A l’initiative de l’association RACIVS, une conférence de M. Fodé SYLLA, ambassadeur itinérant du président Macky SALL, s’est tenue aux Mureaux, dans les Yvelines, en présence de Mme Agnès ETENDART et de Nicolas MOURGAPMODELY, du mouvent «Agir Ensemble aux Mureaux».
L'ambassadeur, Fodé SYLLA, ancien président de SOS-Racisme, député européen, membre du Conseil économique, social et environnemental et auteur de nombreux ouvrages, a fait une forte proposition : une bourse itinérante ERASMUS pour l'Afrique. L'idée, c'est d'y associer des Etats africains, latino-américains et Européens, avec une validation scientifique, notamment du CNAM, Mary Teuw NIANE et du sociologue Michel WIEVIORKA. Au moment où la France tente de se bunkeriser et de promouvoir une «immigration choisie», c'est de libérer les énergies à travers cette bourse ERASMUS africaine. Une idée lumineuse à suivre dans son évolution notamment ses mécanismes de financement et de coopération.
L'ambassadeur, Fodé SYLLA, invite les jeunes des Mureaux, pour les municipales des 15 et 22 mars 2020, à s'inscrire, massivement, sur les listes électorales, dès maintenant, à candidater, et à faire entendre leurs voix. La politique n'est pas une chose sale, si on décide de servir au lieu de se servir ; c'est une affaire très noble si l’on se préoccupe que de l'intérêt général, pour améliorer, substantiellement les conditions de vie notamment de ces populations issues de l'immigration qui se sentent abandonnées.
Le débat a été particulièrement riche les participants, après la rencontre avaient du mal à quitter les lieux, les échanges se sont poursuivis, tard dans la nuit. Dans son intervention, Mme Aïssata SECK maire-adjointe à Bondy et native des Mureaux, membre est revenue sur la question de la mémoire à travers ses combats pour la dignité des tirailleurs Sénégalais et au Comité pour la mémoire de l'abolition de l'esclavage. Aïssata, c’est notre égérie, pour l'égalité réelle de notre temps si troublant. Si on ne sait qui on est, il est difficile de savoir où est-ce qu'on va, dit en substance un proverbe africain. Les Mureaux ont changé fondamentalement de sociologie, avec un poids considérable des populations peules et soninkés. En effet, c’est dans cette ville en 2012 et en 2019 que nous avons organisé des meetings mémorables pour la victoire du président Macky SALL. Alors Aïssata SECK dit aux jeunes "Prenez votre destin en main, mobilisez-vous pour les prochaines municipales ? Croyez en vous-mêmes !» ; Cette ville, par sociologie aurait être dirigée par un Noir, comme l’est Washington, la capitale des Etats-Unis. Londres est dirigé par un maire d’origine indienne. Même quand on est majoritaire, en France, c’est seulement dans ce pays où la mentalité colonialiste et esclavagiste est plus que jamais vivace, où l’on tente de nous dissuader, en menaçant d’interdire des listes soi-disant «communautaristes». Au nom de quoi, devrions-nous accepter la servitude permanente, même quand la sociologie a changé ?
Les jeunes issus de l'immigration, pour sortir de l'esclavage et de la servitude permanente, devraient investir tous les lieux de décisions, notamment le pouvoir politique et le pouvoir économique. Les Chinois et les Juifs, conscients de leur identité et de leur culture, fortement communautarisés et centrés sur eux-mêmes. En raison de leur organisation, ils ont une influence considérable dépassant largement celle les Africains et les Arabes, pourtant plus nombreux. En effet, les Chinois et les Juifs, par leur solide organisation, un modèle pour les Africains et les Arabes, ont bien compris que ce n'est pas le nombre qui est important, c'est la qualité de la population. Ils ont leurs écoles privées confessionnelles, subventionnées par des deniers publics, et en contradiction avec le principe de laïcité qu’on nous balance, sans cesse à la figure. Ils ont leurs lieux de cultes qui fleurissent, pendant les constructions de nouvelles mosquées sont systématiquement bloquées. Ils ont leurs banques, leurs diners privés religieux dont la participation est, en partie, remboursée par le fisc, et leurs médias, pour nous taper parfois dessus. Les Chinois ont conquis, par leur travail, presque tous les cafés parisiens. Nous devons ni les combattre, ni les concurrencer, ni les envier, à mon sens, ils représentent la voie à suivre, dont il faut s'en inspirer. Leur réussite force l’admiration et tout bon exemple n’est pas à combattre, mais il faudrait s’en inspirer.
