Dans le fond, on a tous une bonne raison d'en vouloir au PS

... et chaque jour nous en donne davantage. Je vais ici exposer les miennes.

Attention, ce billet contient des éléments pouvait choquer un public trop sensible et fondamentalement bisounours. En gros : je me lâche. Je serai donc ici méchant, sûr de ma valeur, condescendant et méprisant. Mais les raisons que je vais exposer plus bas me donnent me semble-t-il le droit de me permettre un tel comportement.

On m'a parfois reproché d'être anti PS, d'être "viscéralement" anti-PS, d'être "trop" anti-PS, d'être "dogmatique dans mon opposition au PS", etc. je pense que vous voyez le tableau. Outre que ce genre de critiques vise généralement à dénier à quelqu'un en désaccord avec une orientation politique son droit à n'être pas d'accord, je vais quand même résumer ici les raisons d'un comportement percu comme tel.

Hum, comment commencer ? (quand on a trop d'idées en tête sur un même sujet, c'est parfois difficile de savoir par quel bout le prendre...)

Allez, je vais parler de moi. J'en ai conscience : j'ai eu de la chance. Je suis né dans une famille plutôt aisée d'intellectuels ex-communistes (mais toujours très à gauche), j'ai donc reçu une éducation politique assez tôt, ne serait-ce que parce que mes parents parlaient politique à table. En cela, je suis un privilégié, car il est vrai que tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes...

J'ai donc grandi dans un milieu pétri de valeurs de gauche, valeurs avec lesquelles on ne transige pas. En plus, de cela découle mon engagement politique : je suis un relatif privilégié (né dans une famille pas trop pauvre, bonne formation intellectuelle, grandes études etc.) , j'ai donc un certain nombre d'obligations morales vis à vis du reste de la société, notamment celle d'oeuvrer à améliorer durablement le sort de ceux qui n'ont pas eu ma chance.

Je précise que je n'ai jamais été au PS, j'ai songé un jour à y aller pour tenter de le faire pencher à gauche, mais j'ai procrastiné, et les évènements ont rapidement donné raison à mon inaction. Au final, je me suis engagé ailleurs, et j'ai bien fait.

Bon, assez causé de moi, cette parenthèse était juste pour montrer d'où je cause.

Donc, mes raisons d'en vouloir au PS. Commençons par les raisons anciennes ou permanentes:

