Pour en finir avec la République Romantique

Aujourd'hui je vais vous parler du romantisme et plus particulièrement du romantisme politique ainsi que de sa dangerosité.Comme nous le chantait si gracieusement Karen Cheryl en 1981 juste après l 'élection de François Mitterrand, je dédie ce post aux nouveaux romantiques politiques qui font aujourd'hui le lit des nationalistes. Avant de me lire, je vous laisse profiter de ce chef d'oeuvre musical , après cela devient sérieux et beaucoup moins drôle.

Karen Chéryl - Les Nouveaux Romantiques (TV Melody) © ItaloZagi
Aujourd'hui je vais vous parler du romantisme et plus particulièrement du romantisme politique ainsi que de sa dangerosité.

Comme nous le chantait si gracieusement Karen Cheryl en 1981 juste après l 'élection de François Mitterrand, je dédie ce post aux nouveaux romantiques politiques qui font aujourd'hui le lit des nationalistes. Avant de me lire, je vous laisse profiter de ce chef d'oeuvre musical , après cela devient sérieux et beaucoup moins drôle.

Nous allons maintenant définir ce qu'est le romantisme, histoire de poser quelques bases historiques et littéraires.

C'est un mouvement culturel qui a vu le jour au 18ème siècle en Angleterre et en Allemagne. Les bases du romantisme sont celles du romantisme d'Iéna. En 1798, à Iéna, Friedrich Schlegel fondait avec quelques uns de ses proches (Novalis, August Wilhelm Schlegel, etc.) la revue de l’Athenäum. Ces premiers romantiques sont tributaires des idéaux de la Révolution française de 1789 mais leurs écrits traduisent une crise philosophique et politique.


Du romantisme réactionnaire français, de 1820 à la fin de la décennie

Il n'y a pas de romantisme sans politique. Les deux sont étroitement liés. Le romantisme c'est aussi et surtout le reflet du malaise politique ambiant. En France le romantisme des années 1820 représente un certain passéisme de ces enfants du siècle (comme disait Musset) qui n'ont connu ni la Révolution ni l'Empire. Leurs positions sont clairement réactionnaires et aristocratiques. Les romantiques de cette décennie sont affichés en tant que royalistes. A contrario les classiques sont libéraux. Il est donc à noter qu'au nom de la modernité littéraire les romantiques se raccrochent aux valeurs du passé : changer le monde en reprenant les vieilles recettes. La France c'était mieux avant.

Une des têtes du Romantisme de cette époque c'est bien entendu François-René de Chateaubriand.

"Portrait de Chateaubriand" Anne-Louis Girodet, musée d’Histoire de la Ville et du Pays Malouin, Saint-Malo "Portrait de Chateaubriand" Anne-Louis Girodet, musée d’Histoire de la Ville et du Pays Malouin, Saint-Malo
Chateaubriand entra en politique en publiant, le 5 avril 1814, un pamphlet daté du 30 mars, intitulé De Bonaparte et des Bourbons et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes pour le bonheur de la France et celui de l’Europe. (qu'on peut consulter ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6129305w/f2.image). On sent bien à la lecture du texte l'attachement à nos « racines » chrétiennes et au passéisme.

Chateaubriand a occupé successivement plusieurs postes dont ministre de France à Berlin, ministre des Affaires étrangères et ambassadeur à Londres.

De Gaulle (cité par Philippe de Saint-Robert) disait de lui : Chateaubriand aurait pu être un grand ministre. Je l'explique non point seulement par son intelligence aiguë, mais par son sens et sa connaissance de l'histoire, et par son souci de la grandeur nationale.

Les dés du nationalisme romantique sont jetés.

 

Le cas de Lamartine comme celui de Victor Hugo sont aussi symptomatique du romantisme à ces dates là. A partir de 1820 Hugo fait des enfants et il écrit. C'est avec ses Odes (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70350s/f197.image) que Victor Hugo rentre dans le romantisme.

