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Billet de blog 16 décembre 2014

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L’islamophobie, l’extrême droite et le désir de liberté

La France a une longue histoire de la critique des religions. Avant même le siècle des Lumières un curé de campagne (le curé Meslier) pouvait écrire en conclusion de son testament : Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La France a une longue histoire de la critique des religions. Avant même le siècle des Lumières un curé de campagne (le curé Meslier) pouvait écrire en conclusion de son testament : Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre. Si la révolution française n’a pas réussi à exaucer ce dernier vœu, elle a cependant été à l’origine d’une tradition anti cléricale qui a pu être pendant plus de deux siècles une référence prestigieuse pour tous ceux épris de liberté qui à travers le monde luttaient contre tous les obscurantismes politiques et religieux.  Aujourd’hui où la canaille versaillaise s’enhardit à remonter sur les fonts baptismaux pour tenter de nous revendre ses croyances éculées, un nouveau prosélytisme religieux apparaît qui voudrait se faire passer pour plus émancipateur que l’autre sous prétexte que ses adeptes sont originaires de pays qui ont été et sont encore opprimés par le colonialisme occidental. Pourtant les uns et les autres, chrétiens et musulmans, défilent dans la rue main dans la main pour défendre une même vision du monde et de la vie basée sur une morale de sacristie qui n’accepte comme licence que celle de l’adoration du veau d’or des puissances économiques et financières.

Que désormais en Allemagne des manifestants manipulés par des groupes d’extrême droite développent  la notion d’islamophobie comme expression détestable d’une haine raciale à l’égard des populations de croyance musulmane ne doit cependant pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Assez paradoxalement en France, c’est plutôt la gauche bien pensante, par un anti racisme supposé qui n’assume cependant pas l’histoire coloniale nationale, qui a contribué à racialiser l’Islam sur le mode communautariste en prétendant valoriser culturellement les populations immigrées arabes et plus précisément maghrébines. (Comme on prétendait valoriser la jeunesse immigrée en lui servant prioritairement ce qu'elle était sensée aimer:  la sous culture hip hop et bling bling plutôt qu'une culture plus savante et émancipatrice) Ce faisant on a en quelque sorte enfermé ces populations dans un postulat simpliste et essentialiste selon lequel  elles seraient toutes forcément croyantes. Comme si des marocains, tunisiens ou algériens d’origine ne pouvaient pas également exécrer comme les français hexagonaux  les croyances et les idéologies religieuses attentatoires à leurs libertés les plus élémentaires.

En finir avec le racisme c’est en finir avec  cette vision racialiste des religions, d’autant plus à une époque où le nihilisme de l’économie marchande triomphante pousse la partie la plus déboussolée de la jeunesse occidentale à se convertir à l’Islam ou à son pendant européen d'extrême droite. D’autant plus également à ce moment de l’histoire où une partie plus notable encore de la jeunesse des pays de culture musulmane se détourne de plus en plus des croyances religieuses.  De même que la montée d’une extrême droite violente peut faire peur par tout ce qu’elle peut potentiellement impliquer, la crainte de l’Islam, en Occident ou en Orient, est tout aussi légitime quand elle se formule véridiquement pour ce qu’elle est, c’est à dire le refus de l’idée de soumission qu’il implique et le refus de la haine de la liberté qu’il véhicule.  

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