A-t-on le droit de critiquer l’Union européenne ?

Devant le fiasco que représente la politique sanitaire en cette période de COVID, les forcenés du fédéralisme, plus marqués par leurs phantasmes que par leur esprit critique, demandent « plus d’Europe ». D’autres expliquent que les échecs sont imputables à l’administration française.

Il serait nécessaire de faire un bilan détaillé de cette période. Contentons-nous de quelques remarques essentielles :

1/ La politique sanitaire est, certes, de la responsabilité des Etats-membres. Cela étant, elle est dépendante des règles de Bruxelles -et de l’euro- en matières économique et budgétaire. C’est en fonction de ces règles que le tissu hospitalier français a été systématiquement détruit depuis des décennies par les gouvernements successifs. N’a-t-on pas même vu la Commission de Bruxelles, en plein cœur de la pandémie, demander aux Etats-membres de réduire encore leurs dépenses sanitaires ?

2/ Les Etats-membres ont demandé à la Commission européenne de commander les vaccins pour eux. Le résultat s’apparente à une Bérézina -est-ce la manière européenne de commémorer l’épopée napoléonienne ?- Bruxelles a passé des contrats qui n’ont pas été honorés, les fournisseurs se retranchant derrière une interprétation mal imaginée par les signataires. L’Union européenne a laissé des vaccins exportés hors de son espace vers le Royaume uni et d’autres pays alors que ceux-ci refusaient d’en exporter en sens inverse. Certes, il est enfin décidé d’interdire cet échange inégal, mais fallait-il que le scandale éclate pour qu’on s’inquiète des responsabilités ?

Cette situation absurde oblige enfin à regarder le sens et la portée du fameux dogme qui veut qu’on soit plus fort tous ensemble. La vérité est qu’une telle pensée déresponsabilise à tous niveaux. Il est bon que les États coopèrent. Mais cette coopération n’a de sens que si chaque État y apporte sa volonté et donc sa capacité souveraine.

La malheureuse expérience vécue au travers de la pandémie prouve que l’union peut faire la faiblesse.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.