Le jeûne du mois de Ramadan, une expérience hors du commun

Des millions de musulmans en France et dans le monde s’apprêtent à célébrer la fête de l’Aïd el-Fitr qui marque la fin du jeûne du mois de Ramadan. Ce rite est bien connu des Français mais conserve une part de mystère avec au fond toujours la même question: Pourquoi tant de musulmans font-ils le choix de jeûner durant le mois de Ramadan ?

Des millions de musulmans en France et dans le monde s’apprêtent à célébrer la fête de l’Aïd el-Fitr qui marque la fin du jeûne du mois de Ramadan.

Ce rite, qui constitue l’un des 5 piliers de l’islam1, est bien connu des Français mais conserve une part de mystère avec au fond toujours la même question: Pourquoi tant de musulmans font-ils le choix de jeûner durant le mois de Ramadan?

Répondre à cette question est très personnel tant les motivations peuvent être nombreuses et leur importance varier selon les individus . La question est fondamentale car comme toute pratique religieuse, le jeûne du Ramadan n’a de sens que s’il est librement accompli, vécu non comme une contrainte mais comme un choix. Pour ma part, le jeûne du mois de Ramadan est une expérience hors du commun à plusieurs titres.

Une expérience spirituelle

Le mois de Ramadan est, dans la tradition islamique, le mois durant lequel le Coran a commencé à être révélé au prophète Mohammed. Le jeûne durant ce mois est donc l’occasion de célébrer cette révélation et d’approfondir sa foi, notamment par une lecture et une méditation centrée sur le Coran. Pour bien saisir l’importance du Coran dans la foi musulmane, il faut comprendre que ce livre représente en islam le seul miracle accordé au prophète Mohammed par Dieu. Sa lecture et sa méditation - il est recommandé d’effectuer durant le mois de Ramadan une lecture intégrale des quelques 6000 versets qui le compose - est donc une invitation pour les croyants à entretenir le lien direct qui les unit à Dieu.

Une expérience sociale

Le repas du matin (shour) ainsi que la rupture du jeûne (ftour) sont des moments que la plupart des musulmans vivent en famille ou entre amis, autour de mets traditionnels qui remontent à l’époque du prophète Mohammed (les dattes, le lait) ou sont le fruit de traditions locales plus récentes (harira, bricks à l’oeuf, pâtisseries…). De même, l’Aïd el-Fitr est traditionnellement l’occasion de rendre visite aux membres de sa famille et à ses proches. Cette dimension traditionnelle et sociale complète la nature individuelle de la quête spirituelle et crée un sentiment d’unité et de fraternité qui rend le jeûne plus facile, convivial et joyeux.

Une expérience corporelle

Pour beaucoup, ne rien boire ni manger du lever au coucher du soleil est une épreuve difficile à supporter, particulièrement lorsque le Ramadan a lieu en été et d’autant plus pour ceux qui exercent une activité physique. Et sans ses dimensions spirituelle et sociale, un tel jeûne serait sans doute trop difficile à surmonter pour la plupart de ceux qui le pratiquent.

Pourtant, cette contrainte physique s’accompagne de bénéfices nombreux. A une époque où les cures detox connaissent un succès certain, le jeûne permet de rompre avec ses mauvaises habitudes alimentaires et de combattre ses dépendances. Qu’il s’agisse du tabac, du café ou de produits gras, le jeûne permet de remettre chaque année les compteurs à zéro en permettant au corps de se purifier. De nombreuses études scientifiques ont d’ailleurs mis en évidence les vertus du jeûne, qu’il soit accompli pour des motifs religieux ou non. A condition bien sûr de ne pas compenser le jeûne durant le jour d’excès culinaires durant toute la nuit !

Une expérience philosophique

En le privant de manger, de boire et d’avoir des relations sexuelles pendant la journée, le jeûne du mois de Ramadan amène celui qui le pratique à renoncer aux besoins et aux plaisirs premiers de l’Homme. Ainsi, le jeûneur est invité à questionner ce qui est évident, à se détacher de ses instincts et de ses désirs, en bref à adopter une démarche philosophique. Privé de nourriture, le corps s’adapte et offre à l’esprit l’opportunité de se focaliser sur la réflexion, la méditation et l’émotion. La frénésie de nos quotidiens, la souffrance ou la pauvreté des gens qui nous entourent, le manque de sens de nos actions deviennent alors évidents. De même, les personnes qui nous sont chères, les valeurs auxquelles nous tenons et nos aspirations les plus profondes apparaissent avec une clarté nouvelle. Il est d’ailleurs intéressant de noter que c’est dans les dix derniers jours du mois de Ramadan que la tradition islamique situe la nuit du destin (laylat el-qadr). Une nuit au cours de laquelle les croyants sont invités à prier et à invoquer Dieu pour qu’il leur pardonne leurs erreurs passées et les guide dans leurs projets futurs. Point culminant d’un mois de méditation, il s’agit en quelque sorte de parachever son examen de conscience et de remettre en question ses certitudes et son quotidien. Une telle expérience requiert de l’humilité et un effort sur soi qui s’ajoutent à l’effort physique tout en lui donnant son sens. On peut en l’occurence parler de « djihad », qui signifie effort en arabe et renvoie en islam à la lutte contre ses mauvais instincts dans un effort sur soi.

Pour finir, j’aimerais formuler le voeu que cette fête de l’Aïd el-Fitr soit une célébration joyeuse, paisible et inclusive, représentative de la spiritualité et de la diversité des musulmans en France. Bonne fête de l'Aïd à tous !

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1. Les 5 piliers de l’islam sont l’attestation de foi, la prière, l’aumône, le jeûne du mois de Ramadan
 et le pèlerinage

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