Les Français issus de l'immigration devraient surtout prêter peu d'attention aux calomnies, aux insultes et aux bassesses dont nous sommes quotidiennement l'objet, à longueur de journée dans les télévisions d'information continue. Ainsi, BFMTV s'est s'illustrée, par l'ampleur de ses médisances et son obsession négrophobe et islamophobe, sur lesquels il n'y a pas lieu de s’attarder. Les classes possédantes, les gens du château, pour nous détourner de nos nobles combats, essaient de brouiller toutes nos grilles de lecture d'une société ultra-libérale, fondée sur la logique de violence et de prédation, contre les faibles (immigrés, retraités, fonctionnaires, femmes battues, etc). Michel FOUCAULT (voir mon article) avait bien théorisé dans la société libérale, cette lourde tendance à «surveiller et puni» les faibles. La principale ressource pour les capitalistes, contrairement à une idée, ce n’est pas l’argent, c'est le capital humain qu'il faut assujettir, contrôler et faire travailler pour maximiser les profits, mais pour cela il faudrait l'empêcher d'avoir une conscience de classe, de se rendre compte qu'elle représente une force, si elle croyait en elle elle-même.
Quels sont, finalement, les besoins et aspirations des jeunes issus de l'immigration ? C'est une question sérieuse qui est peu étudiée par les sociologues, les politiques et le monde économique.
Les publicitaires, qui avaient pendant cantonné le Noir dans l'image de l'effrayant et du repoussoir, viennent, subitement, se rendre que les Noirs et Arabes, par leur masse et le pouvoir économique, sont aussi une source potentielle d’énorme profits. «Black is Beautiful» tel est le titre de mon article récent sur Mediapart. Le Noir est placardé dans tous les panneaux publicitaires du métro parisien et chaque jour je découvre des affiches nouvelles. Mais ce pouvoir économique est aussi notre force, nous ne sommes pas que des consommateurs, une race de capitaines d’industrie devrait émerger et se développer.
La première génération d'immigrants qui ne savait ni lire, ni écrire avait traversé le désert, les mers, les Alpes et les Pyrénées, bravé le froid, occupé des emplois peu qualifiés, ingrats, dangereux et mal rémunérés, pour assurer la survie des parents restés au pays. On connaît cette calomnie récurrente de gens aigris ayant raté leur vie et claustrés dans un passés idyllique et fantasmé, redoutant le multiculturalisme : «Avant, c’était mieux, on vivait dans un quartier petit bourgeois». La réalité est têtue : la contribution de nos braves Tirailleurs sénégalais est majeure dans ce système encore de liberté et de démocratie. Si la France est ce qu’elle, une grande nation où il fait bon vivre, la travail de nos Anciens immigrés a été déterminant et le reste encore dans de nombreux secteurs (bâtiments, personnes âgées, entretiens, confection, etc.). Je dis aux Français issus de l'immigration, bien éduqués, sans problèmes de papiers, bien logés chez leurs parents, sans mandats à envoyer chaque mois au Fouta-Toro, pourquoi nous ferions moins que nos parents ? Pourquoi sombrer dans la médiocrité et le ressentiment dans lesquels BFMTV veut nous enfermer ?
Quand on est citoyen de la République, il faut sortir de cet esclavage et de servitude permanente dans lesquels on veut nous enfermer. La vocation d'un citoyen, qui se respecte un peu, ce n'est d'être ni une fiche S, ni un trafiquant de drogue ou un glandeur devant les portes d'immeuble. Nous avons une aspiration profonde, comme les autres communauté à réussir notre vie, à réaliser nos rêves. Le monde du possible est infini, si l’on quitte cette mentalité colonialiste, à condition de s’en donner les moyens. Nos parents nous inculqués la valeur de fierté, de dignité et d’estime de soi. Un citoyen de la République, nourri des valeurs africaine, est quelqu'un qui relève fièrement la tête, s'inscrit sur les listes électorales et refuse que les autres décident à sa place. C'est quand un comble qu'aux Mureaux et à Hénin Beaumont où les Noirs et les Arabes sont majoritaires, ce sont les autres qui décident pour eux.
Les jeunes ont pris la parole, au cours de cette rencontre, et ont indiqué des pistes de solutions encourageantes pour l'avenir. Certains, comme le RACIVS de mon ami, M. Saïdou THIAM, organisateur de cette belle rencontre, ont indiqué qu'ils s'investissent dans le monde associatif. D'autres nous ont relaté leur expérience de chefs d'entreprise, un chemin exigeant et honorable pour sortir de l'esclavage et de la servitude. Il a émergé, surtout, et très fortement, cette classe nouvelle de jeunes qui veulent s'investir en politique et prendre des responsabilités, comme Bouba SAMBOUNOU, avec le mouvement «Agir aux Mureaux».
En définitive, dans toute la France, je dis aux jeunes issus de l'immigration : «sortez de la mentalité colonialiste et esclavagiste ! Prenez-vous en charge et grandissez ! Soyez vous-mêmes et honorez vos Anciens de la première génération d'immigrants ! Investissez tous les lieux de décision politiques économiques et culturels».
Les Mureaux (Yvelines), le 22 novembre 2019 par Amadou Bal BA
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