Non, Gérard Collomb n'a pas le sens de la famille! - Emmanuel et moi (épisode 4)

Avant-dernier épisode d'une mini-série de billets d'humour et d'humeur pour pénétrer la psyché d'Emmanuel Macron, ajouter à la confusion de l'affaire Collomb, rire dans la tempête et augmenter le nombre de contributions féminines dans le club de Médiapart.

L'épisode précédent finissait ainsi :

Et pourtant, sourions, haut-les-coeurs ! Car si, le mérite républicain existe ! Je l'ai même rencontré ! Et il a été auprès de Manu pendant plusieurs années, il l'a couvé comme un trésor. My Precious, my precious ! My Precious, my precious little Maniou ! Come to see the dark lord in his dark tower... Excusez, je m'égare... Mais j'y reviendrai. Et oui, un autre de nos points communs est une amitié avec un homme qui, contrairement à Manu et moi qui l'incarnons de manière douteuse, incarne le mérite républicain de manière incontestable. Vous avez deviné ? Non ? Alors c'est parti ! Question pour un champion vous êtes prêts ? Je suis …

Fils d'une femme de ménage et d'un ouvrier syndiqué à la CGT,

Après une khâgne au lycée du Parc, où je fus l'élève de Jean Lacroix

je poursuis ensuite des études supérieures à la Faculté des lettres de Lyon,

avant de devenir professeur agrégé de lettres classiques en 1970.

Elu député dans la 2e circonscription du Rhône le 21 juin 1981,

je devins sénateur du Rhône en 1999.

Après 4 échecs successifs et grâce au soutien de Raymond Barre, je deviens enfin maire de Lyon en 2001.

Oui ?

Oui !!!! C'est bien Gérard Collomb ! Bravo! Comme quoi, lire le Canard enchaîné, c'est pas inutile !

Pour ceux qui ne le savent pas, il a été n°2 du gouvernement Philippe et ministre de l'intérieur avant de refuser de porter le chapeau dans l'affaire Benalla - je ne crois pas qu'on puisse dire "porter le casque", quoique... Ce faisant, il s'est ingénieusement exfiltré du gouvernement avant l'irruption des Gilets Jaunes. Et oui, Gérard est un gros point commun entre Manu et moi : on le connait intimement tous les deux. Mais là, j'ai carrément l'avantage sur Manu! Je connais Gégé depuis bien plus longtemps! J'ai passé toutes les soirées électorales dans sa permanence à faire semblant d'attendre les résultats. J'ai partagé toutes ses défaites et elles étaient cuisantes! Lui ne l'a connu que dans la victoire. Je ne lui dois rien, Manu, lui doit beaucoup. C'est l'Gégé qui a retourné les caïds – heu les caciques je veux dire- du PS, un par un, pour qu'ils trahissent Hollande et leur parti, en devenant actionnaires de la start-up LREM, tout ça pour porter le p'tit jeune au pouvoir. Alors, le p'tit jeune, je peux vous dire qu'il était reconnaissant... oh oui, drôlement ! D'autant qu'avec Gérard, ils faisaient un super duo, voyez comme ils se sont bien donnés les rôles... C'est un peu : Sarumane et Sauron en quelque sorte... Le fond de la politique est mauvais mais l'arme de Sarumane, c'est la séduction, une voix qui fait fléchir les volontés, aucun emploi de la force en apparence, tout en douceur, en charme, en volupté... Tout Manu, quoi !Et puis, Sauron, c'est l'oeil, il est inquisiteur, il fouille les tréfonds de votre âme, comme le lui permet désormais la loi du 30 octobre 2017 renforçant soi-disant « la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme », ou renforçant la capacité de Sauron-notre appareil d'état à surveiller ses citoyens dans tous leurs faits et gestes avant l'autre loi de chasse aux étrangers qui nous pend au nez...comme la morve aux antennes d'un escargot... - aparté : là je ne suis pas très sûre, c'est censé être une comparaison homérique mais j'étais nulle en bio, -Sauron se fout d'être beau ou charmeur, il assume les basses tâches. Notre Sarumane-Président-élu peut ainsi briller et conserver sa candeur pendant que son ministre de l'intérieur endosse le côté obscur de la force républicaine. Beau casting ! La profession théâtrale vous applaudit !

