pas l’œuvre d’art. L’homme prenant l’homme pour modèle, fut-ce pour figurer ses dieux, ne se satisfait pas en imitant l’homme» écrit André SALMON.

PICASSO, un Andalou qui avait pris des leçons de vie catalane, commença à dessiner avant de savoir parler. «La première chose que j’ai faite au monde, c’est de dessiner, comme tous les gosses d’ailleurs, mais beaucoup ne continuent pas. (..) Mes plus grandes émotions artistique, je les ai ressenties lorsque m’apparut soudain la sublime beauté des sculptures exécutées par les artistes anonymes de l’Afrique. Ces ouvrages d’un religieux, passionnés et rigoureusement logiques, sont ce que l’imagination humaine a produit de plus puissant et de plus beau. Je me hâte d’ajouter que je déteste l’exotisme» dit dans un ouvrage de Guillaume APOLLINAIRE «Propos de Picasso». Le 25 octobre 1881, naissance de Pablo Ruiz BLASCO à Malaga, fils de Don José RUIZ BLASCO (1838-1913) et de Dona Maria PICASSO Y LOPEZ (1855-1939). Il porte donc le nom de sa mère : «Mes amis de Barcelone m’ont appelé déjà sous ce nom (Picasso). Il était plus étrange, plus sonore que Ruiz. Et c’est probablement pour ces raisons que je l’ai adopté. Picasso est un nom d’origine italienne» dit-il dans ses «conversations avec Brassaï».  Le jeune Pablo passa les dix premières années de sa vie dans sa ville natale. Ses sœurs, Dolores (Lola) (1884-1958), Concepción (Conchita) (1887-1895) naissent en 1884 et 1887. En 1889, à l'âge de 8 ans, PICASSO peint son premier tableau à l’huile «le Picador». Enfant, il fut instinctivement attiré par les instruments de l’artiste «Quand j’étais enfant ma mère me disait : «si tu deviens soldat, tu deviens général. Si tu deviens moine, tu finiras pape. J’ai voulu être peintre, je suis devenu Picasso» dit-il. «J’ai passé ma vie à peindre comme un enfant» dit-il. Don José RUIZ BLANCO, le père de Picasso était lui-même peintre et professeur à l’école des Beaux-Arts de la ville. Picasso apprit auprès de lui les rudiments de la peinture académique. En 1891, sa famille part pour la Corogne dans le nord de l’Espagne où le père est professeur à l’instituto da Guarda et où Pablo étudie. Puis il poursuivit ses études à l’académie des Arts de Madrid mais n’obtint jamais son diplôme. PICASSO se joignit à ceux qui se qualifiaient de modernistes, c’est à dire, les artistes et les écrivains non-conformistes, ceux que Jaime SABARTES, son secrétaire particulier l’appelait «l’élite de la pensée catalane».

PICASSO arrive à Paris, en octobre 1900, en pleine exposition universelle et ne cesse, en dehors de séjours sporadiques en Espagne (deux voyages en 1901, toute l’année 1903, 1904, 1909 et 1910), d’habiter en France. Au printemps de 1901, PICASSO, à 20 ans, revient à Paris et s’installe au 130 boulevard de Clichy. Il occupe une petite chambre, où il peint et dort. C’est aussi la chambre bleue, bleue comme la couleur qu’il aime, comme il voit les choses et le monde. Ses premières œuvres, cataloguées sous le nom de «période bleue» (1901-1904), dans un environnement peuplé de hères. Il excelle en peintures exécutées dans des teintes bleues, inspirées par un voyage à travers l’Espagne et la mort de son ami CASAGEMAS. Même si PICASSO lui-même insistait fréquemment sur la nature intérieure et subjective de la période bleue, sa genèse et, en particulier, ce monochromatisme bleu, furent des années durant, expliqués comme les résultats de diverses influences esthétiques. Guillaume APOLLINAIRE qui consacre dès 1905 décrit ainsi PICASSO, un grand maître du cubisme «On dit de Picasso que ses œuvres témoignaient d’un désenchantement précoce. Je pense le contraire. Tout l’enchante et son talent incontestable me paraît au service d’une fantaisie qui mêle justement le délicieux et l’horrible, l’abject et le délicat. Son naturalisme amoureux de précision se double de ce mysticisme qui, en Espagne, gît au fond des âmes les moins religieuses». 

