Violences ordinaires 2

Focus Groupe
« Nous avons vécu une aventure humaine formidable, pleine de fous rire pendant nos trajets » , qu'elle nous balance la patronne. Les voyages, c'était pour rencontrer nos clients, présents et futurs. Histoire de savoir si notre came et donc notre entreprise avaient encore un avenir. Nous, on se marrait pas beaucoup. On était même plutôt à cran, on allait nous livrer les résultats du périple.
Place à la coach en chef, sociologue de surcroît. Elle avait l'air cool, en jean, rieuse, prête à tout nous raconter : la force du processus, le seuil de divergence, l'organisation des focus groupe, les référents et tout et tout.
Certains prenaient des notes, d'autres faisaient des dessins.
Au final, en quelque 6 mois, 93 clients ont été rencontrés, dont 39 fidèles sur 20 000. Mais 90 % étaient des acheteurs potentiels.
Ça remue un peu dans l'assemblée.
A peine, une centaine de participants à l'étude - très chère payée. Mais des camemberts à foison, de toutes les tailles et de toutes les couleurs pour bien tout nous expliquer : les référents des focus groupe qui avaient piloté le montage du voyage, le comité ad hoc mis en place pour mieux vendre le produit...
Bon, on comprend vite que les acheteurs ne sont que potentiels.
Pour détendre l'atmosphère - qui surchauffe un peu -, la sociologue en chef nous lance la vidéo des « perles des focus groupe ». Ça brillait pas des masses : « il ne faudrait pas que la multinationale fasse une descente d'organes rétrograde sur l'entreprise ».
Pause déjeuner. Pas trop de pinard pour éviter les « nervous break down ». Autant manger à la même table que les clients fidèles qui ont fait le déplacement. On se raconte plein de trucs : comment coller au plus près de leurs attentes et des nôtres, quelle est la situation du marché, les nouveautés à connaître... C'est intéressant, puis, on s'aime bien.
Fin de la pause déjeuner.
Ça se gâte. On n'a pas abusé du petit vin blanc mais on voit rouge. Les fromages explicatifs, ça suffit. On voudrait passer au dessert, en fait.
« Chut ! » : la coach a parlé. Elle n'entend plus les avis qui fusent, alors qiu'elle doit en rendre compte dans son étude qui n'est pas terminée. Une nouvelle phase s'ouvre.
On entend : y'a encore du pognon à se faire.
Elle affirme qu'elle est accroc à « la démocratie participative ».
Point barre !

1er juillet 2015

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