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Billet de blog 2 juin 2014

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[11 juin] Décrypter l'extrême droite néonazie grecque, avec Dimitris Psarras

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Il n'y a pas eu que des bonnes nouvelles au soir du 25 mai en Grèce. Si la gauche radicale arrive en tête et si l'extrême droite y a moins de poids qu'ailleurs sur le continent, reste que les néonazis enregistrent une nouvelle progression. Aube Dorée (Chryssi Avgui en grec) détenait, depuis juin 2012, 18 sièges de députés à la Vouli, le parlement grec. Désormais, elle comptera également 3 sièges d'eurodéputés à Strasbourg. Et ce, alors que son dirigeant et cinq autres parlementaires sont incarcérés depuis octobre dernier, et qu'au total, la moitié du groupe parlementaire à Athènes est inculpée et se trouve dans l'attente de son procès.

Depuis l'assassinat du chanteur Pavlos Fyssas le 18 septembre dernier par un membre d'Aube Dorée et le sursaut de la justice qui s'en est suivi après des années d'impunité, l'organisation néonazie est dans le collimateur des autorités grecques et les subventions publiques que percevait le parti en tant que formation représentée au parlement ont été coupées. Mais cela n'a pas empêché les élus poursuivis de se présenter (comme Ilias Kassidiaris, député et porte-parle du parti, qui était candidat à la mairie d'Athènes ou encore Ilias Panagiotaros, candidat à la tête de la région de l'Attique), ni les électeurs de voter pour eux. Dans un pays dévasté depuis quatre ans par une crise et une cure d'austérité sans précédent à l'échelle de l'Union européenne, le vote néonazi apparaît comme un exutoire pour de plus en plus de citoyens grecs.

Dans son ouvrage Aube Dorée, Livre noir du parti nazi grec, dont nous avions traduit quelques extraits au moment de sa sortie en grec, en octobre 2012, Dimitris Psarras remonte le fil d'une organisation née dans les années 1980, dans le sillon de la défunte dictature des Colonels. Il y montre les resorts d'une formation qui, si elle a prospéré sur la misère sociale et la profonde perte de repères infligée aux classes moyennes grecques ces quatre dernières années, n'est en réalité pas nouvelle dans la péninsule héllène. Parti ultranationaliste qui revendiquait ouvertement dans les années 1980 sa filiation nazie et dont les cadres sont liés au parakratos, cet Etat profond, Aube Dorée avait certes une audience politique limitée jusqu'en 2012. Mais il était très actif quand il s'agissait de s'attaquer aux militants de gauche et aux immigrés ou de palabrer sur les plateaux télé, comme le raconte Dimitris Psarras qui fait le tableau d'un parti structuré autour du Chef, Nikolaos Michaloliakos, une figure immuable depuis trois décennies, une transposition du Führerprinzip hitlérien au mode d'organisation interne d'Aube Dorée.

Aujourd'hui, grâce à la traduction de Panos Angelopoulos, toute cette histoire est accessible aux lecteurs francophones. Le livre dans sa version française sort ces jours-ci aux éditions Syllepse, une publication rendue possible grâce à une collecte menée par plusieurs réseaux militants - Attac, Espaces Marx et l'Institut CGT d'histoire sociale, entre autres. L'excellent Dimitris Psarras, journaliste d'investigation, ancien d'Elefthérotypia et cofondateur, l'an dernier, du Journal des Rédacteurs (un quotidien fondé en pleine crise sur une base autogestionnaire) est l'un des meilleurs connaisseurs de l'extrême droite grecque. Nous avons donc la chance de voir arriver dans l'Hexagone, un an et demi après la version originale en grec, une version retravaillée et actualisée, à la lumière des événements de ces derniers mois et du tournant judiciaire qu'a pris cette histoire.

L'ouvrage se compose d'une vingtaine de chapitres. L'auteur commence par retracer les grandes étapes chronologiques d'Aube Dorée et revenir sur quelques éléments biographiques utiles. Notamment sur la personne du leader qui fut jugé, dans les années 1970, pour avoir posé des bombres à Athènes et incarcéré pendant 13 mois. C'est d'ailleurs pendant ces mois sous les verrous qu'il cotoie le dictateur déchu Yorgos Papadopoulos et fait ses débuts dans les milieux de l'extrême droite grecque.