Quant-aux Méditations poétiques de Lamartine, elles aussi sont empreintes de Dieu. On y trouve le coté impressionnable et sensible que Lamartine se définit lui-même dans sa préface des Méditations de 1849. On est dans le « JE », dans le sentiment intime, dans l'expression du moi d'une génération qui se cherche, s'interroge et à du mal à se trouver un sens. Ce sont des créatifs, un peu les hipsters de l'époque, le talent en moins, la pomme en plus pour ceux d'aujourd'hui. On sent le côté torturé de toute une génération.

Donc à force de se chercher pendant 10 ans de nombreux se trouvent. Ils passent tous de légitimistes en 1820 à presque socialistes dès 1830. La voie politique est en marche.


Retour vers le futur

Le Romantisme évolue et évolue très vite. C'est aux alentours de 1830 qu'on peut lui donner un véritable virage politique à 180° degrés de celui du début des années 1820. C'est donc à partir de là que le mouvement romantique français se tourne vers le libéralisme. C'est Victor Hugo qui le définit ainsi : le romantisme n'est rien d'autre que le libéralisme en littérature.

Victor Hugo (1953-54) Victor Hugo (1953-54)
Jean d'Ormesson écrit sur Hugo : Hugo a évolué du royalisme chrétien au libéralisme, du libéralisme au culte de la démocratie, et du culte de la démocratie au socialisme.

Voilà donc nos romantiques qui s'intéressent de près au peuple. Une des batailles un peu avant celle d'Hernani, c'est "Nous sommes tous grecs".  En effet le symbole de ce romantisme populaire se retrouve dans le mouvement de soutien massif pour une Grèce indépendante.

 « Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui

Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde, »

Les Orientales, Victor Hugo, 8-10 juillet 1828

Cet ouvrage a reçu un accueil mitigé en Grèce à l'époque. Par ailleurs, Victor Hugo n'y a jamais mis les pieds, à ma connaissance, se basant sur les récits de Byron, qui lui est bien mort à Missolonghi par contre.

Les jeunes artistes parisiens se sont reconnus dans l'élan de liberté que leur inspirait la lutte du peuple grec à défaut de l'exprimer politiquement en France. Un comité de soutien parisien pour le peuple grec se créé en 1824. Il compte Chateaubriand et La Fayette entre autre.

Frédérique Tabaki-Iona écrit dans Philhellénisme religieux et mobilisation des Français pendant la révolution grecque de 1821-1827 :

"La Grèce sur les ruines de Missolonghi", Eugène Delacroix © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux. "La Grèce sur les ruines de Missolonghi", Eugène Delacroix © Musée des Beaux-Arts-mairie de Bordeaux.
L’influence des idées de la Révolution française, la diffusion du libéralisme politique avec le sentiment d’un devoir des Français vis-à-vis de la liberté des peuples, le sentiment traditionnel de respect envers la Grèce du passé et l’hellénisme classique, mais aussi les intérêts matériels des régions commerciales et maritimes, accompagnent un « philhellénisme mondain avec fêtes, sauteries, quêtes à domicile, concerts de charité, expositions de tableaux, comédies jouées à propos de pallicares »2 et un philhellénisme religieux, qui apporte son soutien aux Grecs chrétiens contre les Turcs musulmans.
(2R. Canat, 1911, "La renaissance de la Grèce antique (1820-1850)", Paris, Hachette, p. 10)

Les siècles passent et l'histoire se repasse.


1830 année révolutionnaire et liberté de la presse

Pour situer le contexte économique et social de l'époque quelques dates :

  • 1827 à 1830 : Guerre d'Alger contre l'Empire Ottoman car la France refuse de payer un emprunt vieux de 30 ans contracté par Bonaparte lors de sa campagne d’Égypte.
  • Hiver 1829-1830 : hiver particulièrement froid, période de disette et série d'incendies dans l'ouest de la France où les « mendiants » réclament du pain aux paysans. En mars incendies dans le bassin parisien et mise en place de mesure de police pour éviter les mouvements populaires.
  • 1830 à 1835 : épidémie de choléra

"La Liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix (1830) © Musée du Louvre "La Liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix (1830) © Musée du Louvre
En gros un contexte économique et social désastreux qui aboutit au final à la Révolution de juillet 1830. C'est Delacroix et la Liberté guidant le peuple. D'un coté on a Charles X, le Royaume de France, et de l'autre tout le reste (Orléanistes, Bonapartistes, Libéraux et Républicains, pour vous dire que tous les autres c'est vaste).

