"14ème jour Chinois de France et Coronavirus" par Amadou Bal BA

Les Chinois de France oscillent entre peur et chauvinisme. Les Africains et Arabes ont beaucoup de choses à apprendre des communautés juive et chinoise, diverses mais solidaires, dans une grande ingéniosité et inventivité pour survivre, rebondir et s'élever, dans la discrétion, sans ce caquetage puérile.

Depuis qu’une caissière a été déclarée contaminée, dans un magasin Tang, à Paris 13ème, la semaine dernière, une grande panique, plus que d’habitude, s’est installée dans la communauté chinoise de France, forte de 700 000 personnes. Pourtant disciplinés, toujours présents au travail sept jours sur sept, ne faisant jamais grève, et vouant un culte sans limites à l’argent, les employés salariés de tous les magasins chinois de Paris ont massivement exercé un droit de retrait, sans précédent. En effet, plus aucun employé chinois ne veut se rendre à son travail. Auparavant, les commerçants chinois de Paris avaient consenti d’importants rabais pour attirer une clientèle qui se faisait de plus en rare, et avaient mis en place un système de livraison à domicile, maintenant suspendu. La Grande peur s’installe, avec l’approche du pic de la pandémie en France, attendue entre les 6 et 15 avril 2020. Les riches commerçants Français d’origine chinoise, essentiellement de la province du Wenzhou, ont finalement fermé boutique, les derniers téméraires clients s’étant volatilisés. L’argent étant élevé, au pays de Confucius au rang de divinité, une religion sans Dieu, si les Chinois ferment leurs magasins, au point de perdre des recettes, c’est que la perspective de la montée de la vague du Coronavirus sème la panique.

 En dépit du barrage de la langue pour certains, les Chinois de France, bien organisés et fortement communautarisés, au sens noble du terme, ont leur outil de communication particulièrement efficace : le «We Chat», traduisant et relayant, immédiatement, en mandarin, et en temps réel, toute une série d’informations, parfois des Hoax. Aussi, la diaspora chinoise, partie pour le Nouvel an en janvier 2020, a très vite contourné les règles strictes de confinement du gouvernement, en passant des chemins détournés ; ils sont revenus, en Italie, en France et en Espagne. Il est vrai qu’au départ, et durant le mois de janvier 2020, les pays européens n’ayant pris au sérieux cette pandémie, ou peu informés, n’avaient pas pris des mesures adéquates de contrôle aux frontières.

 Si les Chinois ont été, jusqu’ici épargnés du Coronavirus, c’est qu’ils ont perçu, très tôt, que les règles de distanciation sociale, sont les meilleures pour protéger leur santé et leur vie. En dépit de différentes techniques du gouvernement chinois, visant à contrôler et filtrer les informations, les Chinois de France étaient, instantanément, au courant, dès le début, le 9 décembre 2019, des mises en garde du docteur LI Wenliang, sur la gravité de cette pandémie. Le gouvernement chinois ayant tenté de réprimer et d’humilier ce médecin héros, mort à 34 ans, s’est vite heurté à une véritable bronca, une révolte de l’opinion publique chinoise, condamnant cette attitude dictatoriale. Aussi, la sévère sanction initiale à l’encontre de LI Wenliang, a été commuée en mesure vexatoire d’excuses publiques. A la Toussaint chinoise, LI Wenliang a été élevé au rang de martyr. Cette pandémie est donc une Révolution, à la base d’un contrepouvoir en Chine, en raison de cette opinion publique naissante, qui s’affirme, devenant ainsi, timidement, une limitation du caractère autoritariste du régime chinois.

