amadouba19@gmail.com (avatar)

amadouba19@gmail.com

Le bien-vivre ensemble Littérature et Politique

Abonné·e de Mediapart

1189 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 août 2025

amadouba19@gmail.com (avatar)

amadouba19@gmail.com

Le bien-vivre ensemble Littérature et Politique

Abonné·e de Mediapart

"RCA élections générales du 28 décembre 2025" Amadou Bal BA

République centrafricaine : Élections présidentielles législatives, régionales et locales du 28 décembre 2025. Quelles perspectives pour la démocratie, la paix et la lutte contre la grande pauvreté, dans un pays de d’or et de diamant ?

amadouba19@gmail.com (avatar)

amadouba19@gmail.com

Le bien-vivre ensemble Littérature et Politique

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Illustration 2
Illustration 3

«République centrafricaine : Élections présidentielles législatives, régionales et locales du 28 décembre 2025. Quelles perspectives pour la démocratie, la paix et la lutte contre la grande pauvreté, dans un pays de d’or et de diamant ?» par Amadou Bal BA

Les élections, ce n'est pas seulement qu'en RCI et au Cameroun, le président centrafricain, Archange-Faustin TOUADERA, en fonction depuis 2016, a annoncé qu'il est candidat pour sa propre succession. La particularité centrafricaine est d'avoir regroupé toutes les élections nationales et locales au 28 décembre 2025. Il existe une cinquantaine de partis politiques en RCA, mais qui protestent contre ce regroupement des élections jugé trop lourd à gérer. On sait qu'en Afrique, il n'y a pas de financement public des élections. Du moins le parti au pouvoir tape dans les caisses de l'État et l'opposition doit se débrouiller.

André GIDE a passé près d'un an, de juillet 1926 à mai 1927 dans les colonies françaises de l'Afrique équatoriale, notamment le Tchad et l’actuelle République centrafricaine, désignée par l’Oubangui-Chari. La description des conditions de vie des Noirs le long du Congo et au Tchad forme un véritable réquisitoire contre l'administration coloniale et a fait sensation.

La République centrafricaine, R.C.A., un pays sous-peuplé de 6 100 000 habitants, vaste de 630 000 km soit 1,14 fois plus grand que la France, est enclavé ; il est encerclé par le Tchad, les deux Congo et le Cameroun. Contrairement à ce que nous raconte une certaine presse, ce pays, comme la plupart des États africains, n'est pas pauvre. On trouve y trouve du pétrole, des diamants réputés pour leur pureté exceptionnelle, de l'or, mais aussi du bois, du caoutchouc, le coton, le café et le tabac. Partout il y a la guerre, c'est souvent pour contrôler et confisquer les matières premières africaines.

La RCA compte pas moins de 90 groupes ethniques dont des Baya-Manja, Aka, Banda, des pygmées, et peu de gens le savent, des Peuls. Peuplée de catholiques, de musulmans et d’animistes, la langue Sango semble être dominante. Ce pays des plateaux, de la plaine, des forêts et des montagnes, dont la capitale est Bangui, est divisé en 7 régions (Plateaux, l'Équateur, Yadé, Kaga, Fertit, Haut-Oubangui et Bas-Oubangui), 20 préfectures et 84 sous-préfectures.

Quels enjeux de ce scrutin et quelles perspectives pour la démocratie et le bien-être de tous ?

De nos jours, les forces du Chaos ne parlent que de Wagner et des Russes bien implantés en RCA. Cela témoigne de la mauvaise gestion de la politique africaine de la Françafrique. Pendant la colonisation, l’Oubangui-Chari et ses merveilleuses forêts, riche en caoutchouc a été livrée au privilège des grandes de grandes compagnies, un régime d’intérêts privés fortement organisés, contrôlés, en théorie, par l’administration coloniale, mais jouissant, en dépit de leur prédation et de leur violence, d’une grande impunité. André GIDE (1869-1951), un humaniste, avait violemment dénoncé les abus qu’il avait lui-même constatés sur le terrain, en 1929, dans son livre, «Voyage au Congo». Sous Valéry-Giscard D’ESTAING (1926-2020), qui avait perdu les élections présidentielles de 1981, en grande partie du fait du cadeau des diamants, du maréchal Jean-Bedel BOKASSA (1921-1996), le pays avait été livré à un fou, un mégalomane et dictateur, qui s’est investi en Empereur.