  1. Ses renoncements passés : arrêt de l'échelle mobile des salaires, recul sur les retraites, privatisations, politique de rigueur... Mais tout ça, à la rigueur, même si ça n'incite pas à la confiance, on pourrait lui pardonner s'il faisait mine de vouloir se racheter.
  2. Toute honte bue, ils cogèrent avec la droite l'union européenne, le tout pour faire une politique de droite. C'est formidable.
  3. C'est un parti de magouilleurs, première : leurs élections internes sont truquées, entres "cartes" achetées par les mairies, scrutins "corrigés" par les fédérations départementales, dissolutions des sections votant mal, pressions sur les militants, bref, c'est en interne une conception de la politique que je vomis. Il n'y a qu'à regarder les scrutins dans les départements du Pas-de-Calais ou des Bouches-du-Rhône, et l'impunité dans laquelle les laisse la direction centrale depuis des années qu'elle sait... et qu'elle en bénéficie.
  4. C'est un parti de magouilleurs, deuxième : ils pratiquent le clientélisme en embauchant des militants pour assister les élus (jusque là ça ne me choque pas, il faut travailler avec des gens en qui on a confiance) mais du coup, ces "collaborateurs-militants" sont complètement muselés : en effet, quand son boulot dépend d'un élu, vu qu'il faut bien manger, pas question de mettre son travail en péril en s'opposant à l'élu ou en le contredisant, quoi qu'on en pense. Et si jamais on le fait quand même, on se fait vite rappeler à l'ordre, ou dégager...
  5. C'est un parti de magouilleurs, troisième : ils ont réinventé le féodalisme ! Le grand élu local (pdt de région, de conseil général, de grosse intercommunalité, etc.) a tout pouvoir sur les collectivités présentes sur son territoire : et si les élus locaux ne veulent pas se voir couper l'aide de la collectivité supérieure, ils ont intérêt à filer doux... même lorsqu'ils ne sont pas PS : le PC au conseil général des bouches du rhône qui a peur de Guérini, la mairie PCF de Vaulx-en-Velin qui vote tout ce que lui demande Collomb ou du moins n'ose pas s'y opposer... Gérard Collomb est un bon exemple de tout ça d'ailleurs : ce socialiste qui mène une politique de droite (c'est pas moi qui le dis, c'est la droite), est vendu au président de l'OL, n'a aucun sens de l'intérêt général, est méprisant au possible avec les pauvres "qui aurait pensé qu'il y aurait un jour une librairie à Vaulx-en-Velin ?" ou encore sa faible disposition à créer des places d'accueil pour les SDF en hiver, gonflé d'orgueil, et a une conception de la politique se résumant aux histoires de personnes qu'il peut y avoir avec les autres. Et tout le monde tremble devant lui. Je me dois d'avouer une certaine admiration pour les rares qui osent lui tenir tête.
  6. C'est un parti plein d'arrivistes prêts à toutes les combines pour avoir le poste qu'ils convoitent. Mentir, faire l'andouille, faire du communautarisme, trahir, tiens, Hélène Geoffroy est un bon exemple de tout ça, en même temps que la démonstration que le sexisme et le racisme sont deux absurdités. En effet, elle est la preuve vivante qu'on peut être être une femme noire pas trop vieille ET arrivisite, magouilleuse, sans idées politques, imbue de soi même, bref, faire aussi bien que ses collègues hommes blancs sexagénaires.
  7. Ils contribuent par tout ce qui précède à discréditer l'idée de gauche, puisqu'ils ont suffisamment de relations dans les médias pour que les gens aient en tête que "la gauche, c'est le PS".
  8. Ils sont d'une arrogance monstre et d'une suffisance insupportable, car ils n'ont pas les moyens de leurs ambitions. Un peu comme lorsqu'on a un chef qui est complètement con et fait tout de travers tout en étant persuadé de tout faire parfaitement mais qui vient te donner des leçons à toi, parce qu'il est le chef. Un imbécile de la pire espèce, celui qui croit tout savoir.
  9. Lorsqu'ils sont dans l'opposition, ils font croire qu'ils vont mener une politique différente. Puis, une fois au pouvoir, que d'espoires décus... C'est une des choses les plus terribles dans tout ça : profiter de la crédulité des gens...
  10. Ils contribuent, par leur incurie, à faire monter le Front National : ils disent incarner l'alternative à la droite, s'emploient à écraser toute alternative sur la gauche, font grosso modo la même chose que la droite, ce qui précipite les gens pas très politisés et en colère dans les bras de ceux à qui ils ont ouvert les vannes médiatiques : la famille Le Pen. Par leur arrogance et leur morgue a dire "tututut, le FN c'est pas bien", je ne vois rien de meilleur pour le faire monter ne serait-ce que pour emmerder la personne qui te dit ça et dont tu as l'impression qu'elle te prend pour un con.
  11. Ils alimentent le FN volontairement ou pas justement pour se renforcer : sa présence sert d'alibi pour écraser toute alternative à gauche à coup de "votutil", "il faut pas faire perdre la gauche !!". Ainsi, si t'es de gauche, tu votes PS, si t'es en colère contre le PS, tu votes FN. (et une vraie alternative politique dant tout ça ? Oh, magie, disparue !) 
  12. Ainsi, avec cette stratégie visant à fracturer la droite pour gagner les elections, ils font monter un poison très dangereux sur le long terme : celui de la haine réciproque de ceux qui sont différents, ce qu'incarne parfaitement le FN. Moi, ça me fait penser à la montée du NSDAP en Allemagne, avec un SPD soutenant des gouvernements de droite (ou menant une politique de droite...). Bref, le PS joue avec le feu, et prend le risque de tous nous embraser vifs.
  13. Ils détournent des gens honnêtements de gauche d'une vraie politique de gauche. Oui, au PS et parmi les sympathisants, on retrouve des gens sérieusement de gauche, qui se retrouvent à défendre, de bonne ou de mauvaise foi, un gouvernement qui fait la politique des riches. (pas tout à fait de la même manière que la droite, mais au final, le résultat est le même...) On peut remarquer que le capitalisme réalise grace au PS l'idéal du cynisme : faire travailler à sa réussite de leur plein gré des gens qui souhaitent ta perte. Je reformule : des gens de gauche qui souhaitent combattre (à une échelle plus ou moins forte) le capitalisme soutiennent le PS qui soutient le capitalisme tout en croyant oeuvrer à le combattre. Une troisième fois ? Grace au PS des gens croyant combattre le capitalisme oeuvrent à son développement. C'est d'autant plus facile quand ces gens revendiquent ne pas vouloir se fatiguer à comprendre puisqu'ils font confiance au PS... Cette raison en elle seule (quel gâchis...) est suffisante, je trouve...