En Chine, devenue la superpuissance mondiale, venant en aide au monde dit « libre », et le seul pôle de stabilité, poumon économique n°1 de la terre, les activités économiques ont repris partiellement. Les commandes de masques et de ventilateurs chinois arrivent des grands pays occidentaux (Etats-Unis, France, Italie et Espagne). Le président XI JIN PING est venu à Wuhan, pour rassurer l’opinion publique nationale et internationale. L’Etat chinois envisage même de rouvrir les établissements scolaires, en début avril 2020. Pourtant, Personne, même les Chinois de France, n’a confiance aux chiffres communiqués par le gouvernement chinois sur la mortalité, 2 535 morts. Il semblerait qu’il faille les multiplier par cent (25 000 morts, au moins), pour avoir une idée exacte des ravages de la pandémie en Chine. En tout cas, les familles ne peuvent pas, à ce jour, récupérer et ensevelir leurs morts. Tant qu’il y a des cas de contamination ailleurs dans le monde, aucun pays n’est immunisé, de façon absolue contre ce virus. A suivre.

 En France, cette pandémie a plongé les commerces chinois (tabacs, restaurants, magasins d’alimentation, confection), les salons de massage et la prostitution, dans une crise sans précédent. Ces commerçants, grands travailleurs, qui ne connaissaient pas les 35 heures, ont disparu, comme par enchantement. En effet, depuis samedi 28 mars 2020, presque aucun magasin chinois n’est plus ouvert. Mais, les Chinois de France ayant d’importantes réserves, notamment en argent liquide, ont fait, par anticipation depuis janvier 2020, des courses alimentaires en vue de tenir le confinement entre 2 et 3 mois. Bien avant nos ancêtres les Gaulois, instruits du précédent de leur pays d’origine, les Chinois de France ont retiré leurs enfants des écoles depuis le mois de février et arrêté massivement de travailler ; ils mettaient déjà des masques dans la rue, ce qui passerait à l’époque comme un comportement incongru. Désormais, des voix s’élèvent aux Etats-Unis pour le port de tous, dans l’espace public, de masques. Dans leur génie de débrouillardise, les Chinois de France disposent même d’une assistance médicale en ligne, avec fourniture de médicaments. Ces médicaments venant de Chine, comment sont-ils financés ? Sont-ils efficaces ou ne présentent-ils pas d’effets secondaires, en l’absence d’une surveillance médicale ?

En tout cas, ce Coronavirus au magasin TANG, dans le 13ème arrondissement, a vaincu le courage des plus téméraires. Dans ce Shut down, ou confinement strict des Chinois de France, les petits commerces arabes et indiens ont pris le relais, mais jusqu’à quand ? et à quels prix ?

 Cette crise atteste, quand on parle, à tort, de «communautarisme» pour les Africains et les Arabes, il faut se méfier des mots. En effet, les Africains et les Arabes, en raison de leur degré d’inorganisation déplorable et de leur manque de solidarité, sont gravement exposés au Coronavirus. En effet, les Africains sont réduits à des commentaires stériles, dans les réseaux sociaux, et en particulier, dans les groupes Whatsapp. Pourtant, la progression foudroyante du virus en Afrique est particulièrement inquiétante. Ainsi, le 29 mars 2020, il y avait 3 300 cas de contamination, dans 43 pays sur les 54. Et ce 30 mars 2020, on est en Afrique, à 4 604 cas, dans 46 pays, pour 146 décès. Les Africains et Arabes, ont beaucoup de choses à apprendre des communautés juive et chinoise, diverses mais solidaires, d’une grande ingéniosité et inventivité pour survivre, rebondir et s'élever, dans la discrétion, sans ce caquetage puérile des Africains. En effet, cette pandémie risque de décimer l’Afrique, un continent sans structures sanitaires viables, et l’affaiblir plus que le colonialisme, l’esclavage, les dictatures et ces bourgeoisies nationales, sans conscience sociale.

