Emmanuel et moi, épisode 1

Une mini-série de billets d'humour et d'humeur pour pénétrer la psyché d'Emmanuel Macron, ajouter à la confusion de l'affaire Benalla, profiter de l'été et augmenter le nombre de contributions féminines dans le club de Médiapart.

Donc, oui, j'ai rencontré Emmanuel et j'ai plein de choses à vous raconter sur « lui et moi », un truc de ouf ! La vie de ma mère ! Vous me croyez, j'espère ? Parce que sinon, je peux jurer en cinq langues mais ça va prendre un peu de temps... non, c'est bon ? Ok. Et puis, vous allez pouvoir participer aussi, il paraît qu'on est en démocratie à ce qu'on m'a dit- il y a dans le club de Mediapart des commentaires possibles et quand j'aurais besoin de votre avis, je vous le demanderai – démocratie de droit divin quand même – faut pas exagérer – on reste en France - alors, vous, on vous donne ça, vous prenez ça, vous, donc vous donnez votre avis, seulement quand je vous le demande et dans un cadre bien précis, c'est clair...

Alors Emmanuel ... heu non, je dois commencer par moi. Eh oui, je suis l'aînée, figurez-vous. Amélie Gaspard est née le 8 mai 1976 à Lyon et Emmanuel Macron est né le 21 décembre 1977 à Amiens. Bon voilà. Ah non, je vais pas vous faire de la numérologie, rassurez-vous. Tout ça pour dire qu' on est né presque la même année, incroyable, non ? On a presque le même âge. Pourquoi c'est important ? Parce que 18 ans plus tard, on se croisait dans la même cour d'école. Non ? Si !

Jeune émoulue du baccalauréat avec Mention très bien, la jeune Amélie se voit acceptée en hypokhâgne au lycée Henri IV. Elle quitte alors sa province pour monter à Paris. Elle rêve du quartier latin, des barricades sur le boulmich, de fraternisation avec les ouvriers de l'île Seguin ! Et oui, il y avait des ouvriers sur l'île Seguin avant qu'on décide d'y faire brouter les chèvres de l'art contemporain ! Au lycée Henri IV, elle choisit les Lettres Classiques : la noblesse de l'âme et la beauté des arts humanistes. Le cœur plein de joie et empli d'utopie, elle s'apprête à préparer la révolution sociale avec ses petits camarades !

Un an plus tard, le jeune Emmanuel se voit accepté en hypokhâgne au lycée Henri IV. Il quitte alors sa province pour monter à Paris. Il rêve ... je ne sais pas de quoi il rêve le petit Emmanuel de 18 ans mais il ne choisit pas la filière « lettres classiques, noblesse de l'âme et beauté des arts humanistes. » Non, il choisit la nouvelle filière qui vient d'ouvrir afin d'accueillir les jeunes littéraires qui ont envie de réussir dans la vie EUX AUSSI, la filière B/L appelée avec un sens tout aristocratique de la litote : « filière lettres et sciences sociales » mais qu'on peut en étant plus honnête qualifier tout simplement de filière « caillasse », voire de « filiale » plutôt que filière... Et ça marche ! Le bilan est sans appel : La différence entre l'état de nos deux comptes en banque, celui d'Emmanuel qui a fait BL et du mien qui ai fait Lettres classiques, 20 ans après, peut en témoigner !

A nous deux Paris, dit le petit Emmanuel qui a lu son Balzac pendant que la jeune Amélie perdait son temps dans Stendhal. Eh oui, les deux auteurs sont des romanciers passionnants mais on n'y apprend pas les mêmes choses... En septembre 1995, quand Emmanuel foule la cour de récré d'Henri IV, Amélie vient de la quitter en juin. Elle n'a pas été reprise en khâgne même si ses enseignants la juge assez bonne pour finir sa prépa en « Province ». Elle appelle alors son ancien lycée H I V et le hait. Sur 50 élèves, elle s'est fait au moins, 3 amis dont, 20 ans plus tard, il lui en reste encore, ...1 !

Les autres élèves, qu'en dire ? 1995, que se passe-t-il en 1995 pour des gens nés en 1976 ? Contrôle surprise d'histoire... ou quizz politique de l'été alors ??? ... Oui... Et oui, ce sont les premières élections pour ces jeunes de 19 ans, et quelle élection, une présidentielle ! Qui sont les candidats ? Qui s'en souvient ? Chirac, Balladur, Jospin... et qui est élu le 17 mai 1995 ? Condoléances...

Ce matin-là, j'arrive donc avec « le Monde » à la main et je me rends compte - mais nous sommes en fin d'année donc j'ai compris depuis longtemps- que notre jeune élite républicaine de 19 ans a le coeur qui bat la chamade pour un homme propre à galvaniser la jeunesse par son audace, sa modernité et son charisme : Edouard Balladur. Eh oui, le Boulmich n'est plus qu'une allée commerçante et le 5ème un ghetto d'ultra-riches. J'ai fait une grosse erreur d'aiguillage, semble-t-il ! Et notre Emmanuel, lui, ça lui plaît ? Pour quel candidat son cœur balance-t-il ? Chirac et « en même temps » Balladur et « en même temps » Jospin ? Ou bien n'a-t-il pas encore acquis ce merveilleux opportunisme qui caractérise sa personne ? Qui le sait ? Brigitte ? Brigitte qui a connu notre protagoniste avant même son odyssée parisienne.

Mais Brigitte ne nous dira rien. Enfin, elle ne nous dira rien de vrai bien sûr, car elle en parle beaucoup, de son Emmanuel évidemment, mais c'est comme un écran de fumée pour dissimuler ses qualités réelles ou... « en même temps » ses défauts, allez savoir! Oui, vous avez compris le sens de ma question. Emmanuel Macron a-t-il toujours été de droite ? Ou ce mal incurable ne lui est survenu, comme à beaucoup d'autres, que sur le tard, quand il a fallu « réussir sa vie ». ? Nous ne le saurons probablement jamais. Toujours est-il que, contrairement à moi, il ne s'est pas fait jeter comme un mal-propre après son année d'hypokhâgne. Lui, il a été autorisé à poursuivre ses études en khâgne. Je peux même imaginer qu'il s'y est plu beaucoup plus que moi et qu'il en a conservé de plus nombreux amis... Alors, ce jeune homme de 18 ans, que je n'ai rencontré qu'une fois, même si je le connais peu, j'ai de la matière pour l'imaginer. Pourquoi ? Parce que j'ai fréquenté ses congénères et les murs lépreux du même ancien couvent... AH, j'en vois qui cherche la contre-péterie... si, si, si, vous Monsieur en rouge là, devant votre écran, je vous vois... attention ! A trop lire « le Canard enchaîné »... on prend de vilaines habitudes, bon je vous la refais... parce que j'ai fricassé ses congelures et les mères de son ancienne couverture... vous me suivez ? A vrai dire, je ne me suis plus non plus ! Bref, où en étais-je ?

A suivre...

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