Merci à Elle(s)

Il m'est difficile aujourd'hui d'écrire. Mes pensées sont endeuillées et vont vers tous ces morts et vers leur famille.Le soir du drame j'étais à Décines, près de Lyon pour une projection de "Même pas peur !" et j'ai dû annoncer la nouvelle à une salle pleine. Ce fut un moment où nous avons été ensemble et avons partagé cette émotion. Dans la salle il y avait beaucoup de femmes musulmanes et voilées. Ce moment de partage fut très fort et intense.

Il m'est difficile aujourd'hui d'écrire. Mes pensées sont endeuillées et vont vers tous ces morts et vers leur famille.

Le soir du drame j'étais à Décines, près de Lyon pour une projection de "Même pas peur !" et j'ai dû annoncer la nouvelle à une salle pleine. Ce fut un moment où nous avons été ensemble et avons partagé cette émotion. Dans la salle il y avait beaucoup de femmes musulmanes et voilées. Ce moment de partage fut très fort et intense.

Une jeune fille, musulmane, voilée m'a dit la plus belle parole ne pensons pas à ce qui va arriver, pas là pas maintenant, pensons aux morts sinon nous aurons oublié ce que le mot Humanité signifie. Merci à elle.

Cette jeune fille a donné le plus bel exemple en cet instant. Ce qui a ensuite suivi et qui est l'objet de mon billet me laisse un goût amer car j'ai justement l'impression que cette Humanité nous sommes en train de la perdre.

A l'hôtel nous étions juste trois à regarder les événements dans le hall sur une télé. Moi et deux jeunes filles. Une des deux pleurait et je lui serrais le bras pour la réconforter. Quand c'est moi qui pleurait c'est elle qui m'a réconforté. Nous étions trois, nous étions blanche et noires, nous étions ensemble et nous pleurions. Merci à elles.

Samedi matin, j'ai pris le premier TGV. L'agent du quai m'a dit que je paierai une surtaxe car mon billet d'origine était plus tard et je ne l'avais pas changé. Il m'a dit que les événements d'hier c'était pas son problème. Je n'ai pas pu empêcher le mot "connard" de sortir de ma bouche. Je suis montée dans le TGV au final. J'étais la seule à pleurer. Le wagon de mon TGV n'était pas pluriculturel comme ma soirée d'hier. J'entendais des rires. Et moi je pleurais. La contrôleuse a été d'une gentillesse extraordinaire à la différence de son confrère à quai. Elle est venue me voir à plusieurs reprises et m'a même rapporté des chocolats et un café. Et ça m'a fait pleurer car elle représente l'Humanité. Merci à elle.

Je suis arrivée à la gare de Lyon, j'ai marché à pied jusqu'à Austerlitz pour prendre mon RER. Les rues étaient vides, les regards ne se croisaient pas. J'ai vu des famille entrer dans l'institut médico-légal qui se trouve entre les deux gares. J'avais oublié qu'il était là. Et j'ai pleuré.

Certaines choses que j'ai vues ensuite ont provoqué mon indignation.

Je passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, non pas à tuer le temps mais c'est un excellent pouls de la société, celui qui me permet de rencontrer l'autre et de le comprendre. Et il y a quelques points que je voulais relever dans ce billet.

Prier ou pas, le droit de chacun

Tout d'abord je veux parler des panneaux qui circulent, ceux où le mot "prier" est barré. A la place le mot "réfléchir". Je trouve cela indigne, indigne de la situation, indigne de l'humanité. De quel droit en ce contexte devons nous interdire à certains de prier, de se recueillir ? Qui sommes nous donc pour porter un tel jugement moral dans cette situation ? Prier est-il incompatible avec la réflexion ? Ce genre de panneau est dangereux. Il sous entend que les personnes croyantes sont incapables de réfléchir donc on crée le terreau fertile de la suite en sous-entendant que le terrorisme est dû à la religion car ceux qui croient ne réfléchissent pas. Je suis scandalisée et outrée de ce type de comportement. Nous devons être ensemble quelque soit nos croyances ou pas. Nous parlons ici de drame humain et nous devons avant tout apprendre le respect de l'autre.

