Billet d'humeur - Une matinée symptomatique

Twitter est pour moi un endroit fabuleux car telle une cour de récré géante on y règle ses comptes au vu et au nez de tout le monde ou plus particulièrement d'une twittosphère coupée du reste du monde, c'est-à-dire les non-initiés aux 140 caractères. Cet espace (ou non-espace selon le point de vue où l'on se situe) sert de défouloir à tout un chacun. C'est aussi un endroit où l'on peut interpeller pour y aller de son micro-commentaire ou micro-avis, l'argumentation n'étant pas l'essentiel pour le petit oiseau. Cui cui je te jette trois mots à la face. Jusque là rien de neuf sous le soleil. On pourrait accorder un peu de place au fait que tout cela a sûrement réduit le débat public à un gazouillement si ce n'est un gazouilli, ne relevant pas le niveau de réflexion générale. J'ai même eu la chance personnellement d'avoir pu adopter un troll aujourd'hui, faisant ainsi sortir ce gnome de légende de la mythologie nordique et le matérialisant devant mon écran d'ordinateur. Bonheur !

Twitter est pour moi un endroit fabuleux car telle une cour de récré géante on y règle ses comptes au vu et au nez de tout le monde ou plus particulièrement d'une twittosphère coupée du reste du monde, c'est-à-dire les non-initiés aux 140 caractères. Cet espace (ou non-espace selon le point de vue où l'on se situe) sert de défouloir à tout un chacun. C'est aussi un endroit où l'on peut interpeller pour y aller de son micro-commentaire ou micro-avis, l'argumentation n'étant pas l'essentiel pour le petit oiseau. Cui cui je te jette trois mots à la face. Jusque là rien de neuf sous le soleil. On pourrait accorder un peu de place au fait que tout cela a sûrement réduit le débat public à un gazouillement si ce n'est un gazouilli, ne relevant pas le niveau de réflexion générale. J'ai même eu la chance personnellement d'avoir pu adopter un troll aujourd'hui, faisant ainsi sortir ce gnome de légende de la mythologie nordique et le matérialisant devant mon écran d'ordinateur. Bonheur !

Aujourd'hui je ne veux pas m’appesantir sur le fond et/ou le forme de ce réseau social. Ce qui m'intéresse ce sont les deux pubs que m'a proposé Twitter et que je trouve extrêmement symptomatiques de notre société. Ces publicités apparaissent dans la time-line et si on n'y fait pas attention on pourrait croire que cela provient d'un de nos contacts si le petit logo sponsorisé ne figurait pas en dessous.

La première pub est pour un site qui se prétend un observatoire. C'est quoi donc un observatoire ? Jusqu'à il n'y a pas longtemps c'était un lieu où l'on observait les choses de manière neutre et où l'on faisait part de ses observations, un peu comme un laboratoire sociologique. Tout va bien me direz vous. Sauf que sous ce terme, aujourd'hui, de plus en plus, on constate des sites créant le confusionnisme, incitant à la haine et diffusant la peur à travers des informations se prétendant neutres. On dévoie le terme d'observatoire car il renvoie vers des organismes, eux crédibles, et on vole cette crédibilité en associant ce terme à un site douteux. Ici aucune place à l'observation mais uniquement à un mode de pensée, dangereux car avançant sous couvert de recherches et d'universitaires. On distille de la peur et du venin. Bien entendu cette peur est focalisée vers l’élément qui secoue notre société : l'Islam, dans ce cas précis représenté par une association panislamique, l'attaque ne se veut pas frontale, crédibilisant ainsi la démarche.

En cliquant sur le lien « qui sommes nous » voilà donc la réponse que nous avons : Notre équipe composée d’universitaires, de journalistes, d’historiens et d’intellectuels suit les développements et les activités des... .
est une organisation à but non-lucratif qui s’est donnée pour mission d’informer les Français des actions et de l’évolution des membres de … .

J'ai volontairement mis des pointillés afin de ne pas faire de publicité à ce genre de site. Je note toutefois que tous ces universitaires et intellectuels restent anonymes. Ils sont, de plus, investis de la « mission d'informer ». Peut-être et surtout n'existent-ils pas ? Ou alors on essaie de nous faire croire que leur pensée est tellement « interdite » en France qu'ils doivent avancer sous couvert d'anonymat ?

