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Billet de blog 12 déc. 2019

Algérie: #douzedouze, dernier rite d'un monde finissant

A l’heure qu’il est, au jour qu’il fait, on ne saura dans quelle étagère de l’histoire allons-nous ranger cette date. Un jour de honte ? Un point saillant dans le calendrier national ?

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La dernière invention algérienne est un hashtag. Un mot-dièse qui n’empêche pas le chant de continuer à avancer au rythme des semaines et des rimes. Ce hashtag s’appelle « #douzedouze », qui est la date de ce jour, le 12 décembre 2019.

#douzedouze sonne comme le rejeton d’un monstre insensible. Un bulldozer qui avance, qui renverse et écrase tout sur son chemin. Ce #douzedouze est voulu par les tenants du pouvoir, de ses restes, et de ses alliés aux abois.

Le #douzedouze, ce jour gris et sans chaleur, est pensé sous un képi, exécuté par des hommes, de préférence moustachus, habillés en blazers bleu-foncé et en pantalons larges. Dégaine anachronique, pour un rituel de fin de vie.

#douzedouze est le dernier petit gadget du régime algérien. Il l’a sorti de ce qui lui reste comme imagination. Pensant que l’hiver, ses pluies, ses vents, contraindront le peuple à tout avaler sans distinguer. #douzedouze est une potion sortie des cuisines mal entretenues de l’Etat-caserne, qui croit aux bienfaits d’ingrédient depuis longtemps hors date et hors d’usage. Mais le régime algérien n’a que faire des dates. Ni des saisons, ni des cycles politiques. Pour les tenants du #douzedouze, l’Algérie doit vivre hors des temps. Un pays sans jeunesse. Donc immortel dans sa léthargie.

Manifesation Alger, jeudi 12 décembre 2019 © TSA

En d’autres temps, et depuis longtemps, les jours d’élection en Algérie sont synonyme de « rien à faire », autrement dit jour d’ennui national. Les uns les consacrent à leur jardin quand d’autres tuent les heures autour d’un jeu de dominos. Un régal d’indifférence.

Mais le #douzedouze, aujourd’hui, sonne la fin de l’indifférence. Les réactions à travers le pays, le long des rues, sur les balcons décrépits, à l’entrée des écoles sensée accueillir les rares clients du #douzedouze, c’est au son du refus populaire que les choses se vivent.

Replacé dans son slogan originel, #douzedouze se clame « Douze-Douze la yadjouz », une fetwa politique qui signifie « Douze-Douze n’est pas toléré ».

A l’heure qu’il est, au jour qu’il fait, on ne saura dans quelle étagère de l’histoire allons-nous ranger cette date. Un jour de honte ? Un point saillant dans le calendrier national ?

Difficile à prévoir. Car comme dirait Gramsci le « Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître, et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres ». Un jour alors, si le monstre reprend vie en Algérie, nous l’appellerons #douzedouze.

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