Ce qui a déclenché les évènements, c'est une restriction de la liberté de la presse. Le 25 juillet 1830, les quatre ordonnances de Saint-Cloud suspendent la liberté de la presse, dissolvent la Chambre, restreignent le droit de vote. Les premiers touchés sont donc les journalistes qui se réunissent au journal Le National et rédigent une protestation.

Suite à la saisie des presses de quatre journaux (car parus sans autorisation du gouvernement) Le National (d'Adolphe Thiers), Le Temps, Le Globe et Le Journal du Commerce, la résistance des ouvriers typographes déclenche l'insurrection parisienne. Ça nous donne "Nous sommes tous Charlie" avant l'heure. Ce sont les Trois Glorieuses qui finalement aboutissent à un échange royal.

Tout ça pour ça.

Tout cela voit fleurir en Europe une contagion révolutionnaire avec des revendications nationales ayant pris leur sources dans le romantisme politique. Bruxelles suit. L'Allemagne et l'Italie aussi.

On était à l 'époque de l'Europe nouvelle, de l'Europe du progrès social et de l'affranchissement des peuples.

Nous sommes à l'apothéose du romantisme politique avec des aspirations nationales, libérales et fraternelles.

Après la (presque) Révolution de 1830, les romantiques ont évolué vers un républicanisme révolutionnaire radical. Et on va faire un bond dans l'Histoire où le mouvement va ressurgir en 1848, où on va trouver le Printemps des peuples (avant le Printemps arabe). En France le contexte économique et social est déplorable (toujours). La crise économique conduit des entreprises à la faillite (métallurgie principalement) et 700 000 ouvriers sont mis au chômage fin 1847. A Roubaix, il y a 60% d'ouvriers  sans emploi. Le choléra est toujours là. La peur sociale s'installe. Le contexte est propice.

Au cri de Vive la réforme, Paris se soulève. Et là je laisse la parole à Marx pour résumer les événements.

Karl Marx a parlé de Défaite de la Révolution dans Les luttes de classes en France (1848-1850). Je vous invite à lire cet extrait qui donne un écho particulier aux événements d'hier mais aussi à ceux d'aujourd'hui :

« Ainsi, dans l'esprit des prolétaires qui confondaient en général l'aristocratie financière avec la bourgeoisie, dans l'imagination de braves républicains qui niaient l'existence même des classes ou l'admettaient tout au plus comme une conséquence de la monarchie constitutionnelle, dans les phrases hypocrites des fractions bourgeoises jusque-là exclues du pouvoir, la domination de la bourgeoisie se trouvait abolie avec l'instauration de la République. Tous les royalistes se transformèrent alors en républicains et tous les millionnaires de Paris en ouvriers. Le mot qui répondait à cette suppression imaginaire des rapports de classe, c'était la fraternité, la fraternisation et la fraternité universelles. Cette abstraction débonnaire des antagonismes de classes, cet équilibre sentimental des intérêts de classe contradictoires, cette exaltation enthousiaste au-dessus de la lutte de classes, la fraternité, telle fut vraiment la devise de la révolution de Février. C'était un simple malentendu qui séparait les classes, et, le 24 février, Lamartine baptisa le Gouvernement provisoire : "Un gouvernement qui suspend ce malentendu terrible qui existe entre les différentes classes." Le prolétariat de Paris se laissa aller à cette généreuse ivresse de fraternité.

