Réflexion identitaire

Après avoir réalisé « Même pas peur » où dans la première partie j'aborde l'identité nationale, je vois que ce sujet est toujours d'actualité sinon plus. L'identité est devenue le centre de notre société. A tel point qu'aujourd'hui plus aucun problème n'est abordé autrement que sous cet aspect...

Après avoir réalisé « Même pas Peur ! » où dans la première partie j'aborde l'identité nationale, je vois que ce sujet est toujours d'actualité sinon plus.

L'identité est devenue le centre de notre société. A tel point qu'aujourd'hui plus aucun problème n'est abordé autrement que sous cet aspect. L'identité nationale et l'identité républicaine tendent à devenir l'enjeu principal à tel point que les élections de 2017 se cristalliseront certainement dessus.

Le problème de ce débat est qu'on parle d'une chose qui est virtuelle. L'identité nationale qu'est-ce donc ? L'identité de la nation ? Soit mais la nation en soit est un concept et pas un concret. Il serait plus juste de parler d'identité française car la France est une notion concrète. Le français aussi.

Je ne viendrais pas parler ici du fait que le France est un pays de métissage à multiples influences, etc, etc, etc. Je m’arrêterai juste sur la notion d'être français donc d'avoir une identité française.

Pour commencer, le premier pas c'est d'avoir une carte d'identité. La carte d'identité, bien plus que tout autre document, est le symbole d'être français. Elle désigne notre identité. Mais avoir une carte d'identité ne suffit pas à nous donner une identité française.

Cette question, j'ai personnellement commencé à me la poser vers mes 18 ans. Ou plutôt on a commencé à me la poser vers mes 18 ans. En fait on me l'a posée depuis toujours mais je n'avais pas bien compris la question au départ.

Quand j'étais petite j'étais à la maternelle privée catholique. C'est l'école la plus proche du travail de mes parents. On devait traverser un joli jardin fleuri pour aller à la cour de récré qui n'était ni fleurie ni jolie mais surtout enceinte de hauts murs et grise. Avec le recul je pense à une cour de prison même si je n'ai jamais eu l'occasion d'en visiter une. Je me rappellerai toujours cette (gentille) institutrice. Elle était brune et jeune. Un jour elle me prend à part de la classe, dans le couloir, et me demande de lui parler en roumain. Elle était curieuse d'entendre le roumain. Moi j'étais figée, j'avais 5 ans et je n'avais aucune envie de parler le roumain, là sur demande. Je ne me rappelle plus si j'ai réussi à baragouiner quelques mots ou pas. C'est quasiment mon seul et unique souvenir de la maternelle, avec la cour de récré grise et moche.

A l'école primaire je suis passée dans le public. J'étais dans une petite banlieue middle-class comme diraient les américains. Un jour, au moment de la récréation, je me suis faite traiter par un groupe de "sale roumaine". Mon seul tort a été de répondre. On s'est fait toper par l'instit surveillant. La seule punie ? Moi. J'ai beau eu expliquer mon cas rien n'y a fait je me suis retrouvée collée dos au mur, au ban de l'infamie au milieu de la cour de récré. A cette époque, c'est-à-dire dans les années 80, on n'hésitait pas à mettre au piquet. Au premier degré.

Me voilà au collège. Différentes matières et différents profs. Je ne sais pas si ça existe encore mais on avait des heures de technologie, cette matière qui peut-être facilement remplacée aujourd'hui par un tuto youtube et qui nous expliquait comment construire un minuteur par exemple. Aujourd'hui ça serait interdit de construire un minuteur... Au passage si cette matière existe encore je présente mes excuses aux profs de technologie qui peuvent me lire, je suis sure qu'avec vous c'est plus sympa qu'avec youtube. Revenons donc à nos moutons, ou plutôt à mon prof qui a eu la charmante idée de m'appeler toute l'année "Mao". Alors il m'a bien fallu dix ans pour comprendre. J'avais beau lui dire que je m'appelais Ana il m'appelait Mao. Après avoir exploré la piste de la dyslexie je me suis rendue à l'évidence que ce type m'appelait Mao de Mao Tsé-Tung tout simplement parce que j'étais d'origine Roumaine donc à l'époque pays communiste. L'humour est une chose terrible on a bien vu ce que ça donne chez Jean Roucas ou chez Dieudonné.

A noter que ma carte d'identité française m'accompagnait tout le long de ces mésaventures. Française de papier, étrangère de regard. L'identité est d'abord celle qu'on nous donne avant d'être celle qu'on choisit d'avoir.

Viennent enfin mes 18 ans et mon premier job étudiant pendant l'été. J'ai bossé dans une boulangerie d'une chaîne très connue. Mon recruteur s'appelait comme les Deschiens mais au singulier. Il m'a reçu à la terrasse d'un café pour voir si je faisais l'affaire. A la fin il m'a demandé ma carte d'identité et m'a regardé dans les yeux en me disant bien qu'il allait vérifier si mes papiers étaient vrais car on ne savait jamais. Il m'a dit qu'il avait un ami à la préfecture scrutant mon regard des fois que je flancherai et j'avouerai l'inavouable : ma carte d'identité est une fausse. La carte était bien vraie mais quid de cette identité qui perpétuellement m'était remise en question ?

Ensuite j'ai arrêté les jobs étudiants pour rentrer dans le vrai monde du travail. On a essayé de multiples fois de me demander de changer de nom car au niveau de la clientèle ça ne sonnait pas très bien, trop dur à prononcer, compliqué à retenir. Je me demande si celui qui s'appelle Vandenput et qui habite dans le Nord on lui demande pareil. #jesuisdumitrescu #jesuisvandenput (NDLA : Le correcteur veut me remplacer « jesuisdumitrescu » par « circumterrestre » et « jesuisvandenput » par « toutes-puissantes » ! Quel est le message qu'OpenOffice veut me faire passer ?).

Je suis quelqu'un de bonne composition qui a tendance à voir le verre à moitié plein. J'ai appris avec le temps, grâce à mon travail sans frontières de réalisatrice et de photographe à être fière de moi et surtout de mes deux identités. Je suis 100% française mais j'ai appris aussi que j'étais 100% roumaine. Je suis fière d'avoir pris le meilleur de ce que ces deux pays m'ont apporté et d'avoir laissé coulé le reste sur moi. Je regrette juste qu'aujourd'hui certains en France amenuisent la souffrance que les blessures permanentes peuvent amener à notre identité, celle française. Je regrette qu'on ne donne pas plus de place à une parole biculturelle qui permettrait à certains de ne pas être en perte d'identité et de ne pas se raccrocher à toute promesse mirage d'un monde meilleur.

Aujourd'hui le débat se place sur le burkini, prenons donc de la hauteur et recentrons nous sur l'essentiel. L'identité n'est pas celle que l'on prend c'est celle que l'on donne. Accepter l'autre, c'est l'accepter dans la différence. Le travail commun ne se fait pas sur le passé mais sur le présent et l'avenir.

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