L'hollandolâtrie des antisarkozystes

L'election de François Hollande a eu de bizarres conséquences sur des esprits qui étaient si critiques auparavant à propos de la politique présidentielle. Je ne vais citer que deux exemples.

Premièrement, le blogueur nommé Jegoun, actif sur une série de blogs, dont celui ci : partageons mon avis. Doté d'un certain sens de l'humour, moyennement intelligent et pilier de bistrot, il fut un féroce contempteur de Sarkozy. Il avait pris position pour François Hollande lors de la primaire, puis lors de la présidentielle. Depuis lors, convaincu du bien fondé du programme de Hollande, il soutient sans réserve la politique du PS, y compris dans son initiative de l'adoption du traité européen de stabilité budgétaire (le traité sarkozy merkel). En effet, puisque le PS dit que c'est bien, c'est bien. Paradoxalement, il pense que la politique du PS doit permettre de "sortir de l'insécurité sociale, physique, économique, …" quand bien même le traité européen qu'il veut voir adopter prévoit des coupes budgétaires, la poursuite de la casse et de la provatisation des services publics, etc.

Cela m'amène à la conclusion que ce blogueur est de bonne volonté, mais qu'il n'a tout simplement aucune culture politique, aucune idéologie (=système d'idées) personnelle solide, et est prêt à gober n'importe quoi du moment qu'il a confiance en la personne qui le dit. Problème : il a remis sa confiance en de mauvaises mains.

Par ailleurs, il est persuadé que le PS, avec le concours des autres PS européens, non seulement va obtenir la majorité au parlement européen (Martine Aubry l'a dit, vous comprenez, même si cette majorité est arithmétiquement quasi impossible), mais en plus qu'ils vont construire une alternative à gauche, qu'ils vont changer d'orientation par rapport aux politiques qu'ils ont précédemment faites. Vous comprenez, le SPD de Schröder qui a par la suite gouverné avec Merkel, le PSOE de Zapatero qui a appliqué une sévere politique d'austérité en Espagne, le PS Portugais de Socrates qui a fait la même chose au Portugal, le Labour Party anglais, le PS wallon qui applique en ce moment même l'austérité, et le PASOK de Papandreou, réélu président de l'internationale socialiste auxquels tous les partis précédents sont affiliés vont tout à coup dire "on va cesser d'avoir une politique néolibérale", selon lui ! C'est logique, en effet, puisque la première secrétaire l'a dit... (et j'ai oublié plein de PS d'europe).

Dernière chose avec lui : puisque Martine Aubry a dit qu'on ne pouvait faire une politique de gauche qu'au niveau européen avec les partis Socio-néolibéraux précédemment cités, il en conclut que que "tous ceux qui pensent qu'on pourra faire bouger l'Europe en vitupérant pendant des meetings sont des clowns.", comprenez Mélenchon et ses supporters, qu'il ne manquera pas d'accuser de la défaite d'Hollande en 2017 lorsque ce dernier, du fait de sa politique d'austérité, se sera rendu ultra impopulaire. Limpide, non ?

 

Deuxièmement, le blogueur nommé Juan (ex-Sarkofrance). Plus intelligent que le précédent, il a deux blogs principaux, celui appelé Les Chroniques de Juan (anciennement appelé Sarkofrance pendant le mandat de Nicolas Sarkozy) où il se contente de compiler des faits et de les commenter, et les Coulisses de Juan (anciennement les Coulisses de Sarkofrance), où il parle davantage de politique et livre ses reflexions. Lui aussi est un inconditionnel de Hollande, mais pour, à ce qu'il me semble, des raisons différentes. (Je suis son blog par intermittence depuis 2007, notamment parce qu'il publie sur Marianne2). En effet, il est plutôt de gauche, se définit lui même comme écolo ET marxiste, a hésité à voter Mélenchon, mais est politiquement completement dépressif. Je m'explique : convaincu que la gauche est ultra minoritaire et le sera toujours dans ce pays, il est prêt à renoncer à toute politique de gauche tant que quelqu'un se revendiquant de gauche est au pouvoir. Par ailleurs, ayant suivi de très près Sarkozy, je suppose qu'il a été très fortement dégoûté par l'homme, et pour lui, virer l'homme revient à virer sa politique. Malheureusement, Sarko, ce n'était pas lui le problème, c'était la politique... Si sarko avait fait une politique de Gauche, je l'aurai apprécié, malgré tous ses défauts... Et la politique de Hollande qui diffère si peu de la politique Sarkozienne, lui la voit comme foncièrement différente. Même si, pour l'instant, le changement se fait attendre...

Du coup, lui aussi reste, dans sa logique défaitiste, désespérément Hollandolâtre...

Camarades de gauche, ouvrez les yeux...

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