 Les questions majeures sont celles de l'État de droit, de l'indépendance de la justice contre les monarchies à vie, et donc la limitation du mandat présidentiel, de la paix, mais aussi, et surtout, de la lutte contre la grande pauvreté de la population, pour une meilleure répartition des richesses.

Tout d’abord, on a de sérieuses difficultés en Afrique, de respect par les autorités étatiques, des règles constitutionnelles qu’elles ont elle-même posées, en tripatouillant la Constitution. En effet, une fois élu le chef de l’Etat africain, au Cameroun, en R.C.I., au Togo, et maintenant en RCA, ne cherche qu’à se maintenir, à vie, au pouvoir, comme un monarque.

Je rappelle que la Constitution de 2004 avait été suspendue à la suite de la prise du pouvoir par le mouvement rebelle Séléka, et la proclamation de son chef Michel DJOTODIA comme président de la République, le 24 mars 2013. Le 20 janvier 2014, Catherine SAMBA-PANZA, maire de Bangui, est élue par le Conseil national de transition comme nouveau chef de l'État de la transition. Le Conseil national de transition adopte le 16 février 2015, un texte validé par referendum le 13 décembre 2015 et promulgué le 30 mars 2016. Faustin-Archange TOUADERA, l’actuel président, élu le 14 février 2016 et réélu le 27 décembre 2020. Ce texte interdit au chef de l’Etat de briguer plus de deux mandats.

Le président TOUADERA a fait modifier la Constitution par referendum, le 30 juillet 2023, pour pouvoir se représenter indéfiniment, comme une monarchie. «Le président de la République est élu au suffrage universel direct et au scrutin secret, majoritaire à deux tours, pour un mandat de sept ans renouvelables» dit l’article 67 alinéa 1er de la nouvelle Constitution de 2023. Or, la Constitution du 30 mars 2016, très démocratique, posant des règles d’un ordre constitutionnel idéal et juste, déclarait que le mandat présidentiel était intangible. En effet, cette Constitution de 2016 proclamait, en son article 24, que «la forme de l’Etat est la République». En particulier, la durée du mandat présidentiel est de cinq ans. «Le mandat est renouvelable une fois. En aucun cas, le président ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs ou le proroger, pour quelque motif que ce soit», article 35 alinéas 2 et 3.

Ce qui accentue encore ce régime monarchiste est la création d’un poste de vice-président. Nommé par le Président, celui-ci a pour rôle de le suppléer et, en cas de vacance permanente du pouvoir, lui succéder afin d'organiser une élection présidentielle sous trois mois. D’autre part, comme en Côte-d’Ivoire, sur «l’ivoirité», le président TOUADERA fait appel à un concept ethniciste, la notion «Centrafricain d’origine», pour pouvoir se présenter aux élections «La nationalité centrafricaine est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre, sauf les cas d'exception déterminés par la loi. La nationalité centrafricaine est soit d'origine soit d'acquisition individuelle. Est Centrafricain d'origine toute personne dont les parents sont eux-mêmes Centrafricains d'origine» édicte l’article 10 de la Constitution de 2023.

