Résilience sociale ou la politique du trauma

La résilience est un terme qu'on entend beaucoup. On peut parler de terme à la mode. Tout est résilience et c'est considéré en quelque sorte comme la voie unique : soit vous êtes résilient et vous vous en sortez soit vous ne l'êtes pas et vous coulez. L’étymologie du mot vient du latin resilio qui signifie : sauter en arrière, rebondir mais aussi se reculer vivement, renoncer. En français ça donne résilience et résiliation. La résilience est un terme emprunté à la physique caractérisant la déformation ou non d'un matériau ou plus exactement sa capacité à absorber de l'énergie quand il se déforme sous l'effet d'un choc.

La résilience est un terme qu'on entend beaucoup. On peut parler de terme à la mode. Tout est résilience et c'est considéré en quelque sorte comme la voie unique : soit vous êtes résilient et vous vous en sortez soit vous ne l'êtes pas et vous coulez. L’étymologie du mot vient du latin resilio qui signifie : sauter en arrière, rebondir mais aussi se reculer vivement, renoncer. En français ça donne résilience et résiliation. La résilience est un terme emprunté à la physique caractérisant la déformation ou non d'un matériau ou plus exactement sa capacité à absorber de l'énergie quand il se déforme sous l'effet d'un choc.

En France c'est Boris Cyrulnik qui a démocratisé ce terme sous cette définition : La Résilience définit la capacité à se développer quand même, dans des environnements qui auraient dû être délabrant. C'est donc une aptitude à surmonter les pires des choses et à continuer de vivre. La définition de base est bonne et positive. On n'y voit pas grand chose à redire.

Résilience cinématographique

La résilience, telle qu'elle nous est présentée aujourd'hui, c'est un peu la seule réponse acceptable. C'est aussi le sujet du film "Human" de Yann Arthus Bertrand qui montre un tas de tableaux de gens "résilients". Ils vivent la misère et ils arrivent à se reconstruire. C'est beau comme Hollywood. Et toi pauvre individu face à tes problèmes mesquins de licenciement et de paiement de ton loyer, toi là devant ton écran, tu ne peux pas faire face à un tel déballage de résilience orchestré en grande pompe. Ça n'enlève en rien la valeur du témoignage individuel de toutes ces personnes, sauf que mit bout à bout, dans le contexte actuel, il y a un arrière-goût de malaise qui subsiste. Ça vous montre que tout est possible : survivre à l'impossible. Il suffit de le vouloir, au fond (vouloir c'est pouvoir dit le dicton populaire).

Jusque là rien de neuf sous le soleil de l'Humanité. L'être humain a dû faire face aux pires des situations : guerres, épidémies, famines et j'en passe et des meilleurs. Il a forcément fait preuve de résilience sinon ni vous ni moi ne serions encore là. Avant on aurait pu parler d'instinct de survie, toutefois ceci est trop animal pour être représentatif de notre Humanité. Alors on parle de résilience et de coping. Le coping c'est le terme qui désigne l'appréhension  du stress par l'individu. Pour résumer le coping c'est la manière dont on réagit sur l'instant et juste après et la résilience, la manière dont on se construit sur la durée.

Donc depuis 30 ans nous avons découvert que l'homme pouvait être résilient. Et c'est beau, c'est fort et ça a le mérite d'envoyer le Prozac dans les orties (ce qui n'est pas négligeable).

Dans le concept de résilience il y a la notion de résilience sociale. C'est la même chose que plus haut mais sur un groupe ou une société. C'est surtout à ce concept que je vais m'intéresser.

Comme on l'aura compris la résilience c'est la valeur phare du siècle. Je vais donc illustrer avec deux thématiques qui me sont chères dans mon travail et symptomatiques du siècle : la Grèce et Charlie Hebdo.

Résilience et Grèce

On va commencer par le cas de la Grèce. Ce qu'on reproche au peuple grec dans le fond c'est de ne pas être résilient. Ils subissent un tas de mesures détruisant le système social et économique et ils ne s'adaptent pas à la manière souhaitable par l'UE, ils manifestent et osent le OXI au référendum.

François Fillon déclarait le 13 juillet 2015, après la signature des accords entre Tsipras et l'UE : Il faudra s’assurer de la bonne foi des autorités grecques et de la résilience de son peuple qui a été sauvé du chaos mais trompé par les promesses de Syriza. Il faudra restaurer la confiance au sein de la zone euro car cet accord aux forceps a provoqué des blessures qui laisseront des traces. Par ailleurs, méditons cette crise et réagissons pour renforcer la gouvernance politique de l’euro.

Voilà le mot est lancé : le peuple grec devra faire preuve de résilience, sous-entendu d'acceptation.
On demande donc au peuple grec d'être résilient, de se construire face à des fractures multiples et si possible d'éviter de boiter, ou de le faire en silence. Vous souffrez, on vous entend mais soyez forts !
Hum comment dire ?

C'est donc là où l'on va parler des nouvelles formes d'organisations qui se mettent en place. Pourquoi ne pouvons nous pas parler de résilience ? Car tout simplement la construction qui existe n'est pas celle face à un traumatisme. C'est une réelle volonté de changement d'un monde qui arrive à ses limites. Nous sommes face à une mutation et à un changement profond des valeurs et non pas à une hypothétique résilience. Le traumatisme n'existe que pour celui qui veut y voir un drame. On orchestre donc un syndrome traumatique afin de promouvoir la capacité d'un peuple d'y faire face de manière résiliente. Le discours est beau.

