Pauvre Carmen !

La version de Carmen présentée par Leo Muscato à l’opéra de Florence n’est pas seulement une nouvelle facétie de metteur en scène qui cherche à se valoriser en détournant une œuvre célèbre, par exemple en transformant, début 2016, Cyrano de Bergerac, icone romantique, en chef d’hôpital psychiatrique.

Sans être fanatique du mot à mot de tout texte, il faut quand même rappeler qu’une œuvre a son intégrité et que la réécriture est un détournement intellectuellement malfaisant.

Carmen est un personnage exceptionnel, épris de liberté, en quelque sorte un Don Juan féminin, alliant la même force, les mêmes mépris et le même destin tragique que son homologue masculin. Ce n’est pas un hasard si les deux personnages sont condamnés et meurent en criant « NON ». Don José n’est, pour sa part, qu’un individu falot, manipulé par Carmen et balloté dans l’ouragan d’un amour fou qui ne peut que le détruire.

En voulant faire de Carmen une femme battue parmi les autres, c’est toute la force du personnage qui disparait. Bien plus, le metteur en scène semble sous-entendre qu’une femme ne peut avoir pour identité que celle de femme battue. Que ces actes doivent être condamnés est évident et nécessaire. Mais vouloir être dans la tendance initiée par Hollywood qui a, heureusement enfin, découvert la lune, à savoir des pratiques qui y ont toujours existé -tout en oubliant d’évoquer les relations de pouvoir-, n’est pas franchement audacieux. Limiter la place et le rôle des femmes par ce biais est pour le moins méprisant.

A imposer sur tous les sujets une lecture politiquement correcte, on n’est pas loin de la police de la pensée.

 

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