C'est une iniative lancée par une douzaine de journalistes grecs indépendants, parfaitement anglophones et même pour certains francophones. Lassés de travailler pour les médias « mainstream » de leur pays - qui appartiennent pour la plupart à des groupes industriels, armateurs ou magnats du BTP -, ou nouvellement arrivés dans la profession, ils ont décidé de créer « Athens Live » pour pratiquer un journalisme autrement, loin du copinage politique et de l'entrelacs des intérêts économiques qui caractérisent les médias traditionnels grecs. Avec le projet de publier, en anglais, des reportages ainsi que des enquêtes d'investigation et des papiers d'analyse, ils s'adressent essentiellement au public international.

« A l'étranger, ceux qui veulent s'informer sur la Grèce sans parler grec n'ont que trois moyens, explique Vassiliki Polychronopoulou, l'une des journalistes de l'équipe. Soit ils lisent la presse étrangère, mais ce n'est pas de l'information produite par les Grecs eux-mêmes. Soit ils lisent la presse grecque qui est traduite en anglais, autrement dit la presse ''mainstream" détenue par les industriels, c'est-à-dire de l'information biaisée. Soit ils consultent les réseaux sociaux, et ce n'est pas de l'information approfondie. Nous pensons donc qu'il y a un vide à combler, de la place pour un traitement professionnel et déontologique de l'information, par des locaux, en anglais, afin que la Grèce soit mieux appréhendée à l'étranger. »

Vassiliki Polychronopoulou, qui a par ailleurs déjà publié des photos dans Mediapart, a elle-même travaillé pour plusieurs médias grecs avant de se lancer dans cette aventure. « Les médias grecs payent au lance-pierre, ils prennent de moins en moins de reportages, ils censurent de plus en plus de sujets... On pense qu'il vaut mieux avancer avec nos propres moyens. » Certains de ses collègues ont une expérience des médias anglo-saxons - The Guardian notamment -. Leur ambition à tous, avec « Athens Live », est d'aborder les sujets trop peu traités dans les médias nationaux, comme la « génération perdue » des Grecs partis vivre à l'étranger, les droits des minorités sexuelles, la collusion des médias grecs avec le pouvoir économique, ou encore la remise en perspective, sur le long terme, du phénomène migratoire, avec une approche au plus près de l'humain. Reportages, analyses, couverture photo et vidéo sont prévus... mais aussi de l'investigation, sur l'évasion fiscale notamment. Une enquête sur l'implication d'entreprises grecques dans les « Panama Papers » est dans les tuyaux.

Le clip de lancement d'« Athens Live »

Cela fait deux mois que l'équipe de journalistes, basée à Athènes, prépare les premiers contenus. Mais pour l'instant, elle travaille avec des bouts de ficelle, bénévolement, dans le contexte d'un paysage médiatique grec ravagé par la crise économique, plusieurs journaux ayant dû mettre la clef sous la porte ces dernières années et d'autres ayant licencié à tour de bras (sans parler de la brutale fermeture de l'audiovisuel public ERT, finalement relancé sous le gouvernement Syriza). Pour assurer leur indépendance affichée, les journalistes d'« Athens Live » ont donc cruellement besoin d'argent!

Ils se sont fixé, pour démarrer, un budget de 60 000 euros. Pour l'atteindre, ils viennent de lancer une campagne de financement sur Internet, relayé par la plateforme Indiegogo. Parallèlement, au fur et à mesure de l'avancée de la campagne, ils vont commencer à diffuser leurs contenus. Des reportages en anglais... et même quelques contenus en français, que vous pourrez retrouver prochainement dans le Club de Mediapart. N'attendez pas pour les soutenir! Toute iniative ne peut que les encourager. Les dons commencent à partir de 5 euros (formulaire de donation en ligne ici)

Particulièrement attentif au sort des réfugiés, « Athens Live » a déjà diffusé une courte vidéo sur une opération policière menée cette semaine à l'encontre de migrants dans les rues d'Athènes. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux grecs. Alors que le pays sera encore, tout au long de l'année 2016, au cœur de l'actualité européenne, « Athens Live » est une initiative salutaire... Et un nouveau modèle économique inédit dans une Grèce profondément transformée par six années de crise.

Opération de police contre une quarantaine de migrants à Athènes, le 7 avril 2016 © Athens Live

 

 

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Il y a aussi le site en français du parti Unité Populaire :

https://unitepopulaire-fr.org/

Ce n'est pas à proprement parler un media, mais on y trouve des points de vue pas du tout "mainstream".