Entre 1905 et 1907, Picasso entra dans une nouvelle phase, appelée la «période rose» caractérisée par un style plus enjoué, dominé par l’orange et le rose. Il entame la sculpture et peint le nu. Dans sa vie bohème, il rencontre d’autres artistes, Max JACOB, Paul FORT, Henri MATISSE, ainsi que Fernande OLIVIER. En 1907, il peint ses fameuses «Demoiselles d'Avignon». Le cubisme est né. PICASSO lui reste fidèle pendant dix ans. Il invente également avec Georges BRAQUE les «papiers collés». Durant les années 20, il peint des portraits inspirés d'Ingres mais abandonne bientôt le style antique pour le surréalisme (1925-1929). La guerre d'Espagne lui inspire sa célèbre fresque, en 1937 «Guernica», destinée au pavillon espagnol de l'exposition internationale de Paris et formidable synthèse entre cubisme, expressionnisme et surréalisme. A partir de 1907, PICASSO expérimente le cubisme, et s’attache à restituer la complexité du réel. «Un des points fondamentaux du cubisme visait à déplacer la réalité ; la réalité n’était plus dans l’objet, elle était dans la peinture», souligne PICASSO. «La première crise de sa jeunesse passée, Picasso a refoulé au plus profond de soi-même tout le côté rêveur, languissant et douloureux de sa personnalité. En modifiant ainsi l’aspect superficiel du drame de sa vie, il a apporté son style sur un plan plus élargi, d’où il envisage le monde extérieur sans lui prêter d’échappées sentimentales, mais en le maintenant strictement dans les termes plastiques» écrit Christian ZERVOS. «Pour moi, peindre un tableau c’est une action dramatique au cours de laquelle la réalité se trouve déchirée», dit PICASSO. Il reste à Paris pendant la seconde guerre mondiale «Je ne cherche pas le danger, mais je n’aime pas céder à la force. J’y suis. J’y reste» dit-il à Françoise GILOT.

Grand séducteur PICASSO revendique la suprématie absolue de la peinture à laquelle il sacrifie toute sa vie : «chaque tableau est une fiole de mon sang» dit-il. Suivant cet artiste «il n’y a rien qui ressemble à un caniche autant qu’un autre caniche. Pour moi, il n’y a que deux sortes de femmes : déesse ou tapis-brosse. Personne ne compte vraiment pour moi. Un coup de balai, et voilà, ils sont partis» dit-il avec cynisme. «Pour mon malheur et pour ma joie peut-être, je place les choses selon mes amours» dit-il à Christian ZERVOS. Mais PICASSO est un solitaire isolé dans un flot d’admirateurs. Amateur de potins et de corrida, athée, mais fétichiste, on comprend mieux pourquoi PICASSO s’était épris des arts nègres. Il aurait aimé mener une vie comme un parfait dimanche à l’espagnole «Messe le matin, courses de taureaux l’après-midi, et bordel le soir».

Par amour pour sa Fernande OLIVIER, plantureuse et nonchalante, Pablo cesse de fréquenter les bordels et les cabarets. Son œuvre s'en ressent. Elle acquiert de la légèreté. Les vieux mendiants et les enfants malades laissent la place aux Arlequins et aux jeunes filles de la période rose.  PICASSO n’accepte une relation amoureuse que si celle-ci est au service de son art : «Toujours avide et toujours lassé comme séducteur sévillan, lui, il ne se laisse jamais asservir par une femme, que pour s’en délivrer par la création. Pour lui, l’expérience amoureuse n’est pas un but en soi, mais l’indispensable stimulant de son pouvoir créateur» écrit Brassaï. Son secrétaire particulier confirme ce point de vue : «Quand à ses amours, je constate seulement les bienheureux effets de ses passions sur sa peinture, qui suit toujours la courbe, de ses passions. Les femmes passent, les œuvres restent» dit Jaime SABARTES. En homme d’affaire avisé et riche, PICASSO s’était marié, en 1918, avec la danseuse des ballets russes de Diaghilev, Olga KHOKHLOVA (1918-1955) En 1916, Jean COCTEAU propose à PICASSO de dessiner les décors et les costumes d'un ballet dont il a écrit le texte, sur une musique d'Erik Satie et une chorégraphie de Diaghilev.  En 1917, PICASSO avait présenté Olga à sa mère, en Espagne : «Je crois qu’aucune femme ne pourra être heureuse avec mon fils. Il n’appartient à personne, car il n’appartient qu’à la peinture» avait dit la mère de PICASSO. «Elle (Olga) marchait à petits pas saccadés, comme un poney de cirque. Elle avait un visage chiffonné parsemés de taches de rousseurs, une bouche mince, et, en parlant, elle dardait de tous les côtés ses yeux vert-jaune, sans jamais regarder en face» écrit Françoise GILOT.  Olga et PICCASSO qui ont vécu ensemble entre 1916 et 1935, avaient eu un fils, Paul, né en 1921, que tout le monde appelait Paulo. Cette jeune femme russe a été l’opportunité pour PICASSO de faire la promotion de ses tableaux auprès la haute société.  

