Coup de gueule électoral

Billet valable pour toutes les élections présentes et à venir. J'entends déjà les cris d'orfraie. J'entends déjà les voix s'élever et s'offusquer du taux d'abstentionnisme et de la montée du FN. J'entends déjà les uns et les autres se lamenter. J'entends déjà Manuel Valls nous défendre de façon grave « le patriotisme » et dénoncer « les supercheries » du FN.

J'entends déjà les cris d'orfraie. J'entends déjà les voix s'élever et s'offusquer du taux d'abstentionnisme et de la montée du FN. J'entends déjà les uns et les autres se lamenter.

J'entends déjà Manuel Valls nous défendre de façon grave « le patriotisme » et dénoncer « les supercheries » du FN.

J'entends tout cela mais je me demande si quelqu'un entend les raisons de tout cela. Et je me demande surtout comme cela se fait que des personnes en soient encore étonnées. Car même si cela est choquant ce n'est en rien étonnant.

Depuis des années maintenant la France essuie cette montée du FN. Rappelons-nous déjà en 2002 les élections présidentielles qui ont mis face à face Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. L'indignation était là. Dans la nuit Damien Saez nous prend sa plume et nous pond une chanson demandant aux jeunes de se lever contre le FN. On devient tous des "Fils de France", tout le monde se mobilise. Ouf Jacques Chirac passe. Depuis, ce schéma ne s'est pas reproduit mais la situation est pire. Pire dans le sens où nous n'avons pas eu Jean-Marie Le Pen au pouvoir mais où la "lepenisation" de la classe politique s'est imposée.

Aujourd'hui il n'y a plus qu'une droite immense. La gauche c'est comme un vague souvenir. La socialisme c'est un peu de social saupoudré comme du sucre glace sur un gâteau de droite. Tout le monde passe son temps à décortiquer le programme du FN, à le dénoncer, à le ridiculiser. Personne (ou trop peu) ne passe son temps à décortiquer la politique menée en France depuis bien longtemps.

Voici ici quelques rappels de faits sur les dix dernières années pour comprendre comment on en est arrivé là et pourquoi vouloir aujourd'hui faire front au FN passe par faire front à l'ensemble des politiques de France :

  • 2006 : Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, fait la chasse aux sans-papiers. En particulier aux enfants. Rafles violentes dans les écoles, on s'attaque directement aux enfants. C'est violent et ça mobilise encore. Voici pour exemple le site de l'Académie d'Amiens qui recense les articles écrits sur les enfants sans-papiers scolarisés. Je vous invite à aller voir l'année 2006.

  • 2010 : la France connait un mouvement social d'une grande ampleur contre la réforme des retraites. Au total 14 journées de manifestation ont été organisées. Sur 14 manifestations au moins la moitié ont rassemblé plus de 3 millions de personnes. Le résultat : le peuple s'est fait envoyer balader.

  • 2010 : Nicolas Sarkozy tient en juillet son discours à Grenoble. Nous sommes déjà en guerre, cette fois-ci c'est contre la délinquance. Caméras de surveillance et autres gadgets sécuritaires vont transformer la France en pays le plus sur au monde. Nicolas Sarkozy a aussi trouvé un autre ennemi : le Rrom. C'est donc lui qui menace gravement la sécurité de notre pays.

  • 2012 : le peuple fatigué de tout cela et en voyant le résultat néant d'une politique plus que sécuritaire et haineuse décide de voter à gauche. Mal lui en a pris, la suite lui prouvera.

  • 2012 : donc Valls s'installe en temps que ministre de l'intérieur. Comme la politique pour que ça marche il faut une continuité, Valls continue et reprends le bouc émissaire de Sarkozy : le Rrom. « les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner ».

Du bleu au rose, la layette est la même.

Du pareil au même Du pareil au même
(Cliquez ici pour voir le gif s'animer)

Le pompon final arrive en 2015. L'année débute par un abominable drame. Ce drame nous donne à voir enfin le bal des politiques se réunir et accorder leurs voix pour nous donner en choeur un ramassis de vomi. De la laïcité manipulée en passant par l'assimilation et la race blanche, tous réunis ils ont chanté ensemble la haine. Pendant ce temps là on détruit l'économie à coup de 49.3 tout en jouant l'éternelle carte du sécuritaire. Dès janvier c'était prévisible c'est bien pour cela que j'ai réussi à en faire un film. Jusqu'à preuve du contraire, je ne suis pas encore voyante, je travaille avec du factuel et pas dans le marc de café. Si vous voulez voir la photographie de cette année et la préparation du terrain de ce qui va suivre je vous invite à regarder "Même pas peur !". Depuis novembre 2015, cette chorale infernale a intensifié sa recherche de bouc émissaire. Maintenant nous sommes donc en guerre, nous chassons le moindre bout de voile, nous enfermons les militants écologistes chez eux, nous perquisitionnons à tire-larigot les aveugles et les cancéreux.

Dans ce contexte nous devons faire donc barrage au Front National et nous devons voter. J'ai vraiment envie de dire qu'on nous prend pour des cons. Mais je ne le dirai pas, je suis quelqu'un de poli.

Aujourd'hui la seule réponse possible à tout cela serait une vraie politique du changement, une vraie politique sociale à l'écoute d'un peuple qui non seulement baigne dans la peur, celle distillée de l'autre mais aussi dans celle du lendemain. La paupérisation gagne du terrain A jouer les pompiers pyromanes, à être coupé du véritable enjeu politique c'est-à-dire être à l'écoute du peuple, à créer et à entretenir une situation toxique, on se retrouve dans la situation actuelle. Les élections régionales ne sont que l'antichambre des élections présidentielles. L'ensemble de la classe politique a d'ailleurs axé sa campagne en ce sens. Adieu lycées et infrastructures, bonjour la campagne à rallonge pour le Graal présidentiel.

Il faut avoir en tête que nous sommes en train de changer sous l'état d'urgence la Constitution et donner des outils législatifs d'une force sans précédents aux successeurs de cette mono-politique appliquée depuis déjà trop longtemps. Le mur est devant. Seule une véritable volonté de la classe politique, seul un renouveau de celle-ci de manière urgente et immédiate permettrait qu'on évite de se le prendre.

Pourtant il y a de l'espoir. Il y a une jeunesse qui se bouge. Souvent les petits chuchotements mettent du temps à se faire entendre. Le renouveau existe il faut le montrer, il faut le porter, il faut l'accompagner. C'est ensemble que j'espère nous y arriverons. Quels que soit le résultat de ces élections, qu'on vote ou qu'on ne vote pas ou plus, il faut nous donner l'envie, l'espoir et des horizons nouveaux. Seules les perpesctives d'avenir, celui que nous créerons, nous permettra de nous sortir de ce marasme. Il faut de nouveau avoir envie de s'engager "pour" car à force de vouloir faire barrage "contre", un jour ou l'autre le barrage cédera et ça sera le chaos. On sera envahis d'une boue toxique comme au Brésil.

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