"Grain de sable dans la planète Jupiter" par M. Amadou Bal BA

Jusqu’ici, comme s'il avait un bon marabout, tout avait réussi au candidat, puis au président Emmanuel MACRON ; il a la jeunesse, le sourire cosmétique et une arme de guerre censée faire voler en éclats «le vieux monde» : il ne serait ni de droite, ni de gauche. Dans ses flagorneries, une certaine presse, obséquieuse, superficielle et de connivence, l’a surnommé Jupiter. Guidé par une bepensée complexe, le président MACRON incarnerait, de façon olympienne, la fonction présidentielle. Les partis traditionnels victimes d’un «dégagisme», en référence à une expression de Jean-Luc MELENCHON, sont entrés dans une crise et un coma profonds. Devant ce champ de ruines, sans combattants, le président MACRON a enchaîné, coup sur coup, diverses réformes contre les acquis sociaux, sans grands dommages politiques pour son gouvernement et pour son image. Les vaillantes résistances des partis de gauche, fortement divisés et affaiblis, et des syndicats, se sont émoussées devant la toute puissance de Jupiter.

On se disait, qu’avec une pareille aura, un tel talisman, c’est déjà plié pour les prochaines élections européennes et municipales ; les partis d'opposition, déjà laminés par un vent de "dégagisme", ne ramasseraient que des miettes. La République En Marche va encore poursuivre et accentuer son hégémonie en vue d'une éventuelle recomposition du paysage politique. Et voila que patatras, un grain de sable vient de perturber la planète Jupiter. Les cartes sont rebattues. En fait, le marabout de M. MACRON ne serait qu'un piètre charlatan de Barbès. En effet, l’affaire Alexandre BENALLA, apparemment anecdotique, révèle à l’opinion publique, anesthésiée et assoupie, une des plus grandes escroqueries de l’histoire politique de ce début du XXIème siècle, à savoir, que derrière cette savante gesticulation, ces mises en scène, se cachent, savamment, le mensonge, la dissimulation, l’instrumentalisation, et surtout l'esprit de caste et de château. La Macronie n’était, en réalité, que le plus grand casse du siècle. L’égalité devant la loi, la protection du faible devant le fort, la compassion, ce sont des mots que nous revendiquons dans notre démocratie. M. MACRON avait réprimandé un jeune qui l’avait appelé «Manu» et non «Monsieur le Président». Il faut respecter les institutions. Mais pour les puissants, ces principes restent cantonnés uniquement dans le domaine de la rhétorique et de la communication. Tout est dans le sourire !

Souvenez-vous, le candidat Emmanuel MACRON, dans une ascension fulgurante, se disait «ni de gauche, ni de droite», mais, en fait, il cajole les riches, et fouette les pauvres, les retraités, les fonctionnaires, les collectivités locales et les immigrés. Il faut qu’il publie la liste de ses donateurs pour sa campagne aux élections présidentielles de 2017 !

Dans une démarche républicaine, contraint et forcé de voter M. MACRON au deuxième tour, je découvre, avec grand effroi qu’il est un ami de Philippe de VILLIERS, un vicomte ouvertement raciste qui le conseille à la Rotonde. Cette loi scélérate sur l’immigration, avec des règles contraires aux normes européennes, doit être abrogée. Nous réclamons aussi justice pour les familles de jeunes de banlieue morts lors d’un banal contrôle faciès (Adama TRAORE, Amadou KOUMé, Bouna et Zied), justice également Naomi MUSENGA, morte sans secours et Théo, violé au tonfa.

Par ailleurs, M. MACRON qui évoquait «le ventre des mères africaines» agitant ainsi le spectre du «grand remplacement», avait, pourtant soutenu, à juste titre, dans son projet présidentiel que l’Afrique est un «continent d’opportunités». Sitôt élu voila que les discours colonialistes et esclavagistes réapparaissent, et certains présidents africains sont même qualifiés «d’électriciens».

L’affaire BENALLA a un grand mérite, c’est que maintenant nous pouvons sonner l’hallali : «le Roi est tout nu» ! Magicien de la communication, le système de duplicité de M. MACRON, masqué par son sourire enjoliveur et rassurant, est démasqué. Le «vieux monde», loin de mourir, est bien incarné par M. MACRON, président des riches et protecteur de ses amis. En effet, le concept «Ni de gauche, ni de droite» s’il signifiait abandonner le manichéisme, l’esprit partisan, et s’attacher exclusivement à l’intérêt général, dans la prise de décisions courageuses pour faire avancer la société dans le bon sens, les réformes seraient acceptables. Une bonne réforme, tout en cassant la logique des privilèges indus, devrait répartir les sacrifices de façon juste et équitable et poursuivre des objectifs de progrès social et économique. Or, ce qu’on appelle la réforme en France, ce sont des politiques libérales pour lesquelles les faibles sont un poids mort et devraient payer les pots cassés des erreurs du capitalisme financier. Ce sont toujours les mêmes, les exclus, qui trinquent, et les puissants sont épargnés. Pour toutes ces soi-disant réformes à venir de la Macronie, mais qui sont une atteinte aux droits sociaux et aux libertés, il faut plus que jamais dire STOP aux saccages !

L'espoir et l'espérance ne meurent jamais ; il y a encore dans ce monde des privilèges, de sérieuses raisons de se révolter et de se battre pour la justice, la fraternité, l'égalité réelle, la transparence et le bien-vivre ensemble dans le respect mutuel.


Paris, le 21 juillet 2018 par M. Amadou Bal BA.

 

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