Facebook et le contrôle d'absence de danger

Certains ont trouvé à redire sur l'application de Facebook qui permettait de se signaler en sécurité et en ont profité pour faire un laïus contre la société capitaliste. Il y a des moments où il faut apprendre à ne pas chercher en permanence le mal partout. J'ai eu beaucoup de personnes qui m'ont contacté pour savoir si j'allais bien et d'autres qui ont été contente que je me signale sur FB. Peut-on respecter ce droit que tout un chacun a d'être inquiet ? A-t-on systématiquement besoin de tout critiquer dans toute situation ? Cette application qu'on le veuille ou non a permis à beaucoup de personnes d'être rassurées. Les mêmes personnes qui critiquent profitent allégrement de cette plateforme sociale. Alors pour une fois est-il possible de ne pas tout politiser au risque d'obtenir l'effet inverse voulu, c'est-à-dire un rejet face à un discours anticapitaliste ressorti à l'extrême dans des moments inadaptés. L'Humanité n'est pas que politique, l'Humanité est faite de ces chocolats ou des ces mains qui se serrent. Moi-même j'ai été inquiète toute la nuit pour deux personnes, heureusement sauves, dont je n'ai eu des nouvelles que le lendemain matin.

Le drapeau français

J'ai pu lire aussi beaucoup de critiques concernant le drapeau français. Pour ma part je ne me suis pas mise en tricolore mais je respecte ceux qui le font. Je ne l'ai pas fait car je n'en ai pas ressenti le besoin. La majorité de ceux qui l'ont fait c'est par soutien des trois valeurs : Liberté, Égalité et Fraternité. Je ne me considère ni le droit ni l'envie de critiquer cela en ce triste moment. J'ai vu des personnes de toute origine et de toute confession arborer ces trois couleurs au nom des principes fondamentaux que nous devons défendre. L'essentiel est là. Le temps viendra bien assez tôt de faire le bilan et de parler de la suite.

Au lieu de ce type de critique j'aurais aimé voir des appels à la Fraternité car c'est ce mot qui manque furieusement en ce moment. J'aimerai voir des mains qui se tendent, des barrières qui tombent et que nous puissions enfin pleurer tous ensemble pour pouvoir affronter la suite. J'aimerais être comme vendredi avec toutes ces femmes voilées, ces jeunes filles noires ou cette contrôleuse, j'aimerais qu'on soit toutes ensemble pour continuer à avancer et ne pas laisser la haine ni la peur se propager.

 

Demain je vous parlerai de pourquoi nous ne sommes pas en guerre, de comment une jeunesse en a tué une autre, de pourquoi il ne faut pas faire le parallèle entre les réfugiés et les morts de vendredi. Mais ça c'est demain.

Pour l'instant il est temps d'être décent, de respecter un délai afin de pouvoir analyser à froid et de ne pas tomber dans le jeu des politiques qui essaient de récupérer les événements. Il est temps plus que jamais d'aller voir son voisin, de le serrer dans ces bras, de boire un thé à la menthe ou de manger des baklavas, de donner son sang, d'allumer une bougie et de pleurer car pleurer cela permet d'avancer. Il est temps d'apprendre à faire un deuil, d'accepter la tristesse, de respecter celle des autres, de devenir tout simplement humain dans le respect de l'altérité d'autrui.

 Et pour finir, voici le message que j'ai reçu de la jeune fille musulmane du début :

Merci Ana pour cette belle soirée à Décines. Tout le paradoxe de la vie: se réjouir de voir de si belles et si sensées initiatives qui redonnent foi en l'humanité et subir la violence et le choc de l'annonce d'actes déshumanisants pour celui qui les commet et celui qui les subit.....à la clé une nuit blanche! Et voila malgré toi t'es envahie par la peur ....et voila ton plus grand ennemi prendre le dessus sur toi ....ensuite une pensée traverse ....MÊME PAS PEUR! voila ce que j'aurai envie de crier au peuple de France ...ne laissons pas la peur nous plonger dans la survie ,ne laissons pas la peur nous éloigner les uns des autres, ne laissons pas la peur nous soumettre, ne laissons pas au nom de nos peurs les dirigeants nous priver de nos libertés....Ne serait ce pas la plus grande des peurs à redouter? Celle qui fait que des milliers de personnes se battent à travers le monde, se déplacent en masse à travers les continents....aujourd'hui j'ai le cœur plein de tristesse pour les victimes alors je prie pour eux et leurs familles ....ainsi que pour les peuples qui subissent ces atrocités au quotidien ....ma dernière prière est la suivante "Mon Dieu préserve nous de la guerre et met fin à toutes celles en cours'!!! J'étais à Srebrenica cet été pour la commémoration des 20 ans du génocide et ce que j'ai ressenti là bas je ne l'ai vécu nulle part ailleurs ...à ce moment là j'ai découverts un nouveau visage de la peur et je veux le dire haut et fort .....PLUS JAMAIS CA!!! Ana continue pour toi, moi, les autres ,l'humain continue à montrer le monde tel qu'il est et pas tel qu'on veut nous le faire croire....continue à rayonner avec tes projets et ton humanité...hier tu as su me toucher, MERCI!

Merci de nouveau à elle.

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