Amnesty International
Abonné·e de Mediapart

158 Billets

2 Éditions

Billet de blog 28 janv. 2013

Amnesty International
Abonné·e de Mediapart

Davos et la situation globale

Amnesty International
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Par Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International.

Alors que les chefs de gouvernement et les grands patrons viennent de se réunir comme chaque année dans le cadre du Forum économique mondial à Davos, du 23 au 27 janvier, nul ne saurait passer sous silence la question de l'inégalité mondiale – y compris du point de vue des droits humains. 
Dans des pays comme la Chine, qui connaissent une forte croissance économique, les disparités en termes de richesses ne cessent de se creuser. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dans les pays les plus riches, le revenu moyen des 10% les plus riches de la population est neuf fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres. C'est sept fois plus qu'il y a 25 ans. Peu de pays résistent à cette tendance. 
Tandis que des millions de personnes sont en butte à la hausse du coût de la vie et aux réductions des dépenses sociales, les révélations sur la capacité des très riches et des grandes entreprises à protéger leurs biens, en période de prospérité comme en temps de crise, suscitent protestations et demandes d'évolution au niveau législatif. 
S'agit-il d'une question de droits humains ? De mon point de vue, cela ne fait aucun doute. 
Depuis fort longtemps, les défenseurs des droits humains remettent en cause l'inégalité fondée sur l'identité ou la situation d'une personne – l'inégalité entre hommes et femmes, le traitement inégal en raison de la race, de la religion ou de tout autre motif. 
Cette question s'inscrit également dans un cadre plus large. Si vous êtes une femme, si vous appartenez à un groupe ethnique marginalisé, si vous êtes originaire d'une région défavorisée d'un pays, il y a de très fortes probabilités que vous soyez pauvre. Si vous êtes tout en bas de la pyramide sociale, il y a de grandes chances que vous vous trouviez également au bas de la pyramide économique. Il est évident que les droits civils et politiques sont inextricablement liés aux droits économiques et sociaux. 
Soyons clair : le droit à l'égalité de richesse n'existe pas, et n'existera jamais. 
Cependant, le droit relatif aux droits humains garantit pour tous le droit à un niveau de vie suffisant, qui inclut le droit à une nourriture suffisante, à l'eau et à un logement convenable. Tous les enfants ont droit à l'éducation. Toute personne a le droit de bénéficier des services dispensant les soins élémentaires et d'urgence. Chacun a le droit à la protection de la loi, ce qui suppose des systèmes d'application des lois qui fonctionnent efficacement. Et il revient aux gouvernements d'œuvrer à renforcer l'accès à ces biens et services, essentiels pour jouir pleinement de ses droits, et d'en améliorer la qualité. 
Si le droit international n'exige pas des gouvernements qu'ils fournissent tous les biens et services nécessaires à la réalisation des droits fondamentaux, il leur incombe de veiller à ce qu'un cadre permette aux citoyens de les mettre en œuvre. 
Lorsqu'on analyse ces questions, nous avons tendance à mettre l'accent sur la façon dont les gouvernements utilisent leurs ressources. 
Or, il faut aussi étudier les fondements structurels de l'accroissement de l'inégalité mondiale – y compris le détournement des ressources censées servir l'intérêt public. 
En Grèce, la colère du peuple a explosé lorsqu'il a appris que le ministre des Finances savait que des Grecs aisés avaient déposé leur argent sur des comptes bancaires suisses afin d'échapper aux impôts, mais n'avait pris aucune mesure. Au Royaume-Uni, il a été révélé que les entreprises multinationales payaient peu voire pas d'impôts. Dans les deux cas, la colère de la population a été avivée par le fait que les gouvernements imposent des réductions sévères des dépenses sociales, faisant basculer de nombreux citoyens dans la pauvreté. 
Les comportements à l'origine de ces situations ne sont pas forcément illégaux. La vieille rengaine de la corruption manifeste et du détournement de l'argent public se joue dans de nombreux pays, où la présence de richesses naturelles va de pair avec une misère noire. 
Aujourd'hui, les élites politiques corrompues qui ont pillé les ressources de nombreuses régions du globe se servent des mêmes structures financières pour transférer et mettre à l'abri leurs gains illicites, notamment par l'entremise de paradis fiscaux et de structures multinationales leur permettant de jouer à « cache-cache » avec les profits. 
Nous vivons dans un monde où les ultra-riches peuvent éviter de payer des impôts, tout en conservant tous les avantages liés au fait de résider dans tel pays, où des entreprises immorales peuvent en toute légalité escroquer des pays riches en ressources naturelles, et où des élites corrompues peuvent mettre leur argent à l'abri sur des comptes offshore – même lorsque leurs crimes sont dénoncés. 
Lutter contre la pauvreté et l'inégalité est un défi complexe. Il n'y a pas de remède miracle. Toutefois, lorsque les gouvernements cherchent à équilibrer les budgets, force est de constater que ceux qui ont le plus besoin des services sociaux et des filets de sécurité en paient le prix fort. 
Pour mieux comprendre l'accroissement des inégalités dans le monde, il importe d'identifier et d'analyser les fondements structurels. 
Nous avons à la fois besoin d'une transparence accrue et d'une coopération internationale plus efficace si nous souhaitons réellement faire face aux conséquences des disparités économiques de plus en plus marquées. 
Une meilleure transparence permettra d'éliminer bon nombre des pires pratiques. Et le bénéfice en termes de droits humains sera tout simplement énorme. 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Iran : l’hymne à la révolte qui galvanise la jeunesse
À l’heure où les affrontements se font de plus en plus violents, comme à l’université Sharif de Téhéran et qu’une autre jeune fille a été battue à mort, la chanson « Pour », qui raconte simplement les désirs de liberté des manifestants, a recueilli plus de 40 millions de vues en deux jours.
par Jean-Pierre Perrin
Journal — Moyen-Orient
« Les foules iraniennes exigent de séparer le gouvernement de la religion »
Pour le philosophe Anoush Ganjipour, les manifestations en Iran exigent que le pouvoir des mollahs abandonne sa mainmise sur l’espace public. Une telle revendication d’une sécularisation, moderne, procède des injustices commises par la République islamique.
par Antoine Perraud
Journal — Extrême droite
« Le RN veut se distinguer du FN, mais il garde le même fond xénophobe »
Le parti lepéniste s’en tient à un colloque à l’Assemblée nationale pour fêter ses 50 ans. Un anniversaire qui sied mal à la dédiabolisation affichée, quand bien même, rappelle l’historienne Valérie Igounet, ses fondamentaux restent inchangés : « immigration, insécurité, priorité nationale ».
par Christophe Gueugneau
Journal — Livres
Dans les bibliothèques de Marseille, le patrimoine est « en grand danger »
Marsactu a consulté le rapport provisoire de l’Inspection générale de la culture, du sport et de la recherche sur les bibliothèques de la cité phocéenne. Celui-ci revient sur la faiblesse de l’offre, le mal-être des agents et souligne la situation de « grand danger » de certains fonds patrimoniaux.
par Benoît Gilles (Marsactu)