Prenons toutefois l'hypothèse qu'il y ait bien un traumatisme pour une grosse majorité des Grecs : destruction d'un système social, économie précaire, insécurité du lendemain. Et si ce peuple refusait d'être résilient ? Si d'un coup toute la machine s'arrêtait car on jugerait qu'il est impossible de se construire sur ce schéma là, que se passerait-il ? Je vous laisse développer les différentes hypothèses possibles et inimaginables. Nos politiques se retrouveraient dans une situation non maitrisable. Inculquer socialement la valeur de résilience, c'est dire il faut continuer malgré le fait que. Or pour revenir aux nouvelles formes de construction sociale, on se rend compte que les gens ont stoppé la machine infernale, ont considéré que le traumatisme n'en était pas un et ont pris une direction opposée à ce qui était attendu. Demander aux grecs d'être résilients c'est leur demander d'accepter la crise en tant que traumatisme. Survivre à un traumatisme ce n'est pas la même chose que conscientiser et générer une mutation  profonde. Les mécanismes psychologiques ne sont pas les mêmes. Les réponses apportées non plus.

Résilience et Charlie Hebdo

Un autre exemple de résilience sociale demandée à un peuple c'est l'après-Charlie. Nous avons tous vécu un choc traumatique c'est indéniable, pas forcément de la même manière ou de la même intensité mais la brisure est là.
France info titrait sur Internet le 12 janvier 2015 : Charlie Hebdo : la France résiliente

Je vous invite à lire l'intégralité de ce papier (ou d'écouter le podcast) qui est extrêmement révélateur du concept de résilience sociale inculqué politiquement et médiatiquement.
La résilience, c'est la capacité pour un pays, une nation, une société, une entreprise, de rebondir après une épreuve, un épisode particulièrement douloureux, un cataclysme. Jusque là on est en plein dans la définition du mot dans son sens psychologique.

Bizarrement l'article bifurque vers autre chose : Quelles sont aujourd'hui nos capacités de rebond ?

La marche de l'économie n'a pas changé du tout au tout mercredi 7 janvier 2015 à 11h30. Les difficultés sont les mêmes... mais les chances aussi : les perspectives de croissance qui s'annoncent et qu'il convient d'entretenir par des politiques budgétaires et de réformes adaptées.

Tiens donc de Charlie Hebdo nous passons à l'économie ? Intéressant ! Tellement intéressant que j'en parle dans "Même pas peur !". Certains ne voient pas le lien entre Macron et Charlie Hebdo. Bizarrement France Info et Emmanuel Cugny eux le voient et le voyaient avant moi.
Il y a eu des attentats, acceptons donc les restrictions budgétaires, c'est ainsi que nous nous reconstruirons ! Une bonne saignée comme au Moyen-Âge et ça repart !

Donc nous voilà à faire encore une fois appel à la résilience d'un peuple, sous le coup d'un traumatisme et de lui dire : regardez nous rebondirons, acceptons donc les réformes. A aucun moment le traumatisme n'est mis à plat. On manifeste le 11 janvier, ça sert de thérapie générale et puis hop on part vers l'avenir, la dite-modernisation sociale, les réformes et là sourions tout va bien dans le meilleur des monde. Certains publicitaires diraient un Mars et ça repart. Emmanuel Cugny a d'ailleurs eu le courage d'aller très vite en besogne, sans complexe et dans le fond a défini parfaitement dans cet article le concept politique de résilience sociale. Tu es traumatisé accepte les réformes. Personne n'aurait pu faire mieux.

Ce concept de résilience cache donc aujourd'hui une volonté réelle de faire accepter les traumatismes et de dire au peuple : apprenez à vous construire malgré tout ce que nous vous faisons vivre. Il annihile tout consentement et tout possibilité de dire NON. Au nom du traumatisme, au nom de notre capacité de résilience nous sommes face à une orchestration des peurs. Ces peurs ne nous permettent pas de nous construire mais bien de nous déconstruire. Et comme nous devons avancer, car nous sommes forts, nous devons tout accepter. Tout allant tellement vite il est impossible de s'arrêter, juste un instant, pour réfléchir à l'engrenage infernal dans lequel nous nous trouvons.  La politique du vacarme citée dans un autre billet vient assourdir le tout.

En conclusion du post-Charlie et qu'on retrouve dans "Même pas peur !" c'est donc deux événements majeurs au nom de la résilience qu'on nous impose : l'acceptation de la loi sur les renseignements et de la loi Macron.

Aujourd'hui nous devons refuser ce principe de résilience sociale qui s'apparente plus à la deuxième définition du mot resilio : se reculer vivement. Sous le concept de résilience on a trouvé une résiliation sociale. Le contrat est rompu. La résilience est un outil psychologique utilisé politiquement pour contraindre à une direction donnée et forcée, une forme de nouveau Prozac social, le même qu'on essayait d'éviter à la base. Enterrons la résilience pour mettre en marche la résistance à l'induction, revivifier le consentement populaire et éviter d'aller de traumatisme en traumatisme.

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