Par ailleurs, les opposants et, en dépit de leurs immunités parlementaires, sont placés sous un régime disciplinaire. Ainsi, l’opposant, Aurélien Simplice ZINGAS, avait été interdit, le 19 mai 2021, de quitter le pays, pour se rendre en Afrique du Sud au sommet du parlement panafricain. L’Oubangui-Chari devenue la RCA, une ancienne colonie française, a inspiré le premier prix Goncourt d'un racisé, «le Batouala» de René MARAN. C'est le pays de Barthelemy BOGANDA (1910-1959), un nationaliste et panafricaniste, le héros de l'indépendance. «Il apparaît, de toute évidence, et de nos jours, plus clairement que par le passé, que M. B. Boganda condensait en sa personne les sentiments inavoués de ceux qui croyaient en leur liberté confisquée par le régime colonial. Cette liberté a été théoriquement restituée au peuple qui n’a malheureusement pas de cesse de la réclamer à nouveau aux dirigeants qui le gouvernent», écrit Joachim NDAYEN, dans la préface de la biographie de Victor BISSENGUé, sur Barthélémy BOGANDA. Jeune et converti à l’âge de 12 ans, en 1922, au catholicisme, abandonnant ainsi la religion traditionnelle africaine, le rêve d’ascension et de promotion de Barthélémy BOGANDA sous la colonisation sera terriblement déçu. «Je me présentai chez Mgr Calloc’h pour lui exprimer ma volonté de faire tout ce qui dépendait de moi, de me soumettre à toute sorte de discipline, pour pouvoir, un jour, sortir mon pays et mes frères de la situation où ils se trouvaient. Une seule porte pouvait m’être ouverte rendant possible cet idéal : le sacerdoce. La réponse fut sèche : «C’est dur et c’est très long». J’ai timidement répliqué : «Je serai dur pour moi-même et je mettrai les bouchées doubles». Et je le fis» dit Barthélémy BOGANDA.

La vie politique en RCA a été souvent mouvementée. A l’indépendance, en 1960, David DACKO (1930-2003), un instituteur et  partisan du MESAN de Barthélémy BOGANDA, de la même ethnie Ngbaka, le premier président du 14 août 1960 au 1er janvier 1966 et de 1979 à 1981. Jean-Bedel BOKASSA (1921-1996) cousin de David DACKO, ancien sous-officier de l’infanterie coloniale en Indochine, a été président centrafricain de 1966 à 1976. Après avoir renversé et emprisonné, le premier président, BOKASSA, image caricaturale et dramatique du népotisme et du néocolonialisme, libère son cousin, David DACKO, pour en faire son conseiller politique, mais instaure une monarchie de 1976 à 1979. Mais le général André KOLINGBA (1936-2010) fomente un coup d’État le 1er septembre 1981, et adopte devant la pression populaire, une Constitution, le 28 novembre 1981. David DACKO, battu aux élections de 1991, par André KOLINGBA, meurt en exil, le 20 novembre 2003 au Cameroun.

Une politique de réduction et de lutte contre la pauvreté paraît être un des enjeux politiques. En effet, en dépit des matières premières de ce pays, la pauvreté en RCA est inquiétante. L’espérance de vie, en moyenne, de 43,5 ans, ne cesse de diminuer tous les 10 ans. Le taux d’alphabétisation des adultes de 43%. En Centrafrique, 70% des ménages vivent dans la pauvreté. «Le taux de pauvreté en RCA est l’un des plus élevés au monde. Pour obtenir des chiffres de pauvreté comparables au niveau international, l’agrégat de consommation est dilaté dans le temps, mais pas dans l’espace, puis ajusté en fonction de l’indice des prix à la consommation (IPC) et des PPA pour tenir compte de l’inflation et des différences de coût de la vie entre les différents pays. Selon cette approche, environ 65,7 % des Centrafricains vivent sous le seuil de pauvreté international de 2,15 dollars» écrit, en 2023, un rapport de la Banque mondiale. La pauvreté est marquée par un net clivage urbain‑rural, en grande partie liée au fait que Bangui figure dans les zones urbaines : le taux de pauvreté est de 40,1 % dans la capitale du pays, beaucoup plus bas que la moyenne de toutes les autres régions réunies, où elle est à 73,3 %. Le taux de pauvreté des Centrafricains déplacés vivant dans les camps (76,3 %) est plus élevé que celui des ménages non déplacés (68,6 %) et des ménages hors des camps qui accueillent des personnes déplacées (68,0 %). L’absence d’un système de protection sociale dans la plupart des pays africains, expose ces personnes à une grande vulnérabilité. L’activité agricole est la plus courante en RCA, mais les contraintes qui pèsent sur la productivité agricole, notamment le manque d’accès aux intrants essentiels et aux marchés, limitent les moyens de subsistance des Centrafricains. Les infrastructures, l’approvisionnement en énergie, en eau étant médiocres, ce qui fragilise davantage les personnes pauvres.