De son côté, le Gouvernement provisoire, une fois contraint de proclamer la République, fit tout pour la rendre acceptable à la bourgeoisie et aux provinces. Les horreurs sanglantes de la première République française furent désavouées par l'abolition de la peine de mort pour délit politique; la presse fut librement ouverte à toutes les opinions; l'armée, les tribunaux et l'administration restèrent, à quelques exceptions près, entre les mains de leurs anciens dignitaires; à aucun des grands coupables de la monarchie de Juillet on ne demanda de comptes. Les républicains bourgeois du National s'amusèrent à changer les noms et les costumes de la monarchie contre ceux de l'ancienne République. A leurs yeux, la République n'était qu'une nouvelle tenue de bal pour la vieille société bourgeoise. La jeune République chercha comme son principal mérite, à n'effaroucher personne, à s'effrayer plutôt elle-même continuellement, et, par sa mansuétude, sa vie passive à acquérir le droit à la vie et à désarmer les résistances. Aux classes privilégiées de l'intérieur, aux puissances despotiques de l'extérieur, on proclama hautement que la République était de nature pacifique, que vivre et laisser vivre était sa devise. »

Je pense qu'à ceci on ne peut pas ajouter grand chose.

Cette "Révolution" va en entraîner d'autres dans toute l'Europe. Partout on a une poussée des sentiments nationaux avec l'unité allemande qui se profile.

Le romantisme l'arbre qui cache la forêt du nationalisme

On trouve dans le romantisme la source du nationalisme romantique. Car comme dit au début, le romantisme est avant tout un courant réactionnaire qui s'est mué en en courant social tenu par des élites intellectuelles. On a bien vu le résultat concernant les deux "Révolutions" de 1830 et 1848. Finalement tout cela nous a donné un seul courant, celui du Nationalisme.

Richard Wagner Richard Wagner
En Allemagne, Richard Wagner a déclaré que ceux qui étaient ethniquement différents ne pouvaient pas comprendre les significations artistiques et culturelles inhérentes à une culture nationale. Le romantisme flirte avec la supériorité raciale. L'œuvre de Wagner a largement été utilisée par les Nazis qui y trouvaient une force de rassemblement supérieure aux discours de propagande. Wagner est également connu pour son antisémitisme notoire.

L’homme le plus allemand, l’esprit le plus allemand.

C’est ainsi que Wagner s’est désigné lui-même. Une question l’occupait pendant presque toute sa vie : Qu’est-ce que, l’"essence allemande"? Tiens donc ça me rappelle une certaine identité nationale, non?

C'est là effectivement qu'on se rend compte des dégâts opérés par la pensée romantique et de son héritage toujours présent. Gilbert Merlio écrit dans Naissance et évolution  du libéralisme allemand :

Par "nationalisme romantique" Nipperdey désigne un type de nationalisme qui est apparu sous l'influence marquante du Romantisme, dans tous les pays européens où il a dès lors joué un rôle plus ou moins déterminant

En juillet 1979 Yves Florenne consacre un article dans le Monde Diplomatique à Jean Plumyene et à son livre Les nations romantiques :

C’est que nation et romantisme sont comme des jumeaux dans la matrice de l’histoire. Les nations sont romantiques parce que le nationalisme l’est, et on parlerait volontiers - si l’expression n’avait une résonance fâcheuse - de national-romantisme... 1830, année romantique et française par excellence : l’Histoire, qui n’avait jamais été, allait naître. Ainsi du moins pensait Michelet, qui la conçut, à la "lumière" de "l’éclair" de juillet. "J’aperçus la France". Le même jour, Delacroix la voyait aussi, cette France Liberté, entraînant son peuple et tous les peuples dans le sillage du drapeau national. Depuis, la France est cette "personne" dont on se fait une certaine idée : grandeur et beauté sans pareilles. Et qu’on épouse. (article complet : http://www.monde-diplomatique.fr/1994/12/RICHARD/7692)

Jean Plumyene écrit dans Les nations romantiques en 1979 : l'avenir de la nation ne résulte pas essentiellement d'un projet rationnel, mais se confond avec une mission sacrée, inscrite depuis ses origines dans un héritage à défendre, un corps de valeur à répéter fidèlement. L'explosion des nationalismes a donc permis l'extension à l'échelle planétaire de véritables religions séculières, dans laquelle la nation sert de foyer de transmutation de la symbolique religieuse.

Le romantisme n'a fait qu'idéaliser le concept de Patrie et de guerre par ricochet.

