Billet d'humeur : Grèce, France ou la politique du silence et du vacarme

Il y a trois ans jour pour jour sortait mon premier long métrage documentaire : Khaos. Aujourd'hui je suis là pour défendre Même pas Peur !. Grèce et France. Au final même combat !Dans mon précédent billet, j'ai fait part de la difficulté de faire face au silence, le silence médiatique, celui qui essaie de nous tuer à petit feu. Si on ne parle pas des choses c'est qu'elles n'existent pas. Ce raisonnement régulièrement pratiqué est faux car il ne suffit pas de taire une chose pour qu'elle disparaisse.

Il y a trois ans jour pour jour sortait mon premier long métrage documentaire : Khaos. Aujourd'hui je suis là pour défendre Même pas Peur !. Grèce et France. Au final même combat !

Dans mon précédent billet, j'ai fait part de la difficulté de faire face au silence, le silence médiatique, celui qui essaie de nous tuer à petit feu. Si on ne parle pas des choses c'est qu'elles n'existent pas. Ce raisonnement régulièrement pratiqué est faux car il ne suffit pas de taire une chose pour qu'elle disparaisse.Un exemple simple a été le traitement des manifestations de jeudi dernier (le 08 octobre). Elles ont été à peine abordées, les reléguant au fait-divers. Pourtant le ras-le-bol est bien là. Ce principe risque de se reproduire de manière récurrente. Plus les contestations se feront fortes moins on en parlera. Inversement il y a une autre politique, celle du vacarme. Plus on fait de bruit autour d'une chose, plus elle prendra d'espace et plus elle masquera le reste.

Khaos et Même pas Peur ! ne sont finalement que deux faces du seul et même film qui continue et continue et continue encore. L'un traite du silence et l'autre du vacarme.

Khaos nous présente les conséquences de la politique d'austérité sur la population. On y voit les gens mourir en silence et à petit feu. Suicides, situations dramatiques, désespoirs mais aussi résistance se suivent à l'écran. Le taux de chômage en Grèce en 2009 était de 8,5%, il est passé à 21,7% en 2012. En France, en avril 2015, il est de 10,5%. A combien sera-t-il en 2018 ? La réponse semble évidente, je joue à la Cassandre pendant que beaucoup jouent aux autruches. L'espoir fait vivre mais l'espoir n'est pas l'espérance et c'est de cette dernière que nous avons besoin. Certains n'ont ni l'un ni l'autre, les suicides s'enchaînent dans l'indifférence la plus totale alors que les travailleurs tiennent bon grâce à la solidarité.

La retraite à 67 ans, la destruction du code du travail et des conventions collectives, le travail du dimanche, faire des efforts, etc... Tout ça vous parle. Tout ça est dans Khaos. Tout ça est en France aujourd'hui. L’intérêt du film documentaire c'est qu'il fige pour toujours une situation. C'est notre mémoire collective. Il est là pour rappeler ce qui c'était passé et ce qui se passe. Il est là aussi pour faire le rapprochement et présenter un autre angle de vue à ce qui est dit dans les "mass-medias". Un tas de petits détails disséminés sans aucun lien apparent est toujours difficile à rassembler. La force du cinéma documentaire que je réalise est là : je fais un panoramique de la situation. En salle un spectateur m'a dit pour Même pas peur !Mis bout à bout tout cela est effrayant !.

Quel rapport voyons-nous entre les Memorandums grecs et la loi Macron ? De prime abord aucun. Il suffit pourtant d'éplucher les rapports de la Commission Européenne pour trouver des points de convergence et se rendre compte que nous sommes face à la même politique. Quel journal "mainstream" fera-t-il ce travail d'enquête ? Nous isolons les problématiques alors qu'elles sont liées. Et ça c'est au mieux. Sinon c'est le silence. Silence on meurt et on détruit.

Khaos est reprogrammé 3 ans après. Il est toujours d'actualité. Cela restera avec d'autres films du même genre (je pense à ceux de Yannis Youlountas entre autres), un témoignage précieux. Il a été qualifié de Prémonitoire dans la critique des Échos. Il ne l'est pas seulement pour la Grèce, il l'est aussi pour la France au même titre que Même pas peur ! qui n'est que la démonstration de La Stratégie du Choc de Naomi Klein.

Car aujourd'hui la France bascule dans l'austérité avec comme porte-parole officiel M. Macron. Destruction du code du Travail qui serait trop obèse, destruction des acquis (les mal nommés) sociaux, et ainsi de suite. Alors après la politique du silence nous allons trouver celle du vacarme : celui de Nadine Morano et de tous les autres pantins politiques qu'on nous agite sous le nez.

Le silence bénéficie à faire disparaître ce que l'on veut faire taire. Le vacarme bénéficie à mettre en lumière ce qu'on veut mettre en exergue.

Les événements tragiques de janvier ont servi de levier à une politique qu'on ne peut que dénoncer. On oppose les communautés entre elles en différenciant antisémitisme et islamophobie, alors que les deux doivent être combattus ainsi que toute autres formes de racisme et de xénophobie, avec la même force au nom de la République, de l’Égalité et de la Fraternité. On profite de l'état de choc d'une population entière pour passer des lois liberticides, on utilise plusieurs 49-3 pour passer de force la première partie d'un plan d'austérité de masse, les autres suivront sous forme de décret. La peur est manipulatoire. Peur de l'autre, peur du terroriste, peur du chômage, de la crise, etc... elles sont nombreuses. La peur est utilisée depuis la nuit des temps afin de contraindre au consentement une société qui, sans peur, refuserait.

Même pas Peur ! fait le lien entre tous ces événements disparates qui ont eu lieu en peu de temps depuis janvier. Ce n'est pas un film sur "Je suis (ou pas) Charlie", je laisse le manichéisme à nos politiques.

Aujourd'hui il y a une urgence absolue de libérer la parole, d'entamer la réflexion, de réfuter des cases et les impositions où l'ont veut mettre les personnes.

Nous devons à tout prix casser la politique du silence et du vacarme. Nous devons retrouver une société hétérogène où l'on entend les différents acteurs de la société se prononcer.

Nous devons donc nous battre pour le cinéma documentaire, que ce soit le mien ou celui des autres réalisateurs, qui est un enjeu de lutte, ne pas attendre pour aller en salle, ne pas attendre non plus un hypothétique DVD et encore une plus hypothétique diffusion télévisuelle. C'est de notre vivant que nous devons constituer une mémoire vive et vivante qui nous serve à construire notre futur. N'attendons pas le documentaire historique pour nous rappeler les événements. Résistance et réflexion sont les mots d'ordre.

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