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J. et M.-H. se rencontrent en septembre 2019 en France.
M.-H. est française, séparée depuis plusieurs mois, J. est originaire de la République du Congo. Il a aussi vécu en Afrique du Sud pendant plusieurs années. Venu en France depuis fin 2017, il est en recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) suite au rejet de sa demande.
400 km les séparent l'un de l'autre, mais J. vient voir son amoureuse tous les 15 jours jusqu'à ce mardi 17 mars 2020 (début du premier confinement covid) où il est contrôlé et empêché de rejoindre M.-H. parce que son statut administratif ne l’autorise pas à changer de région. Première épreuve, parce qu’il s’agit de traverser deux mois sans se voir. Mais il y a les appels vidéo whatsapp pour tenir.
L'envie de vivre ensemble naît au fil des mois. Au fil du même temps, les mauvaises nouvelles s'accumulent : échec du recours CNDA, puis une OQTF inattendue en guise de réponse à sa demande de titre de séjour.
Enfin en septembre 2020, J. change de région pour venir rejoindre M.-H. Malgré les vents contraires, le couple s'installe ensemble. Dans le même élan, ils choisissent d'officialiser leur amour en se pacsant le 11 décembre 2021, bien entourés des enfants de M.-H. et de quelques proches.
Un an plus tard, J. dépose une demande de titre de séjour vie privée vie familiale avec le soutien des Amoureux au ban public, de la famille et des amies de M.-H. Se succèdent plusieurs mois de stress dans l'attente du titre de séjour, avec cette pensée qui revient régulièrement hanter les pensées des amoureux : « Et si le titre de séjour nous était refusé… ? »
Avec détermination, J. suit une formation puis décroche en novembre 2023 son diplôme en contrôle qualité en industrie (CQPM 86).
Un premier titre de séjour est accordé à J. C'est un peu de répit avant de recommencer une demande de renouvellement, déposée 8 mois plus tard, 4 mois avant que le précieux titre n’expire. S'en suivent de nombreux mois d'attente, accompagné de récépissés successifs qui l’autorisent cependant à travailler.
Victoire ! J. est retenu pour un poste à durée indéterminée au sein de l'entreprise Alstom (Bombardier). Malheureusement ce poste au sein de l'entreprise de construction européenne de trains et de tramways ne durera… qu'un mois. L'embauche ne peut être finalisée en raison de la situation administrative de J. La raison ? J. obtient des récépissés renouvelés régulièrement, d'abord 6 mois, puis plusieurs fois 3 mois. Or selon la politique interne de l'entreprise, ce statut ne permet pas d'obtenir un CDI. Cette situation nuit gravement à l'insertion professionnelle de J.
L'attente du titre de séjour devient tellement pesante, tellement stressante qu'elle commence à mettre à mal le couple. J. choisit de partir travailler à 700 km de M.-H. comme travailleur saisonnier. Le couple ne lâche pas l'affaire cependant et entretient à nouveau une relation amoureuse à distance. Les appels téléphoniques et vidéo scandent les journées qui s’égrènent ainsi. Les amoureux comptent les jours qu'il leur faut attendre pour se revoir. Des week-end en tête-à-tête, des vacances ensemble, viennent les rassurer de leur amour.
Un deuxième titre de séjour arrive, avec une toute petite durée d'1 an* mais qui laisse un peu de répit et diminue un temps les appréhensions. Rapidement tout de même, le couple se préoccupe de la prochaine demande de renouvellement du titre de séjour. Il va falloir de nouveau rassembler les preuves d'authenticité de leur amour. Début 2026, la demande de renouvellement du titre de séjour doit être déposée en sous-préfecture ! J. et M.-H. ont décidé de tenter de vivre l'attente de la carte de séjour avec moins d'appréhension afin de se préserver chacun chacune, ainsi que leur couple.
Pour deux personnes, que peut bien signifier « être un couple binational » ? Elles se proposent de croire en ce lien qui les unit et leur permet de résister aux difficultés, de ne pas baisser les bras, de s'apporter un soutien réciproque et de garder en tête que oui, l’amour est plus fort que tout. C'est le désir de partager les cultures respectives, de s’imprégner de l’autre – nourriture, musique, croyances – peau à peau. En somme de voyager l’un vers l’autre, l’un avec l’autre, que ce soit géographiquement ou intérieurement.
Pour 2026, J. et M.-H. ne se font guère d'illusions quant à la délivrance du titre de séjour... à leur avis, pas avant 2027. M.-H. espère un titre de séjour plus long : 1 an, cela veut dire 8 mois, à peine le temps de se poser et il faut replonger dans les démarches administratives. Et dire qu'il y a des gens pour imaginer que tout est acquis pour les couples binationaux ! M.-H. partage désormais son expérience sur des groupes d'entraide. Le couple le sait, il s'en sort assez bien. D'autres couples, eux, peuvent traverser des situations bien plus dures. L'enfer !
* Si tout se passe au mieux, le parcours d’un couple binational compte un premier titre de séjour de 1 an, suivi d’une carte de séjour pluriannuelle de 2 ans et, enfin, d'une carte de résidence de 10 ans.