Cependant, cette pandémie, sur le long terme, pourrait avoir de conséquences dramatiques sur la communauté chinoise de France, qui n’est pas homogène. Les riches commerçants pourront, sur le long terme, résister à cette violente secousse. En revanche, les modestes employés, souvent payés au Smic, et l’autre moitié, non déclarée et versée en liquide, pour échapper au fisc et l’Urssaf, seront confrontés, à brève échéance, à de graves difficultés sociales. En effet, ces petits employés chinois, souvent ingénieux, ont contracté des prêts immobiliers, pour devenir propriétaires de leur résidence principale. Pour payer les lourdes échéances bancaires, ils sous-louaient tous les espaces disponibles de leur maison, à des sans-papiers, qui en fait, prennent en charge leur crédit bancaire, et bien au-delà. Cependant, chacun y trouvant son compte, les Chinois étant discrets et très réalistes pour tout ce qui concerne les façons de gagner de mieux gagner l’argent. Ces arrangements vont voler en éclat, puisque presque tout le monde se retrouve sans emploi.

Peuple ingénieux, les Chinois de France avec leur «We Chat», ont développé toute une série d’activités économiques souterraines, dans lesquelles tout le monde est gagnant-gagnant : taxis, coiffeurs, hébergement de touristes, soi-disant avocats pour l’aide aux démarches administratives des immigrants, mais dont les services sont en fait payants. Ce monde souterrain est également en raison de la pandémie, en pleine crise.

Pourtant, dans ce marasme et cette grande tragédie, la communauté chinoise de France reste particulièrement fière de son pays d’origine. En effet, depuis que la situation s’est améliorée en Chine, et que cette pandémie progresse en Europe et en Amérique, il a été constaté un retour massif de la diaspora chinoise dans leur pays d’origine. Cependant, les prix des billets ont flambé, il faudrait, désormais, débourser environ 32 000 € par personne, pour un billet Paris-Pékin. Un prix donc particulièrement dissuasif.

 Cette fierté des Chinois de France, pour leur pays, s’explique aussi par le fait que dans cette pandémie, la Chine, grande gagnante de cette pandémie, est la seule à produire, en quantité suffisante, des masques et des ventilateurs, à les exporter ou les donner aux pays Occidentaux, devenus presque comme des Etats du tiers-monde. La chloroquine, appliquée en Chine, est considérée, après des débats âpres en France, comme la référence. Il semblerait même que boire du thé chinois, trois fois par jour, pourrait protéger les défenses immunitaires contre cette cochonnerie. Par ailleurs, les Etats-Unis, devenus la première zone d’infection au monde avec 139 700 personnes contaminées au 30 mars 2020, envisagent, comme les Chinois, de construire un hôpital, en 14 jours, dans Central Park, à New York, le plus grand Cluster de l’Amérique. Un immunologiste américain, le Docteur Anthony FAUCI, vient de déclarer que d’ici septembre 2020, entre 100 000 et 200 000 Américains vont mourir du Coronavirus. Autant dire que Donald TRUMP, qui avait assimilé le Coronavirus chinois, à une simple grippe, a, désormais, la chocotte.

 Cette chauvinisme accentué des Chinois de France, la Chine, un pays sous-développé, n’y a pas si longtemps, est devenue une superpuissance, là où les Soviétiques ont plongé. En effet, la Chine qui semble avoir vaincu le Coronavirus, est sur le point de conforter, dans cette pandémie, sa position économique dans le monde entier, et en particulier, en Afrique, continent avec la grande réserve mondiale des matières premières. La Chine a construit d’importantes infrastructures au Sénégal (Ponts, autoroutes, bâtiments) et a octroyé des bourses à nombreux étudiants sénégalais, dont certains sont encore bloqués à Wuhan. La Chine a envoyé des médicaments et des masques aux pays occidentaux et africains. Maintenant l’aide aux pays pauvres a changé de continent. Les Chinois étant en passe de devenir les maîtres du monde, on voit bien que l’idéologie stigmatisante du concept de «péril jaune» est le point de voler en éclats. «Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera» avait prédit, en 1973, Alain PEYREFITTE.

 Aussi, les Chinois de France, dans cette atmosphère morose et déprimante, fier de la Chine crient, sans retenue : «Chonggua Dia Yoo !», Vive la Chine !

Prenez soin de vous, dans l’Amour et la Fraternité !

Paris, le 30 mars 2020, 14ème jour de confinement, par Amadou Bal BA

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