Violences ordinaires 1

Le 13 août 2015
60 heures par semaine

- « Ben, vous êtes là, maintenant ? » Plutôt, étonnée de tomber de bon matin sur la caissière du super de derrière chez moi. Qu'est-ce qu'elle fait dans un autre magasin, à quelques encablures ?
- « Ici, c'est le matin, là-bas, l'après-midi.»

Je lui souris :
- « Du coup, ça vous fait un temps complet... »

- « ô beaucoup plus ! Ici, je fais 25 heures, là-bas, 35. Mais bon, 1 100 euros, ça ne suffit pas. »
- « Vous faîtes 60 heures ?! »
- « Ben oui, de 7h30 à 20 heures... C'est pas légal mais je suis déclarée... »
Je veux bien que le travail, ce soit la santé, faut quand même pas pousser.
Même si la gamine a 25 ans à tout casser, son petit trait turquoise sur les paupières ne fait plus illusion. Elle est vannée.
- « Et les vacances, c'est pour quand ? »
- « Dans 15 jours. De toutes façons, là, je ne tiens plus. Cet après-midi, je vais chez le médecin. Je n'arrête pas d'aller aux toilettes. »
- « Ben courage, alors. »

On sait pas trop quoi dire là...
Elle nous tend la perche de sortie :
- « ô 15 jours, ça va passer vite. »
Et Emmanuel Macron qui s'énerve quand on se fâche sur le travail dominical :

- « Les partenaires sociaux savent ce qui est bon pour eux. »
Point barre !

 

 

 

 

 



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