Comment Gérard en est-il arrivé là, c'est la question que je ne cesse de me poser ? Notre modèle de mérite républicain a commencé avec conviction, déontologie et à gauche pour finir … je ne sais comment le définir... en fait, Gérard, moi qui te connais bien et depuis si longtemps, je me demande quel engagement tu n'as pas trahi ? Oui, je me permets de m'adresser à toi, car je t'ai bien connu lors des 20 premières années de ma vie et tout ce que je peux dire, c'est que je ne te reconnais pas. Oui, j'ai des « dossiers plage» sur toi, pouvant provoquer ta chute dans notre merveilleuse société où une photo sur Facebook tue. Parfois, le soir dans mon lit, tout en digérant ma portion congrue de pâtes biologiques et sans gluten, je savoure avec gourmandise le plaisir coupable d'avoir pour la première fois de ma vie un dossier sur un ancien Ministre de l'intérieur de la République Française qui en a tant sur tant de gens, sur moi d'ailleurs, peut-être... Mais jamais, Gérard, je ne les utiliserai, jamais je ne m'abaisserai à te faire du tort. Tu t'en ai déjà fait tant à toi-même. Non, ce que je te reproche, c'est d'en faire tant à notre Nation. Mais comment, à l'image du jeune Emmanuel, t'es-tu tellement éloigné de toi-même au fil des décennies dans cette lente dérive ?

Je ne le sais pas... mais je peux l'imaginer, tu as cru toi aussi au mérite républicain. Venu d'un milieu modeste, sans aide, sans appui, tu as tout accompli toi-même, tu as conquis les bons diplômes, tu as partagé tes idées, tu as respiré le parfum de la Rose, tu t'es fait élire député lors de la vague mitterandienne de 1981... Oui, après ton entrée triomphale sous le grand chapiteau, tu as cru que tu deviendrais le plus grand des éléphants ! Tu as d'abord tout accepté : nettoyer les écuries d'Augias, nourrir le lion de Némée, ramasser les pommes d'or heu non, excusez-moi, c'est la « filière lettres classiques » qui me fait perdre le fil... d'Ariane... et non...c'étaient les douze travaux d'Heraklès-... Bref, cette douce euphorie n'a pas duré. Le troupeau de pachydermes ne t'a pas accueilli comme tu le méritais, tu as senti au fil des ans que tu étais mal soigné et non intégré, rarement placé sous la lumière, souvent mis à l'écart. Et tu t'es demandé si tu n'avais pas été « trompé ». Barrissement. Tu as senti confusément que les vrais rôles étaient distribués dans d'autres roulottes où tu n'étais pas convié... que tu ne serais jamais le clou du spectacle... Quand le doute s'est-il insinué en toi ? Quant as-tu commencé à te dire : « Pourquoi ne suis-je pas en vedette américaine? Que me manque-t-il pour passer de toile de fond du numéro de pigeons cabotins au statut de star du ballet aérien des grands éléphants blancs? ». Quand les affaires ont rattrapé les jeunes loups AHOU !!! (du RPR) et que, contre toute attente, le « Lyon » RHHRHH se cherchait un dresseur parmi les éléphants? Peut-être alors, les as-tu vu au grand jour, préparer ta retraite anticipée, tenter de te remplacer au moment même où tu pouvais enfin espérer passer sous le feu des projecteurs, placer un nouveau roi des animaux en tête de la parade, un vrai... Même avec un nom qui rime avec "âne" mais bon! Et peut-être as-tu enfin découvert que la puissance de la harde primitive était intacte et dès lors, dans quel jeu de dupe t'entraînaient tes aspirations de Mr. Loyal ? Et peut-être après ça, n'as-tu plus cru en rien... Je ne sais pas, Gérard, j'aimerais comprendre ce qui te ronge ainsi car tu n'es certainement pas Sauron mais bien davantage Sméagol, le hobbit que l'anneau du pouvoir a lentement transformé en Gollum...

Bon, j'élucubre, pardonnez-moi, tout ça pour vous dire que, à mon avis, s'il y a bien un reproche qu'on ne peut pas lui faire, c'est précisément celui d'avoir le sens de la famille.

Mais ne manquez pas prochainement le dernier épisode...

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