La sélection du Club

Billet de blog
Ouvrir les yeux sur le fascisme qui vient
Un peu partout, « la loi et l’ordre » s’imposent, sous une forme directement inspirée des années 40 comme Italie, ou de façon plus insidieuse, comme chez nous. De L’écofascisme au post-fascisme en passant par l’autoritarisme policier ultra-libéral, c’est cinquante nuances de brun. Et il va falloir commencer à sérieusement s’en inquiéter, si on ne veut pas voir nos gosses grandir au son des bottes.
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
Après les élections, vers le post-fascisme
Aujourd'hui, en Italie, l'institutionnalisation du fascisme va porter l'agression raciste et patriarcale à un niveau supérieur. Avec cette combinaison du fascisme et de la technocratie, le gouvernement Meloni ne sera probablement pas simplement un gouvernement Draghi plus raciste. Nous verrons dans quelle mesure les alliances internationales, l'Union européenne et la Présidence de la République pourront limiter et contenir les dégâts. 
par Bruno Montesano
Billet de blog
L'Italie post-fasciste : en marche vers le passé
La victoire du post-fascisme, déflagration annoncée, menace nos systèmes démocratiques imparfaits et l'Europe qui subit une guerre de conquête et un bouleversement interne avec ces extrêmes-droites qui accèdent au pouvoir. Faut-il attendre les catastrophes pour crier ? La remise en cause de vieux réflexes ne demandent-elles pas une actualisation pour agir sur notre époque sans se renier ?
par Georges-André
Billet de blog
La grande nostalgie
Les nostalgiques de l'ère fasciste s'en donnent à cœur joie pour ressortir les reliques de l'époque. Dimanche matin à Porta Portese, le plus grand marché aux puces de la capitale, j'ai trouvé un choix impressionnant de memorabilia de l'ère Mussolini.
par D Magada