Références bibliographiques

ARCHAMBAULT (Paul), Humanité d’André Gide : essai de biographie et de critique psychologique, Paris, Bloud et Gay, 1946, 352 pages ;

AUZIAS (Dominique) LABOURDETTE (Jean-Paul), République centrafricaine 2010-2011, Paris, Nouvelles éditions de l’Université, 2009, 230 pages ;

BACCART (A), Les martyrs de Bokassa, Paris, Seuil, 1987, 352 pages  ;

Banque mondiale, Evaluation de la pauvreté en RCA en 2023, Washington, Banque mondiale, 2023, 150 pages ;

BIGO (Didier), Pouvoir et obéissance en Centrafrique, Paris, Karthala, 1988, 341 pages  ;

BISSENGUE (Victor), INDO (Prosper), Barthélémy Boganda, héritage et vision, préface de Monseigneur Joachim NDayen, Paris, Harmattan, 2018, 174 pages ;

BRIAND REBOA (Aristide), Agir pour sauver la République centrafricaine, Paris, Harmattan, 2019, 132 pages ;

CHADOURNE (Jacqueline, M.), André Gide et l’Afrique : le rôle de l’Afrique dans la vie et l’œuvre de l’écrivain, Paris, A. G Nizet, 1968, 213 pages, spéc pages 153-163 ;

Côme Kinata, «Barthélemy Boganda et l’Église catholique en Oubangui-Chari», Cahiers d’études africaines, 2008, Vol 48, n°191, pages 549-565 ;

CONRAD (Joseph), Cœur de ténèbres, Paris, Flammarion, 1993, 214 pages  ;

GIDE (André), Voyage au Congo. Carnets de route, suivi le retour du Tchad, Paris, 1929 réédition Gallimard, 1981, 512 pages ;

LACHAISE (Marie-Christine), De l’Oubangui-Chari à la Centrafrique, la construction d’un espace national : le contrôle d’un espace national, Paris, Harmattan, 2015, 352 pages ;

MARAN (René), Batouala, éditrice scientifique Josiane Grinfas-Bouchibti, Paris, Magnard, 2002, 205 pages ;

SERRES (Jacques), Biographie de David Dacko : premier président de la République centrafricaine, 1930-2003 documents pour servir l’histoire centrafricaine, Paris, Harmattan, 2007, 384 pages ;

SMITH (Stephen) FAES (Géraldine), Bokassa 1er, empereur français, Paris, Calmann-Lévy, 2000, 385 pages  ;

SMITI (Bernard), Barthélémy Boganda, défenseur des droits humains, en Oubangui-Chari, Vol 2 1953-1959, Paris, Harmattan, 2021, 317 pages ;

TUQUOI (Jean-Pierre), Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas, Paris, La découverte, 2017, 294 pages ;

YELE (Roger), Les défis de la Centrafrique : gouvernance et stabilisation du système économique : recherche de canevas pour amorcer la croissance, Dakar, CODESRIA, 2011,  271 pages ;

ZOCTIZOUM (Yarisse), Histoire de la Centrafrique : violence du développement, domination et inégalités, préface de Charles Bettelheim, Paris, Harmattan, T I, 1879-1959, 1983, 300 pages, et TII, 1959-1979, 1984,  367 pages.

Paris, le 23 août 2025 par Amadou Bal BA.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.