Ces anonymes observent la société et là ils tirent la sonnette d'alarme dans une série d'articles à charge. Ils dénoncent ces vérités dites cachées ! Tout y passe de la laïcité à la (pseudo) histoire. L'ensemble des articles est bizarrement signé par quelques personnes : Amélie (comme Poulain ?) V (comme vendetta ?), Ariane (comme le fil ?) S, Valérie G (comme le point ?). Bref nous constatons donc la richesse de ces intervenants ou plutôt des ces intervenantes ayant le courage de signer de leur prénom et l'initiale de leur nom. On peut aisément supposer que Amélie, Ariane et Valérie ont toutes les trois le visage d'une seule et même personne, celui qui se cache derrière le site et qui distille la désinformation à coup de carte bancaire pour promouvoir son site sur Twitter. En cherchant bien un nom apparaît. Il renvoie vers un contributeur de Riposte Laïque. Devons-nous encore les présenter ?

On se rend donc vite compte que l'Observatoire en question est une fabrique de la peur, business ô combien lucratif. Car pendant que nous sommes occupés à nous faire peur de l'autre nous ne faisons que regarder l'arbre qui cache la forêt. C'est une façon manipulatoire d'occulter les problèmes de fond.

Cette forêt c'est une paupérisation galopante. Nous sommes face à un marasme économique qui accroît les inégalités et attise les haines.

C'est là où j'arrive à la deuxième publicité qui est le lancement d'un crowdfunding à l'attention des collectivités locales et des universités. Le site mis en avant (lui aussi à coup de carte bancaire) interpelle nos élus en leur disant de faire face à la baisse des subventions d’État en faisant appel aux Citoyens

Les caisses sont vides, mobilisons donc les électeurs pour donner de l'argent aux élus. Nos élus, donc, au lieu de combattre une austérité qui tue à petit feu vont donc pouvoir faire appel à cette plateforme afin de combler le manquement de l’État. La paupérisation se normalise. En plus des impôts et des taxes le Citoyen continue à avoir des devoirs mais l’État, lui, n'a plus aucune obligation. Certains vous parlerons d'avenir ou de mutation, sauf que pour qu'il y ait véritablement mutation il faut un changement global, ce qui n'est pas le cas. Accepter implicitement le transfert de charge de l’État vers le Citoyen c'est accepter une décharge totale de toute responsabilité dudit État vers sa population.

Derrière ce site se cache un gérant de fond de placement qui surfe sur la crise et la situation économique. Nous sommes donc très loin, mais vraiment très très loin, du principe d'autogestion et de prise en main citoyenne et démocratique. D'ailleurs le site n'hésite pas à utiliser le terme d'investissement citoyen ! Devenez une banque ! Vous voulez un gymnase pour vos enfants : payez le ! Quelle audace de proposer de taxer encore le travailleur à la place des grandes banques, scandaleux !

Il faut surtout faire très attention à cette récupération du Citoyen. Des gens de bonne volonté qui s'organisent, nous en avons plein en France. Or ils sont la cible de procédés marketing offensifs et remplis de faux bons sentiments. Nous avons ici un bel exemple de récupération financière et de démission étatique si des élus cautionnent ce fonctionnement. Nous devons les interpeller sur cette dérive et refuser d'y participer. Tout ceci est le pur produit de l'appauvrissement du pays à cause des plans d’austérité massifs à l'échelle française et européenne.

Ces deux exemples de publicité représentent de manière flagrante la pente descendante dans laquelle s'enfonce notre société. Ces problématiques je les ai traitées dans mon film mais chaque instant nous rappelle en permanence que nous devons rester vigilants face à la direction que prend la société. Nous devons en être des acteurs actifs et non pas manipulables par la peur de l'autre et par celle du lendemain. Ne cédons pas aux sirènes de la haine, ne cédons pas à la panique du lendemain qui doit rester entre nos mains. Même pas peur !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.