Chronique de la dèche 4

 

La clope

Je sais pas, c’est peut-être la longue jupe turquoise qui me met sur la voie, de loin. Elle arrive de l’autre trottoir, avec sa poussette joliment remplie. Du coup, j’ose pas trop les regarder elle et son minot. Les temps sont durs pour les Roms. Je balance quand même un coup d’oeil à travers les vitres de la camionnette d’en face. Elle me mate furtivement, craintive. J’aime pas ça, de la voir hésiter à soulever la bâche noire qui tente de camoufler le squat de la tribu. Des fois qu’on viendrait les expulser d’un immeuble à demi écroulé, face auquel ils ont érigé le camp. A cause de mon coup d’œil.
Ils sont donc revenus, malgré les barricades. Le ballet des poussettes remplies de bric et de broc peut reprendre. Enfin, je me demande comment ils voient les choses maintenant dans les rues de notre cher pays. Ils doivent flipper alors que la chasse aux campements illégaux est plus que jamais ouverte… Ça me fait cogiter jusqu’au taf.
En revenant du boulot, la revoilà avec son marmot sur la hanche. Cette fois, elle me fait face, j’ai tout le loisir de la détailler. Le chignon un zeste ébouriffé, les créoles, le tee-shirt rouge et noir dépareillé avec la jupe et le petit, un brin charbonneux. J’esquisse peut-être un sourire et qui sait, ça l’incite à me taper une clope. Je peux au moins faire ça. Ça tombe bien, il m’en reste une et j’lui propose du feu. Comme dab, ça prend pas tout de suite, toujours un coup de vent malencontreux, mais on y arrive et je la salue
.
J’ai plus qu’une envie, c’est d’arriver at home pour m’en griller une.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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