Il est à souligner que refuser un concept romantique ne nous évite pas le nationalisme ni les pires horreurs. Nous pouvons citer entre autres Charles Maurras. Élu à l'académie française en 1938, il a un palmarès impressionnant à son actif. Maurras qualifie le romantisme de révolutionnaire donc d'anarchiste (ben voyons !). On trouve la source de sa position dans sa germanophobie, germanophobie qui ne l'a pas empêché de participer au régime de Vichy et d'être collaborationniste au nom de l'unité française, même si il ne se nommait pas de cette manière. Il qualifiera les résistants de "terroristes". On n'est jamais à une contradiction près. Maurras est lui même dans la lignée littéraire de Laserre qui suit les courants positivistes et parnassien. On peut donc constater que le romantisme a ses détracteurs mais qu'ils ne sont pas pour autant dans l'ouverture d'esprit. Ça c'est une autre histoire qui mérite un autre billet. Pour ma part, je me situe dans le courant opposé au romantisme qui s'appelle le réalisme où l'on trouve entre autres Émile Zola et Balzac ; mais on ne peut pas établir une doxa de ce courant.

Et aujourd'hui ?

Et c'est là où je vais boucler la boucle. Après ce rappel historique qui me semble fort nécessaire, revenons à 2015. Nous sommes aujourd'hui dans un retour du nouveau romantique Républicain. On pourrait d'ailleurs aisément regrouper des mouvements politiques de droite comme de gauche autour de cette notion de République Romantique.

L'Obs du 14 janvier 2015 (photo : Martin Argyroglo / Divergence) L'Obs du 14 janvier 2015 (photo : Martin Argyroglo / Divergence)
Le mouvement parisien du 11 janvier 2015 est un mouvement qui s'encadre parfaitement dans cet élan romantique où 10 mois après la majorité des français ne s'y retrouvent plus. D'ailleurs nous n'avons pas hésité à brandir dans la presse l'iconographie de Delacroix et de la Révolution de 1830.

Nous avons aujourd'hui une forme d'élitisme intellectuel bienveillant face au peuple qui veut nous imposer cette vision romantique de la France. Dans cette vision nous trouvons des personnes qui brandissent la Liberté, l’Égalité et la Fraternité tel un étendard voulant déjouer le mauvais sort. Or ces personnes refusent aujourd'hui de faire un vrai constat républicain.

La liberté est en permanence bafouée par des lois de plus en plus liberticides. Ces mêmes nouveaux romantiques défendent ardemment ces lois au prétexte que la République les protège du "vrai" danger, le terrorisme. Ces personnes toujours au nom de leur conception de la République n'admettent pas l'existence de l'islamophobie, elles nient le fait que la justice et son accès sont de plus en plus inégalitaires. Ces nouveaux romantiques pensent qu'en effaçant l'identité de chacun, en niant la multiplicité culturelle de la France et en essayant de tout caser sous la valeur phare, la laïcité, on obtiendra enfin ce qu'eux imaginent être la République.

La République Romantique est le fruit de ces nouveaux réacs issus d'une classe bourgeoise souvent parisienne, de gauche comme de droite. Ces personnes sont totalement coupées des réalités, parfois militantes du dimanche, loin dans leur tour d'ivoire parisienne et portant leur regard sur la France qu'ils veulent imposer à tout le monde, exactement comme en 1830. Aucune discussion n'est possible. Leur regard est celui de cons-descendants car seuls eux savent ce qu'est l'idéal Républicain. Sauf que leur idéal est la négation d'une réalité, la négation d'une souffrance, la négation de la majorité de la France. Ce n'est pas en niant les faits, en mettant la poussière sous le tapis politique que les avancées sociales se feront.

Cette France Romantique n'est que la fille de l'Histoire. A vouloir rendre la France unitaire, à maintenir coûte que coûte cette image romantique on ne fait qu'entretenir et générer le nationalisme. C'est cela aujourd'hui qui fait le lit de la haine qui n'est de romantique que pour les fous. En acceptant cela nous ouvrons la porte à tous les dangers futurs. Il est temps d'enterrer définitivement le Romantisme, d'en finir avec cette image de la République Romantique et de nous orienter vers un courant réaliste, moteur de l'avancée sociale et républicaine.

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