Jacqueline ROQUE (1927-1973), rencontrée à la boutique de Poterie à Vallauris, en 1952 qui a été sa dernière compagne ; à 26 ans, elle ressemble à la jeune fille assise dans un harem qui tient le narguilé des femmes d’Alger d’Eugène DELACROIX. Ils se marient en 1961. Jacqueline ROQUE, dans un moment de déprime, se suicida par arme à feu le 15 octobre 1986. 

PICASSO a eu avec Marie-Thérèse WALTER (1909-1977), rencontrée aux Galeries Lafayette, alors qu’elle avait 17 ans, une fille, Maya, née le 5 septembre 1935 : «J’ai eu à la fois la veine et la déveine de naître en 1935, quand mon père avait 54 ans. Il avait déjà un fils avec Olga, Paulo, mon aîné de quatorze ans. J’étais une fille, il s’attendait à un garçon mais ce fut pour lui comme un éblouissement. Appelée Maria, Maria de la Concepción, en référence à sa petite sœur disparue, j’ai été la fille d’un homme qui n’avait plus 20 ans» dit Maya WIDMAER-PICASSO. 

Contrairement à la légende d’un PICASSO peu attentif à sa famille, Maya donne une autre version : «Pour mon père, elle (Marie-Thérèse Walter) était la femme la plus belle, la plus intelligente et la plus étourdissante qu’il avait rencontrée dans sa vie. Papa était marié à Olga Khokhlova, mère de Paulo, lorsqu’il a rencontré, devant les Galeries Lafayette, cette beauté blonde, sportive, douce, au teint frais et aux yeux clairs, qui avait pour nom Marie-Thérèse Walter. Elle n’était pas très instruite. Beaucoup plus jeune que lui, elle se pliait à ses volontés. Je me souviens avoir vu papa, à plusieurs reprises, à genoux devant ma mère et aussi aller avec elle aux vêpres ou à ma première communion», déclare Maya, sa fille. 

PICASSO a vécu de 1935 à 1945 avec la photographe et peintre, Henriette Dora MARKOVITCH dite Dora MAAR (1907-1997). Issue d’un père yougoslave et d’une mère de la Touraine, mystique et adepte de l’occultisme, elle a été peinte en femme qui pleure, avec des formes torturées, en femme assise ou au chapeau, en chimère, en Suppliante ou Sphinge. Pendant cette époque, la création de PICASSO est marquée par une étrangeté inquiétante où la vie et la mort dialoguent. Dora MAAR encourage Picasso, isolé par le succès depuis les années 20, à renouer plus fortement avec l’effervescence, les débats, les tensions et antagonismes de la vie artistique de l’avant-garde. Tous deux partagent de fait les mêmes affinités avec les milieux surréalistes. C’est durant cette période que PICASSO peint «Guernica», une œuvre considérée par les nazis comme dégénérée. Dora MAAR, une femme tourmentée, anxieuse, encline aux orages et éclats, mais hautement intellectuelle ; PICASSO écrit des poèmes surréalistes. Dora MAAR qui avait vécu en Argentine, parlait l’espagnol. C’est au café des Deux-Magot, en 1935, qu’il fit sa connaissance et c’est Paul ELUARD qui a fait les présentations. C’est «Il avait remarqué, à une table voisine, le visage grave, tendu, cette jeune fille aux yeux clairs, au regard attentif, d’une fixité inquiétante» écrit Brassaï. «Il faisait tellement noir à midi, qu’on voyait les étoiles» dit PICASSO dans un poème, au sujet de cette rencontre. La vie bourgeoise de la rue de la Boétie, ses fréquentations et ses succès mondains avaient pu le distraire et l’amuser, flatter sa vanité, éprouvé par les luttes fratricides conjugales, PICASSO va s’installer à la rue des Grands Augustins, toujours à Paris.

PICASSO a eu avec François GILOT, rencontrée en 1943, deux enfants : Claude, comme le maître de Watteau, né le 15 mai 1947, et une fille Paloma, née le 19 avril 1949, jour de l’ouverture du Congrès mondial de la Paix à Paris. Paloma est donc un souvenir de la colombe de la paix que PICASSO réalisa pour cette rencontre. Françoise GILOT est représentée dans un tableau comme «La femme-fleur», une femme massive assise sur un long tabouret africain. «Toute jeune, passionnée de peinture, avide de conseils, impatiente de faire valoir ses talents, je suis frappé par la vitalité de cette jeune fille, par sa ténacité à triompher des obstacles. Toute sa personne dégageait une impression de fraîcheur et de vivacité rayonnantes» écrit Brassaï. 

Françoise GILOT décrit ainsi PICASSO : «l’œil perçant, les cheveux noirs, trapu, solide, un bel animal. Maintenant avec ses cheveux blanchissants, son air absent, peut-être distrait ou ennuyé, je lui trouvais une expression fermée, énigmatique». 