Voilà, j'en ai sans doute oublié, j'en rajouterai par la suite, mais je trouve que ça fait quand même un certain nombre de bonnes raisons structurelles de ne pas apprécier le PS, et qui m'autorisent à taper dessus sans crier gare.

Maintenant, passons aux les raisons les plus récentes :

  • Sa conversion à la vision économique de la droite qu'est la politique de l'offre
  • Le fait qu'ils se soient foutus des gens lors de la campagne présidentielle, cf un billet précédent 
  • Sa totale volonté de ne pas discuter avec les organisations à sa gauche (sauf si, après coup, elle sont satellisées : cf les primaires... Pratique l'argument qui dit "ah mais si on voulait bien discuter, on avait les primaires pour ça". Sauf que la condition des primaires était de soutenir le candidat en sortant vainqueur, et donc de la boucler après, bref, ils nous prennent pour des cons)
  • Leur vision très étroite de la politique : pour eux, tout accord politique est d'abord une question de places ; le programme, ça passe après... D'où l'incompréhension de bon nombre d'entre eux devant le refus du front de gauche d'intégrer le gouvernement en juin...
  • Leurs plus fort tirs dirigés en direction de ceux qui veulent vraiment appliquer un programme de gauche : le front de gauche. Mélenchon "danger pour la démocratie" "pire que le pen", fausses rumeurs sur son salaire circulant sur internet et feu nourri de la presse PS sur Mélenchon à une semaine du premier tour... pour ensuite dire "ah, les gens n'ont pas voté mélenchon, c'est parce qu'ils ont préféré Hollande", et verser des larmes de crocodile sur le score du FN...
  • Leur absence totale de courage. Ca, pour des lâches, on fait rarement pire. Les patrons haussent le ton, et hop, ils reculent... En revanche, pas question de faire un geste pour les syndicats. (amnistie des syndicalistes poursuivis parce qu'ils sont syndicalistes ? Ben voyons...)  Servile avec les forts et dur avec les faibles, je crois que c'est une des caractéristiques de la lâcheté, non ?
  • Leurs foutues prophéties autoréalisatrices : dire, lorsque le rapport de force est en ta faveur puisque tu viens de gagner deux élections"ah non, le rapport de force n'est pas en notre faveur, on va céder" et le faire basculer dans l'autre sens. Après, les PSocialistes ont beau jeu de dire "Ah ben le rapport de force, il n'est pas à notre avantage"... Forcément, tu as travaillé pendant des mois à te couper de ta base, pour ensuite dire "Ah, ben, on n'est plus soutenus, donc on ne peut rien faire"...

Je crois que c'est tout pour le moment. Cette liste sera aussi sans doute appelée à s'allonger...

En résumé, ils incarnent une vision de la politique contraire à toute l'image que je m'en fais.

Alors, ça va ? J'ai suffisamment de bonnes raison d'en vouloir au PS, maintenant ? Et vous, en avez vous ?...

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