A travers un important travail sur les textes fondateurs et les archives du journal de l'organisation néonazie, Dimitris Psarras décrypte en outre l'idéologie et le révisionnisme d'un mouvement qui, dans une tentative de normalisation, réfute aujourd'hui les discours qu'il tenait hier. Il analyse les liens de l'organisation avec certains prélats de l'église orthodoxe et démontre comment, sous le vernis idéologique gréco-orthodoxe l'on retrouve le paganisme national-socialiste. Tout est passé au crible : symboles, modus operanti, slogan, références à la Grèce antique, culture de la violence, discours... Jusqu'aux paroles des chansons du groupe Pogrom dont fait partie le député Artemis Mathaiopoulos, un summum d'antisémitisme et d'apologie du nazisme.

Le journaliste ne s'en tient toutefois pas seulement au moule idéologique d'Aube Dorée : il déconstruit également toute la stratégie mise en place par l'organisation pour les élections de 2012 et montre comment les médias grecs ont largement contribué à son essor en reprenant, sans aucune distance critique, les mises en scènes du parti sur son pseudo rôle social. Sans parler de l'influence de l'agenda politique fixé par le gouvernement d'alors : les conseillers de la droite de Nouvelle Démocratie et des socialistes du PASOK ont tout fait, écrit l'auteur, pour que la question de l'immigration refasse surface, faisant ainsi un cadeau inespéré à l'organisation nazie, car il était désormais clair qu'aucune 'solution' promise par les partis de gouvernement ne serait à la hauteur de l' 'efficacité' promise par Aube Dorée.

Le constat est sans appel, et Dimitris Psarras renvoit les dirigeants à leurs responsabilités : 'No Pasaran' ou 'pasaran' ? Cela dépend en grande partie de ceux qui continuent à flirter avec le fascisme et qui persistent à voir Aube Dorée comme le meilleur outil pour se débarasser une fois pour toutes de ladite hégémonie de la gauche, de cette gauche qui les hante, car elle résiste encore à tout projet de démolition des acuis sociaux, écrit l'auteur dans sa conclusion. Rappelons qu'il y a deux mois, le bras droit du premier ministre grec était surpris par une vidéo en train de discuter de manière familière avec le porte-parole d'Aube Dorée et de lui livrer des informations sur le rôle de l'exécutif dans les poursuites judiciaires lancées à l'encontre de son parti...

Loin d'être un phénomène conjoncturel, le vote Aube Dorée s'inscrit aujourd'hui dans la durée. Son entrée dans l'arêne politique en 2012 a donné lieu à une vague de violences xénophobes qui, si elle a été ralentie avec les poursuites judiciaires engagées l'automne dernier, n'est pas encore endiguée. Aux élections européennes, l'organisation néonazie a recueilli plus de voix que le PASOK, le parti socialiste historique de Grèce. Le discours raciste et ultranationaliste n'est pas prêt de disparaître. Pour Dimitris Psarras, si plusieurs facteurs sont ici à l'oeuvre, l'une des spécificités d'Aube Dorée selon lui par rapport aux autres extrêmes droites du continent, c'est que les néonazis grecs n'ont jamais, contrairement à ce qu'ils prétendent, été mis à l'écart du système politique.

Où en est, aujourd'hui, l'enquête judiciaire visant Aube Dorée, désormais qualifiée d'organisation criminelle ? Quelle analyse peut-on faire de ses derniers résultats électoraux ? Pourquoi la formation n'est-elle pas interdite en tant que parti politique ?

Voici quelques-unes des questions que l'on se pose à la lecture de l'ouvrage... et auxquelles l'auteur va probablement répondre lors de sa toute prochaine venue à Paris. Dimitris Psarras sera là en effet pour la présentation de son livre en français. La rencontre, ouverte à tous, se déroulera mercredi 11 juin à partir de 18h30 à la Bourse du Travail, 3 rue du Château d'eau dans le 10e arrondissement parisien.

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