Passionné de poterie et de corrida, PICASSO avait peur des voyages, s’asseyait à l’avant de la voiture et avait dû mal à trouver des costumes adaptés à sa corpulence. Il est foncièrement agressif et changeant, mais il place l’amitié au-dessus des clivages politiques. Mais pour lui, l’amitié n’a aucune valeur si elle n’est pas démonstrative «Je n’aime pas mes vieux amis. Ils ne savent que me critiquer, me désapprouver, me faire des reproches» dit-il. En effet, Pablo PICASSO a eu aussi des amantes, devenues célèbres, dont Fernande OLIVIER, Marie-Thérèse WALTER qui se pendit quatre ans après sa mort, Pablo PICASSO, entre créativité et passions amoureuses. PICASSO l’avait rencontré, par hasard à la rue de la Boétie et l’avait peinte dans le fauteuil rouge : «Sa jeunesse, sa gaité, son rire, sa nature enjouée l’avaient séduit. Il aimait la blondeur de ses cheveux, son teint lumineux, son corps sculptural. Sa peinture devint aussi ondoyante» écrit Brassaï. Mais PICASSO personnifie le Minotaure, ce monstre sardonique et dangereux certes, mais «bien vivant, avec ses naseaux fumant, dilatés par le désir qui le pousse à convoiter les jeunes filles nues, provocantes et sans défense. Son minotaure sera toujours le monstre piaffant et rôdant autour de la femme endormie» précise Brassaï.

Quand il découvre la Côte-d’Azur, en 1919, il s’exclame «J’ai compris que ce paysage est le mien» dit PICASSO. Installé sur la Côte-d’Azur depuis 1946, PICASSO meurt dans sa maison Notre-Dame-de-Vie à Mougins le dimanche 8 avril 1973, à l’âge de 91 ans, et est enterré au château de Vauvenargues, interdit aux visiteurs. Le symboliste russe Georgy CHULKOY écrivit : «La mort de Picasso est une chose tragique. Pourtant, combien ceux qui croient pouvoir imiter Picasso ou apprendre de lui sont en vérité aveugles et naïfs. Apprendre quoi ? Ces formes ne correspondent à aucune émotion existant hors de l’Enfer. Mais être en Enfer signifie anticiper la mort, et les Cubistes ne s’intéressent guère à ce genre de connaissance infinie» Il existe pas moins de sept musées en Europe qui portent son nom : Paris, Antibes, Vallauris, Barcelone, deux à Malaga, un à Münster en Allemagne. Une gamme de voitures Citroën a porté, de 1998 à 2018, la marque du nom de l’artiste. «Picasso, ce n'est pas seulement un moment de l'histoire de la peinture, mais un moment de l'histoire de l'homme. Ce n'est pas seulement une manière nouvelle de regarder le monde, mais une nouvelle manière de se comporter à son égard», dit Roger GARAUDY. Dans le journal Le Monde, André CHASTEL, historien de l’art, écrit que le «Grand Pan est mort». Ce grand Titan, avec sa figure déroutante défiant le temps, échappe à toute mesure «Tel qu’en lui-même il s’était fait, Pablo Ruiz Picasso défiait le temps. Il n’appartenait à aucune époque, les ayant toutes dominées ou devancées» écrit Michel del CASTILLO dans le Point. 

«L’art qui est un langage commun, une interrogation de l’univers cosmique et des forces obscures du destin, peut nous aider à donner une réponse plus humaine au drame de notre existence» écrit Alioune SENE, ministre de la culture du Sénégal, sous SENGHOR.

Le poème «masque nègre», un extrait du recueil de poèmes : «Chants d'ombre» de Léopold Sédar SENGHOR est dédié à Pablo PICASSO :

Elle dort et repose sur la candeur du sable.
Koumba Tam dort. Une palme verte voile la fièvre des cheveux, cuivre le front courbe.
Les paupières closes, coupe double et sources scellées.

Ce fin croissant, cette lèvre plus noire et lourde à peine – où le sourire de la femme complice?
Les patènes des joues, le dessin du menton chantent l’accord muet.
Visage de masque fermé à l’éphémère, sans yeux sans matière.
Tête de bronze parfaite et sa patine de temps.
Que ne souillent fards ni rougeur ni rides, ni traces de larmes ni de baisers
O visage tel que Dieu t’a créé avant la mémoire même des âges.
Visage de l’aube du monde, ne t’ouvre pas comme un col tendre pour émouvoir ma chair.
Je t’adore, ô Beauté, de mon œil monocorde !

 Musée Picasso à Paris, 5 rue de Thorigny, à Paris 3ème, chez mon ami et maire, Pierre AIDENBAUM, un grand humaniste.

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Paris, le 20 juillet 2019, par Amadou Bal BA.

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